‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 149 sur 607 · LE COMTE, FIGARO · texte numérisé non relu

LE COMTE, FIGARO

LE COMTE

Qu'ai-je entendu ? Demain il épouse Rosine en secret !

FIGARO

Monseigneur, la difficulté de réussir ne fait qu'sgouler à la nécessité d'entreprendre.

LE COMTE

Quel est donc ce Basile qui se mêle de son mariage?

FIGARO

Un pauvre hère qui montre la musique à sa pupille, infatué de son art, friponneau, besoigneux, à genoux devant un écu, et dont il sera facile de venir à bout, monseigneur... (Regardant à la jalousie.) La v'ià, la v'ià !

LE COMTE

Qui donc?

FIGARO

Derrière sa jalousie, la voilà, la voilà. Ne regardez pas, ne regardez donc pas !

LE COMTE

Pourquoi?

Ne vous écrit-elle pas : Chantez indifféremment, c'està-dire chantez^ comme si vous chantiez... seulement pour chanter. Oh ! la v'ià, la v'ià.

LE COMTE

Puisque j'ai commencé à l'intéresser sans être connu d'elle, ne quittons point le nom de Lindor que j'ai pris; mon triomphe en aura plus de charmes. (Ildépldie le papier que Rosine a jeté.) Mais comment chanter sur cette musique? Je ne sais pas faire de vers, moi.

FIGARO

Tout ce qui vous viendra, monseigneur, est excellent : en amour, le cœur n'est pas difficile sur les productions de l'esprit... Et prenez ma guitare.

LE COMTE

Que veux-tu que j'en fasse? j'en joue si mal!

FIGARO

Est-ce qu'un homme comme vous ignore quelque chose? Avec le dos delà main; from, from, from... Chanter sans guitare à Séville! vous seriez bientôt reconnu, ma foi, bientôt dépisté.

(Figaro se colle au mur sous le balcon.)

Ll COMTE chaule en se promenant, et s'accompagnant sur sa

guitare.

Premier couplet.

Vous l'ordonnez, je me ferai connaître ; Plu&dnconnu, j'osais vous adorer :

En me nommant, que pourrai-je espérer I N'irapoi te I il faut obéir à son maître.

FiGAPiO, bas.

Fort bien, parbleu ! courage, monseigneur !

LE COMTE

Deuxième couplet.

Je suis Lindor, ma naissance est commune ; Mes vœux sont ceux d*un simple bachelier : Que n'ai-je, hélas I d'un brillant chevalier A vous offrir le rang et la fortune I

FIGARO

Et comment, diable! je ne ferais pas mieux, moi qui m'en pique.

LE COMTE

Troisième couplet.

Tous les matins, ici, d'une voix tendre. Je chanterai mon amour sans espoir; Je bornerai mes plaisirs à vous voir; Et puissiez-vous en trouver à m'entendre!

FIGARO

Oh! ma foi, pour celui-ci!...

(11 s'approche, et baise le ba.« de 1 habit de son mailrc.)

LE COMTE

Figaro?

FIGARO

Excellence !

LE CONTE

Crois-tu que l'on m'ait entendu ?

ROSINE, en dedans, chante.

Aia du Maître en droit.

Tout me dit que Lindor est charmant, Que je dois l'aimer constamment.

(On entend une croisée qui se ferme avec bruit.) FIGARO.

Croyez-vous qu'on vous ait entendu cette fois ?

LE COMTE

Elle a fermé sa fenêtre ; quelqu'un apparemment est entré chez elle.

FIGARO

Ah ! la pauvre petite, comme elle tremble en chantant ! Elle est prise, monseigneur.

LE COMTE

Elle se sert du moyen qu'elle-même a indiqué. Tout me dit que Utidor est charmant. Que de grâces ! que d'esprit !

FIGARO

Que de ruse! que d'amour!

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