‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 367 sur 607 · TAHARE, PROLOGUE, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

TAHARE, PROLOGUE, SCÈNE IL

l'Opéra dans leur» feuilles; j'aurais une bien triste opinion de leur crédit, s'ils n'obtenaient pas tous des dispenses contre Tarare.

En tout cas, reste la ressource intarissable des lettres anonymes, des épigrainmes, des libelles; celle des invectives imprimées, jetées par milliers dans nos salles. Qui sait mèine si, dans le temple des Muses, des lettres et du goût, au centre de la politesse, un orateur bien éloquent, regardant de travers Tarare, ne trouvera pas un moyen ingénieux d'écraser lauteur et l'ouvrage, à ne s'en jamais relever ; comme il est arrivé au centenaire Figaro, qui, depuis un tel anathëme, n'a eu que des jours malheureux» une vieillesse languissante 1

Tous ces moyens de nuire sont bons, efOcaces, usités. La haine affamée s'en nourrit; la malignité les réclame, notre urbanité les tolère; l'auteur en rit ou s'en afflige, la pièce chemine ou s'arrête; et tout rentre à la fin dans Tordre accoutumé de l'oubli : c'est là le dernier des malheurs.

Puisse le goût public et rachurnement de la haine nous en préserver quelque temps! Puissent les bons esprits de la littéralui*e adopter mes principes, et faire mieux que moi ! Mes amis savent bien si j'en serai jaloux, ou si j'irai les embrasser. Oui, je le ferai de grand cœur : heureux, ô mes contemporains, d'avoir, au champ de vos plaisii^, pu tracer un léger sillon que d'autres vont fertiliser!

A travers les mille et une injures que cet ouvrage m'a values f fai reçu quelques vers qui me consoleraient, si fêlais affligé. Entre autres, V apologue qui suit est si vrai, si plùlosophique et si juste, que je n'ai pu m' empêcher de lui donner place en ce lieu.

AIHJLOGUE A L'AUTEUR DE TARAKE

Un bon hoinine. un soir cheminant.

Passait à côté d'un village :

Un chien aboie, un autre en fait autant ; Tous les mâtins du bourg hurlent au môme instant. Pourquoi, leur dit quoiqu'un, poui-quoi tout ce tapage? .Nul d'eux n'en savait rien; tous criaient ce{>endant. Des publiques clameurs c'est la (Idèie image. Un rt^pèlc au has;ird tes discours qu'on entend : Au hasard on s'agite, on blâme, on injurie;

On ne sait pas pourquoi l'on crie.

Le sage, direz-vous, mt'prise ces propos, Tenus par des méclianls, rt'pélés par des sols : Le sage quelquefois les paya de sa vie.

Socrale l'ut empoisonné ; Aristide à l'exil fut par eux condamné : Ils ont forcé Voltaire à sortir de la France; Us ont réduit Racine à quinze ans de silence.

On leur résiste quelque temps :

Leur fureur à la fln détruit tous les talents. Demandez-le à la Grèce, à Home, à l'Italie : Ils ont dans ces climats, jadis si florissants,

Fait renaître la barbarie.

Par m. — .

\ MOiNSlElU SALlfcilU

MAITBE DE LA MUSIQUI! DE S. M. l'emPEREDR d'aLLEMAGRE. M02< AMI,

Je vous dédie mon ouvrage, parce qu'il est devenu le vôti*e. Je n'avais fait que l'enfanter; vous Pavez élevé jus<iu'à la hauteur du théâtre.

Mon plus grand mérite en ceci est d'avoir deviné l'opéra de Tarare dans les Danaides et les Horaces, malgré la prévention qui nuisit à ce dirnier, lequel est un fort bel ouvrage, mais un peu sévère pour Paris.

Vous m'avez aidé, mon ami, à doimer aux Français une

idée du spectacle des Grecs, tel que je l'ai toujours conçu. Si notre ouvrage a dusuccés, je vous le devrai presque entier: et quand votre modestie vous fait dire partout que vous n'êtes que mon musicien, je m'honore, moi, d'être votre poète, votre serviteur, et votie ami.

CAa05 DE DCAOHARCBAIS.

Page 1