ITRE A UN CHANTEUR DE TRÉGUIER
Comme je voyageais sur le chemin de Rome, lannic Côz , une lettre arrivait jusqu'à moi ;
On y parle de vous, brave homme, Des chanteurs de Tréguier, vous le chef et le roi.
« Grâce à Jean, disait-on, sans tes vers point de fêt«. Aux luttes, il les chante; il les chante aux Pardons;
Et le tisserand les répète.
En poussant sa navette entre tous ses cordons.
LA FLEUR d'or. 43
3[on sonneur les sait mieux que matines et laudes ; Pour lannîc le chanteur, ce malin Trégorrois ,
Il t'a dû bien des crêpes chaudes, Bien du cidre nouveau pour rafraîchir sa voix. »
Voilà ce qu'on m'écrit et j'ai tressailli d'aise : A moi le bruit, à vous le cidre jusqu'au bord ;
Sur un seul point, ne vous déplaise, Beau chanteur, mon ami, nous serons peu d'accord.
Certain libraire intrus sous sa presse maudite A repétri pour vous et travaillé mon grain ;
Mon cœur de barde s'en irrite ; Moi-même dans le four j'aime à mettre mon pain.
Mangez-le. De grand cœur, ami, je vous le donne; Mais gardez, en l'offrant, d'y jeter votre sel ;
Assez pour la table bretonne Mêleiit au pur froment un levain criminel.
Si quelque nain méchant fendait votre bombarde , Faussait l'anche, ou mettait du sable dans les trous.
Vous crîriezi... Ainsi fait le barde.
Le juge peut m' entendre : Ami , le savez-vous ?
Pourtant je veux la paix. — Pour les jours qui vont suivre Ce triste hiver, voici ma nouvelle chanson ;
Que vos sacs se gonflent de cuivre ; Bien repu, chaque soir,- rentrez à la maison.
Des forêts à la mer poursuivez votre quête ;
Qu'on redise après vous « Les Conscrits de Pld-Meûr » ;
Ne chantez pas à pleine tête ; Faites pleurer les yeux et soupirer le cœur.