MA CHAUMIÈRE A EUGÈNE 6DIEYSSE
Si jamais vous cherchez la maison du poëte.
Près du clocher du bourg ma rustique retraite S'abrite, et devant moi, sous leur tertre allongés, Silencieux amis, les morts dorment rangés.
Creusée avant le jour, une fosse béante Trop souvent, au réveil, me glace d'épouvante; Puis j'entends un corps lourd rouler dans ce trou noir. Et ce sont à l'entour des cris dé désespoir... Soudain avec horreur ma fenêtre se ferme.
Et j'unis ma prière aux sanglots de la ferme.
Mais pour le catéchisme allègres, triomphants. Blonds essaims des hameaux, arrivent les enfants; Ou l'on sonne un baptême, et la noble marraine Sous le porche gothique entre d'un pas de reine ; Si c'est un jour de noce , alors pourpoints nouveaux Et robes d'écarlate inondent les tombeaux.
Et coups de feu lointains, musettes toutes proches Rivalisent de bruit avec le bruit des cloches : Ainsi, joie et douleur, je connais tout du sort. J'ai devant ma maison et la vie et la mort.
LE TISSEBAND
Toujours de son logis le tisserand me guette;
J'entre donc, et tandis qu'il lance la navette,
Pour l'égayer un peu j'entonne une chanson :
Mes vers et son métier chantent à l'unisson.
J'ai lu qu'aux jours anciens, quand filait une fée.
Aux sons defe luths était sa* besogne achevée.
Or, à ses fils rompus s'il refait quelques nœuds.
Moi-même je rajuste un vers défectueux ,
Et tissu poétique, ou toile industrieuse.
Nous menons de concert notre œuvre harmonieuse.