‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 216 sur 607 · CHÉRUBIN, SUZANNE, FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE, FANCHETTE, BASILE · texte numérisé non relu

CHÉRUBIN, SUZANNE, FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE, FANCHETTE, BASILE

(Beaucoup'^de valets, paysannes, paysans vêtus de blanc.)

FIGARO, tenant une toque de femme, garnie de plumes blanches et de rubans blancs, parle à la Comtesw.

Il n'y que vous, madame, qui puissiez nous obtenir cette faveur.

LA COMTESSE

Vous le voyez, monsieur le comte, il me suppose un crédit que je n'ai point ; mais comme leur demande n'est pas déraisonnable...

LE COMTE embarrassé.

Il faudrait qu'elle le fût beaucoup...

FIGARO, bas i Suzanne.

Soutiens bien mes efforts.

SUZANNE, bas, 5 Figaro.

Qui ne mèneront à rien.

FIGARO, bas.

Va toujours.

LE COMTE, à Figaro.

Que voulez-vous?

FIGARO

Monseigneur , vos vassaux, touchés de l'abolition d'un certain droit fâcheux que votre amour pour madame...

LE COMTE

Eh bien, ce droit n'existe plus : que veux-tu dire?

FIGARO, malignement.

Qu'il est bien temps que la vertu d'un si bon maître éclate ! Elle m'est d'un tel avantage aujourd'hui, que je désire être le premier à la célébrer à mes noces.

LE COMTE, plus eml>arra8sé.

Tu te moques, ami! l'abolition d'un droit honteux n'est que l'acquit d'une dette envers l'honnêteté. Un Espagnol peut vouloir conquérir la beauté par des soins; mais en exiger le premier, le plus doux emploi, comme une servile redevance, ah ! c'est la tyrannie d'un Vandale, et non le droit avoué d'un noble Castillan.

FIGARO, tenant Su?4inne par la raain.

Permettez donc que cette jeune créature, de qui votre sagesse a préservé l'honneur, reçoive de votre

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE I, SCÈNE X

main publiquement la toque virginale, ornée de plumes et de rubans blancs, symbole de la pureté de vos intentions : adoptez-en la cérémonie pour tous les mariages, et qu'un quatrain chanté en chœur rappelle à jamais le souvenir...

LE COMTE, embarniKë.

Si je ne savais pas qu*amoureux, poêle et musicien, sont trois titres d'indulgence pour toutes les folies...

FIGARO

Joignez-vous à moi, mes amis î

TOCS ENSEMBLE.

Monseigneur ! monseigneur !

SUZANNE, au Comte. '

Pourquoi fuir un éloge que vous méritez si bien ?

LE COMTE, à part.

La perfide !

FIGARO

Regardez-la donc , monseigneur ; jamais plus jolie fiancée ne montrera mieux la grandeur de votre sacrifice.

SUZANNE

Laissez là ma figure et ne vantons que sa vertu.

LE COMTE, à part.

C'est un jeu que tout ceci.

LA COMTESSE

Je me joins à eux, monsieur le comte ; et cette cérémonie me sera toujours chère, puisqu'elle doit son motif à Tamour charmant que vous aviez pour moi.

LE COMTE

Que j'ai toujours, madame ; et c'est à ce titre que je me rends.

TOUS ENSEMBLE

Vital!

LE COMTE i part.

Je suis pris. (Haut.) Pour que la cérémonie eût un peu plus d'éclat, je voudrais seulement qu'on la remit à tantôt. (A part.) Faisons vite cberclier Marceline.

FIGARO, k Chérubin.

Eh bien, espiègle, vous n'applaudissez pas?

11 est au désespoir ! monseigneur le renvoie.

LA COMTESSE

Ah ! monsieur, je demande sa grâce.

LE COMTE

Il ne la mérite point.

LA COMTESSE

Hélas, il est si jeune ! *

LE COMTE

Pas tant que vous le croyez.

CHéRCBIN, tremblant.

Pardonner généreusement n'est pas le droit du seigneur auquel vous avez renoncé en épousant madame.

LA COMTESSE

11 n'a renoncé qu'à celui qui vous affligeait tous.

SUUHNE.

Si monseigneur avait cédé le droit de pardonner, ce serait sûrement le premier qu'il voudrait racheter en secret.

Ll COMTI, «robarrané.

Sans doate.

LA COMTESSE

Et pourquoi le racheter T

méRUBiN, au Comte.

Je fus léger dans ma conduite, il est vrai, monseigneur; mais jamais la moindre indiscrétion dans mes paroles...

LE COMTE, embarrané.

Eh bien, c'est assez...

FIGARO

Qu'entend-il ?

LE COMTE, TÎTement.

C'est assez, c'est assez ; tout le monde exige son par* don, je l'accorde, et j'irai plus loin. Je lui donne une compagnie dans ma légion.

TOUS ENSEMBLE

Vivat !

LE COMTE

Mais c'est à condition qu'il partira sur-le-champ, pour joindre en Catalogne.

FIGARO

Ail ! monseigneur, demain.

LE COMTE, insiste.

Je le veux.

CHéRIBIN.

J'obéis.

LE COMTE

Saluez votre marraine, et demandez sa protection.

(Chérubin met un genou en terre devant la Comte«e, et ne

peut parler.)

LA COMTESSE, émue.

Puisqu'on ne peut vous garder seulement aujourd'hui, partez, jeune homme. Un nouvel état vous appelle ; allez le remplir dignement. Honorez votre bienfaiteur. Souvenez-vous de cette maison, où votre jeunesse a trouvé tant d'indulgence. Soyez soumis, honnête et brave ; nous prendrons part à vos succès. (Chérubin se

relèrc, et retourne à la place.)

LE COMTE

Vous êtes bien émue, madame !

LA COMTESSE

Je ne m'en défends pas. Qui sait le sort d'un enfant jeté dans une carrière aussi dangereuse ! 11 est allié de mes parents ; et, de plus, il est mon filleul.

LE COMTE, à part.

Je vois que Basile avait raison. (Haut.) Jeune homme, embrassez Suzanne... pour la dernière fois.

FIGARO

Pourquoi cela, monseigneur? Il viendra passer ses hivers. Baise-moi donc aussi, capitaine ! (n rembrave.) Adieu, mon petit Chérubin. Tu vas mener un train de vie bien différent, mon enfant : dame ! tu ne rûderas plus tout le jour au quartier des femmes : plus d'échaudés, de goûtés à la crème ; plus de main-chaude, ou de colin-maillard. De bons soldats, morbleu ! basanés, mal vêtus ; un grand fusil bien lourd : tourne à droite» tourne à gauche, en avant, marche à la gloire ; et ne va pas broncher en chemin; à moins qu'un bon coup de feu...

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE II, SCÈNE I

SUZAIfllE.

Fi donc, rhorreur !

LA COMTESSE

Quel pronostic ?

LE COMTF..

Où donc est Marceline ? Il est bien singulier qu'elle ne soit pas des vôtres.

FA5CHETTE

Monseigneur, elle a pris le chemin du bourg, par le petit sentier de la ferme.

LE CONTE

Et elle en reviendra?...

BASILE

Quand il plaira à Dieu.

nCARO.

S*il lui plaisait qu'il ne lui plût jamais !...

FARCHETTE.

Monsieur le docteur lui donnait le bras.

LE COMTE, TÎTement.

Le docteur est ici !

BASILE

Elle s'en est d*abord emparée.

LE COMTE, h part.

n ne pouvait venir plus à propos.

FANCBBTTE.

Elle avait Tair bien échauffé; elle parlait tout haut en marchant, puis elle s'arrêtait, et faisait comme ça de grands bras... et monsieur le docteur lui faisait comme ça de la main, en Tapaisant. Elle paraissait si courroucée ! elle nommait mon cousin Figaro.

LE COMTE lai prend le menton.

Cousin... futur.

FANCHETTE, montrant Chérubin.

Monseigneur, nous avez-vous pardonné d'hier ?

LE COMTE interrompt.

Bonjour, bonjour, petite.

FIGARO

C'est son chien d'amour qui la berce ; elle aurait troublé notre fête.

LE COMTE, à part.

Elle la troublera, je t'en réponds. (Haut.) Allons, madame, entrons. Basile, vous passerez chez moi.

6CZAIINE, & Figaro.

Tu me rejoindras, mon fils?

FIGARO, bas ft Suzanne.

Est-il bien enfilé î

SUZANNE, bas.

Charmant garçon t (Ds sortent tous.)

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