‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 219 sur 607 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

SUZANNE, LA COMTESSE entre par la porle à droite. LA COMTESSE se jette dans une bergère.

Ferme la porte, Suzanne, et conte-moi tout dans le plus grand détail.

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE II, SCÈNE II

SUZAIfNB.

Je n*ai rien caché à madame.

LA COMTESSE

Quoi ! Suzon, il voulait te séduire?

8UUNKB.

Oh que non ! monseigneur n'y met pas tant de façon avec sa servante : il voulait m*achefer.

LA COMTESSE

Et le petit page était présent?

8UZAK5E.

C'est-à-dire, caché derrière le grand fauteuil. Il venait me prier de vous demander sa grâce.

LA COMTESSE

lié ! pourquoi ne pas s'adresser à moi-même ? Estce que je Taurais refusé, Suzon?

r/est ce que j'ai dit : mais ses regrets de partir, et surtout de quitter madame ! Ah ! Suzon, qu^eîle est noble et belle ! maiê fpi'elle est impoiante!

LA COMTESSE

Est-ce que j'ai cet air-là, Suzon ? moi qui Fai toujours protégé.

SUZANNE

Puis il a vu votre ruban de nuit que je tenais ; il s'est jeté dessus...

LA COMTESSE, aoarianl.

Mon ruban?... Quelle enfance !

SUZANNE

J'ai voulu le lui ôter : madame, c'était un lion ; ses yeux brillaient... Tu ne l'auras qu'avec ma vie, disait-il en forçant sa petite voix douce et grêle.

LA COMTESSE, réYant.

Eh bien,Suion?

SUZANNE

Eh bien, madame, est-ce qu'on peut faire flnir ce petit déraon-là ! Ma marraine par-ci ; je voudrais bjen par l'autre : et parce qu'il n'oserait seulement baiser la robe de madame, il voudrait toujours m'embrasser, moi.

LA COMTESSE, rëTanl.

Laissons... laissons ces folies... EnAn, ma pauvre Suzanne, mon époux a uni par te dire...

SUZANNE

Que si je ne voulais pas l'entendre, il allait protéger

LA COMTESSE te lève et se promène, en le semnt fortement de

TéTenlail.

Il ne m'aime plus du tout.

SUZANNE

Foorquoi tant de jalousie?

U COMTESSE

Comme tous les maris, ma chère ! uniquement par orgueil. Ah! je l'ai trop aimé ; je l'ai lassé de mes tendresses et fatigué de mon amour ; voilà mon seul tort avec lui : mais je n'entends pas que cet honnête aveu te nuise, et tu épousera$ Figaro. Lui seul peut nous y aider : Tiendra-i-^l ?

SUZANNE

Dés qu'il verra partir la chasse.

LA COMTESSE, M «errant de l'éTenlail.

Ouvre un peu la croisée sur le jardin. Il fait une chaleur ici !...

SUZANNE

C'est que madame parle et marche avec action. (Elle

Ta ouvrir U croisée du fond.)

LA COMTESSE, réraut longtemps.

Sans cette constance à me fuir... Les hommes sont bien coupables !

SUZANNE crie, de la fenêtre : •

Àli! voilà monseigneur qui traverse à cheval le grand potager, suivi de Pédrille, avec deux, trois, quatre lévriers.

LA COMTESSE

Nous avons du temps devant nous, (eaie t'asued.) On frappe, Suzon !

SUZANNE court ouvrir en chantant.

Ah ! c'est mon Figaro ! ah ! c'est mon Figaro !

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