M 8 SUR L'ESPRIT NATIONAL DES IRLANDAIS
« En un instant serait brisée la chaîne que la tyrannie nous impose; ni hommes, ni dieux n'auraient le pouvoir de la renouer.
« C'en est fait, l'histoire grave sur ses tables le nom de celui qui nous a vaincus) mais maudite est sa renommée, maudit est son char de triomphe, qui roule sûr les têtes des hommes libres.
« On aimera mieux la tombé, on aimera mieux lé cachot illustré par un nom patriote, que les trophées de ceux qui marchent à la gloire sur les ruines de la liberté. *
C'est un grand titre à la reconnaissance d'une nation que d'avoir su chanter, en vers capables d'être populaires, sa liberté présente 0(1 passée, ses droits garantis ou violés. Celui qui ferait pour la France ce que M. Moore a fait pour l'Irlande serait récompensé au delà de ses pehïes par l'estime du public et par la conscience d'avoir rendu service à la plus sainte de touies les causes. Dans les temps d'arbitraire, nous avions des refrains mordants pour arrêter l'injustice par la crainte frivole du ridicule; pourquoi, dans ces temps de liberté douteuse, n'aurions-nous pas des chants plus nobles pour énoncer nos volontés, et les présenter comme une barrière au pouvoir toujours tenté d'envahir? Pourquoi les prestiges de l'art ne se joindraient-ils pas à la puissance de notre raison et de nos courages? Pourquoi ne nous ferions-nous pas une poésie nouvelle, inspirée par la liberté et consacrée è sa défense; une poésie, non pas classique, mais nationale, qui ne serait pas la vaine imitation des génies qui ne sont plus, mais la peinture vivante des âmes et des pensées d'aujourd'hui; qui protesterait pour nous, se plaindrait avec nous, nous parlerait de la France et de Son destin, du destin de nos aïeux et de nos fils?
SUR L'ESFBIT NATIONAL DES 1BLAHDAIS. 449
Nous avons réussi dans l'élégie amoureuse, craindrionsnous d'entreprendre l'élégie patriotique, non moins touchante, non moins douce que l'autre? Quelle image plus digne de pitié et d'amour, que cette patrie de nos pères, si longtemps le jouet de la fortune, tant de fois vaincue par la tyrannie, tant de fois trahie par ses propres soutiens, aujourd'hui ranimée, mais encore chancelante, et réclamant d'une voix débile nos secours et notre dévouement? Quoi de plus poétique que sa longue existence, où se rattache par tant de liens notre existence passagère ? Nous qu'on appelle des hommes nouveaux, sachons prouver que nous ne le sommes pas; sachons nous rallier, par des souvenirs populaires, aux hommes qui, avant nous, ont voulu ce que nous voulons, aux hommes qui ont compris comme nous les libertés de la terre de Frapce. L'esprit d'une indépendance généreuse et paisible nous a précédés de loin sur cette terre; ne craignons pas de la remper profondément, pour y retrouver cet esprit : nos recherches ne seront point vaines, mais elles seront tristes; car nous rencontrerons plus souvent des supplices que des triomphes. Ne nous y trompons pas, ce n'est point à nous qu'appartiennent les choses brillantes du temps passé; ce n'est point à nous de chanter la chevalerie : nos héros ont des noms plus obscurs. Nous sommes les hommes des cités, les hommes des communes, les hommes de la glèbe, les fils de ces paysans que des chevaliers massacrèrent près de Meaux, les fils de ces bourgeois qui firent trembler Charles V 4 , les fils des révoltés de la jacquerie.
1 En «358, lorsqu'il était régent du royaume.
SUR LA CONQUETE DE L* ANGLETERRE PAR LES NORMANDS. A propos de roman é'IvanhoeK
Le jour où Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, à la faveur d'un vent d'est, entra dans la baie de Hastings avec 700 vaisseaux et 60,000 soldais, pour envahir le pays des Anglo-Saxons, une lutte à mort commença entre ce peuple et la troupe des envahisseurs. Il y allait de la propriété, il y allait de l'indépendance, il y allait de la vie : la contestation devait être longue; elle le fut en effet; mais vainement en chercherait-on le récit fidèle dans les historiens modernes de l'Angleterre. Ces historiens présentent, une fois pour toutes , les Saxons aux prises avec les Normands ; ils détaillent un seul combat ; et puis après, ni Normands ni Saxons, ni vainqueurs ni vaincus, ne reparaissent plus dans leurs pages. Sans s'inquiéter des démêlés ultérieurs, ni de la destinée diverse des masses d'hommes qui ont combattu pour se disputer le pays, ils passent avec un calme admirable au récit de là vie et de la mort de Guillaume premier du nom, roi d'Angleterre, successeur de Harold , dernier roi des Anglo-Saxons. Ainsi les conséquences de l'invasion semblent se borner, pour la nation vaincue, à un simple changement de dynastie. L'asservissement des indigènes de l'Angleterre, leur expropriation en masse et le partage de leurs biens entre les envahisseurs étrangers, tous ces actes de conquête et non
1 Censeur Européen du 27 mai 1820.
de gouvernement, perdent leur caractère véritable pour prendre mal à propos une couleur administrative.
Un homme de génie. Walter Scott, vient de présenter une vue réelle de ces événements si défigurés par la phraséologie moderne ; et, chose singulière , mais qui ne surprendra point ceux qui ont lu ses précédents ouvrages, c'est dans un roman qu'il a entrepris d'éclairer ce grand point d'histoire, et de présenter vivante et nue cette conquête normande, que les narrateurs philosophes du dernier siècle , plus faux que les chroniqueurs illettrés du moyen âge, ont élégamment ensevelie sous les formules banales de succession , de gouvernement, de mesures d'État, de conspirations réprimées, de pouvoir, et de soumission sociale.
Le roman à!Ivanhoe nous place à la distance de quatre générations après l'invasion des Normands, au temps de Richard, fils de Henri Plante -Genest ou Plantagenet, sixième chef depuis le Conquérant. A cette époque où l'historien Hume ne sait nous présenter qu'un roi et Y Angleterre, sans nous dire ce que c'est qu'un roi, ni ce qu'il entend par l'Angleterre, Walter Scott, entrant profondément dans l'examen des faits, nous montre des masses d'hommes, des intérêts, des existences distinctes, deux peuples, un langage double, des mœurs qui se repoussent et se combattent ; d'un côté la tyrannie et l'insolence, de l'autre la misère et la haine, développements réels du drame de la conquête, dont la bataille de Hastings n'avait été que le prélude. A cette époque, beaucoup de vaincus ont péri, beaucoup ont plié sous le joug, mais plusieurs protestent encore. Le Saxon esclave n'a pas oublié la liberté de ses pères, et trouvé du repos dans son esclavage. Ses maîtres sont encore pour lui des usurpateurs étrangers; il se rend compte de sa dépendance, et ne la croit point une
nécessité sociale; il m% quels ont été ses droits sur l'héritage qu'il ne possède plus. Le vainqueur, de son côté, ne déguise point encore sa domination sous une vaine et fausse apparence d'aristocratie politique ; il se dit Nor~ mand, *t non pas gentilhomme; c'est comme soldat normand qu'il règne, qu'il commanda, qu'il dispose de l'existence de eeux qui ont plié sou* l'épée de ses ancêtres. Tel est le théâtre réel et vraiment historique où vient se placer la fable A'Ivanhoe, dont les personnages fictif? servent à rendre plus frappante encore la grande scène politique où l'auteur les foit figurer.
Cedric de Rotherwood, vieux chef saxon, dont le père fut témoin de l'invasion , homme brave et surtout fier k l'excès, a su conserver son héritage en se faisant craindre des vainqueurs. Cedric, libre et propriétaire, au milieu de sa nation subjuguée et sans domaine, s'est cru sous l'obligation d'affranchir ses compatriotes; il a bercé tous les jours de sa vie du vain rêve de l'indépendance. Après mille projets divers et mille tentatives stériles, son esprit, las de suivre ce grand essor, s'est rabattu sur un dernier plan et sur une dernière espérance bien faible et bien incertaine. Il est le tuteur d'une jeune personne nommée Rowena, qui descend de la race d'Alfred, et il s'est persuadé que le mariage de sa pupille avec Athelstane de Coningsburgh, dernier rejeton d'Edouard le Confesseur, en confondant aux yeux du peuple saxon le sang de deux de ses anciens chefs, présentera à ce peuple un point de ralliement pour une insurrection décisive. Cette idée, où toute l'activité de Cedric s'est en quelque sorte emprisonnée, l'occupe et le travaille sans cesse. Il a déshérité son propre fils Wilfrid, qui a osé traverser ses projets en aimant Rowena et en parvenant à lui plaire. Wilfrid, plus amoureux que patriote , a déserté, dans son désespoir, la maison de ses
aïeux pour le patois du roi normand $ il a reçu de Richard Cœur de lion des grades, des faveurs, et le titre de chevalier d'Ivanhoe. Les incidents qui naissent de son retour et do retour de Richard en Angleterre remplissent le corps du roman « Tout se dénoue favorablement pour Wilfrid d'Ivanhoe} il s'unit à Rowena, Le vieux Cëdrie voit sans s'indigner la fille d'Alfred Suivre Wilfrid à 1» cour du chef des conquérants. Ce détioûment satisfait le cœur humain; il est triste pour le cœur patriote; mais l'auteur ne pouvait fausser l'histoire. Il est trop vrai que le» Saxons n'ont point su Fart de briser leur joug.
Ce CedriC, le dernier représentant de la liberté stffconne, est peint comme un homme d'un caractère bon, mais inflexible dans son aversion contre les usurpateurs étrangers. Il étale avec faste son vieux nom de Saxon au milieu de gens dont la lâcheté le renie; il a le regard hautain et jaloux, signe d'une vie passée à défendre chaque jour des droits chaque jour envahis. Fatigué du présent, il se reporte sans cesse en arrière, au delà de cette funeste journée de Hastings qui ouvrit l'Angleterre aux Normands et à l'esclavage. Il déteste la langue des vainqueurs, leurs coutumes, leurs fêtes, leurs armes, tout ce qui n'était pas sur le sol anglais quand le peuple anglais était libre. À côté de lui figurent deux de ses serfe, les fils des serfs de ses ancêtres : ces hommes portent le collier d'esclavage où est inscrit le nom de leur maître; et cependant ils aiment ce maître, parce qu'il est environné d'ennemis qui sont aussi leuré ennemis, parce que Tinsolenee étrangère qui pèse sur lui et sur eux rapproche leur destinée de la sienne, et confond en quelque sorte dans une même cause deux intérêts autrefois contraires. Des troupes de proscrits sans asile, obligés d'habiter les bois, de s'y faire brigands pour vivre, nous montrent les débris des ravages
de la conquête, nous peignent le sort de ceux que l'interdiction des armes de chasse, décrétée par un vainqueur soupçonneux, plaçait entre la faim et le crime. Mais la peinture la plus énergique et la plus sombre des fruits de l'envahissement est celle d'une femme saxonne, qui , après avoir vu son père et ses sept frères tués en défendant leur héritage, a vécu seule pour servir honteusement aux plaisirs du meurtrier de sa famille. Portant dans le lit de son maître une haine implacable et la soif ardente de se venger, elle a usé des séductions de sa beauté pour armer le fils contre le père, et souiller d'un parricide la salle du festin des vainqueurs. Vieillie dans sa servitude nouvelle, elle a perdu par degrés son empire , et le mépris est devenu son partage; mais au milieu de l'opprobre et des insultes, elle n'a pas oublié la vengeance. Gedric, prisonnier dans le château du Normand, la rencontre et apprend son histoire. « Ma vie a été lâche et atroce , lui dit-elle; je veux l'expier en vous servant. » Au moment où une attaque est livrée au château par les amis du Saxon, au moment où les hommes d'armes sont au mur de défense , au moment où le maître du château , blessé dans le combat, est déposé sur son lit, loin des remparts et loin des combattants, la vieille Saxonne accomplit son dernier et terrible projet : elle allume le bois amoncelé sous le bâtiment; puis, courant à la chambre où son ennemi est étendu , privé de force, mais plein de connaissance, elle lui rappelle avec ironie le dernier repas de son père; elle lui fait sentir la vapeur du feu qui couve sous l'appartement; elle insulte à l'impuissance de ses efforts et de ses cris; elle lui donne l'avant-goût de la mort; et, quand l'incendie a éclaté, elle gagne le sommet de la plus haute tour, s'y tient debout, les cheveux épars, souriant à la flamme qui s'élève, et chantant à haute voix un de ces
hymnes guerriers que les Saxons, encore païens, faisaient entendre sur les champs de bataille.
Voilà les personnages qui nous représentent les vaincus. Quant aux vainqueurs , quant aux fils des aventuriers qui suivirent la fortune du Bâtard , Reginald Front de Bœuf, Philippe de Malvoisin, Hugues de Bracy et le prince Jean Plantagenet nous les figurent. Nous trouvons en eux le conquérant ombrageux et vain , attribuant l'origine de sa fortune à la supériorité de sa nature, se croyant d'une espèce meilleure et d'un sang plus pur; qualifiant sa race du titre de noble; employant au contraire le nom de Saxon comme un nom d'iujure; disant qu'il tue un Saxon sans scrupule , et qu'il anoblit une Saxonne en disposant d'elle contre son gré; prétendant que ses sujets saxons ne possèdent rien qui ne soit à lui , et les menaçant , s'ils devenaient rebelles , de leur arracher la peau de la tête.
Outre ces caractères qui dérivent de l'état politique du pays, l'auteur d'ivanhoe n'a pas manqué d'en introduire d'autres qui dérivent des opinions du siècle. Il peint le templier à l'esprit hardi, plein d'ambition et de projets , méprisant la croix dont il est le soldat, tuant des Sarrasins par spéculation de fortune; et, en regard, le templier fanatique, esclave passif de sa règle et de sa foi, le prêtre hypocrite et sensuel; le juif humble, souple et patient entouré de mépris et de périls, obligé de tromper pour se défendre, et d'être fripon adroit parce que les puissants du monde peuvent l'être à son égard impunément et le front levé. Mais il y a un personnage qui efface tous les autres, et auquel l'âme du lecteur s'attache par un intérêt irrésistible : c'est celui de Rebecca, la fille du juif Isaac d'York. Rebecca est le type de cette grandeur morale qui se développe dans l'âme des faibles et des opprimés de ce monde quand ils se sentent meilleurs que leur fortune,
meilleurs que les heureux qui les écrasent. Tout de qa'i) y eut jamais de dignité calme dans l'âme d'un Caton ou d'un Sydney se joint en elle à la modestie naïve , à la patience qui ne murmure jamais, à ce pouvoir si touchant de souffrir qui est l'attribut des femmes. Ce caractère, si fort audessus de notre nature , y est ramené par l'auteur avec un art si parfait, il s'introduit si naturellement dans les scènes où il se développé, que, quelque idéal qu'il soit, nous sommes entraînés à y croire, et que nous nous sentons grandir en y croyant. Une scène admirable, dont nous essaierions vainement de rendre l'effet, est celle où Rebecca, prisonnière du templier Briand de Boisguilbert, est visitée par lui dans là tour où il la tient enfermée» Seule en présence de cet homme violent dans ses passions, et indomptablement volontaire, qui lui déclare sans aucun détour qu'elle est sa daptiva par l'épée et qu'il usera du droit de la forcé , elle sait lui imposer le respect de sa personne, et faire tomber devant elle, comme une flèche qui a manqué le but, toute la véhémence de ce soldat farouche, qui, dans le combat j renversait des rangs entiers , et qui, dans le commerce de la vie, abaissait les hommes comme le vent abaisse les roseaux.
Il y a, dans ce roman, bien d'autres choses dont nous ne rendons pas compte. On y trouve des scènes de gaieté tellement naïves, tellement vivantes , que , malgré la distance des temps où l'auteur se place, on se les figure sans effort. C'est qu'au milieu du monde qui n'est plus, Walter Scott a soin de placer le monde qui est et qui sera toujours, c'est-à-dire l'humanité, dont il connaît tous les secrets. Tout ce qu'il y a de particulier aux temps et aux lieux, l'extérieur des hommes, l'aspect du pays et des habitations , les costumes , les usages , sont décrits avec la Vérité la plus exacte; et pourtant l'érudition immense qui
SUR LA VIE D'ANNE BOLEYN. m
m fourni tant de détails ne se laisse apercevoir halle part. Walter Scott semble avoir pour le passé cette seconde m& que, dans les temps d'ignorance, certains hommes s'attribuent pour l'avenir. Dire qu'il y a plus de Véritable histoire dans ses romans sur l'Ecosse et sur l'Angleterre que dans les compilations philosophiquement fafasses qui sont encore en possession de eé grand nom * c'est ne rien avancer d'étrange aux yeut dé ceux qui ont lu et qui ont compris les Puritaine, Wavefletfi Rob*Roy y VOfJiciéf tf* Fortune et la Prison d Edimbourg.
SUil U VIE D'ANNE BOLEYN, FEMME DE HENRI VIII.
A propos de l'etrtrafre de miss Benger, Intitulé : Mémoire of Ihe llfe of Ame Boleyn, queen of Henry V1IV.
Cet ouvrage est une des pièces du procès que la morale et la raison doivent intenter au xvi e siècle. Si la mort violente d'Anne Boleyn appartient au seul Henri VIII, les circonstances de ce qu'on appelle l'élévation et la chute de cette femme appartiennent aux mœurs de l'époque et surtout à l'esprit des cours, esprit qui, dans la France d'alors, était le même qu'en Angleterre.
Anne fut l'arrière-petite-fille de Geoffroy Boleyn, négociant de Londres, que son crédit et sa fortune acquise avaient élevé à la place de premier magistrat municipal de la première ville d'Angleterre. Les enfants de cet
• Article inséré dans lé Caurfier Français, m\.
homme , abjurant la condition paternelle, dispersèrent ses biens dans des maisons nobles où ils s'allièrent; ils achetèrent des brevets de courtisans au prix des richesses de leur famille ; et c'est ainsi que la descendante du riche roturier naquit noble et pauvre à la fois. Le père et la mère d'Anne Boleyn vivaient comme parasites à la cour du roi Henri VIII, dont ils étaient fort goûtés tous deux, l'un pour son esprit , l'autre pour ses grâces. A peine Anne fut-elle hors du berceau , à peine eut-elle montré les premiers signes de cette beauté qui 1? rendit ensuite si célèbre et si malheureuse, que ses parents la destinèrent à la vie qu'ils menaient eux-mêmes. Il y avait, dans ce temps, à la cour, des places pour les complaisants et pour les belles de tout âge. Aune fut fille d'honneur à sept ans; avec ce litre, elle partit pour la France à la suite de Marie , sœur du roi d'Angleterre , qu'un traité diplomatique unissait de force au vieux Louis XII, dans le moment où elle avait pour un autre homme une passion violente et déclarée. Mais , de même que les parents d'Anne Boleyn s'inquiétaient peu de voir leur enfant livrée aux hasards d'une éducation étrangère , et privée de leurs caresses et de leurs soins , pourvu qu'elle devint femme de cour ; de même Henri VIII n'hésitait point à faire entrer sa jeune sœur dans le lit d'un vieillard infirme, pourvu qu'elle devînt reine de France.
Anne consuma ses années d'enfance dans de continuelles études de l'art de plaire; elle sut de bonne heure figurer avec grâce dans ces mascarades puériles qui aidaient les puissants du siècle à conduire à leur fin des journées vides et sans emploi ; elle apprit à séduire les yeux et à encourager les hommages; elle apprit à écouter les adorations des hommes, avant l'âge de les comprendre; elle apprit surtout à exciter par ses succès l'envie de ses