‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 135 sur 607 · SCÈNE XI ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE XI ET DERNIÈRE

SALNT-ALBAN, AURELLY, MÉUC père, PAULINE, MÉUG FILS, DABmS.

MÉLAC FILS, s'écriant.

Aux pieds de mon père !

MÉLAC PÈRE

Dabins ! vous m'avez trahi !

DABINS, aTcc joie.

Pouvais-je garder voire secret, en apprenant que monsieur acquittait voire dette?

MÉLAC PÈRE

Il vient à mon secours ? (A part.) 0 vertu ! voilà ta récompense. (A Aureiiy.) Ami, quelles sont donc tes ressources ?

SAUtT-ALBAl«.

Tout le bien de mademoiselle en dépôt dans ses mains.

MÉLAC FU^

De notre Pauline ? Ah ! mon cher Aurelly !

AURELLT.

Tu te perdais pour moi !

MÉLAC PÈRE

Mais, toi...

AURELLY.

Peux-tu comparer de Targent, lorsqu'il f en coûtait rélat et l'honneur ?

Je m*acquittais envers mon bienfaiteur malheureux ; mais toi, dans tes soupçons sur ma probité, devais-tu quelque chose à ton coupable ami ?

MÉLAC FILS, avec joie.

Ah ! mon père !

SAINT-ÀLBAN.

Eh bien, monsieur Aurelly! puis-je accepter, en payement, le mandat que vous m'offrez ?

MÉLAC PÈRE, avec effroi.

Quel mandat ?

AURELLY, pénétré» à Saint-Alban.

Vous serez satisfait, monsieur : mon premier sentiment lui était bien dû ; le second me rend tout entier à mon malheur.

MÉLAC PÈRE

Voilà ce que j'ai craint !

AURELLY.

Je n'avais à vous offrir, pour mon ami, que des effets qui se trouvent embarrassés : je reprends mon mandat. Votre argent est encore dans ma caisse, et Dieu me garde d'en user ! Dabins, reportez-le chez M. de Mélac, et moi... je vais subir mon sort.

MÉLAC PÈRE

Arrêtez ! je ne le reçois pas.

AURELLY.

Qu'est-ce à dire, Mélac ?

Malheureux Dabins !...

AURELLY.

Me croyez-vous assez indigne...

MÉLAC PÈRE

Monsieur de Saiut-Alban ! il serait horrible à vous d'abuser d'un secret que vous ne devez qu'à notre confiance. — Non, je jure que l'argent n'y rentrera pas.

AURELLY.

Veux-tu me «causer plus de chagrins que tu n'as espéré de m'en épargner ?

MÉLAC FILS y arec ardeur.

Monsieur Aurelly, ne refusez point !

PAULINE

Monsieur de Saint-Alban ! . . .

MÉLAC FILS, à Saint-Aliian

Vous aimez la vertu ?

MÉLAC PÈRE

Laisserez-vous périr son plus digne soutien ?

AURELLY, avec enthotisiaane.

Que faites-vous, mes amis î Pour m'empôcher d'être malheureux, vous devenez tous coupables. Oubliez-vous qu'un excès de générosité vient d'égarer l'homme le plus juste? Et s'il eut tort de toucher à cet argent, qui m'excuserait d'oser le retenir ?

MÉLAC PÈRE

Le consentement que nous lui demandons.

Qu'il se laisse soupçonner ? L'amitié t'a rendu capable de cet effort : mais si je n'ai pu, sans crime, accepter ce service de toi, quel nom mérite la séduction que vous employez tous pour l'obtenir de lui ? (A Saim-Aibau.) Vous êtes de sang-froid, monsieur ; jugez-nous.

SAINT-ALBAN

De sang-froid ! Ah ! messieurs ! 6 famille respectable ! me croyez-vous une âme insensible, pour l'attaquer avec cette violence? Vous demandez un jugement !...

MÉLAC ras.

Et nous jurons de l'accomplir.

SAWl^ALBAN.

Il est écrit dans le cœur de tous les gens honnêtes ; permettez seulement que j'y ajoute un mot. — Aurelly, prouvez-moi votre estime, en m'acceptant pour seul créancier.

AURELLY.

Vous, monsieur !

SAINT-ALBAN

Je l'exige. Et vous, monsieur de Mélac, conservez votre place, honorez-la longtemps. Unissez à votre fils cette jeune personne, qui s'en est rendue si digne en sacrifiant pour vous toute sa fortune.

MÉLAC PÈRE

Ce serait ma plus chère envie. Mon fils l'adore; et, si mon ami ne s'y opposait pas...

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