‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 214 sur 607 · SCÈNE VIII SUZANNE, LE COMTE, CHÉRUBIN caché · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII SUZANNE, LE COMTE, CHÉRUBIN caché

8UZANNB aperçoit le Comte.

Ah !... (Elle s'approche du fauteoil pour masquer Chérubin.)

LE COMTE s'avance.

Tu es émue, Suzon ! tu parlais seule, et ton petit cœur parait dans une agitation... bien pardonnable, au reste, un jour comme celui-ci.

SUZANNE, tronblée.

Monseigneur, que me voulez-vous ? Si Ton vous trouvait avec moi...

LE COMTE

Je serais désolé qu'on m'y surprît ; mais tu sais tout l'intérêt que je prends à toi. Basile ne t'a pas laissé ignorer mon amour. Je n'ai qu'un instant pour t'expliquer mes vues ; écoute.

(U s'asùed dans le faateuU.) SUZANNE, vivement.

Je n'écoute rien.

LE COMTE lui prend la main.

Un seul mot. Tu sais que le roi m'a nommé son ambassadeur à Londres. J'emmène avec moi Figaro ; je lui donne un excellent poste ; et comme le devoir d'une femme est de suivre son mari...

SUZANNE

Ah! si j'osais parler !

LE COMTE la rapproche de lui.

Parle, parle, ma chère ; use aujourd'hui d'un droit que tu prends sur moi pour la vie.

SUZANNE, effrayée.

Je n'en veux point, monseigneur, je n'en veux point! Quittez-moi, je vous prie.

Mais dis auparavant.

SUZANNE, en colère.

Je ne sais plus ce que je disais.

LE COMTE

Sur le devoir des femmes.

SUZANNE

Eh bien, lorsque monseigneur enleva la sienne de chez le docteur, et qu'il l'épousa par amour; lorsqu'il abolit pour elle uu certain affix^ux droit du seigneur...

LE COMTE, gaiement.

Qui faisait bien de la peine aux lilles!... Ah! Suzette ! ce droit charmant! si lu venais en jaser sur la brune au jardin, je mettrais im tel prix à cette légère faveur.

BASILE parle en dehors.

U n'est pas chez lui, monseigneur.

LE COMTE »e lève.

Quelle est cette voix ?

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE I, SCÈNE IX

SUZANNE

Que je suis malheureuse !

LE COMTE

Sors, pour qu'on n'entre pas.

SUZANNE, (rouble.

Que je vous laisse ici ?

BASILE crie en dehors.

Monseigneur était chez mademe, il en est sorti : je vais voir.

LE COMTE

Et pas un lieu pour se cacher ! Ah ! derrière ce fauteuil... assez mal; mais renvoie-le bien vite.

(Suzanne lui barre le chemin; il la pousse doucement, elle recule, et se met ainsi entre lui et le polit page : mais pendant que le Comte s'abaisse et prend sa place, Chérubin tourne, et s« jetle effrayé sur le fauteuil, à genoux, et s'y blottit. Suzanne prend la rol^e qu'elle apportait, en couvre le page, et «e met devant le fauteuil.)

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