‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 167 sur 607 · LE BA'RBIER DE SÉVILLE, ACTE II, SCÈNE XV · texte numérisé non relu

LE BA'RBIER DE SÉVILLE, ACTE II, SCÈNE XV

BARTHOLO, vivement à Rosine.

Qu'est-ce qu'il y a?

LE COMTE

Eh bien ! ai-je tort à présent, docteur Barbaro?

BARTHOLO

On dirait que cet homme se fait un malin plaisir de m*estropier de toutes les manières possibles. Allez au diable, Barbaro, Barbe à Teau ! et dites à votre impertinent maréchal des logis que, depuis mon voyage à Ifadrid, je suis exempt de loger des gens de guerre.

LE COMTE, à part.

0 ciel ! fâcheux contre-temps !

BARTHOLO

Âh ! ah ! notre ami, cela vous contrarie et vous dégrise un peu ! Mais n'en décampez pas moins à Tinstant.

LE COMTE, à part.

J'ai pensé me trahir. (Haut.) Décamper ! Si vous êtes exempt des gens de guerre, vous n'êtes pas exempt de politesse peut-être? Décamper! Montrez- moi votre brevet d'exemption ; quoique je ne sache pas lire, je verrai bientôt....

BARTHOLO

Qu'à cela ne tienne. Il est dans ce bureau.

LE COMTE, pendant qu'il y va, dit, sans quitter sa place :

Ah ! ma belle Rosu)e !

ROSIIÏE.

Quoi ! Lindor c'est vous !

Recevez au moins cette lettre.

ROSIKE.

Prenez garde, il a les yeux sur nous.

LE COMTE

Tirez votre mouchoir, je la laisserai tomber.

(Il s'approche.) BARTHOLO.

Doucement, doucement, seigneur soldat ! je n'aime point qu'on regarde ma femme de si près.

LE COMTE

Elle est votre femme?

BARTHOLO

Eh quoi donc ?

LE COMTE

Je vous ai pris pour son bisaïeul paternel, maternel, sempiternel; il y a au moins trois générations entre elle et vous.

BARTHOLO lit un parchemin.

c Sur les bons et fidèles témoignages qui nous ont été fl rendus... »

LE COMTE donne un coup de main sous les parchemins, qui les

envoie au plancher.

Est-ce que j'ai besoin de lout ce verbiage?

Savez-vous bien, soldat, que, si j'appelle mes gens, je vous fait traiter sur-le- champ comme vous le méritez?

LE COMTE

. Bataille ! Ah ! volontiers, bataille ! c'est mon métier.

à moi (Montrant son pistolet de ceinture) : et VOici de quoi

leur jeter de la poudre aux yeux. Vous n'avez peut-être jamais vu de bataille, madame ?

ROSINE

Ni ne veux en voir.

LE COMTE

Rien n'est pourtant aussi gai que bataille. Figurezvous (Poussant le docteur.) d'abord que l'ennemi est d'ur côté du ravin, et les amis de l'autre. (A Rosine en lu

montrant la lettre.) Sortez le mOUChoir. (n crache à terre.;

Voilà le ravin, cela s'entend.

(Rosine tire son mouchoir ; le comte laisse tomber sa lettre

entre elle et lui.) BARTHOLO, 80 baissant.

Ah! ah!

LE COMTE la reprend, et dit :

Tenez... moi qui allais vous apprendre ici les secrets de mon métier... Dne femme bien discrète, en vérité! ne voilà-t-il pas un billet doux qu'elle laisse tomber de sa poche ?

BARTHOLO

Donnez, donnez.

Dtdciter, papa ! chacun son affaire. Si une ordonnance de rhubarbe était tombée de la vôtre!

ROSINE avance la main.

Ah ! je sais ce que c'est, monsieur le soldat.

(Elle prend la lettre, qu'elle cache dans la petite poche de «on

tablier.) BARTHOLO.

Sortez-vous enfin î

LE COMTE

Eh bien, je sors : adieu, docteur; sans rancune. Un petit compliment, mon cœur : priez la mort de m'oublier encore quelques campagnes ; la vie ne m'a jamais été si chère.

BARTHOLO

Allez toujours; si j'avais ce crédit-là sur la mort...

LE COMTE

Sur la mort? N'êtes-vous pas médecin? vous faites tant de choses pour elle, qu'elle n'a rien à vous refuser. (Il aort.)

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