LE BARBIER DE SÉVILLE, ACTE III, SCÈNE II
BARTROLO lui Ute le pouls, et dit à part :
Dieux ! la lettre ! Lisons-la sans qu'elle en soit instruite.
(P continue i lui tAter le pouls, et prend la leUre, qu'il tâche de
lire en se tournant un peu.) ROSINE, toujours renversée.
Infortunée ! ah!...
BARTROLO lui quitte le bras, et dit à part.
Quelle rage a-t-on d*apprendre ce qu'on craint toujours de savoir !
ROSIRB.
Ah ! pauvre Rosine !
BARTROLO.
L'usage des odeurs... produit ces affections spasmodiques.
(H Ht par derrière le fauteuil en lui tâlant le pouls. Rosine se relè?e un peu, le regarde flnement, fait un geste de tète, et se remet sans parler.)
BARTROLO, à part.
0 ciel ! c'est la lettre de son cousin. Maudite inquiétude ! Conunent Tapaiser maintenant ? Qu'elle ignore au moins que je Tai lue !
(n fait semblant de la soutenir, et remet la lettre dans la pocbeUe.)
ROSUIE soupire.
Âh!...
BARTROLO.
Eh bien ! ce n'est rien, mon enfant ; un petit mouvement de vapeurs, voilà tout ; car ton pouls n'a seulement pas varié, (n va prendre un flacon sur la console.)
ROSINE, à part.
Il a remis la lettre! fort bien.
BARTROLO.
Ma chère Rosine, un peu de cette eau spiritueuse.
ROSINE
Je ne veux rien de vous : laissez-moi.
BARTROLO.
Je conviens que j'ai montré trop de vivacité sur ce billet.
ROSINE
Il s'agit bien du billet! C'est votre façon de demander les choses qui est révoltante.
BARTROLO, à genoux.
Pardon : j'ai bientôt senti tous mes torts ; et tu me vois à tes pieds, prêt à les réparer.
ROSINE
Oui, pardon! lorsque vous croyez que cette lettre ne vient pas de mon cousin.
RARTHOLO.
Qu'elle soit d'un autre ou de lui, je ne veux aucun éclaircissement.
ROSINE, lui présentant la lettre.
Vous voyez qu'avec de bonnes façons on obtient tout .de moi. Lisez-la.
BARTROLO.
Cet honnête procédé dissiperait mes soupçons, si j'étais assez malheiureux pour en conserver.
ROSINE
Lisez^la donc, monsieur.
BARTROLO se relire.
A Dieu ne plaise que je te'fasse une pareille injure f
ROSINE
Vous me contrariez de la refuser.
BARTROLO.
Reçois en réparation celte marque de ma parfaite confiance. Je vais voir la pauvre Marceline, que ce Figaro a, je ne sais pourquoi, saignée du pied : n'y viens-tu pas aussi?
ROSINE
J'y monterai dans im moment.
BARTROLO.
Puisque la paix est faite, mignonne, donne-moi ta main. Si tu pouvais m'aimer, ah! comme tu serais heureuse !
ROSINE, baissant les yeux.
Si vous pouviez me plaire, ah ! comme je vous aimerais !
RARTROLO.
Je te plairai, je te plairai ; quand je te dis que je te plairai. (il sort.)