SUR LES LIBERTÉS
de ses discours, de ceux qu'il a prononcés dans les états de Provence. Il y atteste avec chaleur le nom de la nation provençale, les libertés de la terre de Provence, les droits des communes de Provence : ces formules dont notre langue est depuis si longtemps déshabituée semblent, presque au premier abord, n'être que des fictions oratoires : et tel doit être notre sentiment involontaire à nous, Français, qui, depuis trente années, ne connaissons plus de droits que les droits déclarés à Paris, de libertés que les libertés sanctionnées à Paris , de lois que les lois faites à Paris. Pourtant, ce n'étaient point alors de simples mots vides de sens ; alors , le patriotisme français se redoublait en effet dans un patriotisme local qui avait ses souvenirs, son intérêt et sa gloire. On comptait réellement des nations au sein de la nation française : il y avait la nation bretonne, la nation normande , la nation béarnaise , les nations de Bourgogne , d'Aquitaine , de Languedoc , de Franche- Comté, d'Alsace. Ces nations distinguaient , sans la séparer, leur existence individuelle de la grande existence commune; elles se déclaraient réunies, mais non subjuguées; elles montraient les stipulations authentiques aux termes desquelles leur union s'était faite ; une foule de villes avaient leurs chartes de franchises particulières ; et quand le ratët de constitution vint à se faire entendre , il ne fut point proféré comme une expression de renoncement à ce qu'il y avait d'individuel , c'est-à-dire de libre , dans cette vieille existence française, mais comme le désir d'une meilleure, d'une plus solide , d'une plus simple garantie de cette liberté trop inégalement, trop bizarrement empreinte sur les diverses fractions du sol.
Tel fut le vœu qui accompagnales députés à la première assemblée nationale ; tel fut leur mandat, au moins en intention. Ils allèrent plus loin : ils démembrèrent les terri-