‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 179 sur 607 · LE BARBIEK DE SÉVILLE, ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

LE BARBIEK DE SÉVILLE, ACTE III, SCÈNE IV

p^liei de TOUS prouver mes regrets, en prenant ma leçon.

LE COMTE, à part, à BarUiolo.

Ne la contrariez pas, si vous m'en croyez.

BARTHOLO

Voilà qui est fmi, mon amoureuse. Je suis si loin de chercher à te déplaire, que je veux rester là tout le temps que tu vas étudier.

ROSINE

Non, monsieur : je sais que la musique n'a nul attrait pour TOUS.

BARTHOLO

Je t'assure que ce soir elle m'enchantera.

ROSINE, an comte, à part.

Je suis au supplice.

LE COMTE, prenant un papier do musique sur le pupitre.

Kst-ce là ce que vous voulez chanter, madame?

ROSINE

Oui, c'est un morceau très-agréahle de la Précaution inutile.

BARTHOLO

Toujours la Précaution inutile?

LE COMTE

C'est ce qu'il y a de plus nouveau aujourd'hui. C'est une image du printemps, d'un genre assez vif. Si madame veut l'essayer...

ROSINE, regardant le comte.

Avec grand plaisir : un tableau du printemps me ravit ; c'est la jeunesse de la nature. Au sortir de l'hiver, il semble que le cœur acquiert un plus haut degré de sensibilité : comme un esclave enfermé depuis longtemps goûte, avec plus de plaisir, le charme de la lilK?rlé qui vient de lui être offerte.

BARTHOLOLO, bas au comte.

Toujours des idées romanesques en tète.

LE COMTE, bas.

En sentez-vous l'application ?

BARTHOLO

Parbleu ! (U va s'asseoir dans le fauteuil qu'a occupé Rosine.)

ROSINE chante.

* Quand dans la plaino L'amour ramène Le printemps, Si chéri des amants ; Tout reprend l't'lre, Son feu pénétre Dans les fleurs Et dans le> jeunes cœurs.

On voit les troupeaux Sortir des hameaux ; Dans tous les coteaux,

' (>tte ariette, dans le goiU espagnol, fut chtntée le premier jour à Paris, malgré les huées, les rumeurs et le train usités au parterre en ces jours de crise et de comliat. La timidité de l'actnce l'a depuis empêchée d'oser la redire, et les jeunes rigoristes du tbrâtre l'ont fort louée de cette réticence. Mais si la dignité de la Comédie-Française y a gagné quelque chose, il faut convenir que Lf Barbier de Srrille y a beaucoup perdu. C'est pourquoi, sur les théâtres où quelque peu de musique ne (irera pas tant h conséquence, nous invitons tous directeurs à la restituer, tous acteurs A U 'chanter, tous spectateurs à l'écouter, et tous criUque» k nous la pardonner, en faveur du genre de la pièce et du plaisir que leur fera le morceau. {Note de l'auleur.)

Les cris des agneaux Retentissent ; Ils bondissent ; Tout fermente.

Tout augmente; Les brebis paissent Les fleurs qui naissent ; Les chiens fidèles Veillent sur eUes ; Mais Undor, enflammé,

Ne songe guère Qu'au bonheur d'être aimé De sa bergère.

Même air :

Loin de sa mère, Cette bergère Va chantant Où son amant l'attend.

Par cette ruse, L'amour l'abuse; Mais chanter Sauve-t-il du danger? Les doux chalumeaux.

Les chants des oiseaux Ses charmes naissants.

Ses quinze ou seize ans, Tout l'excite, Tout l'agite ; La pauvrette S'inquiète; De sa retraite, Lindor la guette ; Elle s'avance, - Lindor s'élance, Il vient de l'embrasser :

Elle, bien aise, Feint de se courroucer, Pour qu'on l'apaise.

Petite repriie.

Les soupirs, Les soins, les promesses.

Les vives tendresses, Les plaisirs.

Le fin badinage.

Sont mis en usage ; Et bientôt la bergère Ne sent plus de colère.

Si quelque jaloux Trouble un bien si doux.

Nos amants d'accord Ont un soin extrême...

...De voiler leur transport ; Mais quand on s'aime, La gène ^oute encor Au plaisir même.

(En l'écoutant, Bartholo s'est assoupi. Le comte, pendant la petite reprise, se hasarde à prendre une main, qu'il couvre de baisers. L'émotion ralentit le chant de Rosine, l'affliiblit, et finît même par lui couper la voix au milieu de la cadence, au mot extrême. L'orchestre suit le mouvement de la chanteuse, affaiblit son jeu, et se tait avec elle. L'absence du bruit qui avait endormi Rarlholo le réveille. U comte se relève, Rosine et l'orchestre reprennent subitement la suite de l'air. Si la petite reprise se répète, le même jeu recommence.)

LE COMTE

En vérité, c'est un morceau charmant, et madame l'exécute avec une intelligence...

ROSINE

Vous me flattez, seigneur; la gloire est tout entière au maître.

BARTHOLO, bâillant.

Moi, je crois que j'ai un peu dormi pendant le morceau charmant. J*ai mes malades. Je vas, je viens, )^

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