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une seule et même assemblée, quand cesse le schisme qiri séparait du Tiers État la majorité de la noblesse et la minorité du clergé , qua^nd l'illustre et malheureux Çailly , présidant ce premier congrès de la souveraineté nationale, put dire^: «ta famille est complète, »mot touchant qui semblait de bon augure pour nos nouvelles destinées, mais qui fut trop tôt démenti '.
Tel est le cadre que je me suis proposé de remplir dans la composition de cet ouvrage.
Une chose m'a frappé tout d'abord, c'est que, durant l'espace de six siècles, du xiT au xvuT, l'histoire du Tiers État et celle de la royauté sont indissolublement liées ensemble, de sorte qu'aux yeux de celui qui les comprend bien, l'une est pour ainsi dire le revers de l'autre. De l'avènement de Louis le Gros à la mort de Louis XIY, chaque époque décisive dans le pro-
1. 27 juin 1789. Bailly avait dit à la séance du 25 juin : « Nous disions^ en recevant messieuis du clergé, qu'il nous restait des vœux à former, qu'il manquait des frères à cette auguste famille; oui. Messieurs, ce qui nous manque nous sera rendu, tous nos ftères viendront ici. » A celle du 27, il dit : « Noxis possédions « l'ordre du clergé, nous possédons aujourd'hui l'ordre entier de « la noblesse; ce jour sera célébré dans nos fastes, il rend la « famille complète. » {Moniteur universel,)
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grès des diflférentes classes delà roture en liberté, en bien-être, en lumières, en importance sociale, correspond, dans la série des règnes, au nom d'un grand roi ou d'un grand ministre. Le xviir siècle seul fait exception à cette loi de notre développement national; il a mis la défiance et préparé un divorce funeste entre le Tiers État et la royauté. Au point où \m dernier progrès, garantie et couronnement de tous les autres, devait, par l'établissement d'une constitution nouvelle, compléter la liberté civile et fonder la liberté politique, l'accord nécessaire manqua sur les conditions d'un régime à la fois libre et monarchique. L'œuvre mal assise des constituants de 1791 croula presque aussitôt, et la monarchie fut détruite.
Vingt-deux ans se passèrent durant lesquels, à d'immenses misères , succéda une admirable réparation, et l'on put croire alors tout lien brisé entre la France nouvelle et la royauté de l'ancienne France. Mais le régime constitutionnel de 1814 et celui de 1830 sont venus renouer la chaîne des temps et des idées, reprendre sous de nouvelles formes la tentative de 1789, l'al-
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liâDce de la tradition nationale et des principes de liberté. C'est à ce point de vue qui m'était donné par le cours même des choses que je me plaçai dans mon ouvrage, m'attachant à ce qui semblait être la voie tracée vers l'avenir, et croyant avoir sous mes yeux la fin providentielle du travail des siècles écoulés depuis le xii%
Tout entier à ma tâche lentement poursuivie selon la mesure de mes forces, j'abordais avec calpie l'époque si controversée du xvra" siècle, quand vint éclater sur nous la catastrophe de février 18i8. J'en ai ressenti le contre-coup de deux manières, comme citoyen d'abord, et aussi comme historien. Par cette nouvelle révolution, pleine du même esprit et des mêmes menaces que les plus mauvais temps de la première, l'histoire de France paraissait bouleversée autant que l'était la France elle-même. J'ai suspendu mon travail dans un découragement facile à comprendre, et l'histoire que j'avais conduite jusqu'à la fin du règne de Louis XIV est restée à ce point J'avais devant moi l'alternative d'attendre, pour une publication, que mon ouvrage fût arrivé à son terme , ou d'en publier présen-
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tement cette portion, de beaucoup la plus grande, à laquelle j'ai donné cinq ans de travail'; la brièveté de la vie, ses chances plus incertaines pour moi que pour tout autre, et d'honorables invitations m'ont fait prendre ce dernier parti. Au reste, ce temps d'arrêt trouve ailleurs son excuse; il répond à un point de partage bien marqué dans notre histoire sociale. G^est là que se tennine la grande période historique durant laquelle on voit marcher d'accord, se développer ensemble et se fortifier mutuellement le Tiers État et la royauté. Une seconde période va s'ouvrir où cet accord de six cents ans disparaît, où le Tiers État et la royauté se divisent, entrent en défiance l'un de l'autre et marchent dans des voies opposées, la royauté couvrant de son appui ce qui reste des privilèges nobiliaires , la bourgeoisie devenant, contre ses traditions, hostile au pouvoir royal. De ces deux séries de faite, si inégales quant à la durée et d'un caractère si
1. Une première édition destinée à nn pnblic restreint a para ea 1850 jointe an premier yolume chi. Rgcueil des monuments inédits de l'histoire du Tiers État ; l'édition présente diffère de ceUe-là par des corrections et additions.
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diflférent, je donne ici la première, celle qui se prolonge à travers les siècles comme un sillon creusé par l'instinct et les mœurs de la France. Pour prévenir des objections qui pourraient m*être faites, j'avertis le lecteur que je n'ai point voulu tracer l'esquisse d'une histoire générale de la société française, mais proprement, mais exclusivement celle d'une histoire spéciale du Tiers État. La noblesse et le clergé pouvant être et même ayant déjà été l'objet de travaux analogues, je fais à peine mention du rôle social qu'ont joué ces deux premiers ordres, je n'en parle que quand leur action se trouve mêlée à celle du troisième , soit en le combattant , soit en coopérant avec lui. L'influence des institutions ecclésiastiques sur les progrès de la société civile, antérieurement à l'époque de la royauté agissante et à celle des États généraux, est un grand fait que j'aurais pu exposer avec étendue; je me suis tenu à cet égard dans les plus étroites limites, afin de ne pas m'engager pour les époques ultérieures, et de maintenir intact le caractère de cet ouvrage, qui est l'histoire d'un ordre de personnes purement laïques.