Relation de Flor. Rapine, p
3. G'esl-à-dire, les Franks. Le soin de disUnguer ces deux noms est une précaution de la science moderne.
tf tailles I qu'il est à craindre qu'il n'en arrive pareille « chose ; Dieu veuille que J0 sois mauvsûs prophète* ! d
La noblesse ne répondit que par des murmures et des invectives à Torateur du tiers état^ le clergé avait loué son message en lui refusant tout concours; resté seul pour soutenir ses propositions , le tiers résolut dé les présenter au roi. Il en fit le premier article d'un mé^ moire qui contenait sur d'autres points des demandes de réforme 9 et il envoya au Louvre ^ avec une dépu^ tation de douze membres ^ Savaron chargé encore une fois de porter la parole. L'homme qui avait donné aux ordres privilégiés des leçons de justice et de prudence fut y devant la royauté , l'avocat ému et courageux du pauvre peuple i « Que diriez-vous \ Sre ^ si vous aviet a vu dans vos pays de Guyenne et d'Auvei^ne, les a hommes paître rhert)e à U manière dés i)ètes? Cette nouveauté et misère inouïe en votre État ne produis « roit^lle pas dans votre ftme royale un désir digne a de Votre Majesté ^ pour subvenir à une calamité si (igrandeYËt cependant ^ cela est tellement véritable/ « que je confisque à Votre Majesté mon bien et mes a ofiices si je suis convaincu de mensonge ^. d
C'est de là que partjt Savaron pour demander; avec la réduction des tailles^ le retranchement de tous les
I. ProchS'Verhal et cahier de la noblesse is étale de Van 1615, nts. de la Bibliothèque impériale , fonda de Brienne, n» â83, fol. 52 v*. 3. Rclulion de Florlmond Bapihe, p. 198.
DU TIERS ÉTAT. 2ô3
abus dénoncés dang le mémoire du tiers état , et pour traiter de nouveau , avec une franchise mordante ^ les points d'où iuH)venait le désaccord entre le tiers et les deuK autres ordres : « Vos ofIGtciêrs , Sire ^ secondant « Fintention du clergé et da la noblesse, se «ont portés
< à requ^ir de Votre Majesté la surséanee du droit an-- « nuel qui a causé un pAx si excessif es offices de votre « royaume y <pi'il est malaisé qu^antres f soient jamais a reçus que ceux qui auront plus de biens et de ri^ « chesses, et bien souvent moins de mérite, suffisance u et capacité : considération à vrai dire très-plausible, €( mais qui semble être excog^tée pour donner une at^ c( teinte particulière à vos officiers , et non à dessein « de procurer le bien de votre royaume. Car, à quel « sujet demander l'abolition de la paulette , si Votre
< Majesté ne supprime de tout point la vén^dité d^ « offices?.... Ce n'est pas le droit annuel qui a donné c Biijet à la noblesse de se priver et retrancher des « honneurs de judicature^ mais Topinion en laquelle a elle a été depuis longues années que la science et Técc tude afiGcûblissoit le courage, et rendoit la générosité « lâche et pdtronne...b. On vous demande. Sire ^ que « vous abolissiez la paulette, cpe vous retranchiez de « vos coffi^s seize cent mille livres que vos officiers (x vous payent tous les ans , et Ton ne parle ppint que «vous supprimiez Fexcès des pensions, qui sont tel- «lement effi*énées, qu'il y a de grands et puissants
a royaumes qui n'ont pas tant de revenu que celui que a vous donnez à vos sujets pour acheter leur fidélité.... <r Quelle pitié qu'il faille que Votre Majesté fournisse, a par chacun an, cinq millions six cent soixante « mille livres à quoi se monte l'état des pensions qui a sortent de vos cofifres ! Si cette somme étoit employée a au soulagement de vos peuples, n'auroient-ils pas de a quoi bénir vos royales vertus? Et, cependant. Ton « ne parle rien moins que de cela. Ton en remet la « modération aux cahiers^ et veut-on à présent que a Votre Majesté surseoye les quittances de lapaulette. <i Le tiers état accorde Tun, et demande très-instama ment Tautre \ »
Cette harangue fut un nouveau sujet d'irritation pour la noblesse^ qui en éprouva un tel dépit, qu'elle résolut de se plaindre au roi. Elle pria le clergé de se joindre à elle; mais celui-ci, se portant médiateur, envoya l'un de ses membres vers l'assemblée du tiers état lui exposer les griefs de la noblesse, et l'inviter, pour le bien de la paix, à faire quelque satisfaction. Quand le député eut parlé, Savaron se leva et dit fièrement : Que ni de fait, ni de volonté, ni de paroles, il n'avait offensé messieurs de la noblesse; que, du reste, avant de servir le roi comme ofticier de justice, il avait porté les armes, de sorte qu'il avait moyen de
i. RelalioK de FJorimoDd Rapine, p. 199 el 8uiv.
répondre à tout le monde en Tune et en Tautre profession*. Afin d'éviter une rupture qui eût rendu impossible tout le travail des états, le tiers , acceptant la médiation qui lui était olferte, consentit à faire por ter à la noblesse des paroles d*acconmiodement ; et, pour que toute cause d'aigreur ou de défiance fût écartée, il choisit un nouvel orateur, le lieutenant civil de Mesmes. De Mesmes eut pour mission de déclarer que ni le tiers état en général, ni aucun de ses membres en particulier, n'avait eu envers Tordre de la noblesse aucune intention offensante. Il prit un langage à la fois digne et pacifique; mais le terrain était si brûlant, qu'au lieu d'apaiser la querelle, son discours l'envenima. 11 dit que les trois ordres étaient trois frères, enfants de leur mère commune la France; que le clergé était Taîné, la noblesse le puîné, et le tiers état le cadet ; que le tiers état avait toujours reconnu la noblesse comme élevée de quelque degré audessus de lui , mais qu'aussi la noblesse devait reconnaître le tiers état comme son frère, et ne pas le mépriser au point de ne le compter pour rien; qu'il se trouvait souvent dans les familles que les aînés ruinaient les maisons, et que les cadets les relevaient^. Non-seulement ces dernières paroles, mais la comparaison des trois ordres avec trois frères, et l'idée