SUR L'ESPRIT NATIONAL DES IRLANDAIS
sur l'esprit national des irlandais, À propos des Mélodies irlandaises de Thomas Moore '.
Il y a des peuples qui ont la mémoire longue, que la pensée d'indépendance n'abandonne point dans l'esclavage, et qui, s'opiniâtrant contre Phabitude, ailleurs si puissante , détestent et renient encore, après des siècles , l'existence qu'une force supérieure leur a imposée malgré eux. Telle est la nation irlandaise. Cette nation, soumise par conquête au gouvernement anglais, refuse, depuis six cents ans, de consentir à ce gouvernement et de lui donner son aveu 5 elle le repousse comme au premier jour; elle proteste contre lui, comme protestait la vieille population d'Irlande, dans les combats où elle fut vaincue; dans ses révoltes, elle ne se croit point en rébellion, mais en guerre juste et légitime. C'est vainement que la puissance anglaise s'est épuisée d'efforts pour vaincre cette présence d'esprit si vivace , pour faire oublier la conquête et faire accepter les fruits de l'invasion armée comme l'exercice d'une autorité légale ; rien n'a pu anéantir l'obstination irlandaise. Malgré les séductions, malgré les menaces, malgré les supplices , les pères l'ont léguée à leurs fils. Le vieille Irlande est encore la «seule patrie que les vrais Irlandais avouent; c'est à cause d'elle qu'ils ont tenu à sa religion, comme à son langage; et, dans leurs insurrec-
1 Censeur Européen du 28 février 1820.