‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 155 sur 268 · LA SERVANTE DE LA QUENOUILLE · texte numérisé non relu

LA SERVANTE DE LA QUENOUILLE

Primel a découvert le secret de son âme.

En dormant, \\ chantait hier cette chanson :

La harpe , au moindre vent qui passe , jette un son ,

L'églantier son parfum, le cœur aimant sa flamme.

« La veuve de Corré, ce bijou de beauté.

Porte un autre bijou qui brille à son côté :

Chaîne de fin laiton, bague jaune et sans rouille, La Servante de la quenouille.

C'est le nom de Tagrafe aussi pure que l'or Qui reluit au corset des fileuses d'Ârvor ; Mais chaîne de laiton, bague luisante et neuve. J'aimerais mieux encor la veuve.

« Je veux voir, belle enfant, je veux toucher l'anneau « Où pend votre quenouille avec ce long fuseau. » Et, vers elle incliné, je bois l'air de sa bouche ! Femme et bijou , ma main les touche I »

Ah I qu'un cœur bien épris est prompt à s'épancher! Le sommeil parte : amants, dormez vos portes closes...

Mais qu'importe? Un jour vient qu'il faut cueillir iés roses. Primel vers l'églantier n'a plus qu'à se pencher.

Comment Nola fat ramenée par Primel sur le chemin dn bourg.

Oh ! la joie est dans l'air : des cloches ! des hautbois I A ces chants de bonheur, heureux, j'unis ma voix... Doux Esprits qui veillez près de nos métairies. Les sources de beauté que l'on disait taries. Vous les faites jaillir limpides sous mes pas, Sans cesse j'y reviens et ne m'en lasse pas : Poëte en son sentier fut-il jamais plus terme ? Achevons ce récit, doux esprits de la ferme.

Un seul toit les attend, oh I suivons jusque-là Les touchantes amours de Primel et Nola !

Vous, hymens primitifs, grâce antique et suprême, D'une blanche couronne entourez ce poëme^!

C'est au bourg. Jusqu'au soir la noce avait duré

De celle qu'on nommait la veuve de Corré ;

Noce, disaient les vieux, comme on n'en vit pa&une,

Et qui fera, cent ans, l'orgueil de la commune.

Où mon village aimé tenait aussi son rang.

Où le cidre coulait comme l'eau d'un torrent.

Où les fours enflammés ne cessaient pas de cuire.

Les danseurs de danser, les sonneurs de bruire.

Fête immense. Surtout, splendides, radieux.

Les nouveaux épousés émerveillaient les yeux.

Leur bonheur mutuel éclairait leur ,visage.

Du même^âge tous deux et dans la fleur de l'âge,

Toujours se souriant à la danse, au repas ,

Et la main dans la main , ils ne se quittaient pas. Chacun, tout attendri, redisait leur histoire Que, dans nos jours mauvais, on aurait peine à croire.: Celle qu'un vieillard riche aima pour son bon cœur. Libre, épousant aussi son jeune bienfaiteur : D'abord, c'est leur rencontre et la fuite soudaine De l'un, puis son retour superbe à la fontaine; Enfin le pur roman que plus d'un a rêvé, Tout l'idéal perdu dans nos bois retrouvé.

Sous l'ombrage, à l'écart, voici quelles paroles S'échangèrent aussi , caressantes et molles : Une source y coulait parmi des églantiers y Et mésanges, linots, sous les arbres fruitiers. Chantaient ; dans ce courtil l'heureux couple qui s'aime Vint chercher la fraîcheur et parler de lui-même.

PRIMEL

Chacun jj'eux vous vante, ô Nola I J'en suis fier, et pourtant je sens un trouble là. Chacun d'eux vous vante , ô Nola !

Arrachez les fleurs d'églantinel Vous avez son parfum, sa couleur enfantine :

lis voué aiment dans l'églantine.

Des sources troublez le cristal !

De l'onde vos yeux clairs ont l'éclat matinal : Ils vous cherchent dans son cristal.

Des courtils chassez la mésange !

Vous avez sa voix pure, et tous, folie étrange, Ils suivent pour vous la mésange.

Mais ne voilez pas votre cœur, De tous les feux impurs ce diamant vainqueur, Oh ! ne voilez pas votre cœuri

L'époux craintif ainsi s'épanchait, et l'épouse Répondait avec grâce, elle-même jalouse.

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