SUR LE CARACTÈRE
tout montraient du penchant pour les mœurs romaines , qui étaient celles de toutes les villes gauloises. Leurs chefs se faisaient gloire d'aimer les arts , et affectaient la politesse de Rome '. Ainsi, les maux de l'envahissement se guérissaient par degrés; les cités relevaient leurs murailles; Pindustrie et la science reprenaient de l'essor, le génie romain reparaissait dans ce pays où les vainqueurs eux-mêmes semblaient abjurer leur conquête.
Ce fut alors que Chlodowig , chef des Franks , parut sur les bords de la taire. L'épouvante précédait son armée 3 ; on savait qu'à leur émigration de Germanie en Gaule, les Franks s'étaient montrés cruels et vindicatifs envers la population gallo-romaine; la terreur fut si grande à leur approche, que dans plusieurs lieux on crut voir des prodiges effrayants annoncer leur invasion et leur victoire 3 . Les anciens habitants des deux Aquitaines se joignirent aux troupes des Gotbs pour la défense du territoire envahi.Ceux du pays montagneux qu'on nommait en latin Arvemia, et que nous appelons Auvergne, s'engagèrent dans la même cause. Mais le courage et les efforts de ces hommes de races diverses ne prévalurent pas contre les haches des Franks ni contre le fanatisme des Gaulois septentrionaux excités par leurs évoques, ennemis des Goths , qui étaient ariens. Une multitude avide et féroce se répandit jusqu'aux Pyrénées, détruisant et dépeuplant les villes 4 . Elle se partagea
■ Leges Wisigotborum,passim.
» Cùm terror Francorum resonaret. (Greg. Turon., apud script, rer. gallie. et francic, t. II, p. 473.)
3 In medio Tolosœ civilatis sanguis erupit de terra et tota die fluxit... Francorum advcniente regno. ( ldatii Chron., apud script, rer. gallie. et francic, t. Il, p. 463.)
4 Et Pyrenœos montes usque... urbes et castella subruens, municipia quœquo depopulans, pradam innumerabilem et spolia multa suis mililibus aeque dispertiens. (Roriconis Gest. Francor., apud script, rer. gallie et francic, t. 111, p. 48.)
les trésors de ce pays , l'un des plus riches du monde , et repassa la Loire, laissant des garnisons sur le territoire conquis*.
En Tannée 532, Theoderik, l'un des fils et des successeurs de Chlodowig, dit à ceux des guerriers franks qu'il commandait : « Suivez-moi vers la contrée des Arvernes, et je vous ferai entrer dans tm pays où vous prendrez de l'or et de l'argent autant que vous en pouvez désirer, où vous enlèverez en abondance des troupeaux, des esclaves et des vêtements 3 ... » Les Franks prirent leurs armes, et passant de nouveau la Loire, ils s'avancèrent sur le territoire des Bituriges et des Arvernes. Ceux-ci payèrent alors avec usure la résistance qu'ils avaient osé faire àla première invasion. Tout fut dévasté chez eux; les églises et les monastères étaient rasés jusqu'aux fondements *. Les jeunes gens et les jeunes femmes étaient traînés, les mains liées, à la suite du bagage, pour être vendus comme eselaves 4 . Les habitants de cette malheureuse contrée périrent en grand nombre ou furent ruinés par le pillage. « Rien ne leur fut laissé de ce qu'ils possédaient , dit une ancienne chronique , si ce n'est la terre seule que les barbares ne pouvaient pas emporter 5 . »
Telles étaient les relations de voisinage qu'entretenaient les Franks avec les populations gauloises restées en dehors
f Cum ad solum proprium redire deliberaret, electos mifites... ad pervastas civitates custodiendas... dereliquit. (Ibid.)
3 Et ego vos inducam in patriam, ubi aurum et argentum accipiatis, quantum Yestra potest desiderare eupiditas, de qua pecora , de qua mancipia, de qua vestimenta in abundantiam adsumatis. (Greg. Tufod., apctd seripi. rer. gallic. et franeic., f. II, p. 191.)
3 Monasteria et eedesias solo tenus cosequan». (AeU S- AustremoiiH, apud script, rer. gallic. et franeic. , t. III , p. 407.)
* SeHhque vuitibus puellas. (Vite S. Fidott, ibid.)
5 Preter terram soiam quaro barbari secum ferre non poterant. ( 0u~ gonis Chron. virdun., apud script, rer. gallic. et franeic, t. III, p. SH.)