A MARIE B
Aimez la poésie, enfant aux yeux si doux,
Sa grâce légère, sa flamme, L'une charme des yeux, l'autre charme de l'âme : L'esprit et la beauté qui rayonnent de vous.
(Traduit de Goethe)
Le métier de rimeur, dit-on, me réussit :
Oui, c'est un art charmant, mais il n'enrichit guère;
Plus mon petit livre grossit,
Plus ma bourse devient légère.
MARIE
Cueillant des lucets noirs * pour cette brune enfant, J'errais un jour d'été sous la forêt ombreuse. Gomme elle enfant joueur, mais près d'elle rêvant :
Sur la mousse et les fleurs et sur l'herbe nombreuse. Quand ses pieds nus laissaient leur trace, bien souvent Amoureux je passais sur la trace amoureuse ;
Uh ruisseau descendait vers l'étang de Ker-rorh : Son beau front, entouré d'une tresse de laine,
'*■ On airelle, fruit des bois.
Brilla dans ce miroir, et mes yeux vers la plaine Suivaient l'onde emportant joyeuse mon trésor;
Dans l'air un jeune oiseau lança ses notes d'or, Sa voix lui répondit claire, argentine et pleine. Et moi, pour aspirer cette vibrante haleine, J'accourus... Dans mon cœur, ahl je l'aspire encor!
SYMBOLES
J'ai vu les légères colombes Dans nos lacs se baigner, soupirer dans nos bois. Et lisser leur plumage argenté sur les tombes.
J'ai vu les noirs corbeaux de leurs lugubres voix Effrayer la montagne et sur les poCirritures Hideusement chercher leurs infectes pâtures ;
Puis un être chagrin, sombre ennemi du beau, A la face blêmie, à l'œil bilieux et triste, Admirait l'animal dévorant, à la piste II semblait tout au loin flairer quelque lambeau.
« — colombes I laissez son horreur au tombeau ! Criait-il, par la mort et l'effroi l'homme existe. » Un latin avait dit, sage et riant artiste :
« On blâme la colombe, on pardonne au corbeau. »
CYC'lE. 415
Quand ton corps s'étendra dans la couche de terre Sans chaleur, sans couleur, forme sans mouvement, Le corbeau, ton ami, lentement, lentement, De loin arrivera vers toi, parleur austère;
Tu l'entendras, perché sur l'if du cimetière, Emplir le lieu béni de son croassement.
Horreur I et sur ton lit s'ébattre bruyamment, Et son bec dur sonner sur l'argile et la pierre...
Toi qui portes toujours le rameau d'olivier.
Colombe, viens alors vers ton censeur morose : Le fiel ne pèse pas dans ton cœur un gravier.
Que sur son tertre en fleur ton aile se repose. Puis viens en roucoulant boire à son bénitier. Légère colombe au pied rose !