A MON FRÈRE EDMOND, EN AMERIQUE
Tous le voyaient en rêve aux terres atlantiques , Et, malgré leaboas et les serpents ailés, Chercheurs d'El-Dorado, les voilà tous allés
Au pays lointain des Caciques.
Là, sur un lit d*onyx et de saphirs, il dort Le vieillard idéal couvert de poudre d'or !
Au pays lointain des Caciques.
Heureux, nouveaux Jasons, ceux-là qui sont allés! Qu'importent les boas et les serpents ailés, Si l'on suit son beau rêve aux terres atlantiques! —
Fantôme du bonheur, son ombre, son reflet,
Que vous attirez l'âme humaine I Ah ! s'il est un bonheur pur, durable , complet , Anges, emportez-nous vers son riche domaine!
Dieu sur tout l'univers refléta sa beauté ,
Notre âme par instinct cherche la belle image ,
Et, croyant la saisir, frémit de volupté :
mers , cieùx étoiles , vallons pleins de ramage ,
Où l'homme bien souvent poursuit son idéal,
Jusqu'au divin auteur transmettez cet homipage !
Heureux les cœurs saisis d'un amour virginal,
L'un dans l'autre absorbés comme en leur bien suprême :
Enfin, murmurent-ils, j'ai l'être sans égal!
C'est que l'objet aimé nous semble Dieu lui-même. —
Fantôme de l'amour, son ombre , son reflet , Que vojus entraînez l'âme humaine I
136 L4 FLEUR d'or.
Anges, emportez-nous vers le brûlant domaine Où rayonne l'amour 'pur, durable, complet!
Des âmes ont trouvé des ailes \ Pour voler avant l'heure aux choses étemelles. Elles ont vu , — l'Amour, dissipant tout brouillard , Fervent, leur déroulait ses plaines infinies, — Enfin elles ont vu le mystique vieillard I saint El-Dorado , roi des sphères bénies , Après ta grande voix que sont nos harmonies ? Nos rubis sont les feux de ton ardent regard. Pour voler avant l'heure aux choses éternelles, Des âmes ont trouvé des ailes.