‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 215 sur 607 · SCÈNE IX LE COMTE ET CHÉRUBIN cachés, SUZANNE, BASILE · texte numérisé non relu

SCÈNE IX LE COMTE ET CHÉRUBIN cachés, SUZANNE, BASILE

BASaE. •

N'auriez-vous pas vu monseigneur, mademoiselle?

SUZANNE, brusquement.

Hé! pourquoi Taurais-je vu? Laissez-moi.

BASILE s'approche.

Si vous étiez plus raisonnable, il n'y aurait rien d*étonnant à ma question. C'est Figaro qui le cherche.

SUZANNE

Il cherche donc Fhomme qui lui veut le plus de mal après vous ?

LE COMTE, i part.

Voyons un peu comme il me sert.

I>ê4rer du bien à une fenmie, est-ce vouloir du mal à son mari ?

SUZANNE

Non, dans vos affreux principes, agent de corruption !

BASILE

Que vous demande-t-on ici que vous n'alliez prodiguer à un autre ? Grâce à la douce cérémonie, ce qu'on vous défendait hier, on vous le prescrira demain.

6UZANNE

Indigne !

B.iSILE.

De toutes les choses sérieuses, le mariage étant la plus bouffonne, j'avais pensé...

SUZANNE, outrée.

I>es horreurs!... Qui vous permet d'entrer ici?

BASILE

La, la, mauvaise ! Dieu vous apaise, il n'en sera que ce que vous voulez. Mais ne croyez pas non plus que Je regarde M. Figaro conune l'obstacle qui nuit à mon sei^eur ; et, sans le petit page...

tulAKliE, timidement.

Don Cbémbin

BASILE la contrefait.

Cherubino di amore, qui tourne autour de vous sans ce^e, et qui ce matin encore rôdait ici pour y entrer, quand je vous ai quittée. Dites que cela n'est pas vrai ?

SUZANNE

Quelle imposture! Allez-vous-en, méchant homme!

BASILE

On est un méchant homme, parce qu'on y voit clair. N'est-ce pas pour vous aussi cette romance dont il fait mystère?

SUZANNE, en colère.

Âh! oui, pour moi!

BASILE

i moins qu'il ne l'ait composée pour madame! En effet, quand il sert à table on dit qu'il la regarde avec des yeux!... Mais peste, qu'il ne s'y joue pas; monseigneurest truto/ sur l'article.

SUZANNE, outrée.

Et vous bien scélérat, d'aller semant de pareils bruits pour perdre un malheureux enfant tombé dans la disgrâce de son maître.

BASILE

L*ai-je inventé? Je le dis, parce que tout le monde en parle.

LE COMTE se lève.

Gomment, tout le monde en parle !

SUZANNE*

Ah ciel !

Ua!ha!

LE COMTE

Gourez, Basile, et qu'on le chasse.

BASILE

Ah ! que je suis fâché d'être entré !

SUZANNE, troublée.

Mon Dieu! mon Dieu!

LE COMTE, à Basile.

Elle est saisie. Asseyons-la dans ce fauteuil.

SUZANNE le repousse vivement.

Je ne veux pas m'asseoir. Entrer ainsi librement, c'est indigne!

LE COMTE

Nous sommes deux avec toi, ma chère. H n'y a plus le moindre danger !

BASIUS.

Moi, je suis désolé de m'être égayé sur le page, puisque vous l'entendiez ; je n'en usais ainsi que pour pénétrer ses sentiments; car au fond...

LE COMTE

Ginquante pistoles, un cheval, et qu'on le renvoie à ses parents.

BASILE

Monseigneur, pour un badinage?

Un petit libertin que j*ai surpris encore hier avec la fille du jardinier.

* Chérubin dam le fauteuil, le comte, Suianne, Basile.

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE I, SCÈNE X

BASILE

Avec Fanchelte ?

LE COHTG.

El dans sa chambre.

SUZANNE, outrée.

OÙ monseigneur avait sans doute affaire aussi.

LE CONTE, gaiement.

J*en aime assez la remarque.

BASUE.

Elle est d'un bon augure.

LE CONTE, gaiement.

Mais non; j'allais chercher ton oncle Antonio, mon ivrogne de jardinier, pour lui donner des ordres. Je frappe, on est longtemps à m'ouvrir; ta cousine a Tair empêtré, je prends un soupçon, je lui parle, et, tout en causant, j'examine. Il y avait derrière la porte une espèce de rideau, de porte manteau, de je ne sais pas quoi, qui couvrait des bardes : sans faire semblant de rien, je vais doucement, doucement lever ce rideau...

(Pour imiter le geste il lère la robe du fauteuil.) ct je VOis... (11 aperçoit le page. ) Ah ! . . .

Ha! ha!

LE CONTE

Ce tour-ci vaut l'autre.

BASILE

Encore mieux.

.LE COMTE, à Suzanne.

A merveille, mademoiselle : à peine fiancée, vous faites de ces apprêts? C'était pour recevoir mon page que vous désiriez d'être seule ? Et vous, monsieur, qui ne changez point de conduite, il vous manquait de vous adresser, sans respect pour votre marraine, à sa première camériste, à la femme de votre ami ! Mais je ne souffrirai pas que Figaro, qu'un homme que j'estime et que j'aime, soit victime d'une pareille tromperie. Étaitil avec vous, Basile?

SUZANNE, outrée.

Il n*y a tromperie ni victime ; il était là lorsque vous me pariiez.

LE COMTE, emporté.

Puisses-tu mentir en le disant ! son plus cruel ennemi n'oserait lui souhaiter ce malheur.

SUZANNE

Il me priait d'engager madame à vous demander sa grâce. Votre arrivée l'a si fort troublé, qu'il s'est masqué de ce fauteuil.

LE COMTE en colère.

Ruse d'enfer ! je m'y suis assis en entrant.

cnéRueiN.

Hélas! monseigneur, j'étais tremblant derrière.

LE COMTE

Autre fourberie ! je viens de m'y placer moi-même.

CnéRUBIN.

Pardon, mais c'est alors que je me suis blotti dedans.

Suzanne, Chérubin dan» le fauteuil, le Comte, Basile.

LE COMTE, plus outré.

C'est donc une couleuvre que ce petit... serpent-là! il nous écoutait !

CnéRUBIN.

Au contraire, monseigneur, j'ai fait ce que j'ai pu pour ne rien entendre.

LE COMTE

0 perfidie ! (a Suxanne.) Tu n'épouseras pas Figaro.

BASILE

Contenez-vous, on vient.

LE COMTE tirant Chérubin du fauteuil et le mettant sur ses pieds.

Il resterait là devant toute la terre !

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