PREUVES PHYSIQUES
Après avoir porté les preuves de raisonnement jusqu'à l'évidence, acquérons la même certitude sur les preuves de fait ; et que leur ensemble .soit la démonstration partaite que non-seulement la minute était bien de la main de M. Goêzman, mais que ce magistrat a fait la déclaration comme il avait intérêt qu'elle fût, exprés pour me nuire, et sans que le Jay y ait eu la moindre part. C'est le sieur le Jay qui va nous l'apprendre : écoutons parler dans tous ses interrogatoires cet homme honnête et simple.
Enfermé au secret, sans communication, et n'ayant pour conseillers que la mémoire qui rappelle les faits, le bon sens qui les met en ordre, et la candeur qui les produit au jour; c'est ici que la simplesse d'un homme ordinaire est plus pressante que toute l'habileté du plus subtil rhéteur. Ses réponses sont d'une vérité qui saisit; nulle précaution, nulle prévoyance des suites; les faits les plus graves y sont articulés aussi naïvement que les choses les plus inutiles. Je préviens qu'il va porter de furieux coups à mes adversaires, et répandre un terrible jour sur leur conduite; et je les en préviens, afin qu'ils regardent de plus près à ce que je vais dire ; car je dé.
clare que je n'entends mettre de surprise à rien. Je me défends à force ouverte.
Le Jay, interrogé s'il a été de lui-même chez M. Goêzman pour y faire une déclaration ? a répondu qu'on l'avait envoyé chercher delà part de ce magistrat le 50 mai dernier.
Interrogé quelle question lui a faite M. Goézman, relativement à la déclaration qu'il a écrite? a répondu que M. Goézman ne lui a pas fait d'autre question que celle-ci : N' est-il pas vrai, monsieur le Jay, que madame a refusé les cent louis et la montre que vous lui avez présentés? Qu'ayant été vivement sollicité par madame Goézman de répondre affirmativement, il a dit pour toute réponse : Omi, monsieur; qu'alors le magistrat a écrit à son bureau la déclaration tout d'un trait; que madame Goézman l'a prise et dictée à lui répondant, pendant qu'il récrivait, pour que cela marchât plus rondement ; qu'il a mis ensuite h minute de M. Goézman dans sa poche, pour la faire copier par son commis; et que, sans perdre de temps, madame Goézman l'a conduit chez M. de Sartine , qu'en montant en fiacre, il a dit à la dame : Nous sommes bien heureux que votre mari ne m'ait pas parlé des quinze louis; je n'aurais pas pu dire que je les ai rendus, puisque vous les avez encore ; et que la dame a répondu (avec le plus gaillard adjectif) : Vous seriez bien une... tête à perruque , d'aller parler de ces quinze louis : puisquil était com^enu que je ne devais pas le* rendre, on peiâ bien assurer que je ne les ai pas reçus,