‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 220 sur 607 · SCÈNE II FIGARO, SUZANNE ; la COMTESSE, asiae · texte numérisé non relu

SCÈNE II FIGARO, SUZANNE ; la COMTESSE, asiae

SUZANNE

Mon cher ami, viens donc. Madame est dans une impatience!...

nCABO.

Et toi, ma petite Suzanne ? — Madame n'en doit prendre aucune. Au fait, de quoi s'agit-il ? d'une misère. Monsieur le comte trouve notre jeune femme aimable, il .voudrait en faire sa maîtresse ; et c'est bien naturel.

SUZANNE

Naturel ?

nCARO.

Puis il m*a nommé courier de dépèches, et Suion conseiller d'ambassade. Il n'y a pas là d'étourderie.

SUZANNE

Tu finiras ?

FIGARO

Et parce que Suzanne, ma flancée, n'accepte pas le diplôme, il va favoriser les vues de Marceline ; quoi de plus simple encore ? Se venger de ceux qui nuisent à nos projets en renversant les leurs, c'est ce quechacun fait, ce que nous allons faire nous-mêmes. Eh bien, voilà tout, pourtant.

LA COMTESSE

Pouvez-vou8, Figaro, traiter si légèrement un dessein qui nous coûte à tous le bonheur?

FIGARO

Qui dit cela, madame ?

SUZANNE

Au lieu de fafOiger de nos chagrins...

■ HGARO.

N'est-ce pas tsseï que je m'en occupe ? Or, pour agir aussi nôétbodiquement que lui, tempérons d'abord

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE II, SCÈNE III

son ardeur de nos possessions, en Tinquiétant sur les siennes.

LA COMTESSE

C*est bien dit; mais comment?

FIGARO

C*est déjà fait, madame; un faux avis donné sur

TOUS

Sur moi ! la tète tous tourne.

FIGARO

Oh! c'est à lui qu'elle doit tourner.

LA COMTESSE

Un homme aussi jaloux !..

FIGARO

Tant mieux : pour tirer parti des gens de ce caractère, il ne faut qu'un peu leur fouetter le sang : c'est ce que les femmes entendent si bien ! Puis, les tient-on fâchés tout rouge, ayec un brin d'intrigue on les mène où l'on Tout, par le nez, dans le Guadalquiyir. Je tous' ai fait rendre à Basile un billet inconnu, lequel aTertit monseigneur qu'un galant doit chercher à tous Toir aujourd'hui pendant le bal.

r LA COMTESSE.

Et TOUS TOUS jouez ainsi de la Térité sur le compte d'une femme d'honneur!...

nOARO.

n y en a peu, madame, aTec qui je l'eusse osé, crainte de rencontrer juste.

LA COMTESSE

Il faudra que je l'en remercie !

FIGARO

Nais dites-moi s'il n'est pas charmant de lui aToir taillé ses morceaux dans la journée, de façon qu'il passe à rôder, à jurer après sa dame, le temps qu'il destinait à se complaire aTec la nôtre ! Il est déjà tout dérouté: galopera-t-il celle-ci? sunreillera-t-il celle-là? Dans son trouble d'esprit, tenez, tenez, le Toilà qui court la plaine, et force un lièTre qui n'en peut mais. L'heure du mariage arriTe en poste ; il n'aura pas pris de parti contre, et jamais il n'osera s'y opposer deTant madame.

SUZANNE

Non; mais Marceline, le bel esprit, osera le faire, elle.

FIGARO

Brrrr. Cela m'inquiète bien, ma foi ! Tu feras dire à monseigneur que tu te rendras sur la brune au jardin.

SUZANNE

Tu comptes sur celui-là ?

FIGARO

Oh dame ! écoulez-donc ; les gens qui neTeulent rien faire de rien n'aTancenl rien, et ne sont bons à rien. Voilà mon mot.

SUZANNE

Il est joli !

LA COMTESSE

Comme son idée : tous consentiriez qu'elle s'y rendit?

FIGARO

Point du tout. Je fais endosser un habit de Suzanne à quelqu'un : surpris par nous au rendez-TOUs, le comte pourra-t-il s'en dédire?

SUZANNE

A qui mes habits?

nOARO.

Chérubin.

LA COMTESSE

n est parti.

FIGARO

Non pas pour moi ! Teut-on me laisser faire ?

SUZANNE

On peut s*en fier à lui pour mener une intrigue.

nCARO.

Deux, trois, quatre à la fois; bien embrouillées, qui se croisent. J'étais né pour être courtisan.

SUZANNE

On dit que c'est un métier si difficile !

FIGARO

RecoToir, prendre et demander : Toilà le secret en trois mots.

LA COMTESSE

Il a tant d'assurance, qu'il finit par m'en inspirer.

nGARO.

C'est mon dessein.

SUZANNE

Tu disais donc?...

FIGARO

Que, pendant l'absence de monseigneur, je Tais tous enToyer le Chérubin ; coiiïez-le, habillez-le ; je le renferme et l'endoctrine ; et puis dansez, monseigneur, (n

sort.)

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