‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 104 sur 607 · LES DEUX AMIS, ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

LES DEUX AMIS, ACTE III, SCÈNE III

MÉLAC P&RE

Je n'ai plaidé que celle des infortunés.

AUREUY.

Avec quel sang-froid... Je mourrais de douleur, si rien de semblable...

MÉLAC PÈRE, viyement.

Ami, je n'en suis que trop certain.

AURELLY.

Et tu soutiens mes reproches !

MÉLAC PÈRE

Plût au ciel que j'eusse pu les éviter !

AURELLY.

En fuyant honteu^ment.

MÉLAC PÈRE

Moi, fuir !

Ne partiez-vous pas T — Je ne parle point du tort que tu fais à tes garants : mais, malheureux, n'avezvous donc attendu, pour vous déshonorer, que le temps nécessaire pour apprendre à n'en point rougir?

NÉLAG FILS, péaélré.

Àh ! monsieur !

NÉLAG P&RE, avec dignité.

N'avez-vous jamais été blâmé pour l'action même dont votre vertu se glorifiait ?

AURELLY, s' échauffant.

Invoquer la vertu lorsqu'on manque à l'honneur?

MÉLAC FILS, d'un ton sombre.

Monsieur!...

MÉLAC PÈRE, avec douceur.

Àurelly, je puis beaucoup souffrir de vous.

AURELLY, avec feu.

Les voilà donc, ces philosophes ! Ils font indifféremment le bien ou le mal, selon qu'il sert à leurs vues !...

MÉLAC FILS, plus fort.

Monsieur Aurelly!...

AURELLY.

Vantant à tous propos la vertu, dont ils se moquent; et ne songeant qu'à leurs intérêts, dont ils ne parlent jamais 1

MÉLAC FILS, s' échauffant.

Monsieur Aurelly !...

AURELLY, plus viUi.

Comment un principe d'honnêteté les arrêterait-il, (ux qui n'ont jamais fait le bien que pour tromper mpunément les hommes !

MÉLAC PÈRE, avec douleur.

J'ai pu quelquefois me tromper moi-même...

AURELLY, en fureur.

Un honnête homme qui s'est trompé ne rougit pas e mettre sa conduite au grand jour.

MÉLAC PÈRE

U est des moments où, forcé de se taire, il doit se >ntenter du témoignage de son cœur.

AURELLY, hors de lui.

^ témoignage de son cœur ! L'intérêt personnel ren-

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MÉLAC PÈRE, emporté par la chaleur d' Aurelly.

£h bien! injuste ami... (A part.) Ah ! dieux ! qu'allaisje faire ?

AURELLY.

Tu voulais parler.

MÉLAC PÈRE, avec chagrin.

Je ne répondrai plus. (ii va s'asseoir.)

AURELLY, indigné.

Va, tu me fais bien du mal ; tu me rends à jamais soupçonneux, méfiant et dur. Toutes les fois que je verrai l'empreinte de la vertu sur le visage de quelqu'un, je me souviendrai de toi.

MÉLAC FILS, en colère.

Finissez, monsieur !

AURELLY.

Je dirai : Ce masque imposteur m'a séduit trop longtemps, et je fuirai cet homme.

MÉLAC FILS

Finissez, vous dis-je ! quittez ce ton outrageant ! De quel droit osez-vous le prendre avec mon père ?

AURELLY.

Quel droit, jeune homme ? Celui que toute âme honnête a sur un coupable.

MÉLAC FILS

L'est-il à votre égard ?

AURELLY.

Oui, puisqu'il se manque à lui-même.

MÉLAC FILS, outré.

Arrêtez, ou je ne garde plus de mesure avec vous !...

MÉLAC PÈRE, se levant.

Quel emportement, mon flls ! 11 a raison : et si j'avais à rougir de ma conduite, les reproches de cet honnête homme... Laissez-nous.

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