‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 174 sur 268 · FÉERIE · texte numérisé non relu

FÉERIE

Dans un champ druidique et dans un ravin noir De la noble héritière on voyait le manoir, Et goules et dragons tout cuirassés d'écaillés. Salamandres en feu s'élançant des murailles, •Paladins, Tarme au bras, défendaient ce castel, Digne du vieux Merlin et du grand prince Hoël ; Je vins, et détachant la mousse jaune et morte, J'écrivis ces deux vers au-dessus de la porte :

« La bonne fée en une nuit

« De son aiguille m'a construit. »

féerique manoir! A la source prochaine Une fille chantait, le soir, au pied d'un chêne, Et d'un gosier si clair qu'il semblait d'un oiseau Soupirant ses amours sur le bord du ruisseau. De retour à la source, au lever de l'aurore.

J'ouïs une voix douce et qui chantait encore ; Je dis : « La belle enfant est là près du buisson. Et, ses fuseaux en main, répète sa chanson... » Eh ! non, ce n'était plus la fille jeune et blanche, Mais un joyeux bouvreuil sautillant sur la branche.

« Ah î me dit un berger, aux sentiers du manoir Ne rôdez pas ainsi le matin et le soir !

Dans un cercle magique ici la châtelaine File comme une fée et chante à perdre haleine. Hélas I ces froids cailloux autour d'elle rangés Sont, dit-on, des amants que son art a changés Ne vous arrêtez pas près du Cercle-de-Pierres*, Ou l'amour par degrés troublera vos paupières ; La chanteuse prendra votre âme, et, sans pitié, Près d'elle vous tiendra morne et pétrifié. »

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