‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 3)Chapitre 27 sur 70 · SUR LE SENS PRIMITIF · texte numérisé non relu

SUR LE SENS PRIMITIF

peuples dont ils ignoraient l'idiome, les Romains voyaient un homme jouissant de la prééminence sur les autres hommes, soit comme chef de guerre, soit comme magistrat de paix, ils le qualifiaient, dans leur propre langue, de ce titre vague de rex, ou du titre aussi vague dedux, par lesquels ils n'avaient point la prétention de traduire exactement les titres de la langue étrangère , par lesquels ils ne pensaient point exprimer un degré précis d'autorité, mais seulement le fait général de la prééminence et du commandement.

L'émigration des tribus gothiques, germaniques et saxonnes, dans les contrées de langue romaine, fut l'accident qui attacha les noms romains de reges ou de duces aux chefs de différents grades , et de pouvoir diversement limité, qui guidèrent ces tribus dans la conquête, ou qui les régirent après l'établissement. Ces deux mots continuèrent à être employés indistinctement , par la population romaine conquise, laquelle désignait aussi indistinctement par le mot ancien de regnum, et par le mot nouveau de ducatus, les territoires possédés ou régis par les chefs supérieurs ou subalternps de la nation conquérante. Que si ces mots eurent alors , dans la bouche de ceux qui parlaient le romain, une signification plus décidée, c'est parce qu'ils désignaient pour eux , nation asservie , les magistratures ou les juridictions de leurs vainqueurs et de leurs maîtres. Mais cette nouvelle force , ajoutée aux titres de rex et de dux y par le fait matériel de la conquête , n'était réelle que pour les vaincus ; pour les vainqueurs, rien n'avait changé. Les chefs de leurs tribus diverses, redoutés comme des maîtres par les hoinmes que l'épée avait fait descendre au rang de sujets , n'étaient pas pour cela plus élevés au-dessus de la société victorieuse; et, quand un membre de cette société, quand, par exemple, un Frank,

ou le fils d'un Frauk , dans la Gaule, prononçait l'un de ces mots latins, qui, pour les fils des Gaulois, exprimaient la domination de la conquête , il ne leur accordait pas plus de sens que n'en avaient lés mois de sa propre langue , qui lui désignaient l'autorité sociale des magistrats de son choix.

Afin donc de découvrir quelle était la mesure de l'fcu*torité de ceux qui, après le démembremetit de l'empiffe romain, furent appelés reges ou rois, dans l'Europe occidentale, il faut laisser de côté la langue latine, et re^courir aux langues germaniques.

Ces langues , qui ne sont guère que les dialectes divers d'un seul et même idiome, parmi plusieurs titres de conlmandement qui leur sont propres, en présentent un qui leur est commun à toutes, peut-être comme plus expressif et plus conforme à l'idée que se faisaient ces peuples de l'autorité sociale; c'est le mot de koning, ou de k&ning, maintenant corrompu en haut allemand par le mot de hœnig, et en anglais par celui de king. Ce titre, constamment rendu, dans les chroniques latines , par le mot re#, et traduit , à cause de cela , par le mot roi , dans notre langue demi-latine , n'était rien de plus que le nom commun qui désignait le fait du commandement, sans distinction de degrés ni d'attributs. Le directeur de toute entreprise de guerre, le président de toute commission de paix publique , s'appelait koning ; ce nom s'appliquait à beaucoup de chefs de divers ordres et de fonctions diverses; on distinguait les rois supérieurs, ober koning; les roU inférieurs, unterhoning ; les demi-rois , half koning; les rois pour les courses de mer, seekoning; les rois pour l'armée , heereskoning; les rois pour la peuplade , folkeskoning. Cette variété d'applicalions du même mot n'étonnera point, quand on saura que ce titre de koning ,

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