‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 2)Chapitre 28 sur 64 · Depuis la mort dé âenri IV · texte numérisé non relu

Depuis la mort dé âenri IV

■ DU ÏIERS ÉTAT. fi9

droit ailûiiel^ et d'ôi^donnW que les offices ne soient plus yénmx , d"" de [Surseoir au paiement de toutes les pen^» sions accordées sur le trésor ou sur le domaine. La noblesse, pour qui les pensions de cour étaient un sup^ plément de patrimoine^ fut ainsi frappée par représail'» les ; mais , loin de se montrer généreuse comme ses adversaires, elle demanda que les propositions fussent disjointes^ qu'on s^ocoupât uniquement du ckoit «inuel^et qu'on remît à la discussion des cahiers l'affaire des pensions et celle des tailles. Le clei'gé fit la même demande, entourée de ménagements et de paroles captieuses qui n'eurent pas plus de succès auprès du tiers état que la franchise égoïste des gentilshommes ^ Ayant délibéré de nouveau, la chambre du tiers décida qu'elle ne séparerait point ses propositions Tune de Vautre, et elle fit porter ce refus par l'un de ses membres les plus considérables, Jean 8avaron, lieutenant •général de la sénéchaussée d'Auvergne.

- Cet homme d^un grand savoir et d^un caractère énergique parla deux fois devant le clergé, et terndna ainsi

- I . Quelque belles paroles quMl pût prononcer (rarcbev6que d'Aii), «i ne pul-il jamais faire déparUr notre compagnie de sa résolution de demander conjointement lesdites propositions, parce qu'on voyoit clairement qull y aroit de i'artiûce, et que le clergé et la noblesse i*entendoient à la ruine des officiers et à la continuation de la charge «t oppression du pauvre peuple^ et ne vouloient point qu'on demandât le retranchement de leurs pensions, taîit ils faisaient marcher leurs inté^li ivaiii totit (lelition 4e Flor. Hapitte, p. Itt. )

son second discours : t Quand vous vous buttez à Texn tinction du droit annuel ^ ne donnez vous pas à cona nottre que votre intention n'est autre que d'attaquer «les officiers qui possèdent les chaires dans le « royaume , puisque vous supprimez ce que vous dea vriez demander avec plus d'instance, à savoir Taboliet tien des pensions qui tirent bien d*autres conséquenct ces que le droit annuel ? Vous voulez ôter des coffres « du roi seize cent mille livres qui lui reviennent par cr chacun an de la paulette y et voulez surcharger de a cinq millions Tétat que le roi paye tous les ans pour a acheter à deniers comptants la fidélité de ses sujets. a Quel bien , quelle utilité peut produire au royaume « Tabolition de la paulette , si vous supportez la vénaa lité des offices qui cause seule le dérèglement en la a justice?.... C'est Messieurs, cette maudite racine qu'il a faut arracher, c'est ce monstre qu'il faut combattre (f que la vénalité des offices qui éloigne et recule des a charges les personnes de mérite et de savoir, procu- « rant l'avancement de ceux qui , sans vertu bien sou- « vent, se produisent sur le théâtre et le tribunal de la c< justice par la profusion d'un prix déréglé qui fait (( perdre l'espérance même d'y pouvoir atteindre à ceux c( que Dieu a institués en une honnête médiocrité. Par i( ainsi, Messieurs, nous vous supplions humblement (( de ne nous refuser en si saintes demandes l'union de «votre ordre; c'est pour le peuple que nous travail-

a Ions, c'est pour le bien du roi que nous nous portons, « c'est contre nos propres intérêts que nous combat- « tons^ »

Devant la noblesse, Savaron s'exprima d'un ton haut et fier, et, sous ses arguments, il y eut de l'ironie et des menaces. Il dit que ce n'était point le droit annuel qui fermait aux gentilshommes l'accès des charges, mais leur peu d'aptitude pour elles , et la vénalité des oflRces ; que ce qu'ils devaient demander plutôt que l'abolition de ce droit c'était celle de la vénalité; que, du reste, la surséance de la paulette, la réduction des tailles et la suppression des pensions ne pouvaient être disjointes; que l'abus des pensions était devenu tel que le roi ne trouvait plus de serviteurs qu'en faisant des pensionnaires, ce qui allait à ruiner le trésor, à fouler et opprimer le peuple^; et il ajouta en finissant: <r Rentrez , Messieurs, dans le mérite de vos prédéces- « seurs, et les portes vous seront ouvertes aux honneurs « et aux charges. L'histoire nous apprend que les Rock mains mirent tant d'impositions sur les Français', «que ces derniers enfin secouèrent le joug de leur « obéissance , et par là jetèrent les premiers fonde- « mcnts de la monarchie. Le peuple est si chargé de

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