‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 3)Chapitre 31 sur 70 · SUR LA VÉRITABLE CONSTITUTION · texte numérisé non relu

SUR LA VÉRITABLE CONSTITUTION

soyez sûr qu'en la visitant vous y trouverez de la liberté. Cette distinction perpétuelle est la clef de l'histoire sociale.

On vous raconte qu'il y a aujourd'hui, sur le sol de la Grèce antique * une nation où nul individu n'a de volonté ni de propriété personnelle, où un seul homme dispose de tous lés autres, qui s'abjurent tous devant lui; il faut demander au narrateur si la population qu'il prétend ainsi régie n'est point conquise , si ('homme dont il parle n'est point le chef de ses vieux conquérants » te représentant suprême cfe ' a conquête; et si, par hasard, on répond que ce peuple , loin d'avoir été conquis , est conquérant lui-même, qu'il vit sur des terres qu'il a usurpées, loin que ses terres l'aient été par d'autres; que l'homme sous lequel il plie en esclave n'est point étranger à sa race ; que c'est au contraire le descendant des chefe de guerre qui ont conduit ses çïeux à la conquête; que, de plus, on ne trouve pas, depuis la conquête, d'époque où ce chef se soit armé contre sa propre nation et .en ait subjugué une partie avec l'aide et la force du reste... Alors vous devez nier le fait de l'esclavage et soutenir à priori que la nation dont on vous parle , que la nation turque n'est point privée de liberté.

I^e problème de la société turque n'a rien d'exceptionnel; il n'est pas autre que le problème de la société franque conquérante de la Gaule , de la société saxonne conquérante de la Bretagne, de toutes les petites sociétés germaniques conquérantes de l'Italie , de l'Espagne et de l'Afrique romaine. Les circonstances étant les mêmes de part et d'autre, tout a dû être pareil, et tout l'a été réellement. De même que les Franks dans la Gaule , les Turcs dans la Grèce sont égaux, comme conquérants, chacun pour leur part, du peuple qu'ils possèdent en commun.

Us sont la race à qui l'épée n'a point donné de maîtres ; et ceux qu'ils agrègent à leur race sont rendus à la liberté, comme ceux qui devenaient Francs sous les Franks. Le reste des vaincus, désigné sans distinction de races par le nom commun de mpas i est dans la même situation que cette foule anonyme que les barbares , conquérants du midi de l'Europe , appelaient au hasard serfs , hommes de peine, hommes de puissance 7 colons, roturiers ou bourgeois. Les rayas payent tous une capitation an* miellé qu'on nomme kharadge; leur servitude n'est pas uniforme, non plus que celle des vaincus du moyen âge. Une partie est esclave domestique, une autre cultive pour les maîtres , une autre est chargée de redevances arbitraires ; une autre , plus favorisée , a conservé des magistrats de sa nation et de son culte ; elle est régie par eux , et paye en commun les taxes de la conquête.

Sur ces hommes dominent les hommes de la race turque, qui se donnent le nom d'Osmanlis, ou de fils d'Osman; eux, ils ne sont point dominés; ils sont la caste supérieure; et il n'y a point de castes parmi eux; tous peuvent également prétendre aux magistratures de leur société. Il n'y a qu'une seule exception en faveur d'une famille où l'on prend invariablement les chefs suprêmes de l'administration , parce qu'on croit cette famille héritière du premier législateur. Mais ce privilège ne fait point que la liberté des Osmanlis s'anéantisse devant celui que le sort ou le choix public ont mis à la tête des affaires. Plusieurs chefs qui ont tenté de violer la loi où sont enregistrés les droits de la nation ont été victimes de leur ambitieuse entreprise; et l'usage reprenant son empire, quand la liberté s'était vengée , a replacé imperturbablement sur le siège suprême , repdu vacant par la volonté populaire, un autre descendant de la race ottomane,

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