‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 439 sur 607 · DÉPOSITION EST FAITE*, QUE RESULTER A-T-IL DE CETTE VISITE · texte numérisé non relu

DÉPOSITION EST FAITE*, QUE RESULTER A-T-IL DE CETTE VISITE

J'aime mieux ne point aller chez lui.

Ainsi donc, le sieur Berirand, si empressé de voir M. Goëzman, et qui demandait si instamment au sieur Marin Tentrevue avec ce m»lgislral, est troublé, et n'ose plus se présenter chez lui sitôt qu'il a déposé : que lui dirai-je, comment me recevra-t-il t Ma déposition est faite. Nais puisque celte déposition faite troublait \e sieur Bertrand etTéloignait de M. Goêzman, pourquoi le sieur Marin, qui nignorait pas la déposition, insistait-il à l'y envoyer? pourquoi Tencourageait-il à faire ce: le déinarclie?Ët lorsqu'il dit (selon Bertrand) ^ii'i7 ne fallait pas que Vamitié qu'il portait à la maison du sieur de Beaumarchais lui fit manquer aux égards dus à un magistrat honnête, intègre et vertueux, ne supposait-il pas que la famille de Beaumarchais avait suggéré la déposition du sieur Bertrand ? ne préjugeait-il pas en faveur de M. Goêzman? n'engageai t-il pas le sieur Bertrand à aller voir ce magistral, pour convenir des moyens qu'il y aurait ii prendre, atin de faire une déposition différente de celle que le sieur Bertrand avait faite, et que le sieur Marin suppo^ait<//d('c par la famille de Beaumarchais contre un magistral respeclable et vertueux?

Voilà donc en substance le conseil de changer la déposition donnée par Marin, et Finjure faite à la famille de Beaumarchais, constatés par les mémoires de ces messieurs; injure que le sieur Marin, comme on le voit, préméditait davance, et qu'il a prodigu«''e depuis dans son mémoire.

Reste à jeter, monsieur Bertrand, un coup d'œil sur votre confrontation avec le docteur Gardane, dont vous nous donnez une version à votre manière, c'est-à-dire bonne i pour ce qui vous prolite, et louche sur ce (jui l'intéresse, i

Vous avez là une singulière maladie! mais ce docteur ' dont le cerveau est bien entier, ses deux lobes égalemenl sains, vient de présenter une requête au parlement, atin d'obtenir une réparation d'honneur, avec affiche de l'arrêt, pour toutes les horreurs dont vous avez voulu le souiller : cela ne fait rien à notre affaire.

Mais ce qui y fait beaucoup est la partie de cette confrontation où ce médecin vous reproche d'être venu, pâle et l'air égaré, chez la dame Lépine, un jour, devant neuf personnes, lui dire : « Mon ami, tàtez-moi • le pouls, je dois avoir la fièvre. .\li I messieurs, je

« viens de les prendre les mains dans le sac : c*est une « horreur, je suis perdu ; vous Télés aussi, monsieur de « Beaumarchais. Je viens de diner diei une daioe afec « quatre conseillers de grand'chambre, qui, ne mectth « naissant pas, se sont expliqués sans ménagement sur « l'affaire, et ont fini par assurer que rinlentioo di « parlement était de traiter sans pitié le Jay, Bertrad, « et Beaumarchais, pour avoir osé toucher à la réputa> « lion du magistrat le plus intégre, etc. »

Je me rappelle fort bien tous ces faits, et coomieiil vous refusâtes obstinément de me dire le nom de> quatre conseillers ; comment je me mis en colère ; H comment enfin je résolus de n'avoir plus aucun coinmerce avec un homme aussi faux et aussi faible.

L'anecdote du cartel intercepté, dont parle la coo* frontation,est apparemment la suite de cette colère.

Mais que vouliez-vous donc dire, monsieur, en m'invitant à prendre une épée d'or ? Est-ce que tous anei posé pour loi de ce combat que la dépouille du vaiuca resterait au vainqueur ? Les gens de votre état ont ben être en colère, ils ne perdent jamais la tète.

Mais quelle est enfin cette atfreuse histoire detqoatre conseillers? était-ce encore un piège de Marin? car oo m'en a tendu mille en trois mois, pour m*engagar à faire une fausse démarche. Était-ce un leurre ou âne vérité ? Comme ce fait intéresse Tlionneur de la nu^ trature, et qu'il importe autant au parlement qu'àmoi qu'il soit éclairci ; avant déjuger TafTaire, je supplieb cour d'ordonner qu'il soit informé scrupuleusement sv ce fait, que les neuf témoins soient entendus, que le sieur Pertrand soit interrogé sur le nom de la dame, sur celui des convives du diner, sur leurs discours, etc., etc.

Dans une afl'aire aussi importante, un tel eiamea n'est pas à négliger. Ou le sieur Bertrand est un fourbe, qui doit être puni pour avoir calomnié quatre magistrats sur le point le plus délicat de leur devoir, dansb seule vue de nous effrayer; ou les quatre conseillers reconnus doivent être suppliés de vouloir bien se dispenser de juger dans une affaire sur laquelle ib «1 montré tant de partialité.

Jusqu'à ce moment nous avions tous aimé ce Bertrand, (]uoiqu*il soit entaché du petit défaut d'altérer toujours la vérité ; mais il y a beaucoup do gens eu qui l'habitude de mentir est idutùt un vice d^éducation, une faiblesse, un embarras de savoir que dire, qu*un desisein prémédité de mal faire. VA, daiib le fond, cela revieiit&u même. Une fois connus, ce n'est plus qu'une régie d'équation très-aisée, et qui ne gène personne : // a Ht cela, donc c'est le contraire ; et h»s choses n'en voutpis moins leur train.

Mais pour cette aventure, elle est trop sérieuse, iln'j a pas moyen d'y appliquer notre équation. Qui sait si fêclaircissement de ce fait ne nous montrera pas le nœud caché de toute l'intrigue entre Bertrand, Marin et coih

sorts ?

Tel qui croyait n'avuir liurpuimé qu*un inarsouio Aiiirnc quelqucrois un louid hiiipopotame.

lUCMBR, Mt. IT,

MÉMOIRES

En courant une chose, on en rencontre une autre ; et c*est ainsi qu un cénobite allemand, en cherchant le grand œuvre dans la. mixtion de divers ingrédients méprisables, n*y trouva pas à la vérité la poudre d*or qui devait enrichir le genre humain, mais découvrit, chemin faisant, la poudre à canon qui le détruit si ingénieusement. Ce n'est pas tout perdre ; et, comme on voit, en toute affaire il est bon de chercher, informer, scruter ; aussi espéré-je que la cour voudra bien ordonner qu'il soit informé sur le fait des quatre magistrats, avant de s'occuper de Texamen des pièces du procès.

La fin de votre mémoire, monsieur, n'a aucun rapport à Taffaire présente ; mais il n'est pas moins juste de vous donner satisfaction sur tous les articles.

A l'occasion d'une lettre que le sieur Marin vous a forcé de lui écrire, et que j'ai osé prévoir n'être jamais préjudiciable qu'à vous, vous me reprochez les services que vous avez bien voulu me rendre, et dont j'ai toujours été très-reconnaissant : cela est dur.

Je vous dois, dites-vous, le luminaire du convoi de ma femme que vous m'avez fourni. A la rigueur cela se peut : j'ai même quelque idée que, depuis cet affreux événement qui a renversé ma fortune encore une fois, répicier de la maison s'est plaint qu'un autre eût fait le bénéfice de cette triste fourniture : je lui dis alors ce que je vous répète aujourd'hui. Abimé dans la douleur de la perte d'une femme chérie, vous sentez que tous les détails funéraires, confiés à quelque ami, m'ont été absolument étrangers. Mais à cette époque il a été payé chez moi pour 39,000 francs de dettes, mémoires ou fournitures : comment avez-vous négligé de parler de la vôtre alors? Était-ce pour me rappeler un jour au plus affreux souvenir, en me demandant, par la voie scandaleuse d'un mémoire imprimé, 150 ou 200 livres, qui vous auraient tout aussi bien été payés que d'autres mémoires de vous, du même temps, que je trouve acquittés pour huile, anchois, etc.?...

Vous avez depuis été chargé, par moi, d'un billet de deux mille livres que j'ai été obligé de rembourser par rinsolvabilité du vrai débiteur, et que j'ai chez moi : s*il vous est dû des frais de poursuite, de courtage, escompte, etc., ou même quelque appoint, je suis bien éloigné de vous refuser le juste salaire de vos soins en toute occasion.

Le jour qu'il a plu au roi de me rendre à ma famille, à mes affaires, mes parents accoururent m'apporter cette bonne nouvelle en prison. On est toujours pressé de quitter de pareils domiciles : mais le loyer, le traiteur, le greffe, les porte-clefs, tout est hors de prix dans ces maisons royales : je me rappelle bien que je vidai ma bourse, et que ma sœur, pour compléter la somme et m'einraener bien vile, tira douze louis de sa poche, et que je ne l'embrassai seulement pas pour la remercier de ce senice.

Comment donc arrive-t-il aujourd'hui que vous, qui aviez, à la vérité, d'excellentes raisons pour ne pas me îisiter en prison, et qui, le seul de tous les gens de ma connaissance, n'avez jamais osé y mettre le pied, vous

BIAnUBOIAIS

vous trouviez mon créancier de douze louis que vous ne m'avez pas prêtés pour le fait de ma sortie ? Pour cet article, monsieur, comme je l'ai remboursé à ma sœur, qui me l'avait avancé, permettez qu'il soit rayé de votre mémoire ; et puisque les bons comptes font les bons amis, pour le petit restant que je puis vous devoir, vous avez à moi, depuis un an, deux effets de cent louis chacun, dont j'ai espéré que vous voudriez bien me procurer le payement (en reconnaissant vos peines, bien entendu), vous m'obligerez de m'acquitter envers vous par vos mains; ou s'ils sont d'une trop longue rentrée, le sieur Lépine, mon beau-frère, dont vous connaissez les talents, la fortune indépendante, le grand commerce et le crédit, et dont vous paraissez autant révérer l'honnêteté que j'aime sa personne, a dans ses mains un effet de quatorze mille francs à moi, sur le roi, dont il s'est chargé de solliciter le payement : il voudra bien vous tenir compte de trois ou quatre cents livres, si je vous les dois, et nous serons quittes.

A toutes les amères tirades dont votre mémoire est plein à ce sujet, j'avais d'abord ainsi répondu :

On sait qu'il y a beaucoup de gens du Sud à Paris, dont l'unique métier est d'obliger tout le monde. Y a-t-il un mariage dans une famille? ils ont des gants, des cocardes et des odeurs-, un repas? des olives, du thon, du marasquin-, des besoins? de l'argent, et un dépôt tout prêt pour vos effets. Un voyage? des courroies, des malles, des selles et des bottes; et puis, à propos de bottes, ils prétendent à la reconnaissance en présentant le mémoire.

Tout considéré, j'ai eu peur que cette réponse ne vous offensât; je l'ai retranchée pour y substituer le détail plus sérieux que vous venez de dire, et j'espère que vous m'en saurez gré.

Mais pendant que je relève ici les erreurs d'un autre, je m'aperçois que j'ai pensé en faire une à l'article Marin. Pourquoi ces Juifs (y ai-je dit) qui vont et viennent de chez vous chez lui, et de chez lui chez vous ? J'avais soupçonné que ces Juifs qui venaient chez Bertrand, de la part de Marin, étaient chargés d'espionner ce que disaient ou faisaient les honnêtes gens de la maison de ma sœur. Mais j'ai appris depuis que ces Juifs y venaient pour des affaires absolument étrangères aux honnêtes gens de la maison de ma sœur. Je fais justice à moi comme aux autres, et suis toujours prêt à m'accuser quand je me prends en faute ou en erreur.

Je me rappelle encore que dans ma première chaleur, en vous lisant, j'avais résolu, mon cher Bertrand, de répondre assez durement à votre mémoire ; mais le sieur Marin apnt émoussé d'avance la pointe de mon plus sanglant reproche, par l'aveu qu'il fait de vous avoir donné ses fonds à tourmenter, je n'en dirai rien; ce ne serait plus qu'une insipide injure, et cela ne me va point : les honnêtes gens me savent gré de vous répondre, les gens de goût me blâmeraient de vous piller.

Quant aux lettres du sieur Marin et de vous, relatées dans son mémoire ou dans le vôtre, je ne sais lequel

HÉMOIRES.

(eh!... c*est beaucoup mieux que je ne pensais, elles sont, ma foi, dans tous les deux; tant mieux, on ne saurait trop multiplier les belles choses), permettez que je les range pour Timportance à côté de celles du comte de la Blache, qui écrit ainsi que vous, messieurs, très-déUcatemcnt. Toutes ces lettres étaient réellement des ouvrages à imprimer. Mais le dégoût que vous cause, comme à moi, messieurs, une autre lettre imprimée par Marin et signée Mercier, doit-elle nous empêcher de lui donner aussi un rang dans la collection? Si elle est affreusement dictée, au moins a-t-elle quelque mérite au fond.

On se rappelle assez qu'un des objets du sieur Marin est de prouver que j'avais grand'peur de M. Goëzman ; et sur ce fait, on n*a pas sans doute oublié ma lettre à M. de Sartine sur M. Goëzman, imprimée page 29 de mon Mémoire à consulter; on n'a pas oublié mes réponses à M. le premier président, ni mon dédain pour les offres de Marin d'arranger l'affaire ; on n'a pas oublié que je fus chez ce dernier le jour de la déposition de Bertrand. Or, c'est de cette visite, où je portais la défiance de l'avenir et le mécontentement du passé, surtout un reste d'aigreur de la scène de la veille chez ma sœur, que messieurs les témoins aux gages de mon bienfaiteur Marin écrivent d'avance au sieur Bertrand, et lui offrent d'afllrmer avec lui que j'arrivai en étendant les bras ; mais il faut écouter ces messieurs euxmêmes : Je me souviens (dit l'un deux parlant de moi) qu'en étendant les bras vers M, Marin, il lui avait dit, avec une chaleur que fai prise pour un sentiment vrai, pour un élan du cœur : Ah! mo.i ami, je vous dois tout, l'iio^5euk et la vie. Et dans celte lettre, qui pétille -de bêtises, le clerc dugazelior, oubliant qu'il éciit à Bertrand, pins instruit que lui-môine de toute la conduite de Marin à mon égard, a la gaucherie d'ajouter en style de témoin qui répète sa leçon du greffe : // est bon de remarquer que cet aveu était le prix des démarches faites par M. Marin pour lui sauver run et F autre.

Témoin mon ami, je vous suis obligé de votre remarque. H est bon de remarquer à mon tour que cette lettre porte d'un bout à l'autre le c^iractére d'un maladroit qui en instruit un autre ; vous souvient-il, monsieur?.,, ne vous rappelez-vous pas? Vous souvient-il encore?.., ei qu'elle finit par la douce invitation que fait le maladroit à l'autre maladroit de se joindre à lui pour me dénigrer. // me suffit d'avoir démasqué l'imposture, c est un mérite que je serais jaloux de pautager avec vous. Enfin, pour couronner l'œuvre, un troisième maladroit, aux mêmes gages que les deux autres, écrit au premier: Si mon témoignage est nécessaire à l'appui de ces faits, je ne m'y refuserai point. Et voyez Marin s'extasier de son adresse, et s'écrier : Assurément on ne dira pas que ces lettres soient mendiées, quelles soient concertées : et, pour qu'on ne puisse jamais douter que ces lettres sont de lui, nous dire ensuite spirituellement : Les sieurs Mercier et Adam (ses commis), indignés de Vaudace du sieur de Beaumarchais, ont EUx-iièMES écrit également les deux lettres suivantes. Ces commis qui ont écrit eux-

mêmes f Et Marin qui certifie que c^est bien qui ont écrit ! Lorsque le maître de classe aa coiMp avait fait nos épitres de bonne année, il ne manquit jamais de certifier à tous les parents, au bas de la c»pie, que c'étaient les enfants eux-même* qui les afaicfll écrites; et, par le mot écrire* il entendait» comnie k précepteur Marin, composer, dicter ; et les bons pinÉb larmoyaient de plaisir de voir leurs enfants de petib prodiges. Comme vous et moi, pleurons de joie de voir les défenses de M. Goëzman et la Gazette de France en de mains aussi pures, et livrées à des gens aussi véridiqiiK.

Ceci me ramène tout naturellement, comme on foi, à M. Goëzman : car le sieur Marin n*a jamais été pov moi qu'un pont-volant jeté légèrement sur le ma, pour atteindre l'ennemi à la rive opposée. Que si Im trouve par hasard un rapport intime entre la conduite du sieur Marin envers Bertrand, et celle que teoaila même temps M. Goëzman envers le Jay, ce ne sera pa ma faute; moins encore si, ne tirant de ma pat aucunes conséquences de tous ces rapports contre ce magistrat, le parlement bien édairci se troufe enétt de les tirer lui-même.

Mais que de monde occupé à vous soutenir, motsieur! Tôt circa unum caput tumultuante* deoêîtaà d'amis qui parlent si haut pour vous, quand yoos ws défendez si mal ! on voit bien qu'il tous est plus aisédr trouver de grands défenseurs que de bonnes défen» Cependant, en contemplant votre édifice soutena ptf madame Go<*zman, les sieurs Marin, Bertrand, BmbM et autres, on est tenté de retourner sa phrase, et è convenir que vos défenseurs ne \alent pas mieoi (pB vos défenses ; puis, comparant ce que vous ècn^ vous-même avec les mémoires ou lettres de tous es messieurs, on est forcé de refaire encore son tlte. et d'avouer que, toutes mauvaises que sont vosdéfeoKS^ elles valent encore mieux que vos défenseurs. QmBti moi, pour ne vous laisser rien à désirer sur niODCpnion à cet égard, je vous dirai franchement qn*à mtR place, et pour mon usa;;e, jene voudrais pas plasir vos défenseurs que de vos défenses.

Mais je ne confonds pas avec ces défenses les services essentiels que vous rend publiquement M. lepi^ sident de Nicolai. Mon profond respect pour le nom àt Nicolaï, qui a toujours tenu un rang distingué dans h robe et dans l'cpée, celui que je porte à tous mesaioiK les présidents à mortier, surtout celui que M. le président de Nicolaî sait bien que j'ai pour sa persom^i aurait peut-être dû me faire trouver grâce à ses yeoi dans une querelle qui lui était si étrangère.

Cependant j'apprenais de tous côtés que H. le président de Nicolai, non content de solliciter en favcv de M. Goëzman, parlait dans le monde très-désavanUgeusement de moi. Il me revenait aussi que MM. Gio^ >au de Saint-Marc semaient, au sujet du procès nq*^ la plainte de M. le procureur général avait donné liA les discours les plus indiscrets, soit en montrant tfitt leur partialité pour M. Goëzman, soil en m*iiyorii^ sans aucune retenue.

- Mais quoiqu'il me fût Irès-essentiel de prendre les \oies de droit pour écarter de pareils juges, j'eus la respectueuse délicatesse de dire, par ma requête du mois d'août dernier, que je m'en rapportais à leur déclaration, sur la vérité des faits qui y étaient exposés. Far Tarrêt qui intervint, la cour leur donna acte des déclarations par eux faites, et en conséquence elle mit néant sur ma requête.

Depuis ce temps je suis resté tranquille, quoique M. le président de Nicolaï non-seulement ait continué à me déchirer sans ménagement, mais encore ail ouvertement sollicité pour M. Goezman, qu'il conduit chez tous nos juges, et dont il distribue et fait distribuer publiquement les mémoires chez lui. Ce n'est plus même un secret, qu'il a conseillé M. Goëzmau dans celte affaire. M. Goezman nous l'apprend dans sa note imprimée, page 6, où il s'exprime ainsi: Ce fut d'après LE coRSEa «Ttm des présidents de la cour (M. de Nicolaï ; il est trop généreux pour me démentir) que fai exigé du *ieur le Jay quil déclarât par écrit... etc. M. le président de ÎSicolaï a donc conseillé M. Goezman ; c'est par son conseil que M. Goezman a fait faire une déclaration au sieur le Jay. Or, Tari 6 du lit. XXIV de Tordonnance de 1667 porle que le juge pourra être récusé, « i7 a donné conseil, s'il a sollicité ou recommandé. M. de Nicolaï est doublement dans.le cas de cet article, puisqu'il a donné conseil et qu'il sollicite ouvertement. D'après cela, je me suis cru en droit de profiter de la disposition de la loi, et de donner en conséquence, le 16 décembre 1773, ma requête en récusalion contre M. de Nicolaï : et comme il m'est aussi important d'écarter ses sollicitations que son suffrage, j'ai observé à la cour, par cette requête, que l'article 14 de l'ordonnance de François I*^, de 1559, défend expressémenl à tous présidents et conseillers de solliciter dans les cours où ils sont officiers. Voici les termes :

« Nous défendons à tous présidents et conseillers de « nos cours souveraines de solliciter pour autrui les 4 procès pendants es cours où ils sont officiers, et d'en « parler aux juges directement ni indirectement, sous « peine de privation de l'entrée de la cour et de leurs 4 gages pour un an, et d'autres plus grandes peines « s'ils y retournent, dont vous voulons être avertis, et « en chargeons notre procureur général sur les peines

4 que dessus. »

L'ordonnance de i 667 a renouvelé la même disposition sur l'article 6 du titre 24 des récusations. « Sans m qu'ils (les présidents ou conseillers) puissent solli- 4 citer pour autres personnes, sous peine d'être privés 4 de l'entrée de la cour et de leurs gages pour un an, « ce ne pourrait être remis ni modéré pour quelque « cause ou occasion que ce soit ; chargeons nos proc cureurs généraux de nous en donner avis, h peine c d'en répondre par eux, chacun à leur égard, en leur

« nom. • Fondé sur des textes aussi précis, j'ai conclu par ma

- requête à ce que, attendu qu'il est prouvé par écrit ■ que M. le président de Hicolaî a donné conseil à M. Goêi-

man, et qu'il esl de notoriété qu'il sollicite ouvertement et journellement pour lui, il fût ordonné qu'il serait tenu de s'abstenir du jugement du procès, sauf à M. le procureur général à prendre tel parti qu'il avisera, conformément aux ordonnances ci-dessus citées.

Pour présenter cette requête, il fallait qu'elle fût signée d'un avocat titulaire; la crainte de déplaire à un président à mortier les a tous éloignés. Forcé de m'adresser à M. le premier président pour m'en commettre un, j'ai eu l'honneur de le voir ; ce magiitrat m'a donné sa parole que M. de Nicolaï ne serait pas de mes juges ; et sur cette parole respectable, j'ai consenti à ne pas user du droit que j'avais de donner ma requête. En effet, M. le président de Nicolaï s'est abstenu de se trouver aux chambres depuis que le rappoK de ce procès est commencé.

Biais MM. Gin et Nau de Saint-Marc ont craint apparemment que je ne manquasse de juges; malgré mes prières, ils ont constamment refusé de se récuser.

Je me contenterai de leur rappeler ici le trait d'Auguste, cité par Suétone. Lorsque Nonius fut accusé d'un crime atroce au sénat de Rome, Auguste, qui l'aimait tendrement, voulut se lever et sortir du Capitole, de peur de gêner les délibérations ; et, malgré les prières des sénateurs, il n'y resta que très-peu de temps, sedit per aliquot horas in subselliis ; mais sans dire un mol, sans recommander la cause de son ami, et sans jamais la solliciter pour lui : tacitus, ac ne laur datione quidem judiciali data.

Quel exemple pour MM. Gin et Nau de Saint-Marc, sans celui qu'ils ont reçu de plusieurs de leurs con* frères en cette affaire même ! Mes inquiétudes sur leurs liaisons avec M. Goezman, et les discours qu'ils ont tenus sur mon compte, ne devraient-ils pas être im assez puissant motif pour les engager à s'abstenir du jugement ? Je ne prononce point sur leur conduite, je m'en plains seulement à eux-mêmes, sans sortir du respect dû à des conseillers de la cour. Mais pourquoi s'obstinent-ils à être mes juges?

A l'égard du conseil que M. de Nicolaï a donné de faire les déclarations, mon profond respect pour lui m'empêchera d'agiter la grande question de savoir si l'aveu qu'on fait à la cour de ce conseil est propre à disculper un homme, ou à en inculper deux.

Dois-je répondre au nouveau mémoire de madame Goezman, divisé en trois sections, sous le titre de première, seconde et troisième atrocité, où l'auteur, ne pouvant plus contester tous les faits rapportés dans mon supplément, se réduit à les tordre, à les tourmenter, pour se les rendre moins défavorables ; mais où il fait l'aveu public de la fidélité de ma mémoire et de mes citations, en supposant que le procès en entier m'a été conununiqué ^ ? Le but de cet ouvrage est de prouver

* J'ai fail vœu de répondre à tout. Dans une des galettes de Hollande, dont on vient de m'envoyer l'extrait, le scnipuleui nouveUiste s'explique en ces termes, à la date du 7 décem*

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^Airmzritus de style. lie^'uis que jVcri>. U main ne trernble touîe> 1*^> foi> que je rt-flcvbis q[o*îl iant ff lu^^urir dêïbonoré. ou franchir les bornes étroites qce Irr j>lu« profond respect avait imposées à nion ressentiment. Il me semble voir chaque lecteur paroonrant avtfc inquiétude ce mémoire, et me disant : iLonsienr de Dtrjuiiiarcliai>. vous plaisantez vos petits adTersains. vou^ accablez les grands, tous les faits sous votre plome s'édaircissent, et votre justilicaliun s'avance à pas de graiit ; mais un seul article afflii:e tous vos amis. Ces leitivs de protection de MrsDixEs, supposées pour gagniT votre procès ; ce dt»saveu foudroyant des princesses; cette note d'un de vos Mémoires, supprimée par sentence ; la dénonciation que le comte de la Blaclie et M. Goëzman en font contre vous à la nation; tout cela reste en arriére, et vous gardez le sileuce. Ce fait, étranger à la cause, n'est pas sans doute aujourd'hui du ressort du parlement ; mais on le présente au public comme au seul tribunal où le déshonneur qu'on vous iinprinic doit vous couvrir à jamais d'opprobre, oo retomber sur le front de vos ennemis.

Je vous entends, lecteur ; je relis avec amertume les noms iïaudacieux, de téméraire^ d'itripotteitr, que

MÉMOIRES

M. Goëzman me donne, et Timputation qu*il me fait d'avoir abusé dex noms les plus sacrés à l'appui de mon intérêt et de mes vues iniques. Et mon courage renait.

()uelque dessein que j'eusse formé d'abord de ne pas répondre à ces affligeantes citations, j'ai réfléchi depuis qu'il valait mieux me faire honneur de ma bonne foi en avouant publiquement mes torts, quels qu'ils fussent, que de les laisser soupçonner plus grands ; ce qui ne manquerait pas d'arriver si je me renfermais dans un silence respectueux, que tout le monde n'attribuerait pas à une cause aussi modeste.

En effet, si je m'étais rendu coupable d'imposture et de témérité, en publiant que Mesdames accordaient à mon affaire une protection décidée; si j'avais eu la faiblesse de supposer qu'elles m'avaient donné par écrit la permission d'honorer publiquement ma personne et mon procès d'une aussi auguste protection, ne serait-on pas tenté de m' excuser, quand on saurait que le comte de la Blache, mon ennemi, par une imposture plus odieuse encore, cherchait à me nuire chez tous nos juges, en leur disant que Mesdames, qui m'avaient autrefois accordé leur protection, ayant reconnu que je m'en étais rendu indigne par mille traits déshonorants, disaient ouvertement qu'elles m'avaient chassé de leur présence ?

Sans prétendre excuser ici, sur l'importance de l'occasion, la faiblesse qui m'est reprochée d'avoir abusé du nom des princesses, sans rappeler combien il était dangereux pour moi que les propos du comte de la Bladie n'obtinssent créance sur l'esprit de nos juges, qu\iurais-je fait autre chose en cette occasion que battre mon ennemi de sa propre arme, et payer son horrible mensonge par un mensonge beaucoup moins coupable ? Et vous qui ne rapportez cette note et ce désaveu des princesses que pour détourner, par une récrimination indiscrète et peu respectueuse, l'attention du public un moment de dessus vous, la honte dont vous cherchez à me couvrir vous lavera-t-elle de celle qui vous est si justement reprochée dans une affaire à laquelle cette note et ce désaveu sont absolument étrangers?

Mais si je n'avais pas supposé de fausses lettres pour appuyer un mensonge ; si je ne m'étais pas rendu coupable d'imposture, en publiant que les princesses honoraient ma personne et mon procès d'une protection particulière ; si j'avais mérité seulement le reproche d'avoir donné trop de publicité à une • grâce accordée pour en faire usage auprès de mes juges ; le comte de la Blache, qui n'aurait pu l'ignorer, et qui vous fait parler à présent, ne serait-il pas, ainsi que vous, doublement odieux, d'employer un si honteux moyen pour me déshonorer, sous l'espoir que mon profond respect pour les princesses, dont il vous fait imprimer le désaveu, retiendra ma plume aujourd hui, comme il m'a fermé la bouche depuis deux ans?

Mais si rien de tout cela n'existait; si, loin d'avoir supposé de fausses lettres de protection pour parvenir ï gagner mon procès, je n'avais pas même commis l'in-

discrétion de me vanter d'aucune protecfion de Mesdames accordée à cette aflaire; si, loin de compromettre des noms sacrés à V appui de mon intérêt et de mes vues iniques, je n'avais même jamais songé à solliciter les princesses au sujet de ce procès, et si je n'avais jamais publié verbalement, ni par écrit, ni par aucune note imprimée, que Mesdames accordaient leur protection à mon procès, de quelle indignation les honnêtes gens ne seraient-ils pas saisis, de voir le comte de la Blache, et M. et madame Goêzman, me traiter publiquement d'audacieux, de téméraire, d'imposteur, et tenter de verser sur moi la honte qui appartient tout entière au comte de la Blache, dans un événement où je n'ai montré que respect, discrétion, modération et patience?

Mon profond respect pour des personnes sacrées, la frayeur d'être accusé de les compromettre en me justifiant, m'a fermé la bouche depuis deux ans que le comte de la Blache a renouvelé, sous toutes les faces, l'accusation calomnieuse à laquelle il donne aujourd'hui sous votre plume le dernier degré d'indécence et de publicité. Mais ces respectables princesses, dont le cœur est toujours ouvert aux malheureux par esprit de religion, et par une bonté d'âme dont ceux qui n'ont jamais eu le bonheur de les approcher ne peuvent se former aucune idée ; ces généreuses princesses, dont le revenu se consume à soulager les pauvres, et dont la vie entière est un cercle de bienfaisance aussi constante que cachée, ne s'offenseront pas qu'un homme qui les a toujours servies avec zèle et désintéressement, qui n'a jamais démérité auprès d'elles, repousse, par le plus modeste exposé de la vérité, l'affreuse et nouvelle injure qui lui est faite en leur nom, à la face de toute la nation.

Lorsqu'un paysan fut blessé par un cerf, on vit toute cette auguste famille oublier l'horreur d'un tel spectacle, et ne sentir que l'intérêt qu'il inspirait ; on les vit voler à lui, l'entourer, fondre en larmes, et retourner la bourse de tout le monde, en verser l'or dans le tablier de sa femme éplorée, prodiguer des soins paternels à cet heureux infortuné, lui en \oyeF des secours abondants, consoler sa famille ; enfin, lui assurer un sort. Si le mal passager que fît un cerf à un inconnu trouva ces princesses aussi sensibles, la rage d'un troupeau de tigres acharnés sur un de leurs plus zélés, de leurs plus malheureux serviteurs, n'en obtiendra pas moins de compassion ; elles ne regarderont point comme un manque de respect qu'un homme d'honneur, lâchement accusé d'imposture et de faux, brûle de secouer la honte d'avoir abusé de leur nom sacré, pour servir son intérêt et ses vues iniques ; et si le hasard fait tomber ce mémoire entre leurs mains, loin de blâmer la fermeté de mes défenses et l'ardeur de ma justification, elles sentiront qu'au péril de ma vie, je ne pouvais rester le chef courbé sous un tel déshonneur ; et, malgré les efforts que l'on fera pour empoisonner cette action auprès d'elles, elles distingueront aisément d'une vanité indiscrète, la fierté noble et courageuse a>'çc laquelle j'ose publiée un témoignage

MÉMOIRES

qui honore également leur justice et ma probité. Voici le fait :

Pendant que le comte de la Blache me faisait injurier avec autant d*indécence que d'éclat aux audience^: des requêtes de l'hôtel, par un avocat à qui la nature avait donné assez de talent pour qu'il eût pu se passer d'adopter le plus aisé, mais le moins honorable des genres de plaidoiries ; mon adversaire, sentant bien que le fond du procès ne présentait aucune ressource à son avidité, employait celle de jeter de la défaveur sur ma personne, pour tâcher d'en verser sur ma cause, En conséquence, il allait chez tous les maîtres des requêtes, nos communs juges, leur dire que j'étais un malhonnête homme ; il leur donnait en preuves que Mesdames, qui m'avaient autrefois honoré de leurs bontés, ayant reconnu depuis que j'étais un sujet exécrable, m'avaient fait chasser de leur présence, et rendaient ce témoignage de moi. Ces propos, qui frappaient tout le monde et mettaient des nuages dans toutes les tètes, me furent rendus par quelqu'un qui me dit : Il est de la plus grande importance pour vous de les détruire; ils vous font un tort affreux dans l'esprit de vos juges ; il n'y aurait même pas de mal, ajoutait-on, que vous vous fissiez étayer auprès d'eux d'une aussi puissante protection que celle des princesses contre un adversaire avide, adroit et peu délicat, à qui tout est bon, pourvu qu'il vous ruine et vous déshonore.

Je ne solliciterai, répondis-je, aucune protection pour un procès qui n'en a pas besoin : Mesdames auraient lieu d'être très-offensées que j'allasse me rappeler à leur souvenir aujourd'hui, pour obtenir un appui dans une affaire où elles ignorent si j'ai tort ou raison. Mais ce dont elles ne peuvent pas s'offenser, c'est que je les prie de m'accorder un témoignage public que je me sui§ toujours comporté avec honneur tant que j'ai eu l'avantage de les approcher. On a l'indécence de leur prêter des discours qu'elles n'ont jamais tenus; ces discours peuvent entraîner ma ruine, en indisposant, en égarant mes juges. Un serviteur soupçonné montre avec joie les certificats de tous ses maîtres. Un militaire attaqué sur sa bravoure atteste les généraux sous lesquels il a eu l'honneur de servir : de tout inférieur à son supérieur, le certificat mérité qu'il sollicite est de droit rigoureux. J'oserai donc, non implorer la protection des princesses, mais invoquer leur justice ; et je m'expliquerai si clairement dans ma demande, qu'elles ne puissent pas me supposer l'intention de faire un criminel abus de leurs anciennes bontés, ni de les solliciter en faveur d'une cause qu'elles ne connaissent peut-être que par le compte Jnsidieux et faux que mon adversaire en a fait rendie autour d'elles. El j'écrivis sur-le-champ la lettre suivante à madame la comtesse de P..., leur dame d'honneur.

. Du 9 ft^rirr 177i.

« Madame la comtesse,

« Dans une affaire d'argent qui se plaide à Paris, et r laquelle mon adversaire n'a fourni que des dé-

fenses malhonnêtes, il a osé sourdement anmcer éa nos juges que Mesdames, qui m^avaient honoré de li plus grande protection autrefois, ont depuis recoofli que je m'en étais rendu indigne par mille traits déshonorants, et m'ont à jamais banni de leur présence. On mensonge aussi outrageant, quoique portant sursa objet étranger à mon affaire, pourrait me faire k pi» grand tort dans l'esprit de mes juges. J'ai craint que quelque ennemi caché n'eût cherché à me nuire auprès deME.«5DAMEs. J'ai passé quatre ans à mâriter kar bienveillance, par les soins les plus assidus et lei plus désintéressés sur divers objets de leurs amusements. Ces amusements ayant cessé de plaire atx princesses, je ne me suis pas rendu impcMrtun aiprès d'elles, à solliciter des grâces sur lesquëles je sais qu'elles sont toujours trop tourmentées. Aqjoivd'hui je demande, pour toute récompense tfun lèlê ardent, qui ne finira point, non que madame Victoire accbrtle aucune protection à mon procès, mais qu'elle daigne attester par votre plume que, tant que j'ai été employé pour son service, elle m'a reconnu poar homme d honneur, et incapable de rien faire qui pàl m'attirer une disgrâce aussi flétrissante que celle danl on veut me tacher. J'ai assuré mes juges que tonte les noirceurs de mon adversaire ne m'empèdieraicri pas d'obtenir ce témoignage de la justice de Mesmhb. Je suis à leurs pieds et aux vôtres, pénétré d'afanoe de la reconnaissance la plus respectueuse avec laquelle je suis,

fl Madame la comtesse, etc.

(( Signé: Garox de BEAUiuacHJiis. >

V a-t-il, dans tout ce qu'on vient délire, un seul nit qui tende à demander protection et faveur pouram procès? y sollicité-je autre chose qu'un témoignage et bonne conduite et d'honneur, pendant que j'arais approché des princesses ? Voici la réponse que je reçus àt la dame d'honneur :

c Versailles, ce 12 février iTTi.

« J'ai fait part, monsieur, de votre lettre à madaae « Victoire, qui m'a assuré quelle u avait jamais dit n « moi a per nonne qui pût nuire h votre réputation, me m- « chant rien de voun qui pût la mettre dans ce m«-4è. « Elle m'a autorisée à vous le mander. La princesse « a ajouté qu'elle savait bien que vous aviez un procès; « mais que ses discours sur votre compte ne poumieiil « jamais vous faire aucun tort dans aucun cas, et par- « tirulièrement dans un procès, et que vous pouveiêtre « tranquille à cet égard.

« Je suis charmée que celte occasion, etc.

« Signée ; T., comtesse de P... »

11 n'est donc pas vrai, monsieur le comte de la Blacbr. que je sois l'homme malhonnête et couvert d'opprotev que Mesdames, selon vous, ont dit avoir chassé de kw présence, à cause de mille traits déshonorants dont il s'était rendu coupable?

MÉMOIRES

Voyons maintenant si j*ai abusé de ce témoignage ; Toyons si j*ai voulu m'en servir pour me rendre mes juges favorables, en leur allant dire ou en écrivant que Mesdames m*avaient permis de m'appuyer de leur protection auprès d*eux, et qu*elles prenaient un vif intérêt à mon affaire.

Je ne vis aucun de mes juges, et je me contentai d'insérer, dans un mémoire que je fis imprimer, la note dont le commencement se rapporte à la conduite de mon adversaire, connu de tout le monde ; et la fin que je vais transcrire ici se rapporte à la lettre que j*avais reçue de la dame d'honneur de la princesse.

€ Heureusement pour ce dernier (moi), il en a étéas- « sez tôt instruit (des propos du comte de la Blache) « pour pouvoir réclamer la justice de madame Victoire «I avant le jugement du procès. Cetle généreuse prin- « cesse veut bien Fautoriser à publier que tous les dis- «( cours qu*on lui fait tenir dans Taffaire présente sont « absolument faux, et qu'elle n'a jamais rien connu qui « fut capable de nuire à sa réputation, pendant tout le « temps qu'il a eu l'honneur d'être à son service. »

Eh bien, monsieur le comte, eh bien ! N. Goézman, eh bien ! madame, où est l'audace, la témérité, l'imposture dont vous m'accusez publiquement? L'homme qui ose compromettre les noms les plus sacrés à l'appui de son intérêt et de ses vues iniques, où est-il ? La fin de mon récit va le montrer à toute la France.

A l'instant où cette note parait, le comte de la Blache, instruit par ma note que j'avais éventé sa mine, court à Versailles ; il y prévient l'arrivée de mon mémoire. Il m'y présente comme ayant fait un usage pernicieux pour lui de la protection que Madame Victoire avait daigné, disait- il, m'accorder ; il suppose que l'intérêt que Mesda- MKS sont annoncées par moi prendre à mon affaire est seul capable d'entratner tous les esprits, et de lui faire perdre son procès. Mesdames, qui ne se persuadent pas qu'on puisse leur en imposer à ce point, justement indignées de l'insolent abus que je suis accusé d'avoir fait d'un simple témoignage, accordé seulement pour m'empècher de perdre l'honneur, et non pour me faire gagner un procès d'argent, croient faire justice en remettant à mon adversaire un désaveu de mon audacieuse conduite, en ces termes :

« Nous déclarons ne prendre aucun intérêt à M. Gam ron de Beaumarchais et à son affaire, et ne lui avons m pas permis d'insérer dans un mémoire imprimé et « public des assurances de notre protection.

« Signé: MARtE-AoéulDe, ViCTOiRE-LoriSE,

« SoPBIB-PRILn'PKIE-ËLtSABETH-JoSTINE.

« Versailles, le i5 février 1"72. ■

Mais avais-jedit que Mesdames prenaient intérêt à mon nffnire? avais-je imprimé que les princesses m'avaient donné des assurances de leur protection à ce sujet?

Ne m'étais-je pas contenté dédire, parlant de Madame Victoire : Cette généreuse princesêe veut bien m'autoriser à publier que tous les discours quon lui fait tenir dans l'affaire présente sont absolument fauxy et qu^elle n*a JO'

mais rien connu qui fût capable de nuire à ma réputation pendant tout le temps que fai eu Vhonneur d'être à son service ?

Avais-je pu me renfermer plus littéralement, plus respectueusement dans le témoignage que contient la lettre de la dame d'honneur! k J'ai fait part, monsieur, • de votre lettre à madame Victoire, qui m'a assuré « qu^elle n*avait jamais dit un mot à personne qui pût « nuire à votre réputation y ne sachant rien de vous qui fl pût la mettre dans ce cas-là. Elle m'a autorisée à vous « le mander. »

A l'occasion d'un procès d'argent, on avait voulu me donner pour un homme perdu d'honneur ; ce que les princesses (ajoutait-on) disaient hautement. J'avais sollicité auprès d'elles la plus simple attestation de mon honnêteté. L'instant où je la demandais, la circonstance de mon procès, avait rendu ce témoignage austère, de la part de la princesse. Pas un mot dont je pusse abuser pour m'en faire un titre auprès de mes juges. De ma part, scrupuleux transcripleur de ce témoignage austère, je ne m'étais pas permis d'y rien ajouter qui put annoncer le plus léger abus de la justice rigoureuse qui m'était rendue; et j'étais si convaincu de mon exactitude à cet égard, que pour m'en faire un mérite auprès de Mesdames, pendant que mon adversaire allait renverser mon édifice à Versailles, par un faux exposé, j'y envoyais de Paris à madame la comtesse de P.. . le mémoire et la note imprimés, et je lui écrivais la lettre suivante en action de grâce :

« Du 14 février i771.

« Madame la comtesse,

fl Je n'avais nul titre à vos bontés : c^tte considération augmente infiniment le prix du service que vous m'avei rendu, et celui du procédé obligeant qui l'accompagne.

« J'ai l'honneur de vous faire passer un de mes mémoires, dans lequel j'ai fait l'usage respectueux que Madame Victoire a permis, de la justice qu'elle daigne me rendre, et de la lettre dont vous m'avez honoré. Il me reste à vous prier de mettre le comble à vos bienfaits, en assurant la princesse que je suis vivement touché de l'honorable témoignage qu'elle n'a pas refusé à un serviteur zélé, mais devenu inutile. Il est des moments où la plus simple justice devient une grâce éclatante : c'est lorsqu'elle arrive au secours de l'honneur outragé. Aussitôt que le jugement de ce procès m'aura permis de respirer, mon premier devoir sera devons aller assurer de la respectueuse reconnaissance avec laquelle je suis, madame la comtesse, etc. • Toutes les pièces justificatives du procès sont maintenant connues. En voici les suites :

Mon adversaire, croisant mon envoi, revient de Versailles aussi vite qu'il en était parti, fait tirer trente copies du billet des princesses, et les porte ou les envoie le soir même à tous les juges. Je l'apprends: je cours chez M. Dufour notre rapporteur, qui me fait les

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plus vifs reproches de ma mauvaibe foi. Mon adversaire avait dit partout que j'en imposais par défausses lettres de protection ; que c'était ainsi que j'en usais toujours : et il en faisait tirer des conséquences à perte de vue, relativement à Facte qui était Tobjet de notre querelle. Pour toute réponse, je montre à M. Dufour les lettres originales dont j'étais porteur : il reste stupéfait. Dans son étonnement, il va jusqu'à douter de ce qu'il voit. Il confronte, il examine les écritures, et me dit enfin : « Expliquez-moi donc, monsieur, ce que veut dire le billet de Mesdames que M. de la Blache montre partout? » Je lui fais, en tremblant d'indignation, le détail qu'oi^ vient de lire.

En rentrant chez moi, je trouve une lettre de M. de Sartine. J'y vole : mômes reproches, même justification. « Je suis pourtant chargé, me dit-il, de demander au procureur général des requêtes de l'hôtel, qu'il fasse supprimer la note du mémoire ; je ne puis pas ne le pas faire. Et pour vous, je vous conseille d'aller promptement vous en expliquer avecmadame la comtesse de P. . . »

Pendant que les explications se faisaient à Versailles, l'affaire se jugeait à Paris ; on y supprimait ma note. Et moi, par respect, je gardai le silence sur ce bizarre événement, qui eût pu me faire le plus grand tort, si mes juges n'avaient pas senti que tout cela n'était qu'un jeu ténébreux de l'intrigue de mon adversaire.

On conçoit bien qu'il ne s'en tint pas là. Tout Paris fut trompé, tout Paris crut que j'avais supposé de fausses lettres de Mesdames ; au point que mes pluszélés défenseurs, pliant l'épaule, se bornaient à dire que cet incident n'avait aucun rapport au fond de notre proci'S.

Et moi, déchiré, déshonoré publiquement par le plus perfide ennemi, mais retenu par mon respect pour Mesdames, et par la circonspection qu'impose un procès entamé, je dévorais mes ressentiments ; je m'en pénétrais en silence ; chaque jour je les comptais par mes doigts, j'en repassais les titres ; et je le fais encore aujourd'hui, dans l'espérance que tout ceci ne sera pas éternel.

Mon adversaire une fois connu, je laisse à penser de quelle manière il usa depuis au parlement contre moi de ce prétendu désaveu des princesses. J'étais alors en prison par ordre du roi, à l'occasion d'une querelle sur laquelle Tautorilé m'a depuis imposé le plus profond silence.

Le comte de la Blache, défigurant tout, me donnait pour un homme absolument perdu d'honneur, et audeshous du moindre égard : il citait en preuve mon emprisonnement ; il citait la noie supprimée par les requêtes de l'hôtel ; il montrait à tous les conseillers du parlement le billet des princesses ; il allait jusqu'à citer les causes prétendues de mon renvoi honteux de Versailles. Plus les imputations étaient absurdes, moins il m'était permis de m'en justifier. Ce point de discussion était vraiment pour moi l'arche du Seigneur : je n'osais y toucher.

Pendant ce temps, on faisait circuler les infamies dans toute l'Europe, par le moyen de ces judicieuses

gazettes dont madame (k>êzman rapporte un si doux fragment : il n'y en avait pas une où je ne fusse immolé, diffamé. Dans le public j'étais un monstre, m serpent venimeux qui s'était joué de tous les principes: j'avais tout empoisonné, tout moissonné autour de moi ; j'étais un enragé qu'il fallait enchaîner à son grabat, ob plutôt étouffer entre deux matelas ; ce que la justice allait ordonner, disait-on, avant peu.

Cependant on plaidait* au palais, et le porie-Toix da comte de la Blache, pour servir la haine de moo ennemi, chargeait ses plaidoyers des plus grossiéies injures, les ornait de misérables allusions sor bu captivité. Le sieur de Beaumarchais (disait-il), qtd mrait les audiences des requêtes de Vhôtelf n'eu pas iei^ messieurs. L'avocat fut hué, son client méprisé; mais je n'en perdis pas moins mon procès. Malgré les lois qui n'admettent point de nullités de droit, au grand étonnement de tous les jurisconsultes et négociants da monde, tin arrêté de compte fait double entre majewrs, contre lequel on n'avait jamais osé s'inscrire en faux ; sur l'avis de M. Goêzman le conseiller, en quatre jours de temps est annulé, sans qu*il soit besoin, ditoi, àe lettres de rescision : comme si celui qui ne tient son ministère que de la loi pouvait s'élever aa-dessos d'elle, et, s'érigeant en législateur, annuler, casser d'anlorité un engagement civil et sacré ?

Ce jugement n'est pas plutôt prononcé, qu'on saisit mes meubles à la \ille et à la campagne ; huissiers, gardiens, recors, fusiliers, s'emparent de mes maisons, pillent mes celliers : mes immeubles sont saisis réeUement ; le feu se met dans toutes mes possessions; et, pour payer trente mille livres exigibles aux termes de ce fatal arrêt, qui m'en fit perdre cinquante mille pir un misérable jeu d'huissiei*s, nommé poursuites cash binées, revenus, meubles, inuneubles, tout est arrêté; l'on met sous la terrible main de justice pour plus de cent mille écus de mes biens ; on me fait en trois semaines pour trois, quatre, cinq cents livres de frais abusifs par jour ; il semble que le bonheur de me ruiner soit le seul attrait qui anime mon adversaire : il le pousse même si loin, qu'on lui fait craindre que sob acharnement ne devienne enfin aussi nuisible à ses intérêts qu'aux miens. On le voyait chaque jour au palais, suivant partout les huissiers, comme un piqueur est ï la queue des chiens, les gourmandant pour les exciter au pillage ; ses amis même disaient de lui qu'il s'était fait avocat, procureur et recors, exprès pour me tourmenter.

Outragé dans ma personne, privé dans ma Uberté, ayant perdu cinquante mille écus, emprisonné, calomnié, ruiné, sans reveiuis libres, sans argent, sans crédit, ma famille désolée, ma fortune ^u pillage, et n'ayant pour soutien dans ma prison que ma douleur et ma misère, en deux mois de temps, du plus agréabk état dont pût jouir un particulier, j'étais tombé dans l'abjection et le malheur; je me faisais honte et pitié à moi-même.

Ces murs dépouillés, ces triples barreaux, ces di-

HÉMOIRES.

meurs, ces chants, cette ivresse de l'espèce humaine dégradée, dont toutes les prisons retentissent, et qui font frémir Thonnéte homme, me frappant sans cesse, augmentaient Tliorreur de ce séjour infect ; mes amis venaient pleurer en prison auprès de moi la perte de ma fortune et de ma liberté. La piété, la résignation même de mon vénérable père, aggravaient encore mes peines : en me disant avec onction de recourir à Dieu, seul dispensateur des biens et des maux, il me faisait sentir plus vivement le peu de justice et de secours que je devais désormais espérer des hommes.

J*avais tout perdu; mais mon courage me restait. J'essuyais les larmes de tout le monde, en disant : Mes amis, cachez-moi votre douleur ; ne détendez pas mon âme, dont Findignation soutient encore le ressort. Si je perds la mâle fierté qui lutte en moi contre Thumiliation, si le découragement me saisit une fois, si je pleure avec vous, c'est alors que je suis perdu. Eh quoi ! mes amis, si le degré de lumière qui devait éclairer mes droits a manqué à mes juges, si l'adresse de mes ennemis a surpassé mes forces, rougirez-vous de moi, parce qu'on m'a calomnié ? Dois-je périr en prison parce qu'on s'est trompé au palais T Triste jouet de la cupidité, de l'orgueil ou de l'erreur d'autrui, mon infortune ou mon bonheur seront-ils enchaînés à des événements étrangers? Je n'aurais donc qu'une existence relative ! Ah ! qu'ils comblent mon infortune ; mais qu'ils ne se vantent pas d'avoir troublé ma sérénité ! J'ai beaucoup perdu pour les autres, et peu de chose pour moi ; mais quand ils m'auront bien accablé, la pitié succédant à la fureur, peut-être ils diront un jour : Ce n'était pas une àme méprisable que celle qui sut en tout temps se modérer, dédaigner l'outrage, affronter le péril, et soutenir le malheur.

Mes amis se taisaient, mes sœurs pleuraient, mon père priait; et moi, les dents serrées, les yeux fixés sur le plancher de mon horrible prison, j'en parcourais rapidement le court espace, en recueillant mes forces et me préparant à de nouvelles disgrâces : elles sont arrivées, et ne m'ont point étonné. Je sais les supporter : d'autres viendront après celles-ci ; je les supporterai encore, assuré que rien ne m'appartient véritablement au monde que la pensée que je forme, et le moment où j'en jouis.

Le plus incroyable procès criminel a couronné tant d'infortunes : et parce que M. Goëzman est un homme peu délicat, je me suis vu dénoncé par lui comme corrupteur et calomniateur ; et parce que c'est un homme peu réfléchi, il n'a pas prévu les conséquences d'une fausse déclaration, et d'une dénonciation calonmieuse.

Vous m'avei encore dénoncé depuis, monsieur, comme un faussaire, par le compte insidieux que vous rendez à la nation, dans votre mémoire, des motifs de votre rapport au parlement. Vous m'avez dénoncé devant la nation conune un faussaire et un imposteur, dans ce même mémoire, en disant que j'avais supposé de fausses lettres de protection de Mesdames, etc. Tous ces faits étaient étrangers à vos défenses : mais emporté par la

haine qui vous aveugle, vous n'avez pas réfléchi que si, poussant votre adversaire :'i bout, vous lui donniez J'exemple de sortir du fond de l'affaire pour examiner votre conduite, il vous écraserait à la première parole. Eh bien , cette parole que je retenais depuis longtemps^ et que vous' avez provoquée à grands cris par tant d'horreurs, elle est enfin sortie de ma bouche.

Vous m'avez dénoncé comme faussaire ; je viens de me justifier. Moi, je vous dénonce à mon tour comme faussaire aux chambres assemblées, avec cette différence que vous n'aviez nullement besoin de m'accuser faussement pour vous justifier, et qu'il m'importe à moi de prouver les faux que vous avez faits dans la déclaration de le Jay, tant par le positif de ces déclarations, que par l'analogie de votre peu de délicatesse en d'autres circonstances.

Le défaut d'intérêt et la clandestinité sont les seuls vices qui rendent un dénonciateur odieux. Mon honneur offensé par vous sur tous les chefs me garantit du premier reproche ; et la publicité que je donne à mon attaque va me mettre à couvert du second.

Dénonciation que Pierre-Augustin Caron de Beauiiarchais a faite par écrit à M. le procureur général, contre M. GoEZMAN, le mercredi 15 décembre 1775.

Je suis poursuivi criminellement par-devant nosseigneurs du parlement, les chambres assemblées, sur une dénonciation que M. Goézman a faite contre moi en corruption de juge. J'ai donné mes défenses, et les preuves les plus fortes de mon innocence existent dans l'instruction du procès qui s'en est suivi : la cour décidera si M. Goézman est aussi fondé qu'il le présume. L'honneur est aujourd'hui pour moi le principal objet de ce procès. Dans les défenses de mes adversaires, je suis qualifié des plus infâmes titres ; on y emploie contre moi les épithètes les plus abominables. Mon honneur, grièvement blessé, m'autorise donc à employer tous mes moyens pour repousser l'outrage par une défense légitime ; et je dois à mes juges de les éclairer sur le compte de mon dénonciateur. Il me combat avec des mots, je vais y opposer des faits ; et mes juges décideront de la valeur de nos défenses.

Antoine-Pierre Dubillon et Marie-Madeleine Janson, sa femme, ont imploré les bontés de M. l'archevêque de Paris par le mémoire ci-joint (signé d'eux, et les faits y contenus attestés au bas par madame Dufour, maîtresse sage-femme, qui a accouché ladite femme Dubillon), dans lequel ils le supplient de subvenir aux frais de cinq mois de nourriture qu'ils doivent à la nourrice de Marie-Sophie, leur fille, disant qu'ils n'ont recours à la charité de ce prélat que parce que M. Goézman, parrain de leur fille, n'a eu aucun égard à leur situation, malgré la promesse formelle qu'il leur avait faite de pourvoir à l'entretien de cette enfant.

J'ai voulu savoir s'il était vrai que ce magistrat, qui refusait ses secours à ces infortunés, eût une raison aussi forte pour devoir leur être utile : j'ai été à la pa-

HÉMOIRES.

roisse de Saint-Jacques de la Boucherie, j*y ai le?é l'exlrail baptistaire ci-joint. On sera sans doute aussi étonné que je l*ai été moi-même, d'y voir : Louis Ehigravier^ bourgeois de Paris, y demeurant rue des Lions, paroisse Saint-Paul, parrain de Marie-Sophie, Serait-il possible que M. Goêzman, qui se pare de tant de vertu, se fût joué du temple de Dieu, de la religion, et de Tacte le plus sérieux, sur lequel est appuyé Tétat du citoyen, en signant Louis Dugravier, au lieu de Louis Goëzman, et y ajoutant un faux domicile à un faux nom ?

Je joins ici les pièces ' justificalives, et je n'étends point mes réflexions, pour qu'on ne taxe pas de haine et de vengeance une dénonciation qui est pour moi un point essentiel de défense. J'ai été moi-même injustement dénoncé, accablé d'injures les plus grossières, et de reproches aussi mal fondés qu'étrangers au fait pour lequel on m'a dénoncé. J'use de tous mes moyens pour mer défendre. Je découvre un fait qu'il importe à mes juives et au public de savoir; je le dénonce à M. le procurai général, pour me servir en tant que de besoin dans le procès intenté contre moi par-devant les chambres assemblées : il en fera l'usage que sa prudence et son exactitude connues lui dicteront.

A Paris, ce 15 décembre 1775.

Caron de Beaumarchais.

« Je supplie mes juges de me pardonner si j'ai été c obligé de leur envoyer h tous ma requête d'atté- « nuation, sans qu'elle fût signée d'un avocat titulaire. « A l'heure que je distribue ces mémoires, je n'ai pas « encore de signature, malgré mes prières, mes efforts, « et les ordres signés et réitérés de M. le président. « J'aime mieux commettre une légère irrégularité, que « de courir le risque d'être jugé sans que tous mes « juges aient lu ma requête d'atténuation. »

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