BAR1H0L
J*ai idée, moi, qu'il Ta tirée de la sienne.
ROSINE
Je l'ai très-bien reconnue.
BARTHOLO
Qu'est-ce qu'il coûte d'y regarder!
ROSINE
Je ne sais pas seulement ce que j'en ai fait.
BARTHOLO, montrant la pocheUe.
Tu l'as mise là.
ROSINE
Ah ! ah ! par distraction.
BARTHOLO
Ah ! sûrement. Tu vas voir que ce sera quelque fulie.
ROSINE, à part.
Si je ne le mets pas en colère, il n'y aura pas moyen de refuser.
BARTHOLO
Tk)nne donc, mon cœur.
ROSINE
Mais quelle idée avei-vous en insistant, monsieur? est-ce encore quelque méfiance ?
BARTHOLO
Mais VOUS, quelle raison avez-vous de ne pas la montrer ?
ROSINE
Je vous répète, monsieur, que ce papier n'est autre que la lettre de mon cousin, que vous m'avez rendue hier toute décachetée; et puisqu'il en est question, je vous dirai tout net que cette liberté me déplaît excessivement.
BARTHOLO
Je ne vous entends pas !
Vais-je examiner les papiers qui vous arrivent? Pourquoi vous donnez-vous les airs de loucher à ceux qui me sont adressés ? Si c'est jalousie, elle m'insulte ; s'il s'agit de l'abus d'une autorité usurpée, j'en suis plus révoltée encore.
BARTHOLO
Comment, révoltée I Vous ne m'avez jamais parlé ainsi.
R06INB.
Si je me suis modérée jusqu'à ce jour, ce n'était pas pour vous donner le droit de m'offenser impunément.
BARTHOLO
Ile quelle offense me parlez-vous ?
ROSINE
C'est qu'il est inouï qu'on se permette d'ouvrir les lettres de quelqu'un.
BARTHOLO
De sa femme ?
ROSINE
Je ne la suis pas encore. Mais pourquoi lui donnerait-on la préférence d'une indignité qu'on ne fait à personne ?
BARTHOLO
Vous voulez me faire prendre le change et détourner mon attention du billet, qui sans doute est une missive de quelque amant ; mais je le verrai, je vous assure.
ROSINI.
Vous ne le verrez pas. Si vous m'approchei, je m'enfuis de cette maison, et je demande retraite au premier venu.
BABTHOLO.
Qui ne vous recevra point.
BOSINB.
C'est ce qu'il faudra voir.
BARTHOLO
Nous ne sommes pas ici en France, où l'on donne toujours raison aux fenmies : mais, pour vous en ôter la fantaisie, je vais fermer la porte.
ROSINE, pendant qa*il y Tt.
Ah ciel I que faire ?... Mettons vite à la place la lettre de mon cousin, et donnons-lui beau jeu à la prendre.
(Elle fait l'échange, et met la lettre da coavn dans sa pocbeUe, de façon qu'elle sorte on pea.)
BAITHOLO, revenant.
Ah ! j'espère maintenant la voir.
ROSINI.
De quel droit, s'il vous plait ?
BARTHOLO
Du droit le plus universellement reconnu, celui du plus fort.
ROSINE
On me tuera plutôt que de l'obtenir de moi.
BARTHOLO, frappant da pied.
Madame, madame I...
ROSINE tombe rar an fauteuil ei feint de ae trouver mal.
Ah ! quelle indignité !...
BARTHOLO
Donnez cette lettre, ou craignez ma colère
ROSINE, lenvenée.
Malheureuse Rosine !
BARTHOLO
Qu'avez-vous donc ?
ROSINI.
Quel avenir affreux !
BARTHOLO
Rosine !
ROSDII.
J'étouffe de fureur.
BARTHOLO
Elle se trouve mal.
ROSlIfl.
I Je m'affaiblis, je meurs.