LA GENISSE . A U. LOUIS COULON
Elle n'avait connu, tout Thiver, que la crèche,
Et, dans un coin obscur, son lit de paille sèche.
Si nous la visitions : dès le bruit des verroux ,
Tendant son mufle noir, roulant ses grands yeux doux ,
Elle se redressait de sa morne attitude,
Pour passer sur nos mains sa langue épaisse et rude : .
Heureuse si nos mains elles-mêmes grattaient
Son poil fauve où déjà les deux cornes pointaient ;
Mais à notre départ, ennuyée et farouche,
Elle se laissait choir lourdement sur sa cojiche.
Cependant la génisse, au bercail tout Thivei*, Avril venant à luire, on l'amène en pleîn airi
Au midi rayonnait Tastre d'or: frémissante, Soudain elle s'arrête, et sa queu^ incessante Fouette ses flancs, la bave inonde son rnuseau, Une blanche vapeur lui sort par le naseau ; Enfin, à travers champs, voici, tête baissée. Qu'elle bondit, va, vient, et se roule insensée : Puis un long beuglement, au dur clairon pareil, Gomme on salue un dieu , salua le soleil !
LA MAISON DE l'avARE
Dans certaine bourgade, à ce que l'on rapporte, Ces mots étaient gravés sur le seuil d'une porte : I « Quand vous seriez de la race du chien ,
! « Entrez dans ma maison si vous avez du bien. » Ainsi parlait le seuil de ce logis infâme, Puis l'avare ajoutait, montrant toute son âme :
« Quançl vous seriez de la race du roi , tf Si vous n'avez plus rien, passez ! chacun chez soi. n Tout près coulait un fleuve, 'et, mugissant, terrible, Il ne renversait pas cette maison horrible.
POtJtl LA TOMBE DAINES VALMORË
Sous ces cheveux flottants blanche comme le lait^ Et, comme l*alouette en un champ de millet ^ Vive et toute a la joie, du matin, l'Espérance Lève les yeux au ciel et ^ riante, s'élance ; bit qu'elle cueillera toutes les fleurs du champ ^ Et jusqu'à la nuit close entonnera son chant ; Mais un vieillaM jaloux de ses chansons nouvelles ^
Le Malheur, en passant, coupe ses blanches ailes,
£t la jeune Ame, ^moitié du chemin.
Tombe et meurt, et ses fleurs échappent de sa main.