FORMES ET PENSÉES
Gomme un vieux prêtre a soin des vases de l'église Pour qu'aux yeux du fidèle ébloui tout reluise , Vous, artistes pieux , tels que le saint vieillard , Poëtes, conservez les beaux vases de l'art.
Pétrarque, au doux sonnet je fus longtemps rebelle; Mais toi , divin Toscan , chaste et voluptueux , Tu choisis , évitant tout rhythme impétueux , Pour ta belle pensée une forme humble et belle.
Ton poëme aujourd'hui par des charmes m'appelle : Vase étroit mais bien clos , coffret plaisir des yeux , D'où s'exhale un parfum subtil , mystérieux , Que Laure respirait, le soir, dans la chapelle.
Aux souplesses de l'art la grâce se plaisait, Maître, tu souriras si ma muse rurale Et libre , a fait ployer la forme magistrale ;
Puis, sur le tour léger de l'Étrusque, naissait,
Docile à varier la forme antique et sainte ,
L'urne pour les parfums, ou le miel, ou l'absinthe.
Oui, moi-môme, en jouant, essayons I Autrefois Le premier je chantai sur le rhythme ternaire, Rhythme bardique éclos au fond du sanctuaire : Aujourd'hui de Boileau je braverai les lois.
Les rimeurs ont posé le sonnet sur la pointe. Le sonnet qui s'aiguise et finit en tercet :
Au g(Olide quatrain la part faible est mal jointe.
Je voudrais comraencer par où l'on finissait. Tercet, svelte, élancé, dans ta grâce idéale, Parais donc le premier, forme pyramidale I
Au-dessous les quatrains, graves, majestueux. Liés par le ciment de la rime jumelle.
Fièrement assoiront leur base solennelle, Leur socle de granit, leurs degrés somptueux.
Ainsi le monument s'élève harmonieux , Plus de base effrayante à l'œil et qui chancelle, La base est large et sûre et l'aiguille étincelle, La pyramide aura sa pointe dans les cieux.
Inspirez-nous toujours, ô muses immortelles, Et des pensers nouveaux et des formes nouvelles ! Dante n'est plus Homère , autre est le grand Milton , Comme eux soyons divers de pensers et de ton.