‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 2)Chapitre 45 sur 64 · Ordonnance de 4629, art. 22d · texte numérisé non relu

Ordonnance de 4629, art. 22d

« puissent prendre la qualité de nobles, et tenir rang ce et séance en toutes les assemblées publiques et partia culi&res immédiatement après nos lieutenants gênécr raut , conseillers ées sièges présidiaux , et nos pro< a cureurs généraux esdits sièges, et autres juges royaux a qui seront sur les lieux ^

« Exhortons nos sujets qui en ont le moyen et Tin-^ a dnstrie de se lier et unir ensemUe pour former de c( bonnes et fortes compagnies et sociétez de trafic, a navigation et marchandise, en la manière qu'ils verce ront bon estre. (omettons les protéger et desfendre, « les accroître de privilèges et faveurs spéciales , et a les maintenir en toutes les manières qu'ils désireront cf pour la bonne conduite et succès de leur commerce ^. »

Tout ce qui était possible en fait d'améliorations sociales au temps de Richelieu Ait exécuté par cet homme dont Tintelligence comprenait tout, dont le génie pratique n'on^ttait rien, qui allait de l'ensemble aux détails , de Tidée à l'action avec une merveilleuse habileté. Maniant une foule d'afiaires grandes et petites en même temps et avec la même ardeur, partout présent de sa personne ou de sa pensée, il eut à un degré unique l'universalité et la liberté d'esprit. Prince de réglise romaine , il voulut que le clergé fut national ; vainqueur des calvinistes, il ne frappa oue la rébellion,

i. Ordonn. de 1629, art 453.

t. Ibid.» arU 419^

DU TIERS ÉTAT, i5S

et respecta les droits de la conscience*; enfant de la noblesse et imbu de son orgueil, il agit comme s'il eût reçu mission de préparer le règne du tiers état. La fin dernière de sa politique intérieure fut ce qui faisait grandir et tendait à déclasser la bourgeoisie; ce fut le progrès du commerce et le progrès des lettres , le tra-» vail, soit de Fesprit^ soit de la main. Richelieu ne reconnaissait au*des30us du trône qu'une dignité égale à la sienne, celle de l'écrivain et du penseur; il voulait qu'un homme du nom de Chapelain ou de Gombauld lui parlât couvert. Mais* tandis que par de grandes mesures commerciales et une grande institution litté* raire.^, il multipliait pour la roture, en dehors des offices, les places d'honneur dans l'Ëtat, il comprimait sous le niveau d'un pouvoir sans bornes les vieilles libertés des villes et des provinces. États particuliers, constitutions municipales, tout ce qu'avaient stipulé comme droits les pays agrégés à la couronne, tout ce qu'avait créé la bourgeoisie dans son âge héroïque, fut refoulé par lui plus bas que jamais. Il y eut là des

4. Aax termes du traité d'Alais, as juin 4699 , Tédit de Nantes Ait confirmé et juré solennellement par le roi.

2. Voy. les lettres patentes de janvier 4635 pour l'établissement de l'Académie française; les lettres de création de la charge de surintendant de la marine et de la navigation * octobre 4626 ; les lettres de juillet et novembre 4634 , et Tédit de mars 4649, pour la formation et le soutien d'une compagnie des Indes occidentales. Ree. des anc» loU franc., t. XVI, p. 4i8, 494, 409, k\5 et 540.

tJ^ ESSAI SUR L'HISTOIRE

souffrances plébéiennes^ soi^ances malheureusement nécessaires^ mais que cette nécessité ne rendait pas moins vives , et qui accompagnèrent de crise en crise Tenfantement de la centralisation moderne.

Quant à la politique extérieure du grand ministre^ cette partie de son œuvre , non moins admirable que Fautre, a de plus le singulier mérite de n'avoir rien perdu par le cours du temps et les révolutions de l'Europe , d'être pour nous, après deux siècles , aussi vivante, aussi nationale qu'au premier jour. C'est la politique même qui, depuis la chute de l'empire et la résurrection de la France constitutionnelle, n'a cessé de former, pour ainsi dbe, une part de la conscience du pays. Le maintien des nationalités indépendantes, l'affranchissement des nationalités opprimées, le respect des liens naturels que forme la communauté de race et de langue, la paix et l'amitié pour les faibles, la guerre contre les oppresseurs de la liberté et de la civilisation générales, tous ces devoirs que s'impose notre libéralisme démocratique furent implicitement compris dans le plan de conduite au dehors dicté à un roi par un honmie d'État dont l'idéal au dedans était le pouvoir absolu*.

4. Il est curieux de voir dans quels termes de dévouement à la cause de l'émancipation européenne lui-même parle de son inlervenlion dans les alTalres de ritalie, de l'Allemagne et des Pays-Bas. A chaque événement militaire ou diplomatique, il s'agit d'ailranciiir un prince

Sur la question des droits de la France à un agrandissement qui lui donne ses frontières définitives, question souvent posée depuis trois siècles et aujourd'hui encore pendante, Henri IV disait: «Je veux bien « que la langue espagnole demeure à TEspagnol, Tal- « lemande à l'Allemand, mais toute la française doit « être à moi *. » Un contemporain de Richelieu, peutêtre Tun de ses confidents, lui fait dire : «Le but de « mon ministère a été celui-ci : rétablir les limites « naturelles de la Gaule , identifier la Gaule avec la « France, et partout où fut l'ancienne Gaule constituer «la nouvelle^.» De ces deux principes, combinés

ou un peuple de l'oppression des Espagnols^ de la tyrannie de la maison d'Autriche , de la terreur causée par Vavidiié insatiable de celte maison ennemie du repos de la chréiientéf d*arrêler ses usurpations^ de lui faire rendre ce qu'elle a usurpé en Suisse ou en Italie, de garantir tonte l'Italie de son injuste oppression, de veiller au salut de toute l'Italie y de sauver et d'assurer contre rAutrictie les droits des princes de l'Empire. ^Testament politique du cardinal de Richelieu. 4W partie, chap. 1er, p. 9, 40, 44, 45, 48, 24, 25 et 26.) 4. Histoire du règne de Henri le Grand, par Mathieu, t. II, p. 444, 3. Bic ministerii raei scopus, restituere Galliae limites, quos natura prœflxit... confundere Galliam cum Francia, et ubicumque fuit antiqua Gallia, ibi restaurarenovam. {Testamentum poliiicum, ;ip. Pctri Labbe Elogia sacra, etc., éd. 4706, p. 253 et suiv.) — La pièce qui renferme ces mots remarquables, et qui parut moins d'un an après la mort du cardinal, est une ampliûcaUon incrustée, selon toute appa- . rence, de paroles texlutllement recueillies de sa bouche. Richelieu aimait à s'épancher avec ses amis; il dictait beaucoup à ceux qui l'entouraient, et, comme on l'a vu pour Napoléon, des personnes cu« rieuses prenaient note de ses enlreUens.

ensemble et se modérant Fun l'autre, sortira, quand les temps seront venus, la fixation dernière du sol jûpançais, possédé par nous, à titre légitime et perpétuel^ au nom du double droit de la nature et de l'histoire.

La conception d'un nouveau système politique de l'Europe fondé sur l'équilibre des forces rivales , et où la France exerçât, non à son profit mais pour le maintien de rindépendance conunune, l'ascendant ravi à l'Espagne, cette conception de Henri le Grand, évanouie à sa mort comme un rêve, fut exécutée par Richelieu à force de négociations et de victoires. Quand le ministre de Louis XIII mourut épyisé de veilles patriotiques *, l'ouvrage était presque à sa fin 5 une habile persévérance, jointe à d'éclatants faits d'armes 2, amena, en moins de cinq ans, l'acte fondamental de la réorganisation européenne, le glorieux traité de Westphalie'^. Cette partie de l'œuvre du grand homme d'État, sa politique extérieure, voilà ce qui de son temps fut le mieux compris, ce qui parut aux esprits élevés beau sans mélange*; pour le reste, il y eut

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