‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 3)Chapitre 8 sur 70 · M SUR L'ESPRIT NATIONAL DES IRLANDAIS · texte numérisé non relu

M SUR L'ESPRIT NATIONAL DES IRLANDAIS

lions, c'est encore elle qu'ils invoquent sous le nom d'Érin, par lequel la nommaient leurs ancêtres.

Pour maintenir cette chaîne de mœurs et de traditions contre les efforts des vainqueurs , les Irlandais se sont fait des monuments que ni le fer ni le feu ne pouvaient détruire; ils ont eu recours à l'art du chant, dans lequel ils se vantaient d'être habiles , et qui , dang les temps de l'indépendance, avait fait leur orgueil et leurs plaisirs. Les bardes et les ménétriers devinrent les archivistes de la patrie. Errant de village en village, ils allaient porter dans Chaque foyer des souvenirs de la vieille Irlande; ils s'étudiaient à les rendre agréables à tous les goûts et à tous les âges; ils avaient des chants guerriers pou* les hortimes, des romances d'amour pour les fertimès , des contes merveilleux pour les enfants du logis. Chaque maison conservait deux harpes toujours prêtes pou* les voyageurs, et celui qui savait le mieux célébrer la liberté de l'ancien temps, là gloire des patriotes et la grandeur de leur cause, en était récompensé par une hospitalité plus attentive. Les rois d'Angleterre essayèrent plus d'une fois de frapiper l'Irlande dans ce dernier refuge dé ses regrèté et de ses Vœux ; les poètes errants furerit persécutés, bânhis, livrés aux tortures et aux supplices : maïs la violence ne fit qu'irriter des Volcfntés indomptables, l'art du chant et des vers eut ses martyrs comme la religion; et les souvenirs qu'on voulait éteindre se redoublèrent par le sentiment de ce qu'il en coûtait pour les garder. .

Les paroles des chansons nationales , dans lesquelles l'Irlande a consigné ses longues souffrances, ont péri pour la plupart; lamusiqtfe seule s'est conservée. Cette musique peut servir de commentaire à l'histoire du pays. Elle peint l'intérieur des âmes aussi bien que les récits peîgnctrt les actions; on y trouve beaucoup de langueur et d'abatte-

SUR L'ESPRIT NATIONAL DES IRLANDAIS. 416 ment, «ne tristesse profondément sentie, mais vaguement exprimée > comme la douleur qui se retient parce qu'on l'observe. Quelquefois un peu d'espérance ou de légèreté s'y monlre; mais, dans lés refrains les plus vifs, il survient toujours quelque acèord triste, quelque changement de mode qui ramène brusquement des teintes plus sombres, comme on voit, dans tirt jour nébuleux, un rayon de soleil paraître un iûstârit pour se dérober aussitôt.

M. Moore est à la fois poète et musicien , comme tes vieux bardes de sa patrie; mais, au lieu de leur inspiration sauvage, il a toutes les grâces du talent cultivé; et son amour pour l'indépendance , agrandi par la philosophie moderne, lie borne pôiftt tous ses vœux à la délivrance d'Èrin et ati retour du vieux drapeau vert 1 . Il célèbre la liberté Comme le droit de tous les hommes, comme le charme de toutes les contrées du mortde. Les paroles anglaises qu'il a composées sur le rhythme des anciens airs de l'Irlande sont remplies de sentiments généreux , bien qu'empreintes le plus souvent de la couleur et des formes locales. Ces formes , presque toujours mystérieuses, ont d'ailleurs un charme qui leur est propre. Les Irlandais aiment à faire de la patrie un être réel qu'on aime et qui nous aime; ils aiment à lui parler sans prononcer son nom, et à confondre l'amour qu'ils lui vouent, cet amour austère et périlleux, avec ce qu'iL y a de plus doux et de plus fortuné parmi les affections du cœur. Il semble que, sous le voile de ces illusions agréables, ils veuillent déguiser à leur âme la réalité des dangers auxquels s'expose le patriote, et s'entretenir d'idées gracieuses, en attendant l'heure du combat; comme ces Spartiates qui se couronnaient de fleurs , sur le point de périr aux Thermopyles.

• Ancien étendard des chefs de- l'lfland<}. --.... k

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