‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 402 sur 607 · TARARE, ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

TARARE, ACTE III, SCÈNE VI

Croyant entendre quelque bruit.

Nous faisions la ronde de nuit.

D'une soudaine frénésie Celte brute, à Tinstant saisie...

Peut-être a-t-il perdu l'esprit !

Nais il pleure, il crie, il s'agite, Parle, parle, parle si vite Qu'on n'entend rien de ce qu'il dit.

ATAR, d'un (od lemble.

11 parle, ce muet !

CALPIGI, plna troublé.

Que dis-je ?

Parler serait un beau prodige !

D'affreux sons inarticulés...

:ar lui prend le bra«. Tarare est sans mouTemenl, prosterné.

0 bizarre sort de ton maître !

Tu maudis quelquefois ton être...

Je venais, les sens agités, L'honorer de quelques bontés, Soupirer l'amour auprès d'elle.

A peine étais-je à ses côtés.

Elle s'échappe, la rebelle !

Je l'arrête et saisis sa main :

Tu n'as vu chez nulle mortelle. L'exemple d'un pareil dédain !

Farouche Ator, quelle est donc ton envie? Avant de me ravir l* honneur.

Il faudra nC arracher la vie L . .

Ses yeux pétillaient de fureur, rouche Atar !... son honneur !... la sauvage, Appelant la mort à grands cris...

Atar, enfin, a connu le mépris.

(Il tire son poignard.)

Vingt fois j'ai voulu, dans ma rage, Épargner moi-même à son bras...

Allons, Calpigi, suis mes pas !

CALPIGI, lui présente sa simarre.

Seigneur, prenez votre simarre.

ATAR

Rattache, avant, mon brodequin Sur le corps de cet Africain. . .

<U met son pied sur le corps de Tarare.)

Je sens que la fureur m'égare !

^n regarde Tarare.)

Malheureux Nègre, abject et nu, Au lieu d'un reptile inconnu Que du néant rien ne sépare, Que n'es-tu l'odieux Tarare !

Avec quel plaisir de ce flanc Ma main épuiserait le sang ! . . .

Si rinsoleiit pouvait jamais connaître

Quels dédains il vaut à son maître I... Et c'est pour cet indi^^ne objet, C'est pour lui seul, qu'elle me brave !... Calpigi, je forme un projet :

Coupons la têle à cet Esclave* Défigure-la tout à fait, Porte-la de ma part toi-même.

Dis-lui qu'en mes transports jaloux, Surprenant ici son époux...

(n tire le sabre de Calpigi.) CALPIGI l'arrête et l'éloigné de son ami.

De cet horrible stratagème, Ah ! mon maître, qu'espérez-vous!

Quand elle poun*ait s'y méprendre, En deviendrait-elle plus tendre ?

En l'inquiétant sur ses jours, Vous la ramènerez toujours.

ATAR, furieux,

La ramener!... j'adopte une autre idée :

Elle me croit l'àme enchantée ;

Montrons lui bien le peu de cas

Que je fais de ses vains appas.

Cette orgueilleuse a dédaigné son maître !

0 le plus charmant des projets 1

Je punis l'audace d'un traître Qui m'enleva le cœur de mes sujets,

Et j'avilis la superbe à jamais.

Calpigi !...

CALPIGI, troublé.

Quoi ! Seigneur !

ATAR

Jure-moi sur ton âme D'obéir.

CALPIGI, plus troublé.

Oui, Seigneur.

ATAR

Point de zèle indiscret ;

ATAR

Tout à l'heure.

CALPIGI, presque égaré.

A l'instant.

Prends-ikioi ce vil muet.

Conduit-le chez elle en secret.

Apprends-lui que ma tendre flamme

La donne à ce monstre pour femme.

Dis-lui bien que je fais serment Qu'elle n'aura jamais d'autre époux, d'autre amant.

Je veux que l'hymen s'accomplisse;

Et si l'orgueilleuse prétend

S'y dérober, prompte justice !

Qu'à son lit à l'instant conduit,

Avec elle il passe la nuit ;

Et qu'à tous les yeux exposée, Demain, de mon Sérail elle soit la risée! A présent, Calpigi, de moi je suis content. Toi, par tes signes, fais que cette brute apprenne

Le sort fortuné qui l'attend.

CALPIGI, tranquillisé*

Ah ! Seigneur, ce n'est pas la peine ; S'il ne parle pas» il entend.

ATAR

Accompagne ton Maitre à la garde prochaine.

(11 M retourne pour sortir.)

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