LE CHANT DE LA COUPE
Dans ma chaumière, un soir, près d'un grand feu de lande , Je rêvais ; des amis faisaient cercle ; et voilà Que, soulevant ma tasse, un des chefs de la bande Ainsi , pour dissiper mes rêves, me parla :
« Aime ton humble coupe. Elle est de buis, qu'importe! Le buis solide et dur te sied, chanteur breton ; Et sur le pied d'étain qui l'orne et la supporte. Dans un double idiome on peut lire ton nom.
Vois , nul encor n'a bu dans la coupe celtique. Toi-même la creusas de tes pieuses mains, Évoquant, évoquant lès Esprits d'Armorique Depuis près de mille ans couchés sous les dôl-mens.
Tous se sont éveillés I Mélodieuse troupe ,
Ils sont venus à toi comme des échansons ;
Et voici qu'enivrés aux vapeurs de ta coupe,
Sur les bourgs de Cornouaille ils versent tes chansons.
Ils nous versent l'amour des coutumes rustiques , Le bonheur d'aller fiers sous d'immenses cheveux, D'avoir un parler pur entre les plus antiques Qu'il faut transmettre pur à nos derniers neveux.
Oui ,• tes chants ont dit vrai : Les bruyères sont belles , Nos yeux s'ouvrent plus grands aux -aspects du pays , Plus fervents nous prions sur le sol des chapelles, Nous allons plus joyeux sous Tombre des taillis.
i^ LA FLEUR d'or.
poëte rustique ! ô poëte sincère !
Sois heureux de ta coupe et redis en tout lieu Ce vers qui soutiendra souvent notre misère : a Aimons notre pays et surtout aimons Dieu!..
Et puis, il t'en souvient, si, bravant ton étoile. Tu l'emplissais de vin rafraîchi dans l'Ëllé, Une vierge était là plus blanche que son voile, Et cette belle enfant te disait consolé.
Aime ton humble coupe , et de vin ou de cidre Emplis-la jusqu'aux bords pour noyer tes douleurs , Si les flots fermentes laissent surnager l'hydre. Alors, les yeux au ciel, bois ton fiel et tes pleurs. » -
Et moi je répondis : « Tes discours, ô Jérôme, Sont un miel savoureux qui pénètre le cœur; En creusant tes sillons si tu chantes, jeune homme. Tes grands bœufs fatigués reprennent leur vigueur! »
LO'-THÊA
Dans les vallons, sur les montagnes.
J'irai, suivant partout les rives du Léta, Et les tristesses, mes compagnes.
S'adouciront dans ces campagnes :
Salut à ton clocher 1 Salut, cher Lo'-Théa !
Pourquoi, de soupirs oppressée, T'attrlster, ô mon âme, et me troubler toujours? Dans l'avenir mets ta pensée,
LA FLEUR d'or. 12$
Ta vie à peine commencée
Te promet encor de beaux jours.
Faut-il de regrets et de blâme, Ennemi de soi-même, exciter sa douleur!
Non, Tespoir serein nous réclame, Il verse sa rosée à l'âme Gomme le matin à la fleur.
Le bien et le mal, noir mélange.
Nous viennent tour à tour de Tenfer et du ciel, J'ai bu Tabsinthe avec sa fange.
Au calice doré de l'ange Souvent j'ai savouré le miel.
Doux Lo'-Théa, fraîche vallée, Paroisse où mon enfance errait toute à l'espoir, Où par ses ennuis rappelée.
Ma jeunesse errante et troublée Chaque automne vient se rasseoir,
Pardonnez, ô belle nature, Tous ces combats mauvais du cœur et de l'esprit, Bien que souffrant de ma blessure, Plus calme enfin je me rassure Sous la main qui frappe et guérit.
Celui qui vous fit tant de charmes, A-t-il, maître jaloux, défendu d'être heureux? Chemin d'épreuves et d'alarmes , Faut-il vous arroser de larmes Avant d'arriver dans les cieux?
J'en crois votre aspect qui console.
Hêtres, pins murmurants, fleurs d'or, et vous, ruisseaux,
<2* LA FLÊÙR d'(^R.
Votre beauté n'est point frivole; L'ennui qui près de vous s'isole S'endort mieux au bruit de vos eaux.
Puisse , légère aussi , la peine Comme l'eau de ce pré sur moi glisser et fuir! Détaché d'ambition vaine, Son fiel, sans détours et sans haine, Qu'ai-je à craindre de l'avenir ?
Oui, des ennuis où tu te plonges, Cœur longtemps éprouvé, dégage enfin tes jours ^ Reviens à tes premiers mensonges ; Ton âge encore a de beaux songes, Ton âfire de belles amours.
^ A l'espérance jeune et blonde, Crédule, livre-toi, comme dans ton matin...
Voyageur entraîné par l'onde.
Que jamais mon regard ne sonde Les flots qui portent mon destin.
Vivons de la vie idéale.
Vivons de la nature et du charme des vers, Heureux du çhan( de la cigale, Du parfum que la lande exhale , Ou qui descend des taillis verts.
Respire donc, âme oppressée, Et fais part aux bons cœurs de tes apaisements : Durant notre époque abaissée, Quand tout déprime la pensée , Toi , relève les sentiments^
•LA FLEUR d'or. 427
ENVOI A M. PERDINATiD DBIVl^
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Tout à notre chère habitude, Oh ! laissons en accord nos pensers et nos voix ,
Doux amis de la solitude î