A la mort de Charles II, en
t. Louis XIV eut Fambition d'être élu empereur ou de foire nom* mer son fils roi des Romains. U négocia dans cette vue avec plusieurs des princes d'Allemagne; des traités secrets furent conclus par lui, en 1670 avec rélecteur de Bavière, en 1679 avec rélecteur de Brandebourg, et dans la même année avec Télecteur de Saxe. Voyes sur ces négodaUons une notice de Lemont^, dans ses (ouvres, t V,
p. 923etB0iV.
m BSSAI Slî^ L'HISTOIRB
pendant $i^ ans aux dépenses d'uaei lutte année Gcmtre TEurope saqs se départir de Vord?e admirable qu'il avait créé, sans retopmer aux expédients de ses devanciers et saps cpmpromettre le$ nouveaux éléments de prospérité intérieure. De 1672 à 1678, tout fat arrêté ou recula en fait d'améliorations économiques ; et y qqand la paix fat venuç, qq^md il s'agit de réparer les pertes et d^ recommepcer le progrès, la pensée et la faveur du roi avaient ceçsé d'être avec Colbert. Un hooune doué d'up génie spécial pour l'administration militaire, ^lais esprit étroit, ftme égoïste, flatteur sans mesure, conseiller dangereux et détestable politique, le n^arquis de Louvois s'était emparé de Louis XIV en servant et en excitapt sa passion de gloire et de conquêtes. Cette conp^nçe sans bornes qui avait fait du cQntrûleuf général des finances presque un in^mier ministre , se retira de lui> et c'est au secrétaire d'État de I§ guerre que fut transportée, avec les bonnes grâces du roi , la prépondérance dans le conseil.
Réduit dès lors à la tâche ingrate d'opposer la voix de la raison à un parti pris d'orgueil , de violence ^t d'envahissement au dehors, de garder le trésor appauvri contre des demandes toujours croissante^ pqpr les fêtes, les bâtiments de plaisance, l'état militaire en pleine paix, Colbert fléchit par degrés sous la fatigue de cette lutte sans fruit et §gn§ espoir. On le vit triste et on Tentendit soupirer à son ancienne heure
DU tlEftg fetAt. 299
àe joie, à l'heure de s'asseoir pour le îwivaiP ; il se sentait à charge dans ce qu'il voûtait de bien , dans ce qu'il empêchait de mal , dans sa franchise de langage, dans tout ce que le roi avait jadis aimé de luiV ï^lusieurs fois, après des signes trop certains de disgrâce, la forte trempe de son âme et le sentiment du devoir patriotique le relevèrent encore et le soutinrent contré ses dégoûts; mais enfin H y eut un jour où Tamertumé de cette situation déborda et où le cœur du grand homme fut brisé.
Telle est Thistoire douloureuse des dernières aimées
I. if 008 remarquions que Jusqu'à ce temps , quand It. Colbert êtttrait dans son cabinet^ on le royait le mettre an traTai! avec ttit air content et en se frottant les mains de Joie^, mais que depuis U ne se mettait guère sur son siège pour travailler qu'avec un air chagrin et en soupirant. M. Colbert , de facile et aisé qu'il était , devint difficile et difftcultueux, en sorte qu'on n'expédiait pas afors tant d'af* faires, à beaucoup près, que dans les premières années de sa surintendance. (Mémoires de Charles Perrault, liv. IV, p. 84, édil. de M. Paul Lacroix DW23. )
3. M. Mansard prétend qu'il y a trois ans que Colbert étoit à charge au roi pour les bâtiments ; jusque-là , que le roi lui dit une fois : « Mansard, on me donne trop de dégoûts , }e ne veut plus songer à bâtir, t ( OEuvres de Racine, t. VI, p. 33».) — Voie!, Sire , un métier fort difficile que je vais entreprendre ; il y a près de six mois que je balance à dire les choses fortes à Votre Majesté que Je lui dis hier et celles que je vais encore lui dire..... le me confie en la bonté de Votre Majesté , en sa haute vertu, en l'ordre qu'elle nous a souvent donné et réitéré de l'avertir au cas qu'elle allât trop vi4e, et en la liberté qu'elle m'a souvent donnée de lui dire mes sentiments. (Mémoires de Colbert au roi C1666] , cité par Monthyon, Particula' rUei sur les ministres des finances ^ p. 73. )
de Ck>lbert, années remplies , d'un côté, par des acsèc d'activité fébrile , et de Tautre, par ces alternatives d'éloignement et de retour, de rudesses blessantes et de froides réparations qui marquent la fin d'une grande faveur. La tristesse, qui, sans nul doute, abi^égea sa vie , se nourrissait de deux sentiments, du chagrin de l'homme d'État arrêté dans son œuvre, et d'une souffrance plus intime. Colbert aimait Louis XTV d'une affection enthousiaste; il croyait à lui comme à Tidée même du bien public; il l'avait vu autrefois associé de cœur et d'esprit à ses travaux et à ses rêves, et, supérieur pour le rang, son égal en dévouement patriotique; et maintenant il lui fallait se dire que tout cela n'était qu'illusion , que l'objet de son culte, ingrat envers lui, était moins patriote que lui. C'est dans ce désenchantement qu'il mourut * ; au lit de la mort, l'état de son âme se trahit par une sombre agitation et par des mots amers. II dit en parlant du roi : a Si j'avois fait pour Dieu ce que j'ai fait pour cet honmie-là, je serois a sauvé deux fois, et je ne sais ce que je vafa devenir*. » Une lettre de Louis XIV , alors malade , lui ayant été apportée avec des paroles d'amitié, il resta silencieux comme s'il dormait. Invité par les siens à faire un mot de réponse, il dit : c( Je ne
f . Le 6 septembre 1688.
s. Monthyon, Pariicularitéi tur les minltlret des finances^ p. 79, note.
« veux plus entendre parler du roi, qu'au moins à a présent il me laisse tranquille ; c'est au Roi des rois a que je songe à répondre *. » Et quand le vicaire de Saint Eustache y sa paroisse^ vînt lui dire qu'il avertirait les fidèles de prier pour sa santé; « Non pas cela, a répondit brusquement Colbert , qu'ils prient Dieu de a me faire miséricorde ^. »
Ce qu'il y eut de fatalement triste dans cette noble destinée ne s'arrêta point à la mort. Chose étrange ! le ministre qui anticipait dans ses plans toute une révolution à venir, le règne de l'industrie et du conmierce, celui qui voulait l'abolition des privilèges en matière d'impôt, une juste proportion dans les charges publia ques , la diffusion des capitaux par l'abaissement de l'intérêt, plus de richesse et d'honneur pour le travail et une large assistance pour la pauvreté ', celui-là fut
1. Ibid. ^ OEuvres de Racine , t. VI, p. 334. — Lettres de madame de Mainlenon , 10 sept. 1683, t. II, p. 103.
2. OEuvrea de Racine, t. VI, p. 334. — L'hôtel Colbert était situé dans la rue Nouve-des-Petits-Gliamps.
3. Voyez, dans les histoires de l'administration de Colbert ^ ses efforts constants pour réduire l'impôt de la taille, et ses tenlalives pour substituer la taille réelle à la taille personnelle, établir le cadastre et fonder le régime hypothécaire. Voyez aussi le règlement général sur les tailles, donné le 12 février 1663, l'ordonnance d'avril 1667 sur les biens communaux, redit de décembre 1665, portant réduction de l'intérêt légal au denier vingt, l'édit de mars 1673, pour la publi* cité des hypothèques, et l'édit de juin 1662, portant qu'il sera établi dans chaque ville et bourg du royaume un hôpital pour les pauvres, les malades et les orphelins. Ree. des anciennes lois françaises ^ t. XVIII, p. 18, 22, 69 et 187, et t. XIX, p. 73.
àOt ESSA! Bt» L'HISTOIRE
impôptdài^ jiisqu'à la hàlkie. Son ^nvoi âevftHI passer près des halles ne sortit qii'à la Huit et sous escorte y de peur de quelque insulte du peuple. Le peuple, et surtout celui de Paris, haissiût Golb^t à cause des taxes onéreuses établies depuis la ^enre dé Hollande; on Id imputait la nécessité contre laquelle il s'était débattu en vain , et Ton oubliait d'immense» services pour le rendre responsable de mesures qu'il déplorait lui-même et qull avait prises malgré lui. Le roi fut ingrat, le peuple Itit ingrat; la postérité seule a été juste.
La mort dô Gbibert et fat révocation de Tédit de Nantes, une perte irréparable et un coup d'État funeste, marquent, dans le règne de Louis XIV, le point de partage des années de grandeur et des années de décadence. De ces deux événements séparés par un court intervalle, on peut dire que le second ne fut pas sans liaison avec le premier. Il faut ajouter aux mérites du grand ministre celui d'avoir été le défenseur des protestants, d'avoir combattu sans relâche les atteintes portées par l'esprit d'unité religieuse à la charte de liberté de Henri IV ^ C'était encore la politique de Richelieu qu'il suivait en maintenant les droits inoffensifs garantis deux fois aux réformés^. Moins par philo-
h, Voy. plus haut, chap. vi, p. 188.
2. D'abord par redit de Nantes , 13 avril 1598, et ensuite par Tédit donné à Ntmes, en juillet i6^.
m TISR8 ÉTAT. m
scpWe que p^ instmcVpfttpotiqwe, il pîQtégeftU ffli eu3^ toute u^e pop^l^tiqn (i'bpmjoaes te|§ qu'il l^ voulait poiir se? plan^, çl'honime* î^ctifs, pçot^eg, instçwHs, Yer$é« d^^n^ TiodustriQ §t Iq pQîppierce, ôt attaché* h cç§ pçofesçioRg par la pfiftlveiltoce piéme quil^^ éçart^iU grftduelleipent (les fipnatiqns pvib|ique|. Tai^t qu6 duTQ VinflueiiGQ 4e Golbert dans le^ cpns^ils de Louis XIV, la raisqn du roi fut tenue m garde qoutr^ les suggestions du clergé catholique et contre ses propres désirs *; mais, sur ce point conune sur bien d'autres, le vertige du pouvoir absolu commença dès que la faveur se fut détournée de l'homme de génie. C'est ainsi qu'à la captation e^^ercée pour ramener les dissidents succéda remploi de la contrainte, et qu'après les peines portées contrp le repentir des nouveaux convertis vint rentière abolition d^la liberté
1. Quant & ce gran^ nombre de mes siùets de la religion prétendue réformée, qui Sloit un mal que je regarde ayec douleur... il me lembla, mon ûls, que ceuiL qui youloient employer des remèdes vio* lens ne oonnoissoient pas la nature de ce mal, causé en partie par la ehaleur des esprits qu'il faut laisser passer et s'éteindre insensiblement, au lieu de l'exciter de nouveau par des contradictions aussi fortes... Je crus que le mdlleur moyen pour réduire peu à peu les huguenots de mon royaume étoit en premier lieu de ne les point presser du tout par aucune rigueur nouvelle contre eux , de faire observer ce qu'ils avoient obtenu de mes prédécesseurs, mais de ne leur rien accorder au delà, et d'en renfermer mSme l'exécution dana les plus étroites bornes que la justice et la bienséance le pouvoient permettre. Quant aux grâces qui dépendolent de moi seul... (Mémoives de Louii XIV, écrits vers l'année 4670, €Euvre$, t. I«r, p. 84 et «uiv.)
de culte et de conscience. I^knmortel édit de Henri IV^ confirmé et juré par Louis Xm en 16^, fut révoqué par Louis XIV le 17 octobre 1685*, date qui reste au nombre des plus tristes souvenirs de notre histoire. On sait quel effiroyable coup cet acte violent et ses suites portèrent à la civilisation et à la fortune de la France, par quelle émigration d'ouvriers, d'inventeurs, de négociants, de marins, de capitalistes, l'avantage que nous avaient donné sur nos rivaux d'industrie les établissements de Golbert fut presque entièrement perdu \ En 1685 , il y avait déjà près d'un siècle que la France, devançant à cet égard les autres peuples chrétiens, était entrée dans les voies de la société nouvelle qui sépare TÉglise de FÉtat, le devoir social deschoses de la conscience , et le croyant du citoyen. Sous le régime de Fédit de Nantes, le principe légal en matière
4. Savoir faiBong que nous,... avons, par ce présent édit perpétuel et irrévocable, supprimé et révoqué, supprimons et révoquons redit du roi notre dit aYeul, donné à Nantes au mois d'avril 4508, en toute son étendue, ensemble les artides particuliers arrêtés le a mai en suivant, et les lettres patentes êipédiées en iceux, et redit donné à Nîmes au mois de juillet 4629, les déclarons nuls et comme non avenus, ensemble toutes les concessions faites, tant par iceux que par d'autres édits, déclarations et arrêts, aux gens de ladite religion prétendue réformée, de quelque nature qu'elles puissent être. ( Édit portant révocation de Fédit de Nantes, Dec. des anciennes lois fran^ çaises, t. XIX, p. 530.)
3. Voy. l'ouvrage de Rulhières, intitulé : Éclaircissements historié ques sur les causes de la révocation de Védit de Nantes; le tome 11 de V Histoire de madame de Maintenon, par M. le duc de Noailles, et les tomes XV et XVI de VBistoire de France de M. Henri Martin.
de religion, ce n'était pa la simple tolérance, mais l'égalité de droits civils entre catholiques et réformés; mais la reconnaissance, et, sauf quelques réserves, la pleine liberté des deux cultes. Nous étions en cela supérieurs à l'Europe soit catholique soit protestante, supériorité acquise au prix de quarante ans de malheurs, et peutr-étre à Taide d*un sens plus prompt de la justice et du droit ^ C'est de la hauteur de ce principe déposé dans la loi et qui subsistait en dépit d'infractions plus ou moins directes, plus ou moins graves, que redit de révocation fit tomber le pays sous un régime de violences et de contradictions qui, pour devenir simple, aboutit à la mort civile des protestants ^. Tel est le point de vue d'où l'historien doit juger Tacte d'autorité qui fut pour Louis XIV, sinon un crime, du moins la plus grande des fautes. A ce point de vue , ni les idées ni les pratiques des autres États de l'Europe en fait de tolérance civile ne peuvent servir d'excuse à la conduite du roi de France j la France, depuis un siècle, avait élevé son droit public au-dessus des idées du temps.
1. La jurisprudence française fut la première à condamner le principe de l'esclavage, en déclarant libre tout esclave qui mettait le pied dans le royaume. Voy. le Glossaire du droit français, par Laurière, au mot Esclave,
2. Voyez ce que dit Rulhières de la déclaration du U mai 1724 et de raflïreuse jurisprudence qui en résulta. Éclaircissements sur la révocaiionde VédU de liantes, éd. Auguis , p. 269, 282, 463 et 484.
$p6 ESSAI ISUR LHI8T0IRE
QuaQt h la réaotiop du catbolk^e ^ ri»$érâiir, en ne peut pas m faire di^vantage im moyen d'apologie, car elle n'était pas nouvelle | et deu:^ grands ministres avaient su y résister durant trente ans; qi^oiqiie hommes d'Église tous les deux, il3 s'étaiept tenus 4^^^ les limites tracées par la bonne foi publique et par la raison d'État * . Louis XTV fut plrioen^ent libre de sentir et d'agir comme eux; sous hii, les protestant^ n'inspirèrent pas plus de crainte; et la pression de l'intpl^ rance catholique ne devint pas plus embarrassante. U n'a tenu qu'^ lui de laisser les choses dans ^^|^ où il les avait prises^; i^ n'être pas dupe ^q& fausses pon-
4. Bichelieu maintint scrupuleusement la liberté popr les catholiques de changer de religion , et pour les protestants convertis de retourner à leur ancien culte. Vazarin , sollicité p^ )e clergé de prendre des mesures contre ceux que rÉglise qualifiait d'apostats et ée relape , ne céda point à ces instances. Il disait en parlant des calvinistes , < Je n'«i point è mlnquiéter du petit troupeau ; s'il broute • de mauvaises berbes, dp moins il ne s'écarte pas. > Yoy. RulhièreSi Éclaircissements historiques sur la révocation de l'édit de NanieSt p. %9 ^ Buiv., et VHistoire de France de «. H. Martin, t. XV, p. 589 et »uiv.
3. Le préambule de l'édit de juillet 4679, qui supprime les tribunaux mi-partie de catholiques et de protestants, offre ce passage curieux : t Considérant qu'il y a cinquante années qu'il n'est point t survenu de nouveau trouble causé par ladite religion, et nue par ce < long temps les animosités qui pouvoient être entre DO» sujelB de « l'une et de l'autre religion sont éteintes , ^o^ avons cru pouvoir « ne rien faire de mieux que de supprimer lesdites chambres, et «1^ réunir auxdits parlements, tant pour effacer enlijèrement la « mémoire des guerres passées, que po^r MJitfsr ^'a^inistraMon « de la justice^ en ôt^njt Ip prétexjle h nos sujets caJ^oUqusp d^ se «er-
DD TJERJS ÉTAT. ^7
versions qu'op provoquait pour lui p^^ire, cU ri» p«3 devenir, saQ3 l'avoir voulu, persécuteur atroce j enfin, de ne pas léguer en nu)urant à ]sl France du Tvm* çiècliB tout un code 4^ progpriptions plus odieuses que c^le^ du seizième ^
Le grand fait, le fait imprévu alors, qui domjne tout le règne dô Louis XIV, c'est que dans ce règne, dernier ternie 4u mouvement de la Franpe vefs rpuité
« Tir du nom ^ ém pri vflégfs Oioi^tit» Û9 1» religion peâifliulae riCar- « m^ pour peipétuer les procès dans les familles par des éyocaUoif# « ou par des règlements de juges. > {Bec, des anciennes lois françaises,i.%lX,p.W.)
4. Conférez les Éclaircissement^ d|B Bulbières sur la révocation de redit de Nantes avec le tome II de V Histoire de madame de Maintenon par M. le duc de Moailles. — L'une des premières pensées du régent fut de retirer tous les édils de Louis XIV contre les prptestanls; mais la violence même des faits accomplis parut opposer à cette mesure un obstacle insurmontable. « Le régent me parla à ce propos de « toutes les contradictions et de toutes les difiOcullés dont les édits et « déclarations du feu roi sur les huguenots étoient remplis, sur les- « quels on ne pouvoit statuer par impossibilité de les concilier » « et, d'autre part, de les exécuter à regard de leurs mariages, testa- « ments, etc.... De la plainte de ces embarras , le régent vint à celle « de la cruauté avec laquelle le feu roi avoit traité les huguenots , à « la faute même de la révocation de Tédit de Nantes, au préjudice « immense que l'État en avoit souffert et en souffroit encore dans sa « dépopulation, dans son commerce, dans la haine que ce traitement
« avoit allumée chez tous le» protestants de l'Europe Le régent se
a mit sur les réflexions de l'état ruinéoù le roi avoit réduit et laissé « la France, et de là sur celles du gain de peuple, d'arts, d'argent et « de commerce qu'elle feroit en un moment par le rappel si désiré « des huguenots dans le^r patrie, et finalement me le proposa. » (Mémoires ^c Saint-Simon, t. XIV, p. 153 ^t suivO
aOS ESSAI SUR L'HISTOIRE
monarcUque, on vit le pouvdr absolu/exercé persoor nellement par le roi, tomber, pour la satisfaction des vrais intérêts nationaux, au-dessous de ce qu'avait été précédemment le même pouvoir délégué à un premier ministre. Richelieu, et après lui Hazarin, gouvernant comme s'ils eussent été dictateurs d'une république, avaient, pour ainsi dire, éteiât leur personnalité dans ridée et le service de FÉtat. Ne possédant que l'autorité de fait, ils s'étaient conduits tous les deux en mandataires responsables envers le souverain et devant la conscience du pays, tandis que Louis XIV, réunissant le fait et le droit, se crut exempt de toute règle extérieure à lui-même, et n'admit pour ses actes de responsabilité que devant sa propre conscience. Ce fut cette conviction de sa toute-puissance, conviction naïve et sincère , excluant les scrupules et les remords, qui lui fit renverser coup sur coup le double système fondé par Henri IV, au dedans pour la liberté de religion *, au dehors pour la prépondérance nationale
I. Spécieuse raison d'État : en Tain vous opposâtes à Louis les vues timides de la sagesse humaine; les temples profanes sont détruits; les chaires de séduction sont abattues; le mur de séparation est ôté; le temps, la grâce, Tinstruclion, achèvent peu à peu un chan. gement dont la force n'obtient que les apparences. (Oraison funèbre de Louis XIV, Massillon , OBuvres , t. VIII , p. 329.) - 11 n'entendoit que des éloges, tandis que les bons et vrais catholiques et les saints évêquesgémissoientdetout leur coeur de voir des orthodoxes imiter, contre les erreurs et les hérétiques , ce que les tyrans hérétiques et paKens avoient fait contre la vérité, contre les confesseurs et contre
DU TIERS ËTÀT. 309
assise sur une tutelle généreuse de Tindépendance des États et de la civilisation européenne.
 Tavénement personnel de Louis XIV, il y avait plus de cinquante ans que la politique française suivait son œuvre en Europe, impartiale devant les diverses communions chrétiennes^ les différentes formes de gouvernement et les révolutions intérieures des États. Quoique la France fût catholique et monarchique^ ses alliances étaient, en premier lieu, les États protestants d'Allemagne et la Hollande républicaine; elle avait même fait amitié avec TÂngleterre régicide K Aucun intérêt autre que celui du développement bien compris de la puissance nationale ne pesait dans les conseils et ne dirigeait Taction extérieure du gouvernement. Mais avec Louis XIV tout changea, et des intérêts spéciaux, nés de la personnalité royale, du principe de
les martyrs. Us ne se pouvoient surtout consoler de cette immensité de parjures et de sacrilèges. Us pleuroient amèrement l'odieux durable et irrémédiable que de détestables moyens répandoient sur la véritable religion, tandis que nos voisins exultoient de nous voir ainsi nous affoibHr et nous détruire nous-mêmes, profltoient de notre folie , et bàtissoient des desseins sur la haine que nous nous attirions de toutes les puissances prolestantes. ( Mémoires de Saint- Simon, t XIII, p. 447.)
4. Voyez, dans le Corps diplomatique de Dumont, t. YI, ie parUe, p. 484, le traité de paix et de commerce entre TAngleterre et la France, signé le 3 novembre 4655. Un article secret ^e ce traité stipulait, d'une part, l'interdiction aux Stuarts et à leurs principaux adhérents de séjourner en France; de l'autre, le renvoi des agents de Gondé, alors ennemi de son pays, hors du territoire brilanDique.
310 ESSAI SDR L*H1STDIRB
It monm^ béré^am ou da oelui da la laligba de rËtat^ entrèrent «A ^talanoa pour pKmàtt biantât le dacsus.
Da là vial le bpulavariamant du syatèipe d'écpiililnre européen ) cpi'on etA pu nommer le système français j et son abandon poiv des rêvas de monarchie universelle renouvdés de Charies-Quint ei de Philippe II. De là une suite d'entreprises formées au rebours de la politique du pays, telles que la guerre de Hollande^ les brigues faites en vue de la couronne impériale, Tappui donné à Jacques U et à la contren^évolution anglaise, Facceptation du trône d'Espagne pour un fils de France gardant ses droits à la couronne ^ • Ces causes des malheurs souslesquels faillit succomber le royaume sortirent toutes de Tévénement, applaudi par la nation, conforme à Tesprit de ses tendances , qui , après que la royauté eut atteint, sous deux ministres, son plus haut degré de puissance, la remit absolue au mains d'un prince doué de qualités à la fois brillantes et solides, objet d'affection enthousiaste et de légitime admiration.
l40r^que le règne qui vanait sous de tels ausinces
I. Par dei lettrM-patentes données en décembre 1700, Louis XIY eonterm tu doc d'Anjou, devenu roi d'Espagne sous le nom de Philippe V, son rang d'iiéritage entre les dues de Bourgogne el de Berry. . Vojrei , sur cet acto et sur TaeceptaUen du testament de Charles II , PouTrage de M. Mignet : NigociaUons r4kniv€$ à la iuccêition d'£tpai/nêt Uitroduot, p. ukti et suiv.
couronner la marche ascendante de la môiialrcMe française eut démenti Timmense espoir que ses commencements avaient fait naître, lorsqu'on eut vu, au milieu de victoires stériles et de revers toujours croissants, le progtès dans toutes les branches de Féconomie publique changé en détresse, la ruine des finances, dé l'industrie et de Tâgriculture, répuîsement de toutes les forces du pays, l^appauvrissement de toutes les classes de la nation , la misère effi*oyable du peuple , un amer dégoût s'empara des âmes, et y remplaça Tenthousiasme de la confiance et de l'amour*. Qu'y
I. Cependant tob peuples que vous âeyies aimef comme Vos enfantt, et gai ontétéjutquld li paibionnés pour vout, meurent dB faim. La culture des terres est presque abandonnée; les villes et la campagne se dépeuplent; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti. Par conséquent, voofe avei délruH la moitié des forces réelles du dedans do votre État, pour faire et pour défendre de vaines conquêtes au dehors. (Lettres de Pénelon à Louis XIV, 1602 ou 93, (Xnvrti chohîeSj t. II, p. 417.) — Par toutes les reciierdies que j'ai pu bire, depuia plusieurs années que je m'y applique , j'ai fort bien remarqué que , dans ces derniers temps, près de la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité, et mendie effectivement; que des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire Taumône à celle-là, parce qu'eux-mêmes sont réduits, à très-peu de cliose près, à cette malheureuse condition ; que , des quatre autres parties qui restent, les trois sont fort malaisées et embarrassées de dettes et de procès; et que, dans la dixième, où Je mets tous les gens d'épée, de robe, ecclésiastiques et laïques, toute la noblesse haute , la noblesse distinguée et les gens en charge militaire et civile, les bons marchands, les t)Ourgeois rentes et les plus accommodés , on ne peut pas compter sur cent mille familles. (Vauban, Dime ro{rafe, Collect.
342 ESSAI SUR LHISTOIRB
avait-il sous ce grand et douloureux mécompte dont l'empreinte se montre si vive dans les documents contemporains? Ce n*était pas simplement Tespérance humaine trompée par un homme, c'était Tépreuve décisive d'une forme d'État préparée de loin par le travail des siècles, au profit de laquelle toute garantie de liberté politique avait été détruite ou abandonnée, et dont la masse nationale avait favorisé le progrès comme étant le sien propre.
Que la société française eût conscience de la nature et des profondeurs de la crise dont son affaissement actuel n'était qu'un prélude , qu'elle sentit des choses que les générations postérieures n'ont comprises que par la suite des faits et par l'enseignement de l'histoire, c'est ce que je ne veux point dire ici. Quelque signification qu'il eût alors pour ceux qui en souffraient, l'étrange contraste entre les premières et les dernières années de Louis XIV répondait à l'im de ces moments solennels dans la vie des nations où un grand mouvement social, épuisé dans ses résultats, s'arrête, et
des principaux Économistes» t. I, p. 31.) ^ Le peuple même ( H faut tout dire) qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en tous , commence à perdre Tamitié , la confiance, et même le respect. Vos Tictoires et vos conquôtes ne le réjouissent plus : il est plein d'aigreur et de désespoir. La sédition s'allume peu à peu do toutes parts. Hs croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité et votre gloire. (Lettre de Fénelon à Louis XIV, p. 418.)
OÙ commence un autre mouvement qui, plus ou moins secret, plus ou moins rapide, saisira l'esprit public, pour le transformer, et entraîner tout vers un avenir inconnu.