‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 156 sur 268 · NOLA · texte numérisé non relu

NOLA

Chacune vous vante , ô Primel I Elles m'ont dit,: « Ses yeux sont bleus comme le ciel. » Chacune vous vante , ô Primel !

« L'immense et blonde chevelure I « C'est l'archange ipondant d'un flot d'or son armure. « L'immense et blonde chevelure !

« Sa taille souple est un bouleau « (Jui se dresse léger ou tremble au bord de l'eau : a Sa taille souple est un bouleau.

« Heureuse qui connaît son âme , « Ce diamant sans tache et plus fort que la flamme ! » Moi , Primel , je connais votre âme I

Alors, sous cet ombrage, ils s'ofl'rirent des fleurs. Et leurs yeux étaient pleins de tendresse et de pleurs.

Ainsi, dans les chansons, les fraîches confldences, Les banquets prolongés, le mouvement des danses. Les heures s'écoulaient : hélas I de pareils jours, Pensaient les invités, devraient durer toujours. Cependant le soleil derrière les montagnes Descendait, et Nola, mêlée à ses compagnes.

Et l'époux, souriant, regardaient dans les deux Un autre astre monter, monter silencieux. ,

Selon l'usage antique, une nombreuse escorte. Le matin, les prenant sur le seuil de leur porte, Les mena jusqu'au bourg; mais lorsque vint la nuit, Primel dit ; « Je pars seul , sans être reconduit. » Donc, les mille invités enfourchant leurs cavales, Dans le creux des chemins, bientôt par intervalles, Retentirent leurs cris et les pas des coursiers. La lune se levait claire sur les sentiers.

Le jeune époux, alors, du portail de l'auberge Approcha sa monture; et, telle qu'une vierge, La veuve vint s'asseoir derrière son seigneur, Tandis que le hautbois de Ban-Gor, le sonneur. Sur la route entonnait l'air du départ, l'air tendre Que , jeune ou vieux, sans trouble on ne saurait entendre. Le firmament brillait , et le chant nuptial Mollement s'exhala vers ce ciel de cristal.

Ils partirent, rasant les buissons et les haies,

Faisant pleuvoir sur eux la fleur des épinaies.

Et le bras de l'épouse à l'époux enlacé ,

Toujours plus fortement le retenait pressé.

Ils allèrent ainsi «sous les feuillages sombres :

Quand la lune entr' ouvrait parfois leurs larges ombres,

En arrière penché, le muet ravisseur

Tournait vers son amie un œil plein de douceur,

La monture un instant s'abreuvait à la source.

Et, plus rapide encore, ils reprenaient leur course.

Mais, au bord d'un talus entourant un grand pré. Leur course s'arrêta : a Ce lieu qui m'est sacré , « Le reconnaissez-vous? dit l'amant à l'amante.

« Oh ! laissez-moi bénir cette place charmante !

« Celle à qui pour jannais un heureux sort m'unit,

« Ici je la trouvai : faible et loin de son nid,

« Sous l'aubépine en fleur qui sur le pré retombe,

« Ici languissàmment roucoulait la colombe ;

« Je vins, mon chant plaintif était l'écho du sien,

« Son nid sous les grands bois va devenir le mien ! »

A ces fêtes du cœur, fêtes de la nature, Cîomme vous répondiez I Sur leur libre pâture Les poulains, hennissant; bondissaient; les ormeaux Mêlaient, aux flancs des monts, leurs humides rameaux ; Des senteurs traversaient la lande , et les nuées Faisaient jaillir la flamme en de longues traînées : Par cette sainte nuit plus belle qu'un beau jour, Accord mystérieux, tout ne semblait qu'amour!

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