‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 2)Chapitre 12 sur 64 · DE 4302, 1355 ET · texte numérisé non relu

DE 4302, 1355 ET

Sommaire : Rénovation de rantorité royale. — Nouvelles institutions judiciaires. — Droit civil de la bourgeoisie. — Renaissance du droit romain. — La cour du roi ou le parlement. — Doctrines politiques des légistes. — Leur action révolutionnaire. — États généraux du royaume. — Avènement du tiers état. — Ses principes, son ambition. — États généraux de 1355 et 1356. — Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris. — Son caractère, ses projets. — La Jacquerie. — Chute et mort d'Etienne Marcel. — La royauté sous Charles V. — Point où notre histoire sociale prend un cours régulier.

Municipes restaurés , villes de consulat y villes de communes, villes de simple bourgeoisie, bourgs et villages affranchis, une foule de petits États plus ou moins complets , d'asiles ouverts à la vie de travail sous la liberté politique ou la seule liberté civile, tels furent les fondements que posa le xn« siècle pour un ordre de choses qui , se développant jusqu'^ nous, est devenu la société moderne. Ces éléments de rénovation sociale n'avaient pas en eux-mêmes le moyen

de se lier entre eux , ni de soumettre autour d'eux ce qui leur était contraire; la force qui les avait créés n'était capable que de les maintenir plus cm moins intacts dans leur isolement primitif; il fallait qu'une force extérieure et supérieure à la fois vint à son aide, en attaquant de front cette aristocratie territoriale, à qui la conquête et les mœurs germaniques avaient donné sa dernière forme.

Depuis le démembrement féodal, la royauté se cherchait ellennême, et ne se retrouvait pas; Germaine d'origine, mais formée en Gaule et imbue des traditions impériales, jamais elle n'avait oublié son principe romain, l'égalité devant elle et devant la loi. Ce prin-* cipe, vainement soutenu par les Mérovingiens contre l'indomptable orgueil des Franks de la conquête, reçut son démenti final au déclin de la seconde race. Alors disparurent deux idées qui sont comme les pôles de toute vraie société civile, l'idée du prince et celte du peuple, et, sous le nom d'État, Ton ne vit plus qu'une hiérarchie de souverains locaux, maîtres chacun d'une part ou d'une parcelle du territoire natioiml. La renaissance d'une société urbaine rouvrit les voies ti*aditionnellesde la civilisation, et prépara toutes choses pour le renouvellement de la société politique. Le roi de France trouva dans les villes reconstituées municipalement ce que le citoyen donne à l'État, ce que le baronnage ne voulait ou ne pouvait pas donner, la

sujétion effective, des subsides réguliers, des milices capables de discipline*. C'est par ce secours, qu'avant la fin du xu*' siècle, la royauté, sortant des limites où le système féodal la cantonnait, fit de sa suprême seigneurie, puissance à peu près inerte, un pouvoir actif et militant pour la défense des faibles et le main- . tien de la paix publique^.

Je ne dis point que le renouvellement de l'autorité royale eut pour cause unique et directe la révolution d'où sortirent les communes. Ces deux grands événements procédèrent, chacun à part, de la tradition rendue féconde par des circonstances propices; ils se rencontrèrent et agirent simultanément l'un sur l'autre. Leur coïncidence fut signalée par une sorte d'élan vers tout ce qui constitue la prospérité publique; à l'avènement d'une nouvelle classe d'hommes libres se joignit aussitôt la reprise du progrès dans l'ordre des choses matérielles. Le xii* siècle vit s'opérer un défrichement, inouï jusque-là, de forêts et de terres incultes, les anciennes villes s'agrandir, des villes nouvelles s'élever et se peupler de familles échappées au servage'; il vit enfin commencer le

4. Partout les bourgeois étaient organisés en compagnies , armés régulièrement et exercés au tir de Tare et de Tarbalète.

3. Voyez VHUtoire de la civllisaiion en France^ par M. Guizot, 3o édilion,t. lV,p. lOTelsuiv.

3. Hiiic est quod sub ipso C Ludovico VU 3» pace vigente, tôt novoe Tillx condilsB suul et vctcres ampliacatœ, lot excisa nemora et

mouvement de recomposition territoriale qui devait ramener le royaume à la puissance, et le conduire un jour à Tunité.

Au siècle suivant apparaissent les réformes judiciaires et législatives; elles entament le droit féodal, et inaugurent un nouveau droit civil qui , de la sphère des municipalités, passe dans la haute sphère de TÉtat. Né dans les chartes de communes et dans les cou< tûmes rédigées pour des villes ou des bourgades, ce droit de la bourgeoisie, hostile à celui des classes nobiliaires, s'en distingua par son essence même; il eut pour base l'équité naturelle, et régla, d'après ses principes, l'état des personnes, la constitution de la famille et la transmission des héritages. Il établit le partage des biens paternels ou maternels, meubles ou immeubles, entre tous les enfants, l'égalité des frères et des sœurs, et la communauté, entre époux, des choses acquises durant le mariage*. C'était, sous une forme grossière , et , d'un côté avec l'empreinte d'ha-

exculta, ordinesque divers! divereisiD locis multipliciler propagati.... {Chronoloyia Roberti, monachi altissiodorensis , apud Script, rer. gallic. et francic, t. XII, p. 299.) — Quasdam villas novas œdiûcavlt perquas plures ecclesias et milites de propriissuis hominibus, ad cas conrugientibus exheredasse non est dubium... {Fragmeutum historicum de vila Ludovici VU, ibid., p. 286.)

4. Voyez les deux ouvrages do M. Edouard Laboulaye : Histoire de la propriété au moyen âge. Conclusion, et liecherches sur la condi" tion civile et politique des femmes, depuis les Romains jusqu'à nous liv. IT, scct. H cl lU.

3S ESSAI SUR LHiSTJIRE

bitudes semi-barbares ^ de Faulre avec une teinte plus marquée d'inspirations chrétiennes, le même esprit de justice et de raison qui avait tracé jadis les grandes lignes du droit romaiiL.

Aussi la révolution sociale fut-elle accompagnée et soutenue dans son développement par une révolution scientifique y par la renaissance de Tétude des lois romaines et des autres monuments de cette vieille et admirable jurisprudence. L'impulsion fut encore ici donnée par l'Italie, où l'enseignement public du droit ne cessa point durant tout le moyen âge, et subsista obscurément à Ravcnne avant de refleurir à Bologne. Dès le xii"" siècle, de nombreux étudiants, qui, dans leurs migrations, passaient les Alpes, rapportèrent en France la nouvelle doctrine des glossateurs du droit civil; et bi^tôt ce droit fut professé concurremment avec le droit canonique dans plusieurs villes du Midi, et dans celles d'Angers et d'Orléans *. U devint raison écrite pour la portion du territoire dont les coutumes n*avaient conservé que peu de chose du droit romain; il devînt droit écrit pour celles où la loi romaine, mélangée et non déracinée par le contact des lois barbares, avait passé dans les moeurs et subsistait encore à l'état de droit coutumier. Les maximes et les règles puisées dans les codes impériaux par des esprits

4. Voyez Vautoire du droit romain au moyen âge, par Savigny, 1. 1, et VBlstolre liltéralre de la France,i» XVI, p. 85.

ardents et soucieux du vrai et du juste , descendirent des écoles dans la pratique, et, sous leur influence, toute une classe de jurisconsultes et d'hommes politiques, la tête et Fâme de la bourgeoisie, s'éleva, et commença dans les hautes juridictions la lutte du droit commun et de la raison contre la coutume, l'exception, le fait inique ou irrationnel.

La cour du roi ou le Parlement, tribunal suprême €t conseil d'État, devint, par l'admission de ces hommes nouveaux, le foyer le plus actif de l'esprit de renouvellement. C'est là que reparut, proclamée et appliquée chaque jour, la théorie du pouvoh» impérial, de l'autorité publique, une et absolue, égale envers tous, source unique de la justice et de la loi. Remontant, par les textes sinon par la tradition, jusqu'aux temps romains, les légistes s'y établirent en idée, et, de cette hauteur, ils considérèrent dans le présent l'ordre politique et civil. A voir l'action qu'ils exercé-^ rent au xiii« siècle et au siècle suivant, on dirait qu'ils eussent rapporté de leurs études juridiques cette conviction, que, dans la société d'alors , rien n'était légitime hors deux choses, la royauté etFétat de bourgeoisie. On dirait même qu'ils pressentaient la destinée historique de ces deux institutions, et, qu'en y mettant le sceau du droit, ils marquèrent d'avance les deux termes auxquels toutdevait être ramené. Toujours est-il de fait que les légistes du moyen âge, juges;

conseillers , officiers royaux , ont frayé , il y a six cents ans, la route des révolutions à venir. Poussés par Tinstinct de leur profession, par cet esprit de logique intrépide qui poursuit de conséquence en conséquence Tapplication d'un principe, ils commencèrent, sans la mesurer, Timmense tâche où, après eux, s'appliqua le travail des siècles : réunir dans une seule main la souveraineté morcelée, abaisser vers les classes bourgeoises ce qui était au-dessus d'elles, et élever jusqu'à elles ce qui était au-dessous.

Cette guerre du droit rationnel contre le droit existant, des idées contre les faits, qui éclate par intervalles dans les sociétés humaines, a toujours deux époques d'un caractère bien différent : la première, où l'esprit novateur se prescrit des bornes et se tempère lui-même par le sentiment de l'équité ; la seconde, où il s'emporte et brise sans ménagement tout ce qui lui faisait obstacle. Deux règnes fameux, qui, en se touchant presque, forment l'un des plus étranges contrastes que l'histoire puisse présenter, le règne de Louis IX et celui de Philippe le Bel, répondent à ces deux temps successifs dans la réforme politico-judiciaire par laquelle s'ouvrit l'ère administrative de la monarchie française.

Commencée avec tant de douceur et de réserve par le roi qui fut un saint et im grand homme, cette révolution parut, sous la main de son petit-fils, âpre, violente, arbitraire, inique même, dans la poursuite de

bu TIERS ÉTAT. Il

mesures dont le but final était un ordre meilleur et plus juste pour tous. Malgré son esprit et sa tendance, elle n'eut pas le pouvoir d'exciter l'affection du peuple; aucun élan d'espoir et de joie ne l'accompagna dans ses progrès; rien de bruyant, point de scènes populaires, tout s^élaborait à froid dans une officine secrète; c'était le travail du mineur qui poursuit son œuvre en silence jusqu'à Theure où viendra l'assaut. Jamais, peut-être, il n'y eut de crise sociale d'un aspect plus sombre que celle-ci : pour les classes privilégiées, des spoliations et des supplices; pour la masse roturière, tout le poids d'une administration ébauchée, ayant plus d'astuce que de force, vivant d'expédients et d'extorsions, coûtant beaucoup et ne rendant rien. Seulement, au-dessus de ce désordre, plein de ruines et de souffrances, mais berceau de Tordre à venir, une voix s'élevait de temps en temps, celle du roi absolu, qui, au nom de la loi naturelle, proclamait le droit de liberté pour tous, et, au nom de la loi divine, réprouvait l'institution du servage ' .

1. Attendu que toute créature faumalne, qui est formée à Timage de Notre-Seigneur, doit généralement être franche par droit nature), et, en aucuns pays , de cette naturelle lil)erté et franchise par le joug de la servitude qui tant est haineuse soit effacée et obscurcie; que 1rs hommes et les femmes qui habitent es lieux et pays dessusdits, en leur vivant soient réputés ainsi comme morts... [Ordonnauce de Philippe le Bel C*314]; Rec. des Ordonn. des rois de France , t. XII , p. 387. ) — Comme selon le droit de nature chacun doit naistre franc, et par aucuns usages et coutumes , qui de grant ancienneté ont esté

il ESSAI SUR L'HISTOIRE

Ces légistes du xiv« siècle , fondateurs et ministres de l'autocratie royale , furent soumis à la destinée commune des grands révolutionnaires : les plus audacieux périrent sous la réaction des intérêts qu'ils avaient blessés et des mœurs qu'ils avaient refoulées ^ Plus d'une fois la royauté fléchit dans sa nouvelle voie^ et se laissa ramener en arrière par la résistance dés pouvoirs et des privilèges féodaux. Mais^ en dépit de ces retours inévitables ^ et malgré les conces* sions faites sous des règnes faibles^ deux choses allèrent croissant toujours ^ le nombre des hommes libres à titre de bom^eoisie^ et le mouvement qui portait cette classe d'honunes à se ranger d'une manière immédiate sous la garde et la justice du roi. Une révolution moins éclatante et moins spontanée que la révolution conununale vint reprendra en sous-

entroduites et gardées jusques-cy en no«tre roj^ume , et par aTanture pour le meffet de leurs prédécesseurs, moult de personnes de noslre commun pueple soient encheues en lien de servitudes et de diverses conditions, qui moult nous desplait : nous , considérants que nostro royaume est dit et nommé le royaume des Francs, et voullants que la ciiose en vérité soit accordant au nom... ( Ordonnance de Louis le Huiin C48IB, S juillet^ ibid., 1 1, p. «83. ) — Ordonnance de PhiUppe le Long D348 , 33 janvier^, ibid., p. 653.

4. Bnguerrand de Marigny, pendu à Vontfaucon, sous le rè^e de Louis X; Pierre de Latiliy, chancelier de France, et Raoul de Presie, avocat du roi au parlement, tous deui mis à la torture sous le même règne; Gérard de la Guette, ministre de Philippe le Long, mort à la quesUon en I8S9; Pierre Frémy, ministre de Giarlcs le Bel, pendu en 1338.

œuvre les résultats de celle-ci, et, par un travail lent mais continu, faire, de mille petits États distincts, une même société rattachée à un centre unique de juridiction et de pouvoir.

D'abord , il fut posé en principe que nulle commune ne pouvait s'établir sans le consentement du roi ; puis, que le roi seul pouvait créer des communes; puis, que toutes les villes de commune ou de consulat, étaient par le fait même, sous sa seigneurie immédiate*. Quand ce dernier point parut gagné, la royauté fit un pas de plus; elle s'attribua le droit de faire des bourgeois par tout le royaume, sur I^ domaine d' autrui comme sur le sien. Par une fiction étrange, la bourgeoisie, droit essentiellement réel^ attaché au domicile et que Thabitation conférait, devint quelque chose de personnel. On put changer de juridiction sans changer de résidence, se déclarer homme libre et citoyen sans quitter la glèbe seigneuriale, et, comme s'expriment les anciens actes, désavouer son seigneur et s'avouer bourgeois du rûi\

4. Hincestquod, eum ad dominum nostrum et nos In soHdum perlineat creare et constituere- consulatus et communitates (Ordonnance de Charles, régent du royaume pendant la capUviié du roi Jean C^SSS, novembre 3, Rec. des ordonn. des rois de France, t. III, p. 305.)

a. Voy. le Glossaire du Droit français ^ par Laurière, et la Dissertation de Bréquigny sur les bourgeoisies, en tête du tome XII du Recueil des Ordonnances des rois de France. >

Ainsi; l'association au corps des habitants d'une ville privilégiée cessa d'être l'unique moyen d'obtenir la plénitude des droits civils ; le privilège se sépara des lieux pour aller chercher les personnes, et, à côté de la bourgeoisie des cités et des conununes, il créa sourdement une nouvelle classe de roturiers libres, auxquels on aurait pu donner, par exception, le titre de citoyens du royaume '.

Toutes ces choses procédaient d'un nouveau prin-

1. Cum in comitatu Brene, feodls, relrofeodis et gardiis ip8iu8 comitatuB et aliis terris quas dilcctus et fidelis consanguiiieus noster, Oaltherus» dux Athenarum et cornes dicti comitatus, habet in comitatu Campanie, sint plures homines et femine, burgenses nostri albani supervcnti aliunde et alii qui so advoaverunt et advoant nostros homines et feminas de jurata, ae etiam plures homines et Temine dicti consanguinei , suorum feodorum, retrofeodorum et gardiarum, qui eos deadvoaverunt et se advoaverunt et advoant homines et feminas nostros de dicta jurata; nitendo se eximcre a servitute qua sunt ipsi consanguineo nostro et suis feodatis, retrofeodatis et gardiis, ut

dicunt, astricU (Ordonnance du roi Jean [AZSSi, novembre3, Rec.

des Ordonn. des rois de France, t. IV, p. 721.)— Cum a predcces-

ioribus nostris Francie regibus, vassallorum et dominorum allorum utilium seu immediatorum subditis in senescaliis Tholose, Carcassonne et Bellicadri, per dictes suos dominos, sues justiclarios seu orficiarios oppressis subvenire Tolentibus et ipsos a gravaminibus relevare, ductis et excitatis ad hoc ex frequenti quereia subditorum ipsorum, fuerit ab antiquo, preyia Consilii deliberatione matura, laudabiliter ordinatum, ut quicumque taliter oppressi cujuscunque status et conditionis existerint, dimissa dicli sui immediati dominii Bubjectione, subjectionem nostram ingredi et nosiri burgenses eitlci possent, et ad hoc admilierentur libère, cessante contradictionc qua-

cun^ue (Ordonnance de Charles V lidld, juillet 293, ibid., t V,

cipe social, d'un droit subversif des droits existants, et aucune ne s'établissait sans protestation et sans lutte. Il n'en fut pas de même de l'institution fameuse qui fit de la bourgeoisie un ordre politique représenté par ses mandataires dans les grandes assemblées du royaume. Ces assemblées, dont la tradition avait passé des coutumes germaines dans le régime de la monarchie féodale, se composaient de députés élus respectivement par la noblesse et le clergé, et formant soit une seule réunion, soit deux chambres distinctes*. Dès qu'il y eut, parla renaissance des municipes et l'affranchissement des bourgs , une troisième classe d'hommes pleinement libres et propriétaires, cette classe, bien qu'inférieure aux deux autres, participa, dans sa sphère, aux droits politiques des anciens ordres; elle fut appelée à donner conseil dans les affaires importantes, et à délibérer sur les nouvelles taxés.

Par leurs privilèges conquis à force ouverte ou octroyés de bon accord, les villes étaient devenues, comme les châteaux, partie intégrante de la hiérarchie féodale, et la féodalité reconnaissait à tous ses membres le droit de consentir librement les impôts et les subsides; c'était l'un des vieux usages et le meilleur

i. Voy. le procès-verbal de l'élection de Charles de Valois, comme roi d*Aragon et comte de Barcelone. Bymer, Fœdera, conventlones^ liiterœf etc., 1 1, p. 639^

16 ESSAI SUR L'HISTOIBE

principe de ce régime ; la population urbaine en eut le bénéfice j sans le revendiquer, et sans que personne le lui contestât D'abord peu fréquente et bornée à des cas spéciaux , la convocation par le roi de représentants des bonnes villes eut lieu d'une façon isolée^ £ans que le fait^ quelque nouveau qu'il fftt , parût aux £ontemp(»ains digne d'intérêt. Les formules de quelques chartes royales sont le seul témoignage qui nous en reste avant le règne de Philippe le Bel •, et il faut descendre jusqu'à ce règne pour le voir se produire d'une façon éclatante , et marquer sa place parmi les grands faits de notre histoire nationale.

Le surcroît de dépenses et de besoins pour la royauté que firent naître les créations administratives au milieu desquelles s'ouvrit le xiv« siècle devait naturellement amener des appels plus nombreux et plus réguliers de bourgeois mandataires des cités et des communes. De graves événements survenus dans la première année du siècle donnèrent une solennité inaccoutumée et le caractère de représentation nationale à des convocations jusque-là partielles, et qui passaient l'une après l'autre sans se faire beaucoup remarquer. La cour de Rome', violant les règles et les

h. Voy. rOrdonnance de saint Louis de 4262, contre-signée par trois bourgeois de Paris, trois de Provins, deux d'Orléans, deux de Sens et deux de Laon. Rcc. des Ordonn. des rois de France, 1. I, p. 93. — L'origine des États particuliers des provinces est la même que celle des États généraux du royaume.

traités qui limitaient son pouvoir en France, prétendit à un droit de suprématie temporelle sur les affaires du royaume. A ce sujet, le pape Boniface VIII et le roi Pbilippe le Bel entrèrent en lutte ouverte ; le pape convoqua un concile général, et le roi une assen^ blée générale de députés des trois états ^ clergé^ no^ blesse et bourgeoisie des villes *. Celles du Nord envoyèrent leurs échevins, celles du Midi leurs consuls, et la voix du commun peuple fut recueillie dans ce grand débat au même titre que celle des barons et des dignitaires de l'Église ^. a À vous , » disaient dans leur requête au roi les représentants de la bourgeoisie, a à vous, très-noble prince, nostre sire Phia lippe , par la grâce de Dieu roy de France, supplie a et requiert le peuple de vostre royaume, pour ce a qui Fy appartient, que ce soit fait que vous gardies a la souveraine franchise de vostre royaume, qui est c< telle que vous ne recognoissiez, de vostre temporel, « souverain en terre , fors que Dieu'... » Ce vœu dln-

4. Les trois états de Prtiiee liirenl coftvoqxiés à Notre-Dame ûe Paris le 10 avriHSOa.

2. Rex autem , Parisius convocans ad concilium universos ragni

Francise barones, prœlatos, duces et comités, abbates et procuratores capituiorum suorum, decanos et custodes ecclesiarum colî'^iatarum,

ticedominos , castellanos, majores et scabinos cosnmuniarum

(Ciironique de Guillaume de Nangis, 1. 1, édition de Géruud, p. 3U ).

3. Chronologie des Eâtals généraux, par J. Savaron ( Gaen, 1788), p. Ci. - Voy. le Rapport de mon frère Amédée Thierry» sur le Com-

dépendance pour la couronne et le pays marque noblement dans notre histoire la première apparition d'une pensée politique des classes roturières hors du cercle de leurs intérêts et de leurs droits municipaux; il fut^ depuis, Tune des maximes fondamentales qui, nées de rinstinct populaire et transmises de siècle en siècle, formèrent ce qu'on peut nonmier la tradition du tiers état.

Ce nom de tiers état, lorsqu'il devient une expression usuelle, ne comprend de fait que la population des villes privilégiées, mais, en puissance, il s'étend bien au delà: il couvre non-seulement les cités, mais les villages et les hameaux; non-seulement la roture libre, mais tous ceux pour qui la liberté civile est encore un bien à venir* . Aussi, quelque restreinte que fût par sa nature toute municipale la représentation du troisième ordre, elle eut constamment le mérite de se croire chargée de plaider, non la cause de telle ou telle fraction , de telle où telle classe du peuple , mais celle de la masse des non nobles , mais le peuple sans distinction de francs ou de serfs, de boiu*geois ou de paysans *.

cours du prix d'histoire, décerné en 1844 par rAcadémie des sciences morales et politiques.

•I. Les mots gens de tiers et commun étal se trouvent dans plusieurs actes du xt« siècle. On disait indiffëremment le tiers état, le commun état, et le commun,

3. Les élections des députés du tiers état, bornées durant le xit* siècle et une grande partie du xt«, à ce qu'on nommait les bonnes

Toutefois Ton ne voit pas que la bourgeoisie elle-même ait d'abord attaché beaucoup de prix au droit d'être consultée conune les deux premiers or^lres sur les affaires générales du royaume. Ce droit, qu'elle n'exerçait guère sans une sorte de gêne , lui était suspect , parce que toute convocation des états aboutissait naturellement à de nouvelles demandes du fisc. Son rôle fut subalterne et peu marqué dans les états généraux qui vinrent après ceux de 1302 , sous Philippe le Bel et ses successeurs, jusqu'au milieu du xiv« siècle, et qui eurent en général pour occasion des guerres ou des changements de règne. Mais, sous le roi Jean^ la détresse publique et l'excès des malheurs nationaux donnèrent aux communes de France un élan de passion et d'ambition qui leur fit tenter des choses inouïes Jusque-là, et saisir tout d'un coup et pour un moment cette prépondérance du tiers état qui ne put être fondée sans retour qu'après cinq siècles d'efforts et de progrès.

Deux siècles écoulés depuis la renaissance des libertés municipales avaient donné aux riches bourgeois des villes l'expérience de la vie politique , et leur avaient appris à connaître et à vouloir tout ce qui , soit dans l'enceinte des mêmes murs , soit sur un plus vaste espace, constitue les sociétés bien ordonnées. Pour les

villeSt furent, vers la fia du xv« siècle, étendues aux villes non murées et aux simples villages. Yoy. ci-après les étals géuéraux de 4484. I. 5

60 ESSAI SUR L'HISTOIUE

cités et les commuaes, quelle que fût la forme de leur gouvernement, Tordre, la régularité, l'économie, le soin du bien-être de tous . n'étaient pas seulement un principe, une maxime, une tendance, c'était un fait de tous les jours ^ garanti par des institutions de tout genre, d'après lesquelles chaque fonctionnaire ou comptable était surveillé sans cesse et contrôlé dans sa gestion. Sans nul doute^ les mandataires de la bourgeoisie aux premiers états généraux, aj^lés à voter des subsides et à voir comment on les dépensait, ftu?ent vivement frappés du contraste qu'offrait Tadministration royale avec ses tentatives hasardées, ses ressources frauduleuses, ses abus anciens ou nouveaux ^ et l'administration urbaine, suivant des règles immémoriales^ scrupuleuse, intègre, équitable, soit de son propre mouvement, soit malgré elle. Parmi ces hommes d'intteUtgenee nette et active^ les plus éclairés durent e^eevoir la pensée d'introduire au centre de TÉtat ce qu'ils avaient vu pratiquer sous leurs yeux , ce qu'ils avaient pratiqué eux-mêmes d'après la tradition locale et l'exemple de leurs devanciers* Cette pensée, d'abord timide en présence de la royauté qui ne la sollicitait pas, et des corps privilégiés qui ne prenaient conseil que d'eux-mêmes, se fit jour quand des nécessités extraordinaires y amenées par la guerre au dehors et * les dilapidations au dedans, forcèrent le roi et ses ministres à chercher du secours à tout prix, et mirent à

nu leur impuissance à remédier aux* malheurs publics. C'est de là que vint resi»*it 4*innovation qui éclata s! subitement et avec tant d'énergie dans les états généraux de i355« Les résolutions de cette assemblée, auxquelles une ordonaance rcyale donna sur-le^hairip force de ioi^ contiennent, et dépassât même sur quelques points , les garanties modernes dont se compose le régime de la monarchie constitutionnelle. On y trouve Tautorité partagée entre le roi et les trois états représentant la nation et représentés par une corn<mission de neuf membres; rassemblée des états s'ajournant d'elle-même à terme fixe; l'impôt réparti sur toutes les classes de personnes et atteignant jusqu'au roi ; le droit de percevoir les taxes et le contrôle de l'administration financière donnés aux états agissant par leurs délégués à Paris et dans les provinces ' ; rétablissement d'une milice nationale par Tinjonction faite

4. Est ordonné que des trois estaz dessus diz seront ordennez et depputez certaines personnes bonnes et honnestes, solables et loyauls et sans aucun souspeçon, qui par les pays ordenneront les choses dessus dittes, qui auront receveurs et ministres, selon l'ordenanceet instruction qui sera faite sur ce; et oullre les commissaires ou depputez particuliers des pays et des contrées/ seront ordennez et establiz par les trois estais dessus dits neuf personnes bonnes et honnestes : c'est assavoir de chaseun estât trois qui seront généraulx et superintendenz sur tous les aulrrs, et qui auront deux receveurs généraux prud'hommes et bien solables, pour ce que lesdiz superintendens ne seront chargiez d'aucune receple, ne de faire compte aucun. (Ordonn. du ^ décembre 4355, art, 2, Roc. des Ordonn. des rois de France,

à chacun de s'équiper d'armes selon son élat; enfin , la défense de traduire qui que ce soit devant une autre Juridiction que la justice ordinaire, Tabolition du droit de prise ou de réquisition forcée pour le service royal, et la suppression des monopoles exercés sous le nom de tierces personnes par les officiers royaux ou seigneuriaux ^ Il y a là comme un souffle de démocratie municipale, quelque chose de plus méthodique et de plus large en fait de liberté que la résistance aristocratique de la noblesse et du clergé. L'initiative du tiers état dominait , par l'empire du bon sens et de l'expérience administrative , dans ces délibérations qui , à ce qu'il paraît, furent communes entre les trois ordres'. La même chose eut lieu , avec des conséquences bien plus graves, aux états généraux de 1386, année fatale

1. Et ne seront lesdites aydes et ce qui en ysfra levées ne distribuées par nos genz, par noz trésoriers, ne par noz officiers, mais par autres bonnes genz, saiges, loyauls et solables, ordennez, commis et depputez par les trois estaz dessusdiz, tantaux frontières comme aillieurs

^ù il les conviendra distribuer. (Ibid., art. 5. ) » Ibid., art. 6, 7, 8, 9, 41,12, 43, 48, 19 et 52.

2. Furent assemblés à Paris, par le mandement du roy, les prélats, les chapitres, les barons et les villes du royaume de France , et leur fiât le roy exposer en sa présence Testât des guerres... Lesquels rcspondirent, c'est assavoir : le clergié, par la bouche de maislre Jehan de Craon, lors arcevesque de Raina, les nobles, par la bouche du duc d'Athènes, et les bonnes villes, par Estienne Marcel, lors prévostdes marchans à Paris, que il estoient tous prests de vivre et de mourir avec le roy, et de mettre corps et avoir en son service, et délibéracion requistrent de parler ensemble, laquelle leur fu ottroiée. (Chroniques de Saint-Denis, édit. de M. Paulin Paris, t. Vf, p. 19.)

OÙ, par suite d'une bataille imprudemment livrée, on vit le roi prisonnier, la plupart des nobles tués ou pris dans la déroute , les forces du royaume anéanties et le gouvernement dissous au milieu de la guerre étrangère, des discordes intestines et de Firritation des esprits.

Le désastre de Poitiers excita dans les classes rotu- , rières un sentiment de douleur nationale, mêlé d'indignation et de mépris pour la noblesse qui avait lâché pied devant une armée très-inférieure en nombre. Ceux des gentilshommes qui, revenant de la bataille, passaient par les villes et les bourgs, étaient poursuivis de malédictions et d'injures * . La bourgeoisie parisienncj animée de passion et de courage, prit sur elle , à tout événement, le soin de sa propre défense, tandis que le fils aîné du roi, jeune homme de dix-neuf ans , qui avait fui Fun des premiers , venait gouverner comme lieutenant de son père. C'est sur la convocation de ce prince que les états s'assemblèrent de nouveau à Paris avant le terme qu'ils avaient fixé. Les mêmes députés revinrent au nombre de plus de huit cents, dont quatre cents étaient de la bourgeoisie, et le travail de réforme ébauché dans la précédente session fut repris, sous la

I. Avec tout ce, les chevaliers et Ics'écuyers qui relournés étoient de la bataille t en étoient tant haYs et si blâmés des communes que . envis ils s'embatoient es bonnes villes. Si parlementoient et murmuroient ainsi les uns sur les autres. (Chron. de Froissart, t. I«r, 2^ partie, ch. 52.)

même influence , avec une ardeur qui tenait de l'en* tratnement révolutionnaire. L^assembiée commença par concentrer son action dans un comité de quatre-vingts membres, délibérant, à ce qu'il semble , sans distinction d'ordres ; puis elle signifia, sous forme de requêtes, ses résolutions , qui furent : Tautorité des états décla* rée souveraine en toute matière d'adminbtration et de finance, la mise en accusation de tous les conseillers du roi , la destitution en masse des officiers de justice , e|; la création d'un conseil de réformateurs pris dans les trois ordres; enfin, la défense de conclure aucune trêve sans l'assentiment des trois états, et le droit pour ceux-ci de se réunir par leur seule volonté, sans convocation royale*.

f . Ordonn. eu 8 mara iSKT (43M, vieux style), art. 1, 9, 5, H, 89, 43 et43; Bec. des Ordonn. des rois de France, t III, p. 128... » Il esmut, enduit et enorta les députez dessusdlz à ce qu'il esleussent xxTiii personnes des trois estas, c'est assavoir : it prélas, xii cheva* liers pt XII bourgois, qui averoient tout le gouvernement du royaume, qui ordeneroîent la chambre de parlement, des comptes et de touz autres offlees, et y metleroient telles personnes comme bon leur sembleroil. Et par ce appert déremenl que le gouvernement, l'auclorité et la puissance de gouverner le royaume il vouloit osier au roy et à monseigneur le duc, ou au moins leur en vouloit si petit laissier comme niant, car, toute l'auctorité de fait feust aus xxviii esleuz, et n'en eust le roy ne le duc fors nom tant seulement. (Articles contre Bobert le Coq, évêque de Laon : manuscrit publié par M. Douet d'Arcq , dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. II, p. 865, art. 53. ) — Froissart dit que le conseil des étals devait être composé de trente-six personnes; mais une liste qu'on peut croire authentique donne à ce conseil trente-quatre membres, savoir : six nobles, onse

Le lieutenant du roi , Charles duc de Normandie , essaya en vain les ressources d'une habileté précoce pour échapper à ces demandes impérieuses : il fut contraint de tout céder. Les états gouvernèrent sous son nom; mais le désaccord, né de la Jalousie mutuelle des ordres, se mit bientôt dans leur sein. La prépondérance des bourgeois parut insupportable aux gentilshommes, qui, désertant l'assemblée , retournèrent chez eux. Les députés du clergé tinrent mieux à leur poste , mais finirent par s'éloigner aussi, et, sous le nom d'états généraux, il n'y eut plus que les mandataires des villes , chargés seuls de tout le poids de la réforme et des affaires du royaume*. Obéissant à un besoin d'action centrale, ils se subordonnèrent spontanément à la députation de Paris, et bientôt, par la

ecclésiastiques et 4ii-s^t bourgeois. Ainsi la représentation des communes s'y trouvait égale en nombre à celles de la noblesse et dq cl^géréunies. Voy., dansie tome II delà Bibliothèque de l'École des chartes, le document cité plus haut.

1. Or TOUS dis que les nobles du royaume de France et les prélats de suinte église se commencèrent à tanner de Temprise et ordonnance des trois états. (Ghroniq. de Froissart, liv. 1«^ 2« partie, ch. 62.) — Le buitiesme jour d'après Noei l'an dessusdit, fu l'assemblée à Paris des bonnes villes, mais il n'y ot aucuns nobles et pou y ot de gens d'église. Et tous les jours assembloient et si ne pôvoient eslre à accort. Et toutes voies ils demeurèrent à Paris jusques au vingt-quatriesme ou vingt-cinquiesmejour de janvier. (Ghron. de Saint-Denis, t. VI, p. 80.)— Le dimcncbe devant karesme prenant, onziesme jour de février, se rassemblèrent à Paris pluseurs des bonnes villes et du clergié, mais il n'y vint nul noble. Et par pluseurs journées se assemblèrent, si comme il avoient accoustumé. ( Ibid.» p. 86.)

pente des choses et par suite de l'attitude hostile du régent , la question de suprématie pour les étals devint une question parisienne, soumise aux chances de rémeute populaire et à la tutelle du pouvoir municipal*.

Ici apparaît un homme dont la figure a, de nos jours , singulièrement grandi pour l'histoire mieux informée , Etienne Marcel, prévôt des marchands, c'està-dire chef de la municipalité de Paris. Cet échevin du XIV* siècle a, par une anticipation étrange, voulu et tenté des choses qui semblent n'appartenir qu'aux révolutions les plus modernes. L'unité sociale et l'uniformité administrative; les droits politiques étendus à l'égal des droits civils ; le principe de Vautorité publique transférée de la couronne à la nation ; les états généraux changés, sous l'influence du troisième ordre, en représentation nationale; la volonté du peuple attestée comme souveraine devant le dépositaire du pou-

I. Le samedi ensuivant, vingt-quatriesme jour dudit moys, fu monseigneur le duc en la chambre de parlement, et avec lui aucuns do son conseil qui lui cstoient demeurés. Et là allèrent à luy ledit prévost et pluseurs autres avec luy, tant armés comme non armés, et requistrent à monseigneur le duc que il feist tenir et garder, sans enfraindre, toutes les ordenances lesquelles avoient esté faites par les trois estas, Tan précédent, et que il les laissast gouverner, si comme

autrefois avoit esté fait et pour ce que le peuple se tenoil trop mal

content de moult de choses qui estoient faites au conseil de monseigneur le duc contre ledit peuple, il voulsit mettre en son grand conseil trois ou quatre bourgeois que Ten lui nommeroit, toutes lesquelles choses monseigneur le duc leur octroya. (Ibid., p. 92.)

voir royal * ; l'action de Paris sur les provinces comme tête de Topinion et centre du mouvement général ; la dictature démocratique, et la terreur exercée au nom du bien commun; de nouvelles couleurs prises et portées comme signe d'alliance patriotique et symbole de rénovation^ ; le transport de la royauté d'une branche à l'autre , en vue de la cause des réformes et pour l'intérêt plébéien', voilà les événements et les scènes

4. Et quand ledit prévost fu en ladite chambre, et pluseurs armés de sacompaignie avec luy, il dit audit monseigneur le duc que il ne se meist point à mésaise de ce qui estoit advenu, car il avoit esté fait

de la volenté du peuple, et pour esciiiévier greigneurs périls Et

requist ledit prévost à monseigneur le duc que il voulsist ratifier ledit fait et estre tout un avec eux. (Ghron. de Saint-Denis, t. YI, p. 88 et 89.)

a. La première semaine de janvier ensuivant, ceux de Paris ordenërent qu'il auroient tous chapperons partis de rouge et de pers; et fu commandé par les estais, de par le prévost des marcbans, que on preist tels chapperons. (Ibid., p. 73.)— Le prévost des marcbans et les escbevins envolèrent lettres closes par les bonnes villes du royaume, par lesquelles il leur faisoit savoir le fait qu'il avolent fait, et leur requéroient que il se voulsissent tenir en vraie union avec eux, et que il voulsissent prendre de leurs chapperons partis de pers et de rouge, si comme avoient le duc de Normendie et pluseurs autres du sanc de France, si comme èsdites lettres estoit contenu. Et en vérité, ledit monseigneur le duc, le roy de Navarre, le duc d'Orléans, frère dudlt roy de France, et le comte d'Estampes, qui tous estoient des fleurs de lis, portoient lesdits chapperons. (Ibid., p. 94.)

3. Ledit roi de Navarre vint en la maison de la ville et prescha, et entre les autres choses dist que il aimoit moult le royaume de France et il y estoit moult bien tenu, si comme il disoit. Car il estoit des fleurs de lis de tous costés, et eust esté sa mère roy de France se elle eust esté homme; car elle avoit esté seule fille du roy de France. Et si lui avoient les bonnes villes du royaume, par espécial celle de Paris,

qui ont donné à notre siècle et au précédent leur caractère poIitiqMe. Eh bieni il y a de tout cela dans les trois années sur lesquelles domine le nom du prévôt Marcel ^ Sa courte et orageuse carrière fut comme un essai prématuré des grands desseins de la Providence, et comnae le miroir des sanglantes péripéties à travers lesquelles, sous Pentralnement des passions humaines, ces desseins devaient marcher à leur accomplissement. Marcel vécut et mourut pour une idée, celle de précipiter, par la force des masses roturières, Tœuvre de nivellement graduel commencé par les rois; mais ce fut son malheur et son crime d'avoir des convictions impitoyables. A ui^e fougue de tribun qui ne

fait très grans biens et baqs hopneurs, lesquels fl taisoit, et pour

ce eslpit-il prest de vivre et de mourir avecques eux Si fu alors

pgleu ledit roy en .capilaiu de la ville de Paris; et lui fu dit, de par le prévost d£s parcl^afids de Paris, que ceux de Paris e^criprojent à toutes les bonnes villes du royaume, afin que chascun se consentist à faire ledjl rpy capjtajn univergal par tout le royaume de Frapce. (Ibid., p. -HÇ.) — PraepQsitus ipercatorum, cuin mulUs de majoribus

civibu§ per quos tota civitas régi videbatur, iverunt ad regem

Navarrœ dopninum Carolum de Ebroicis, qui antea per eos tamquam

capitaneus vocatug fuerat, ordinaverunt secrele ut iterum per

ipsos vocarelur...... et tandem, cuiq ipse rex Navarrae essel de linea

et pro9apia regia, ad sceptrum regale et regnum Francise ascenderet

et regnaret. Nam dictus rex Navarrae ad hoc totis viribus anhelabat

( Ghron- de Guillaume de Nangis, 2« continuât.^ t. Il, p. 268 et 269.)

4. 4356, 57 et 58. — Etienne Marcel eut pour associé dans sa lutte contre le pouvoir, et dans ses projets de réformalion, un membre du clergé, qui, par son origine et ses études, appartenait à la bourgeoisie, Robert le Coq, évêque de Laon, juriste habile, d'abord avocat, puis maître des rcquGlcs, et enfin président clerc au parlement,

DU TIEKS ÉTAT. 59

recala pas deranl le meurtre^ il joignait rinstinet organisateur; ît laissa, dans la grande cité qu'il avait gouvernée d'une façon rudement absolue , des institutions fortes, de grands ouvrages et (m nom que^ deux siècles i^rès lai, ses descendants portaient aveo orgueil connne un titre de noblesse^ .

Pendant que la bourgeoisie formée à la liberté municipale s'élevait, d'un élan soudain mais passager, à l'esprit de liberté nationale, et anticipait en quelque sorte les temps à venir, un spectaclebizarre et terrible fut donné par la population demi-serve des villages et des hameaux. On connaît la Jacquerie, ses effroyables excès et sa répression non moins effroyable. Dafts ces jours de crise et d'agitation , le frémissement universel se fit sentv aux paysans et rencontra en eux des

4. Voy. l*Bistoire de FHÔtel de Ville de Paris, par M. Leroux de Lincy, lir. tii, cb. ««, p. 58 à 6d. — Si mît (myriers en œotre quant <|ifil en pot avoir et recourrer de tootes parti» et fit faire gratidr îomés autour de Paris, et puis <^]ngtes, mors et portes, et y ouvroilon nbft et Jour, et y eut le terme d'on an tous les jours trois miile ourriers. Dont ce fut un grand Mit qoe de feriner sur une année et d'enclorre et avironner de toute défense une telle cité comme Paris est et de tel circuit. Et tous dis que ce fut le ptas grand bfen que oDcques Te prévôt des marchands fit entootesHTie; car autrement elle eût été depuis courue, gâtée et robée par trop de fois. (Chron. de Froissart, liY. 4«', 2» partie, chap. 08.) — Dîctes-noos que pas mt des

Clercs, de Marie, Marcel ne des Boureiers souffre que le fils d'un

Italien, d'un Anglois , d'un Lorrain ou Bsconçois se die aussi bon François que luy. (0m grand et loyal devoir, fidélité et obéissance de messieurs de Paris envers le roy et couronne de France^ pamphlet contre le cardinal de Guise, polit in-8o, f36S, p. vu.)

passions de haine et de vengeance amassées et refoulées durant des siècles d'oppression et de misères. Le cri de la France plébéienne, « Les nobles déshonorent et trahissent le royaume, » devint, sous les chaumières du Beauvoisis , un signal d'émeute pour Textermination des gentilshommes. Des gens armés de bâtons et de couteaux se levaient et marchaient en bandes grossies de proche en proche, attaquant les châteaux par le fer et le feu^ y tuant tout , hommes , femmes et enfants , et , comme les barbares de la grande invasion , ne pouvant dire où ils allaient ni ce qui les poussait*. Maîtresse de tout le pays plat entre TOise et la Seine, cette force brutale s'organisa sous un chef qui offrit son alliance aux villes que Tesprit de réforme agitait. Beauvais, Senlis, Amiens, Paris et Meaux Tacceplèrént, soit comme secours, soit comme diversion. Mal-

1 jiucunes gens des villes champêtres, sans cheft s'assemblèrent

en Beauvoisin, et ne furent mie cent hommes les premiers, et dirent que tous les nobles du royaume de France, chevaliers et écuyers, honnissoient et trahissoienl le royaume, et que ce seroit grand bien qui tous les détruiroit. Et chacun d'eux dit : • Il dit voir! il dit voir! honni soit celui par qui il demeurera que tous Jes gentilshommes ne soient détruits! » Lors se assemblèrent et s'en allèrent sans autre conseil et sans nulles armures, fors que de bâtons ferrés et de couteaux... Et mulliplièrent tant que ils furent bien six mille; et partout là où ilsvenoient, leur nombre croissoit; car chacun de leur semblance les suivoit. (Chron. de Froissart , liv. 4*^ 2* partie, ch. 65. ) — lUais ils étoient jà tant mullipliés que, si il fussent tous ensemble, ils eussent bien été cent mille hommes. Et quund on leur demandoit pourquoi iisfaisoient ce, ils répondoient qu'ils nesavoient, mais ils le veoienl aux autres faire, si le faisoieut ausâi. (Ibid., ch. 66.)

gré les actes de barbarie des paysans révoltés , presque partout la population urbaine , et principalement la classe pauvre, sympathisait avec eux^ On vit de riches bourgeois^ des hommes politiques se mêlera eux, les dirigeant, et modérant leur soif de massacres, jusqu'au jour où ils disparurent tués par milliers dans leurs rencontres avec la noblesse en armes , décimés par les supplices ou dispersés par la terreur^.

1. Et firent un capitaine que on appeloit Guillaume Gale, et alèrent à Gompiègne ; mais ceux de la ville ne les y laissièrent entrer. £t depuis ils alèrent à Senlis, et ûrent tant que ceux de ladile ville alèrent en leur compaignie. Et abaUirent toutes les forteresces du pays, Armenonville, Tiers, et une partie du chastel de Beaumonl-sur-Oyse. (Chron. de Saint-Denis, t. VI, p. 440.)— Puis s'assemblèrent autres paKsans en plusieurs lieux en Beauvaisis, et ailleurs en France; et mcsmes ceux de Beauvais estoient contre les nobles hommes : et en mena-on plusieurs à Beauvais , qui y furent occis par le consentement du commun de la ville, et aussi le maire d'Amiens envoya cent hommes du commun à l'aide des vilains. (La Ghron. de Flandres, publ. par D. Sauyage Ql-yon, 4562], ch. 94, p. 496.) — Plusieurs qui estoient partis de la ville de Paris, jusques au nombre de trois cens ou environ , desquels gens estoit capitain un appelé Pierre Gille, espicier de Paris, et environ cinq cens qui s'esloient assemblés à Cilly en Mucien , desquels estoit capitain un appelé Jehan Vaillant, prévost des monnoies du roy, alèrent à Meaux... Et toutes voies, avoit lors pou de villes, cités ou autres en la langue d'Oyl qui ne fussent meues contre les gentiUbommes , tant en faveur de ceux de Paris qui trop les haoient , comme pour le mouvement du peuple. (Chron. de Saint-Denis, t. VI, p. 443.)

2. Et en ces assemblées avoit gens de labour le plus, et si y avoll do riches hommes» bourgois et autres. (Ibid., p. 442.) — En ce temps alèrent ceux de Paris à Ermenonville et assaillirent le ciiastel et le prirent par force. Là estoit Robert de Loreis, qui, pour peur do la mort renia gentillesse , et dit qu'il aimoit mieux la bourgeoisie de

La destruction des Jacques^ fol suivie presque aussitôt de la chute , dans Paris même , de la révolution bourgeoise. Ces deux mouvements si divers des deux grandes classes de la roture finirent eftsemble , l'un pour renaître et entraîner tout quand le temps serait venu , Fautre , pour ne laisser qu'un nom odieux et de tristes souvenirs. L'essai de monarchie démocratique^ fondé par Etienne Marcel et ses amis sur la confédération des villes du nord et du centre de la France, échoua, parce que Paris, mal secondé, resta seul pour soutenir une double lutte contre toutes les forces de

Paris (dont il estoii fié) qoe cberaierie, et par ce fut il sauvé et sa femme et ses enfans. (La Chron. de Flandres^ ch. 94, p. 197). — Et aussi tuoient les gentilshommes tous eeux que il povoient trouver qui avoient eslé de la compagnie des Jacques, c'est-à-dire, des communes qui avoient tué les gentilsbommes, leur femmes et leur enfans et abattues malsons i et tant que on tenoit certainement (^e Ten en avoit bien tué dedans le jour de la S.- Jean Baptiste vint mti et plus. (Chron. de S.^Denis , t. VI^ p. 117.) "^ Depuis celte déconûlure qui fut faite à Meaui, ne se rassemblèrent ils nulle part; car le jeune sire de Goucy, qui s'appeloit messire Enguerrand, avoit grand foison de gentilshommes avec lui , qui les mettoient à fin partout où ils les trouvoient, sans pitié et sans merci. ( Giiron. de Froissart, liv. l«r, 2« partie, ch. 68.)

1« Les villageois soulevés s'appliquaient à eux-mêmes les sobriquets de mépris que la noblesse donnait au peuple : «Tune temporis nobilesy « derisiones de rusticis et slmplicibus facientes, vocabant eos /argue Bonhome.y* (Chron. de Guillaume de Nangls, 9« continuât., t. II, p. âW.)— le duc de Normandie... s'en alla à Provins et... d'illec vers Ghasleautierry et vers Gandelus, où l'en disoit qu'il y avoit grande assemblée de ces communes que l'en appeloit Jacques Bonhomme^. (Chron. de S.-Dcnis, t. VI, p. 117.)

U royauté jointes à celles de la noblesse et contre le découragement populaire'. Le chef de cette audacieuse entreprise fut tué au moment de la pousser à Textréme et d'élever un roi de la bourgeoisie en face du roi légitime. Avec lui périrent ceux qui avaient représenté la ville dans le conseil des états, et ceux qui l'avaient gouvernée comme chefs ou meneurs du conseil municipal ^. Descendu de la position dominante qu'il avait conquise prématurément^ le tiers état

4. La convocation des états généraux à Paris pour le 7 novembre 1357 fat Mie conjointement par Is due de Normandie» qui expédia ses lettres sous le sceau de la régence, et par le prévôt des marchands, qui expédia les siennes sous le sceau de la ville : « Et envoia ces lettres aux gens d'églyse, aux nobles et aux bonnes villes , et les manda. Et aussi envoia ledit préyost des marchans ses lettres aux dessusdis, avec les lettres dudit monseigneur le duc. » (Gbron. de Saint-Denis, t. VI, p. 62.)

t. Le meurtre d'Ëtfenne Marcel, par |ean Maillart , eut lieu le 31 Juillet I3S8; son frère pilles Marcel , gre0)er de Tbôtel de ville, et Charles Toussac échevin, comme lui, député de Paris et membre du conseil des états, furent, l'un assassiné le 31 juillet, et laulre décapité le 2 août. Simon le Paonnier, Philippe Giffartet Jean de l'Isle» membres du conseil municipal , furent tués, les deux premiers avec le prévôt, et le troisième avec son frère. Cinq autres bourgeois, conseillers ou officiers de la ville, furent condamnéà à n^ort et exécutés la semaine suivante. Nicolas le Ghauceteur et Golart de Gourliègis, députés d'Abbeville et de Laon aux états généraux et membres du conseil des états, eurent le même sort. — Plures eapti sunt et quaestionibus appositi , et infra certi^m diem ad forum iracti fuerunt et Judicialiter decollati. Et isti fuerunt ilH qui cum prœdicto prœposito villam antea gubemabant et de quorum consilio in omnil)U8 agebatur; interquos fuerunt aliqui burgenses multum solemncs et éloquentes quamplurimum et edocti. (Chron. de Guill. de Nangis, 2e continuât., t. II, p. 273, )

reprit son rôle séculaire de labeur patient^ d'ambition modeste et de progrès lents mais continus.

Tout ne fut pas perdu pourtant dans cette première et malheureuse épreuve. Le prince qui lutta deux ans contre la boui^eoisie parisienne prit quelque chose de ses tendances poli tiques ^ et s'instruisit à l'école de ceux qu'il avait vaincus. Il mit à néant ce que les états généraux avaient arrêté et l'avaient contraint de faire pour la réforme des abus , mais cette réaction n'eut que peu de jours de violence , et Charles V, devenu roi, s'imposa de lui-même une partie delà tâche que , régent du royaume , il avait exécutée malgré lui. Son gouvernement fut arbitraire mais régulier, économe, imbu de l'esprit d'ordre et surtout de l'esprit national. Formé jeune à la patience et à la ruse dans une situation difficile et périlleuse , il n'eut rien de la fougue violente ou chevaleresque de ses devanciers, mais un sens froid et pratique. Avec lui la royauté présente un caractère nouveau qui la sépare du moyen âge et la rattache aux temps modernes. Il fut le premier de ces rois venus comme réparateurs après une époque de crise , appliqués aux a£faires , mettant la pensée avant l'action , habiles et persévérants, princes éminemment politiques, dont le type reparut plus frappant sous des aspects divers , dans Louis XI et Henri IV».

i. Voy. ci-après chapitres m et vi.

Nous sommes parvenus au point où notre histoire sociale , dégagée de ses origines et complète dans ses éléments, se déroule simple et régulière comme un fleuve qui, né de plusieurs sources, forme en avançant une seule masse d'eau contenue entre les mêmes rives. A ce point , les forces dont Faction , simultanée ou divergente, a constitué jusqu'à nos jours le drame des changements politiques, se montrent avec leur caractère définitif. On y trouve la royauté engagée sans retour dans la voie des traditions de Rome impériale, secondant l'esprit de civilisation et contraire à l'esprit de liberté, novatrice avec lenteur et avec la jalousie de pourvoir à tout par elle-même ; la noblesse gardant et cultivant Théritage des mœurs germaines adoucies par le christianisme, opposant au dogme de la monarchie absolue celui de la souveraineté seigneuriale, nourrie d'orgueil et d'honneur, s'imposant le devoir du courage et croyant qu'à elle seule appartiennent les droits politiques^ égoïste dans son indépendance et hautaine dans ses dévouements 5 à la fois turbulente et inoccupée, méprisant le travail, peu curieuse de la science, mais contribuant au progrès commun par son goût de plus en plus vif pour les recherches du luxe, l'élégance et les plaisirs des arts* 5 enfin, la boup*

I. Les principes du droit germanique en matière civile persistèrent longtemps avec les mœurs germaniques dans les familles nobles; le baronnage était imbu des traditions delà conquête. Voy. les Rechev'

Digiti-zed by VjOOQIC

geoisîe, classe mayenne de la nation , haute classe du tiers état, sans cesse augmentée par Faccession des classes inférieures et sans cesse rapprochée de la noblesse par Texercice des fonctions publiques et la richesse immobilière, attachée à la royauté comme à la source des réformes et des mutations sociales, prompte à saisir tous les moyens de s'élever, toutes les positions, les avantages de toute sorte colieclifs ou individuels, appliquée à la culture de Fintelligence dans les dh-ections fortes et sérieuses, habituellement résignée à une longue attente du mieux, mais capable par intervalles, d'un désir d'action immédiate et d'un élan révolutionnaire.

Voilà pour la société; quant aux institutions, la royauté , dans sa prérogative sans limites , les recouvre et les embrasse toutes , hors une seule , les états généraux, dont le pouvoir mal défini, ombre de la

chet de M. idouard Laboulaye sur U condition civile et politique des femmes depuis les Bomains jusqu'à nous.—Anno igitur m ccc lvi fastus et dissolutio in multis personis nobilibus et militaribus quamplurimum inoievit. Nam cum habitus antea decuptatos, ut 8upra diii, et brèves nimis accepissent» hoc anno tamen adhuc magis se incœperunt sumptuose deformare, perlas et margaritas in capuciis et ïonis deauratis et argeoteis deporlare, gemmis diversis et lapidibus prcciosis se per totum curiosius adornare; et in tantum se curiose omnes, a magno usque ad parvum, de talibus lasciviis cooperiebant, quod perlœ et lapides magno prclio vendebanlur et vix Parisius pole-

ranl reprriri Incœperunt etiam tune gestare plumas avium in

pilcis aduptatas. (Chron. de Guill. de r<iangis, se continuât., t. H, p. 237.;

souveraineté nationale, apparaît dans les temps de crise pour condamner le mal présent et frayer la route du bien, à venir. De 1355 à 4789, les états, quoique rarement assemblés, quoique sans action régulière sur le gouvernement, ont joué un rôle considérable cônmie oi^ane de Topinion publique. Les cahiers des trois ordres furent la source d'où, à différentes reprises, découlèrent les grandes ordonnances et les grandes mesures d'administration, et, dans ce rôle général des états, il y eut une part spéciale pour le troisième. La roture eut ses principes qu'elle ne cessa de proclamer avec une constance infatigable, principes nés du bon sens populaire , conformes à Fesprit de FÉvangile et à Tesprit du droit romain. Le renouvellement des lois et des mœurs par l'infusion de la liberté et de régalité civiles, rabaissement de toutes les barrières élevées par le privilège, l'extension du droit commun à toutes les classes de personnes, tel fut le plaidoyer perpétuel et, pour ainsi dire, la voix du tiers état. On peut suivre cette voix grandissant d'âge en âge à mesure que le temps marche et que le progrès s'accomplit. C'est elle qui , durant cinq siècles, a remué les grands courants de l'opinion. L'initiative du tiers état en idées et en projets de réforme est le fait le plus intime du mouvement social dont nous avons vu, sinon le dernier terme, du moins une phase glorieuse et décisive, mou-

vement continu sous d'apparentes vicissitudes, et dont la marche ressemble à celle de la marée montante que Toeil voit avancer et reculer sans cesse, mais qui gagne et s'élève toujours.

Page 1