ADDITION AU SUPPLÉMENT
DU
MÉMOIUE A CONSULTER
Servant do r(^ponse à madime GoEiMA!t, accusée ; au sieur Beh- THA!fD d'Aii>olles, accusé ; aux sieurs IIai.x, gazetier de France, et D'AiiNAUD Pacukard, conseiller d'ambassade, assignés comme témoins.
Écrivez, monsieur, que je ne me mêle ni des audiences de mon mari ni des affaires de son cabinet ; mais seulement de mon ménage, etc.
{Confrontation entre mad. Goezman et moi.)
Eh bien, madame, il est donc décidé que je vous trouverai toujours en contradiction? Vous ne vous mêlez, dites-vous, ni du cabinet ni des audiences de monsieur votre mari ; et sur les audiences de ce même cabinet vous nous donnez un mémoire bien long, bien hérissé de textes d'ordonnances, de passages latins, de citations savantes, le tout renforcé des plus mâles injures; vous nous argumentez dans cinquante-quatre mortelles pages, comme un docteur es lois, sans vous soucitir pas plus de répondre à mes mémoires que s'ils
MÉMOIRES
n'existaient point, ou ne traitaient pas l'affaire à fond.
Mais à qui parlé-je aujourd'hui ? Est-ce à madame ? est-ce à monsieur? Qui des deui a plaidé ? Ce ne peut être vous, madame: vous ne vous piquez certainement pas d'entendre un mot des choses qu'on y traite. Ce ne peut pas être monsieur non plus : l'ouvrage serait phis conséquent, il irait au fait ; on n'y rabattrait pas des objets combattus d'avance par mon supplément, qui était entre ses mains plus de douze jours avant la publication de ce mémoire.
Quoi qu'il en soit, il me convient mieux, madame, de vous adresser la parole. Indépendamment du respect et des égards qui vont dus personnellement, h; souvenir que je parle à une fenune contiendra la juste indignation que j'aurais peine à maitriser. Ce n'est pas que tous ceux qui m'ont fait l'honneur d'écrire contre moi ne doivent trouver ici le juste salaire de leurs soins obligeants. En m'éloignant le moins possible du fond de la question dont chacun cherche à me distrair.*, je ne laisserai pas, diemin faisant, que de répondre à tout le monde : et Ton doit me savoir gré de ma civilité.
Car tant que vous ne détruirez pas les faits articulés dans mon Supplément ; tant que vous ne prouverez pas que j'ai dit faux sur les débats de notre confrontation, sur vos aveux forcés, sur les contradictions de vos interrogatoires; tant que \ous ne laverez pas M. Goézman de l'infamie d'avoir suborné le Jay, d'avoir minuté la déclaration chez lui, dans sa maison; à son bureau, avant qu'il y eut de procédure entamée, et d'avoir fait et nié les faux remarqués dans ces déclarations; tant que vous ne me prouverez ([ue je suis im imposteur que par des injures, des lettres mendiées et des récriminations étrangères à la cause, je ne >uis pas tenu d'user mon temps-à vous répondre.
Six mémoires à la fois conlre moi ! c'était assez d'un seul pour mes forces; et je nie vois accablé sous les boucliers des Sanmites. Mais c'est une plaisante rusi? de guerre que de dire, comme le comte» de la Blache : Cette affaire dérangera sa fortune, il faut gagner sur le temps, plaider longuement, surtout le consumer en menus frais, et le désoler comme un essaim de frelons: six réponses lui coûteront dix à douze mille franco d'impression, dans le temps que tous ses biens sont saisis, et qu'il n'a pas dix à douze écus de libres au monde. Est-ce là votre projet, messieurs? 11 (!st sans doute très-bon conlre moi ; mais croyez qu'il ne vaut rien pour vos défenses; et j'écrirai que vous ne vou> défendez seulement pas; et je le répéterai jusqu'au tronçon de ma dernière plume; j'y mettrai l'encrier à sec; et quand je n'aurai plus de papier, j'irai jus(|u*à disputer vos mémoires aux cliiflonniéres, et j'en f;riffonnerai les meilleurs eniiroils, qui sont les marges , j'emploierai le crédit de mon libraire pour en obtenir de l'imprimeur ; et si je n'en trouve aucun traitable sur mes mémoires, je vendrai les premiers pnur payer les derniers.
Ëntio, vous n'aurez ni trêve ni repos de moi, que
vous n'ayez répondu catégoriquement à tous les laib graves devant le parlement et la nation, ou que vous n'ayez passé coudanmation sur tous les cliefs; car de vous amuser à critiquer la légèreté de mon styk, et donner ma gaieté pour un manque de respect à nos juges, c'est se moquer du monde: il est bien qoestin de cela !
Lorsque Pascal, dans un siéde bien différent dt nôtre, puisqu'on y disputait encore sur des points de controverst;, écrivait du ton le plus léger, le plus piquant, d'un ton enfm où ni vous, ni le comte de b Blache, ni M' Caillard, ni Marin, ni Bertrand, ni ftmlard, ni moi, n'arriverons jamais ; lorsque Tascal, difrje, reprochait à ses adversaires, du style le plus plaisant, l'étrange morale d'Escobar, Bauny. Sandm d Tambourin, les gens sensés raccusèrent-ils de manquer de respect à la religion ? S'oflènsèrent-ils pour elle qu'il ré|)andit à pleines inaius le sel de la gaieté sur les discussions les plus sérieuses? Après avoir plané légèrement sur les personnes, il élevait son vol sur lo choses, et tonnait enfin à coups redoublés, quand a pieuse hidig nation avait surmonté la gaieté de son carxtére.
Quant à moi. messieurs, si je ris un ]>eu de vos défenses, parce (pi'en effet vos défenses sont très-risibies, par quelle logique me prouverez- vous que de vouspbi* sauter soit manquer de respect au parlement ? Quand il m'arrive d'adresser la parole à nos juges, ne meiiré-je p;<s à l'instant mon ton sur la dignité de monsajet? El mon prorond respect, alors, est-il au-dessous den parfaite conliance ?
Faut-il, pour vous plaire, que je sois, comme Mario, toujours grave en un sujet ridiaile, et ridicule en u sujet grave? lui qui, au lieu de donner son riz à mtMyf au serpent y en prend la peau, s'en enveloppe, et rampe avec autant d'aisance que s'il n'eût fait autre métierà sa vie.
Voulez-vous que d'une voix de sacristain, comme a grand indécis de Bertrand, j'aille vous commenter fJ*trvibo, et prendre avec lui le ton du Psalmiste, pour Ihiir par chanter les louanges de Marin, après avoir discerné ses intérêts de ceux du gazetier dans son épigraphe : Judica me, Deus, et discerne causam meatu,.. ah homine iniquo, etc. ?...
Irai-je montrer une avidité, une haine aveugle et révoltante, en imitant le comte de la Blache, qui vous suit partout, vous, monsieur Goëzman, vous défend dtts tous les cas, vous écrit dans tous les coins, et qa*oi peut appeler, ajuste litre, votre honune de lettres?
Serait-il bienséant que. d'un ton boursouflé, j'allasse escalader les cieux, sonder les profondeurs de Venftr, enjamber le ïarlare^ pour fmir, comme le sieor d'Arnaud, par ne savoir ce que je dis ni ce que je fais, ni surtout c^ (pie je veux ? Eh ! messieurs, laissez luoft style, (il lâchez seulement de réformer le vôtre. Je n« qu'à vous imiter, et me mettre à dire, comme von^ dos injures pour toutes raisons; personne ne sera li* et l'affaire n'eu marchera pas mieux.
MÉMOIRES
fi
I II taut pourlant une fin, messieurs; car toutes tos , intrigues, vos cabales, vos criailleries, vos mémoires, TDS efiorts pour me rendre odieux aui puissances, aux ministres, au parlement, au public, ne sont pas le fond de raffaire. Je vous vois, je vous suis dans vos marches ténébreuses.
Je sais que vous me donnez partout pour un émissaire des mécontents, chargé de ridiculiser le système actuel ; mais cela ne prendra pas, je vous en avertis : je sais aussi que c'est le sieur Marin qui a suggéré au
sieur Bertrand de dire que je favorisais la qui lui
fait prêtera ma sœur le propos que wies mémoires »«•-
' riront de suite à la Je sais même que vous travaillez
" tous à me faire passer pour l'auteur de la.. .. *. J'iiidi- ' *' querais, si je voulais, le lieu où Ton s'assemble pour *^^ conspirer ma perte, oiî Ton tient ce sabbat, ce tribunal **" de haine ; je dirais quel est le président de cette noire -^ assemblée, quel en est Torateur, quels en sont les con-
^^' seillers, quel en serait, au besoin, le bourreau
^* Allez, messieurs, entassez noirceurs sur noirceurs, ^* dénigrez, calomniez, déchirez. Tournienté sous le fouet ^ des Furies, Oreste embrassait la statue de Minerve, et -^^ moi j'embrasse celle de Thémis; il demandait à la Sagesse d^expier ses crimes, et moi à la Justice de me ■^' Tenger des vôtres.
- ^ Calmons nos sens, quittons la figure; et débattons
froidement, si je puis, tous les écrits livrés à mon ■* examen.
-' Pour commencer, remettons sous les yeux de mes '^^ juges un tableau succinct de tout ce que contiennent ^ mes mémoires ; et rendons à mes défenses, par la briè-
Telé d*un résumé, la force que leur étendue a peut-être »* énervée. Mais lorsqu'on réfléchira que je suis dénoncé ** sans être oiupable, décrété sans corps de délit, pour-
- suÎTÎ à l'extraordinaire dans un procès où j^avais droit * de me rendre accusateur , on me pardonnera d'avoir *^ enchaîné par la multiplicité des détails la vérité furlive,
ci toujours prête à s'égarer dans une affaire aussi 13 cliargce d'incidents étrangers.
B? Dans ces mémoires j'ai dit en substance : m Désolé de ne pouvoir obtenir d*audience de mon raptr porteur, j'ai dû au seul hasard l'intervention du sieur ET le Jay, que je n'ai jamais vu, pour arriver à madame I» Goëzman, que je n'ai jnniais vue, et pénétrer enûn Jusqu'à M. Goezman, que je n'ai fait qu'entrevoir.
Prisonnier et souffrant, deux objets seuls m'intéressaient, la promesse des audiences et le prix qu'on y •« attachait ; le zèle de mes amis a fait le reste.
J'ai dit et prouvé qu'il n'y aurait pas eu moins d'abf^ surdité à moi d espérer corrompre un rapporteur incorruptible, à travers sept intermédiaires, qu'il n'y a eu
* Ces mots, uo plutôt ces points, désignent Uo petits pamptilets trM-piquants, trùs-recliercliés à cette époque, et quon
^ rrpandait tous le nom de la Correspondance. Ce titre, qui ne 9pécifi<* ri<'n, ble»$ait si fortement alors les yeux et les oreilles
^ ^c% magistrats du nouveau parlement, que Beaumarchais se
^arda bien de le prorérer, même en tournant en ridicule les
«0ort5 tentés par tes ennemis pour le (aire soupçonner d'en
^tre l'auteur, quoiqu'ils sussent bien que les libelles et les écrits
anonymes n'étaient point à son usage.
KAUHAftaU».
de cruauté à lui de le supposer en me dénonçant.
J'ai dit et prouvé qu'après avoir sacrifié cent louis pour obtenir une audience, je n'avais que plus Tiyement recherché celui à qui je la demandais: démarches, comme on sait, très-superflues pour qui se fût flatté d'avoir corrompu le juge en payant sa femme.
J'ai dit et prouvé que, quand j'aurais voulu le corrompre, dés qu'il soutient être resté incorruptible, le mal n'ayant pas eu son effet, l'intention non prouvée ne serait jamais un délit punissable dans les tribunaux.
J'ai dit et prouvé que je n*avais eu qu'une seule et unique audience de M. Goëzman ; et je reviendrai encore sur la preuve de ce fait qui m'est de nouveau contesté.
J'ai dit et prouvé que madame Goêzmnn avait reçu cent quinze louis , qu'elle en avait depuis rendu cent, mais en avait réservé quinze.
J'ai dit et prouvé que M. Goezman était l'auteur des déclarations de le Jay ; qu'il avait minuté la première et dicté la seconde ; enfin, qu'il avait fait un faux, puis une dénonciation calonmieuse, au parlement contre moi.
J'ai dit ensuite, sans le prouver, que mon exposé élait en tout conforme aux dépositions des témoins et interrogatoires des accusés; mais la preuve est au procès.
Ensuite j'ai prouvé, sans avoir besoin de le dire, que le sieur Marin avait tenu une conduite peu honnête en toute cette querelle, où il s'était immiicé sans y être appelé ; que le sieur d'Arnaud, vivement sollicité, avait trop légèrement accordé une lettre à M. Goëzman, dont il n'avait pas senti les conséquences alors, et quMI a démentie depuis.
Que me reste-t-il à faire? Bien prouver ce que je n'ai fait qu'avancer ; me taire sur ce que je crois avoir bien prouvé, surtout répliquer en bref à une foule de mémoire^dont aucim ne répond aux miens.
Je commencerai par le yôtr^, madame, dont j'aurai bientôt fait l'analyse. Si j'en retranche les injures, les * mots atroce y infâme, misérable, monstre y horrible, etc., S etc., etc., je l'aurai déjà resserré d'une bonne douzaine de pages. Ku faisant évanouir par une seule remarque cette fameuse liste de votre portière, et ces preuves victorieuses qu'elle fournit contre moi, j'en aurai gagné au moins encore une vingtaine d'autres; cinq ou six à passer pour l'honnête éclaircissement des honnêtes motifs de l'honnête rapport que M. Goëzman a fait au parlement, de mon procès contre M. de la Blache, absolument étranger ;i votre défense ; sept ou huit autres pour votre naissance, votre éducation, vo^' mœurs, et la notice de toutes les places qu'a manquées M. Goëzman, de toutes les recommandations qui n'ont pas pu avoir de succès pour lui, les baptêmes, les billets d'enterrements de sa famille, les oui-dire sur sa noblesse, etc. ; neuf ou dix encore pour les pièces justificatives, qui ne sont justificatives que de faits inutiles à la question, ou même absolument contraires aux choses qu'il entend prouver, etc.
Alors il nous restera quelques pages au plus sur
Taffaire, et qui, loin de résoudre mes pressantes objections, ne inérilerîiienl pas plus de réponse que le rebte, si elles ne contenaient pas deux ou trois graves imputations que je ne puis feindre d'oublier sans me déshonorer entièrement, quoique la plus grave de toutes soit même étrangère à ce procès.
Nais peut-être aussi n'est-ce pas là le grand, le véritable mémoire que vous promettiez? Quelques jçens ont pensé que M. Goêzman en ferait un autre, où vous et lui seriez plus sérieusement défendus ; car c'est se moquer ! mais que, ne voulant pas perdre Fhonneur que celui-ci devait vous faire à tous deux, vous le donniez toujours en attendant, pour tenir le public en haleine, et de peur qu'il n'eu chômât, quoiqu'on puisse le regarder, d'après mon supplément, connue un almanach de l'an passé.
Vous entamez ce chef-d'œuvre par me reprocher Tétat de mes ancêtres. Hélas ! madame, il est trop vrai que le dernier de tous réunissait, à plusieurs branches de commerce, une assez grande célébrité dans l'art de rhorlogeric. Forcé de passer condamnation sur cet article, j'avoue avec douleur que rien ne peut me laver du juste reproche que vous me faites d'être le (Ils de mon père... Mais je m'arrête ; car je le sens derrière moi qui regarde ce que j'écris, et rit en m'embrassant.
0 vous qui me reprochez mon père, vous n'avez pas d'idée de son généreux cœur : en vérité, horlogerie à part, je n'en vois aucun contre qui je voulusse le troquer. Mais je connais trop bien le prix du temps, qu'il m'apprit à mesurer, pour le perdre à relever de pareilles fadaises. Tout le monde aussi ne peut pas dire connue M. Goëzman:
Je suis fils d'un bailli,
Uui; Je ne suis pas Caron,
Non.
Cep^'udanl, avant de prendre un dernier parti sur cet objet, je me réserve de consulter, pour savoir si je iw dois pas nroffenscr de vous voir ainsi fouiller dans les archives de ma famille, et me rappeler à mon anlicpio origine qu'on avait presque oubliée. Savez-vous bien, madame, que je prouve déjà près de vingt ans de noblesse; que celle noblesse est bien à moi, en bon parchemin, scellé du grand sceau de cire jaune; qu'elle n'est pas comme celle de beaucoup de gens, incertaine et sur parole, et que personne n'oserait me la disputer, car j'en ai la quittance?
Quant à l'arrêt du parlement, rendu sur l'avis de M. (ioi^zman, madame, usant des voies de droit ouvertes à tout citoyen, je m'étais pourvu au conseil du roi; et mon profond respect pour la cour me tenait dans un silence modeste sur le juste espoir que j'avais de faire adopter «lU conseil les moyens de cassation {{ue cet arrêt semblait offrir. Mais il sufltt que vous nous ayez entin donné les véritables motifs de l'avis de M. Goi'zman, pour que tous les jurisconsultes soient actuellement persuadés, comme moi, que le conseil me réta-
blira bientôt dans tous mes droits. Mon seul regret alm sera de n'être pas renvoyé en révision de cause défini ces mêmes juges, que M. Goézman induisit en errev: car, s'il faut l'avouer ingénument, mes frayeurs, dus cette affaire, n'ont jamais tombé que sur le rapporteur: avec tout autre, je crois fermement que j'aurais gagné ma cause d'emblée.
On sait bien qu'au rapport des procès un peu charigé d'incidents, tous les juges ne peuvent pas apporter k même degré d'attention ; que tous ne sont pas également frappés de la liaison des faits justificatifs, sd^ tout quand elle est coupée sans cesse par le plaidoyer d'un rapporteur fort de poitrine et préoccupé de télé: de sorte qu'avec toute l'intégrité et les lumières possibles, lorsqu'un rapporteur, à la voix de Stentor, smtient opiniâtrement son avis, il peut arriver que 1rs juges, fatigués d'une trop longue contention d'esprit s'accordent moins qu'ils ne lui cèdent, et que la plonlité des suffrages se forme plus alors de Tennui de disputer, que d'une véritable conviction de la bouté de l'avis qui prévaut.sur tous les autres.
Voilà, madame, ce que j'avais à vous dire sur l'affectation très-cruelle avec laquelle monsieur Goêana étale en public les prétendus motifs de Farrèt, qui k sont avoués par aucun de ses confrères. Selon loi, k parlement, renversant tous les principes exprés par me nuire, au lieu d'ordonner de faire le procès à b pièce, et de dire ensuite, s'il y avait eu lieu : L'atfe qu'on nous présente est reconnu faux, donc l'homoe doit perdre son procès, aurait ainsi raisonné : Le ccnk de la Blaclie, et M. Coêzman, d'après lui, nous répétai sans cesse que l'homme est suspect ; sans autre e»men, il n'y a pas d'inconvénient de décider que l'adf dont il demande l'exécution est faux.
Et c'est, monsieur, sous le manteau de madame qv vous vous enveloppez pour nous apprendre de si belle» choses! Digne défenseur du comte de la Blache, quiff rend à son tour le vôtre ! Je ne suis pas si grand jamconsulte que vous; mais je répondrai au plus fain,« plus odieux des arguments, par une pièce qui ne^vi! était pas destinée, et que je bi-ocliai rapidement à F» tainebleau, la veille de l'admission de ma requête, pou joindre une courte instruction sur le fond du procès, aux lumières que le rapporteur allait répandre sur k défaut de formes de l'arrêt. Voici ce que j'osai présenter en peu de mots au conseil du roi.
Deux questions embrassent entièrement le foiid àt l'affaire.
WŒMIÈflE QUESTION
Lade du V' avril 1770 esNl un arrêté de compte, vif Iratmiclion ou un simple acte préparatoire?
SECONDE QUESTION Larrctc de compte est^l faux ou véritabief
RÉPONSE
L'acte du 1" avril est un arrêté de compte.
MÉMOIllES.
il est intitulé Compte définitif entre meuieun Durerney et de Beaumarchais,
11 est fait double entre les parties.
Il renferme un examen, une remise et une reconuaissance de la remise des pièces justificatives de cet arrêté.
11 porte une discussion exacte de Taclif et du passif de chacun et tinit par constater irrévocablement Fétat réciproi{ue des parties, en en fixant la balance par un résultat.
Si Tacte n eût pas été un arrêté définitif, il ne contiendrait pas une transaction ; car la transaction même ne porte que sur un des articles fixés par l'arrêté de compte.
Aux yeux de la loi, c'est la disposition la plus générale d'un acte qui en détermine l'essence. L'arrêté de compte est général, et la transaction seulement partielle. Donc cet acte est un arrêté de compte; donc c'est sous ce point de vue qu'on a dû le juger; donc la déclaration de 1733 n'y est nullement applicable; donc l'arrêt qui Ta déclaré nul, sans qu'il fût besoin de lettres de rescision, doit être réformé.
D'après ce qui vient d'être dit, la seconde question : l arrêté de compte est-il faux ou véritable? n'est plus dans Tespèce présente qu'un tissu d'absurdités, dont voici le tableau.
Si l'arrêté n'est pas de M. Duverney, à propos de quoi présentiez-vous au parlement à juger si cet acte est un arrêté, une transaction, un compte définitif, ou seulement un acte préparatoire? Pourquoi demandiez-vous uu entérinement de lettres de rescision? Il fallait contre un acte faux vous pourvoir par la voie de l'inscription lie taux, ie vous ai provoqué de toutes les manières ; vous vous en êtes bien gardé.
Et si l'arrêté est de M. Duverney, nous voilà rentrés dans la première question, laquelle exclut absolument la seconde.
Or, il s'agit ici de Tarrêt du parlement; la cour n'a pu regarder l'acte comme faux, puisqu'on lui présentait à juger la proposition précisément contraire; c'est à savoir si un arrêté de compte définitif entre majeurs doit être exécuté.
Donc le parlement n'a pas pu le rejeter en entier, ni l'annuler sans qu'il fût besoin d(' lettres de rescision; ilonc l'arrêt doit être réformé.
Mon adversaire, tournant sans cesse dans le cercle le plus vicieux, cumulait à la fois les lettres de rescision, la voie de nullité, et le débat des différents articles du compte.
Sur le premier article, il disait : La remise de lt>0,000 liv. de billeti, exprimée dans l'arrêté, n'est qu'une illusion. Il jugeait donc faux l'acte par lequel M. Duverney reconnaissait les avoir reçus de moi.
Sur le quatrième orticle, il disait : Il y a ici un double emploi de 20,000 liv. Celte somme n'est pas entrét* dans l'actif de M. Duverney, porté à 139,000 liv. Il reconnaissait donc véritable l'acte où ils relevaient une
erreur prétendue ; car il n'y a pas de double emploi où il n'y a pas d'acte.
Sur le cinquième article, il disait, sans aucune autre preuve que son allégation : Le contrat de rente viagère au capital de 60,000 liv. n*a jamais existé. Il regardait donc de nouveau comme faux l'acte qui en portait le remboursement.
n prétendait ensuite prouver son assertion sur la nullité de celte rente par les termes de Tacte même : n*élait-ce pas avouer de nouveau que l'acte était véri^ table?
Sur le sixième article du compte, il disait : Il n'y a jamais eu de société entre M. Duverney et le sieur de Beamnarchais pour les bois de Touraine. Il revenait donc à soutenir que l'acte qui la résiliait était faux.
Sur le septième article, contenant une indemnité, il disait : C'est en trompant M. Duverney qu'on se fait adjuger l'indemnité sur une af/aire qu'on lui présentait comme onéreuse, quand il est prouvé qu elle est trèsbonne. Il regardait donc derechef l'acte comme véri^ table ; car, pour abuser de l'esprit d'un acte, il faut que le fond en existe entre les parties.
Plus loin, il disait : Payez-moi pour 56,000 liv. de contrais, car vous les deviez à M. Duverney. L'acte qui les passe en compte était donc faux, selon lui?
Plus loin encore, il disait : Je ne tous prêterai point 75,000 liv.; car, «elon l'acte même, j'ai le droit de rentrer en société. L'acte dont il excipait alors était donc redevenu véritable?
C'est ainsi que, pirouettant sur une absurdité, il trouvait l'acte faux ou véritable, selon qu'il convenait à ses intérêts.
N'alla-t-il pas jusqu'à dire et faire imprimer : Si je préfère de discuter l'acte comme véritable , à l'attaquer comme faux, c'est parce que j'y trouve plus mon profit. Il est honnête, le comte de la Blache !
Enfin, sans qu'on ait jamais pu savoir au vrai ce que mon adversaire voulait et ne voulait pas sur cet acte, on a tranché la question d'après l'avis de M. Goêzman, en annulant Varrêté de compte, sans }ii'i7 fût besoin de lettres de rescision.
Était-ce décider que l'acte est faux? C'eût été juger ce qui n'était pas en question ; on ne s'était pas inscrit en faux; donc il fiiudrait réfonner l'arrêt.
Était-ce jug.T que l'acte est véritable, -mskis qu'il y a erreur ou dol, double emploi ou faux emploi ? Mais dans ce cas on ne pouvait V annuler sans quil fût besoin de lettres de rescision. Donc, de quelque côté qu'on l'envisage, l'arrêt du parlement ne peut se soutenir, et doit être réformé.
Je n'ai traité dans ce court exposé que la partie du fond de mon affaire qui a rapport à la cassation que je sollicitais ; j'ai laissé de côté mon droit incontestable, parce qu'il ne s'agit pas aujourd'hui de savoir si j'ai tort ou raison sur le fond de mes demandes, mais seulement si le parlement a jugé selon les lois l'entérinement des letti*esde rescision, la seule question qui lui était soumiset
MÉMOIHLS.
y!MT4i*i Kfu, iiiori'kW-iir, vous faire la plu» rnorlfll»? injure «-fi owril |iuWi«:r Tvlieui propo» qu'on vous aïtrihuait alor-.. M. it*>t:im»n, dinaîlon, répond à lou» OîM\ qui lui i»bjecl«'nl l'irré-^ularilé du prononc*.* : On a jugé l homnw. ci non la cko$r. Mai-* vous avait-on donné un hofnnuf a jii'^'T? Hapii^irbrur d'un procès civil, d»*vier-vou»» faire acc^rplion de fHrr*^iiines; et parce qu'un det riienfs vou;» vruiblail acrréditA, dénier la juslio' à l'autre? Kt vouti avi'Z la conliancc aujourd'hui d'imprimer jHjur inoliN d'un arr^t attaqué au coii*«;il : Qu'on décitle intiintenani quel homme le parlement n jugé !
Kst'elje aHHez ju^tiliée l'opinion que j*avais prise et donnée de voire partialité, quand j'a va n(;ai dans mon premier mémoire que vou> aviez dit, en sortant de la rliamhre : A« comte de la lilache a ijagnr m cauie^ei Von a opiné du bonnet d*aprcit mon avis f
y,n parlant h le Jay, monsieur, roM« aviei arrangé le* rhoên pour qu*il fie fût pas entendu comme accusé. En rap|MM'tant mon proci'*;», vous les avez arrangées pour que j(* fusse traité comme «coupable.
Mais ce n e^t jamais impimément qu^un magistrat hV'carte de son devoir. Il s élève un cri public ; et s*il est un moment où les juges prononcent sur chaque citoyen, dans tous les temps la masse des citoyens prononce sur chaque ju;e. Le jugement des premiers est légal, celui des Heconris n*est que moral; mais il est encore à décider le(|uel est d'un plus grand poids pour retenir chacun dans le devoir. Tout citoyen sans doute est soumis aux tn.'igislrats ; mais quel magl>trat peut se pahser de IVstime des citoyens? Dans Tordre civil, Taction des juges sur les i^arliciiiiers, et la réaction de ces derniers sur les juges, fonn«Mit entre la nation et les magistiats un équilibre de nvspect et d'équité ({ui fait l'honneur des uns, la sûreté des autres, et le bonheur de tous.
Mais le souvenir de ce ((ue j*ai MUif fort depuis ce fatal nrrét abat mes forces et trouble ma sérénité. Changeons d'objet ; j'ai be>oin des unes )U)ur achever ces défenses, et rautre m'est né(-(*s>aire pour soutenir tant de malheurs.
Suit après la discussion iimlile des stations inutiles (|iie j'ai laites à \otre porte, madame; et les preuves tirées de la liste de votre portière. Ce long article de voire mémoire seudde y avoir été mis exprès pour lo tourment de qui \oudra le diMuter.
Mais connue il n'y a pis d'abMudité si lorte qui ne tiiui\e emore «les partisans, j'ai \u de bons et honnêtes gens éuuis par votiv air d assurance, et qui, n'ayant ruMi couquis à te que vtuis ave/ écrit à ce sujet, n'eu \on( pas u\oms disant partout : la liste de la /H>/7i<rc est WMC /Mvinv iMn»niMi* . d'autres (jui. entraiués par raulonlè de ceux-ci, ivpèleni, suis y mieux voir : Je vrxHS^ en effet, qu'il y «i /»«'m de i7it»xc ù trfhmdre ô cette liste; et d'auliVN eutiu qui, n'ayant pas même lu \otre niéuiouv, à force d'entendre cdor cette fameuse liste, no laissonl pas que d'aller aussi ré, étant, pour ti^ur r : |S^iMfHiirt7i(ii« lie se tiret\t jamais de la liste de la /kottère* Kl c'est ainsi que ».' ^onl établies toutes les ahsur-
dites du iDoode, jetâfs en aTaol par raudaoe, rép»dues par roisivelé. adoplées par la pansse, accréditco par la redite, fortiâées par renthousiasiiie, mais indues au néant par le premier penseur qui se doDU b peine de les examiner.
Voyons donc celle-ci. Qa*aTez-Tous enlendu prarar par cette liste, madame? Que je n*élais pas Tenu anlal de fois diez tous que je le prétendais? Et pourqiai voulez-vous prouver que j'y suis Tenu moins de U» que je ne le dis? Yest-ce pas dans la rue d*éialilirqi*eB f. isant un sacrifice d'argent, je Toulais moins acheter des audiences que le suffrage înachetable d*an rapporteur? 11 faut assez d'adresse pour démêler un écbeveai que vous avez si artistement embrouillé : mais avec m peu de patience on parvient à le remettre en bon élataa dévidoir. Enfin, n'est-ce pas là, madame, loutre^ vous avez voulu dire?
Voyons maintenant ce que vous avez dit. Présentant aux juges sa liste d'une main, et laisiil la révérence de l'autre, madame Goêzman a dit : • Messieurs, le sieur de Beaumarchais ou plutôt le sinr Caron (car tout me cJioqueen lui, jusqu*au nomcpil porte), le sieur Caron, dis-je, vous en impote lorsqu'il prétend être venu neuf fois chez nous pendanl les ((uatre jours pleins que mon époux a été son rapporteur.
• A la vérité, je ne puis savoir s'il y est venu ou m», puisquil n'y est pas entré , et que Tignorance d*a fait ne siinil pas pour le combattre et Tannihiler: mais j'ai ma liste, et j'ai l'honneur de vous observer, messieurs, que ma liste doit en être crue sur son silence; car, par une bizarrerie qui n^exislequediei nous, la portière a ordre de n écrire le nom de ftf' sonne : de sorte que si le laquais qui frappe ne sait pas tracer le nom de son maître, ce nom reste ci blanc sur la liste; ce qui la rend du plus grand poids, connue vous voyez, contre ceui qui prétendent en venus à l'hôtel.
« Or, messieurs, d'après ce que je vous dis, si, « lieu de neuf visites que le sieur Caron articule, on liste n'en présentait aucune; si ce vilain Caron, et monstre, ce serpent venimeux qui ronge des limet, pour parler connue son adver^iiire, le com!e de la Ulache ; ce mistraldc qu'il faudrait marquer dun fer chaud sur la joue, connue dit son biennûleur llario: cet ahime d\'nfer que Jupiter a tort de ne pas fi»dnnjer. suivant l'expression )>oétiquo du sieur d'A^ naud : ee mauvais riche qui ne paye ni les Iwiônaires, ni les autres mémoires du sieur Berirtind, d'«près le sieur d'Airolles qui est la même |>ersonDe, ce reptile insolent, dont le nom seul déshonore int liste comme celle de ma portière: si, dis je. ce rihns Caron n'\ était pas éirit une seule fois |>eiidaDl M^ quatre jon s si inléi^essants pour lui, me refuseriez- \ous la grâce d'admettre le silence de ma liste df préférence au témoignage du gardien sermenté d'ntf (Kiiville esjH'ceî * Les commissaiivs du |»arlement reçoivent la liste de
MÉMOIRES
sa main tremblante» et la feuillettent exactement; mais n*y trouvant pas mon écrit une seule fois pendant ces terribles quatre jours, où il m'avait si fort importé de me présenter chez mon rapporteur, ils m*ordonnent de répondre, et je dis :
Messieurs, le sieur Santerre, mon gardien, interpellé par M. de ChazaI, à sa confrontation, de déclarer si jV vais été autant de fois que je le disais et l'avais imprimé, chez M. Goëzman, a répondu : Monsieur dit vingt fois; nous y avons peut-être été plus de trente; mais smrtotd pendant les quatre ou cinq jours du délibéré, matin et soir, avant et après diné, nous nen howjions : de ma vie je n'ai éprouvé autant d'ennui ; et nVç ne peut If être comparé, si ce nest l'impatience immodéi'ée de mon prisonnier.
Mais comment une chose aussi nette peut-elle exciter tant de débats? Uniquement parce qu'on a mal posé la question sur laquelle on dispute. Un premier point légèrement accordé mène souvent assez loin les gens inattenlifs. Rétablissons les principes.
Dans quel cas, messieurs, celte liste pourrait-elle être justement opposée au témoignage d'un homme public, d'un homme sermenté, chargé par le gouvernement de me suivre partout, et de rendre compte jour par jour de toutes mes actions et paroles, lequel me prenait tous les matins en prison et m'y remettait tous les soirs, et qui se démantelait la mâchoire à force de bâiller, du cruel métier que M. Goëzman et moi lui faisions faire? Dans quel cas, dis-je, cette liste pourrait elle être justement opposée à son témoignage ? Dans celui seulement où, me trouvant ccrit de ma main sur la li^te un certain nombre de fois, je soutiendrais, et mon gardien certifierait, que nous avons été moins de fois à la porte, ou même que nous n'y avons pas été du tout, car alors la liste offrant la preuve positive, tant du fait que du nombre de visites, il n'y a aucun témoignage humain qui put détruire celui de la liste. Mais ici, par le plus vicieux renversement d'idies, on appuie la négation dé neuf visites avérées, attestées par la déposition d'un homme public et sermenté, sur le seul silence d'une misérable liste que mille choses devaient rendre suspecte, dont la première est Tordre bizarre, à la portière, de ne jamais écrire personne.
Est-il étonnant qu'un laquais ne sache pas écrire, et que sou maître, qui ne peut deviner qu'un portier nécrit personne f reste avec sécurité dans sa voiture, au lieu d'en sortir pour s'inscrire lui-même? A mon égard, \oici comment les choses se sont passées.
Las de descendre inutilement, trente fois le jour, de \oiture, pour écrire mon nom et ma supplique, je Cs, sur la fln du procès, un billet circulaire, que mon laquais remett'ût à chaque porte des conseillers qui se trouvaient absents. Cette circonstance attestée par mon gardien, et ajoutée à tous les caractères d'infldélité que peut présenter une liste, doit faire rejeter avec mépris la preuve tirée contre moi du silence de celle-ci; à moins qu'on ne suppose que, pendant ces quatre jours où je Us des sacrilices de toute espèce pour parvenir à
être introduit chez cet invisible rapporteur, je ne me sois pas présenté à sa porte une seule fois. La patience échappe de voir un grave magistrat se défendre avec de tels moyens.
Et pourquoi tant d'absurdité, je vous prie? Pour atne ner un autre sophisme encore plus vicieux que le premier.
Pour établir que j'ai eu l'intention de gagner le suffrage du rapporteur, en taisant le sacrifice auquel on m'a forcé, l'on ose opposer le silence de cette liste à la déposition de la dame Lépine, de la demoiselle de Beaumarchais, des sieurs Santerre, de la Châtaigneraie, de Niron, Bertrand, le Jay, qui tous ont attesté que jamais je n*ai sollicité que des audiences : on l'ose opposer au récolemenl même de madame Goézman, qui pouvait seule contredire tant de témoignages, et qui, sans le vouloir, unit son attestation à celle de tout le monde. Je déclare que jamais le sieur le Jay ne m*a présenté d^ argent pour gagner le suffrage de mon mari, qu on sait bien être incorruptible; mais quil sollicitait seulement des audiences pour le sieur de ^aumarchais : attestation confirmée dans un supplément imprimé de madame Goézman, où elle s'énonce en ces termes : J'ai dit, j'en conviens^ que le sieur le Jay, en m'offrant des présents de la part du sieur Caron, avait masifué ses intentions criminelles par tine dkhandr D'AuniE5CEs; et où elle ajoute encore, de peur qu'on ne l'oublie : iVe voit-on pas que je ne fais que RAProRTER les iiiscocrs du SIEUR LK Jay?
Eh mais, madame, si les discours de le Jay furent tels que vous le dites, comment donc espérez-vous, par le seul silence de votre liste, prouver qu'un argent reçu par vous pour des audiences, des mains de le Jay ; qui l'avait reçu pour des audiences, de Bertrand ; qui l'avait reçu pour des audiences, de la dame lapine ; qui l'avait reçu pour des audiences, du sieur de la Châtaigneraie ; qui me l'avait prêté pour des audiences ; que cet argent, dis-je, ait été destiné par moi pour gagner le suffrage de monsieur votre mari, quon sait être incorruptible?
Voilà pourtant, madame, comment vous raisonnez; voilà comment, du seul silence d'une liste qui n'est, comme tout autre silence, qu'une négation, une absence de bruit, d'écriture, de mouvement ou d'action, le néant, en un mol, rien du tout, vous inférez une intention, laquelle n'est par sa nature qu'un autre êlre de raison ; et cela pour m'inculper, n.oi qui ne vous ai rien dit, que vous n'avez pas même vu. qui n'ai eu de relation avec vous qu'à travers un monde de personnes, dont tous les témoignages, ainsi que vos aveux s' mussent en ma faveur.
11 est donc bien démontré par les dépositions des témoins, par les interrogatoires des accusrs. par les mémoires de tout le monde, par votre récolemenl, votre supplément, tous vos raisonnements enfin, que je n'ai jamais désiré ni demandé autre chose de vous que des audiences ; il est bien démontré que la conséquence tirée de la liste n'est qu'une platitude mal inventée, plus mal soutenue, encore plus mal prouvée; et surtout
MÉMOIRES
il est bien démontré qu'on m*a fait perdre quatre ou six pages à me battre à outrance et à ferrailler contre un moulin à vent d'intention, de corruption et de liête, qui ne m'a été opposé que pour faire bâiller le lecteur, embrouiller l'affaire et me rendre, en y répondant, aussi ennuyeux que le mémoire où Ton m*a tendu ce piège ridicule. •
A la grave autorité de celte liste, madame, vous joignez celle du billet que le comte de la Blache vous a, dites-vous, écrit R\ors,etqui lui a suffi pour èlreadmiê chez vous; lequel billet vous avez gardé précieusement. 0 bon le Jay ! réclamez vos droits, mon ami ; Ton vous pille ici : cette naïveté est de votre force î la liste du portif^r, le billet du comte de la Blache en preuves ! Ce n'est pas que ce gentilhomme, descendu des Alpes exprès pour devenir à Paris un riche légataire, ne soit bien fait pour obtenir de M. Goëzman des préférences de toute nature.
Mais permettez, madame, n'auriez-vous pas un peu manqué do goût ici ? Pour que son billet eût quelque force, il me semble qu'il n'eût pas fallu imprimer ensuite la lettre à ma louange qu'il vous a écrite de Grenoble, dont les expressions, dites-vous, évidemment dictées par l'honneur révolté, sont de nouvelles preuves de V atrocité de mes imputations.
Il me semble qu'il eût mieux valu présenter quelque autre preuve de mes atrocités, qu'une lettre du comte de la Blache, qui, depuis dix ans, fait profession ouverte de me haïr avec passion ; où l'on lit : // mantpinit peutêtre il sa réputation celle du calomniateur le plus atroce (c'est de moi dont l'auteur entend parler), pour en faire un monstre achevé (qu'ils sont doux, nos adversaires ! lettres, mémoires, tout est fondu dans le même creuset) ; la vôtre est trop au-dessus de pareilles atteintes pour en être alarmée : (une réputation alarmée des atteintes qu'on lui porte! quelle phrase alsacienne!) cest le serpent qui ronge la lime. (11 fallait dire. C'est ta lime qui ronge le serpent ; il y aurait eu deux ou (rois images rassemblées, et surtout une allusion à l'état de mon père; et cela eût été superbe ; on y songera une autre fois.) La justice qu'on vous doit servira à purger la société d'une espèce aussi venimeuse. Celte lettre, madame, est d'un bout à l'autre un échantillon de la manière dont le comte de la Blache plaidait sa cause dans tous les cabinets des juges, pendant que j'étais en prison. Kt je la crois plus propre à desservir le comte de la Blache qu'à vous servir vous-même. Cest dans les lois que les Beaumarchais doivent trouver la punition de leur audace. Oui, lorsque, dans l'abus de ces mêmes lois, les la Blache trouvent le moyen de dépouiller les héritiers directs d'un millionnaire, à l'aide d'un testament ; et son créancier, à la faveur d'un arrêt : car, à la fln, tant d'indignités m'arrachent à la modération que je me suis imposée.
Et la lettre est écrite de Grenoble ! où le comte de la Blache était allé voir son père! Bone Deus! e\ le comte de Tuflières aussi allail voir h* sien.
Mais pourquoi cette lettre n'est-elle pas cotée an rang
d'une foule de pièces justiticatives, qui ne sont pas phi» justificatives que cette lettre ? Est-ce qu'elle ne serait pas timbrée de Grenoble? Je vous demande bien pardon jdodsicur le comte de la Blache, monsieur le conseiller Goêtman, madame, et vous aussi, messieurs Marin gaietier, Bertrand d'Avignon, Baculard d'ambassade, et autres qii voulez tous avoir part à l'excellente omvre de nui pertr. si je regarde à si peu de chose : mais vous êtes si adroits si adroits, qu'il faut bien me passer un peu de Tigibooe. D'ailleurs, voyez combien de gens tous êtes 9Lprès moi, gens d'épée, gens de robe, gens de lettres, gens d>ffaires, gens d'Avignon, gens de nouvelles ; cela ne fmil pas. Aus$i mes ennemis n'auront-ils plus rien i y voir quand je serai sorti de cette coupelle où M. Goênnanni'a mis au creuset, où le sieur Marin fournit le charbon, (t où Bertrand, Baculard et autres garçons a ffineurs, soufflent le feu du fourneau.
Passons à l'examen de l'audience qui me fut, dit-on. accordée le samedi 3 avril au matin par II. Goêzman:H i\ celui des preuves sur lesquelles on rétablît.
Premièrement, je fais ici ma déclaration publitpie d formelle que je nie cette audience k mes risques, pmïs et fortune. Je déclare que je n'ai eu d^autre audience da»: la maison de M. Goêzman, pendant les quatre jours <hi délibéré, que celle du samedi 5, à neuf heures dn soir, eu présence de M* Falconet et du sieiir Santerre nw gardien.
Je déclare que c'est chez M. de la Calprenêde, oonscii- 1er de grand' chambre, que je montrai à JJ. Goémui. avant le délibéré, l'article de la Gazette de ta Hmfe oojf suis si maltraité; laquelle Gazette je ne laissai poioti M. Goëzman, ni en aucun autre temps, comme il ledit: car je l'ai chez moi enliassée avec les autres pièces exlnjudiciaires relatives au même procès, soulignée aux nuls importants, et avec ces notes en marge écrites de m main : Slnfoj*mer chez Marin oii Von peut avoir rmm de ces infamies. El plus bas : Voir M. de Sariine. Et pin?
bas : Ecrire à madame de (F en porter à M. le rfir
de Je déclare que, depuis ce jour, je n'ai vu qu'uif
seule fois M. Goi'zman, le samedi 5 avril à neufheorH du soir, accompagné, comme je l'ai dit, de M* Falcooft et du sieur Santerre.
On me dispensera bien, je crois, de discuter la première preuve de cette audience du samedi matin, qw W. Goëzman tire de son propre témoignage.
On me dispensera sans doute encore d'user mes fortf? contre la preuve tirée d'une lettre du comte de laBUche, datée de Paris le 18 septembre, c*est-à-dire p!o5<lf cinq mois après le 5 avril, du même style que eeWeit Grenoble, où il raconte à M. Goëzman que M. GoêmKii lui a dit, le 5 avril au matin : Votre advergaire tort fia, quoiqu'il soit prouvé que l'adversaire du comte de b Blache n'en sortit pas; et où il annonce que tout cf qui est écrit dans mon mémoire est faux, méduié, atroce, etc. ; quoique le comte de la Blache, absohnneil étranger à la querelle, ne puisse pas être plus inslniil que le roi de Maroc ou le hacha d'Egypte, si ce^pwff ai dit est faux ou vrai, doux ou méchant, atroce on ■»*
MÉMOIRES
déré. Comme c*est sur des ouï-dire de M . Goêzman qu'écrit le 1res- reconnaissant comte de la Blache, cette preuye rentre et se fond dans la première ; et jusqu'ici, comme on le voit, la vérité n\i pas encore fait un pas.
La troisième preuve de M. Goêzman se tire d*un mémoire de moi, non daté, que M. Goêzman a, dit-il, heureiuemenl conservé^ sous le titre d'Argument en faveur de l'acte du \" avrils et réfutation du êyêtènie^ etc. Lequel manuscrit n'a nul rapport à la question présente, et ne peut servir à fixer Tépoque d'aucune audience.
La quatrième est fondée sur un autre manuscrit de moi, sans date, et que M. Goêzman a, dit-il, encore heureusement conservé, sous le tilre de Réponse a quelques objections f etc. Et moi aussi, je dis heureusement; car ce manuscrit contient une note précieuse qui le fait tourner en preuve contre Taudience du 5 avril au malin.
Si j'ai bien lu, voilà tout, je crois.
Après avoir montré la futilité des preuves que M . Goêzman rapporte de cette audience, je pourrais m'en tenir à ma déclaration formelle, que l'audience est fausse et ne m'a pas été donnée, parce que c'est à celui qui articule un fait à le bien prouver; celui qui nie n'ayant qu'à se tenir les bras croisés jusqu'à ce qu'on lui taille de la besogne, en lui fournissant des preuves à combattre. Cependant, comme mon usage en cette affaire est d'aller nu-devant de tout, après avoir prouvé négativement que les preuves mêmes de M. Goêzman détruisent son édifice, je vais prouver positivement que cette audience n'a jamais existé.
11 est prouvé au procès, par les dépositions des sieurs le Jay, Dairolles, de la dame Lépine, etc., que, ce même samedi 5 avril au matin, Bertrand et le Jay furent chez madame Goêzman porter les cent louis ; que le Jay reçut de cette dame, à cette occasion, la promesse formelle que j'aurais une audience de son mari le soir
Mémoire de Bertrand, page 5 :
« J'enyoyai cbercher un fiacre; nous y montâmes le « Jay et moi ; il fit arrêter au coin du quai Saint-Paul... « Je le vis entrer dans une maison qu'il me dit être celle « de madame Goêzman... Il me raconta dans la route « la manière dont il avait été reçu... J'instruisis la sœur « du sieur de Beaumarchais de tout ce que le Jay m'avait «I dit ; je vis le soir même le sieur de Beaumardiais, m c{u*on avait instruit du message du sieur le Jay ; il se tf prépara à sa visite. »
Dans mon mémoire à consulter, page 8 :
« Le sieur Dairolles assura ma sœur que madame m Go<*zman, après avoir serré les cent louis dans son • armoire, avait enfin promis l'audience pour le soir m même; et voici l'instruction qu'il me donna quand il «i me vil : Présentez-vous ce soir à la porte de M. Goêz- « man ; on vous dira encore qu'il est sorti : insistez beau- « coup; demandez le laquais de madame; remettez-hii < cette lettre, qui n'est qu'une sommation polie à la
• dame de vous procurer l'audience, suivant la conveii-
• tion faite entre elle et le Jay. t
VA la lettre éliit écrite de la main du sieur Dai-
rolles, au nom de le Jay, comme cela est prouté au procès.
Ajoutons à tout ceci la déposition du sieur Santerre, qui contient qu'après des refus de porte aussi constants qu'ennuyeux, en vertu d'une lettre dont j'étais porteur, et que je remis devant lui au laquais blondin de madame Goêzman, le samedi 3 avril, à neuf heures du soir, nous fûmes introduits cette seule fois chez M. Goêzman. Ajoutons celle de M* Falconet, avocat, qui contient absolument la même chose. Que dit à tout cela M. Goêzman, caché sous le manteau de madame? De quel front le sieur Caron ose-t-il faire imprime^' que, jusqu^au samedi neuf heures du soir, la porte de son rapporteur lui avait été obstinément fermée? — Du front d'un homme qui n'avance rien qui ne soit bien prouvé au procès. — Si à cette heure, qui était celle du souper, on ne Veut pas reçuj lui qui était déjà entré le matin, comment aurait-il pu se plaindre ? — Comme un homme à qui l'on n'avait accordé aucune audience le matin, et qui venait de payer celle-ci d'avance, la somme de cent louis. — Cependant, comme il a insisté sur le fondement qu'il n avait quun mémoire manuscrit a remettre. — Pardon, madame, il est prouvé au procès que je suis entré avec une lettre écrite à madame Goêzman, remise à son châtain clair; et nullement pour remettre un mémoire dont il ne fut pas seulement question. — Mon mari eut la bonté de le recevoir encore ; la visite fui courte sans doute. — Raison de plus, madame, pour être outré de n'en avoir pu obtenir d'autres, surtout quand on les a payées si cher, et qu'elles ont porté aussi peu de fruit. — Il ne deman^ dait quà remettre un mémoire, — Au contraire, madame, il n'en existait alors aucun de moi.
Le premier manuscrit indiqué sous le n* 4, dans vos pièces justificatives, ne fut fait que d'après l'audience du samedi 3, au soir, pendant la nuit du samedi au dimanche, et* vous fut envoyé le dimanche matin avec le précis imprimé de M* Bidault, mon avocat, encore mouillé de la presse ; le tout accompagné d'une lettre polie pour vous, comme je l'ai dit à mon interrogatoire, et comme il est prouvé au procès que le sieur Bertrand me l'avait conseillé de votre part.
Le second manuscrit, sous le n* 5 de vos pièces justificatives, n'a été composé que dans la soirée du dimanche 4 avril, sur les observations que M. Goêzman avait faites le matin au sieur de la Châtaigneraie; ce qui détruira l'imputation qui m'est faite, que je calomnie les magistrats. Je n'ai jamais dit qu aucun membre du parlement m'eût fait des confidences; mais j'ai dit, imprimé, consigné au greffe, que M. Goêzman avait lu des lambeaux de son rapport au sieur de la Châtaigneraie, et lui avait même permis de me communiquer ses objections ; ce que ce dernier fit en m'annonçant l'audience promise.
Il reste donc pour constant par les dépositions des témoins, par les interrogatoires des accusés, par les mémoires de tout le monde, par la procédure, par les preuves mêmes de ^1. Goêzman, que la séance du samedi matin, 3 avril, n'est qu'une chimère; etc^est ici le lieu
MÉMOIRES
de répondre au nouveau plan de défense établi par M. Goêzman dans le supplément de madame.
« Je n*ai été que trois jours rapporteur du procès du « sieur de Beaumarchais (tous Tavez été près de cinq) ; « j*étais donc fort pressé Je ne pouvais donc user mon « temps à donner des audiences ; et cependant, sans « compier celui que le comte de la Blache a pu me faire « perdre, j'ai donné pour le seul Beaumarchais, dans « ces trois jours, quatre grandes audiences : le vendredi « 2 avril, une à M* Falconet, son avocat ; le samedi ma- X lin 3, une au sieur de Beaumarchais; le samedi au « soir, une autre au même ; et le dimanche 4, une au « sieur de la Châtaigneraie, son ami : voilà donc quatre « audiences en trois jours. Il est donc clair qu'en don- « nant de Targent à ma femme, ce n'était pas des au- • diences qu'il voulait, mais seulement de me corrom- « prc ou gagner mon suffrage. »
De vous corrompre î Prœnobilis et consultissime Goêzman, on ne joindra pas désormais à vos qualités l'adjectif veracitsimus : vous venez de le perdre à jamais ; et j'ai bien peur qu'on n'y substitue même le superlatif contraire.
Que diront tous hê baillifi vos ancêtres ? que diront les princes dont vous n'avez pas été l'envoyé? que diront les PithoUf les MahiUoiiy les Baluze et les du Cange, qui, jusqu'à présent, s'il faut vous en croire, vous auraient avoué pour le digne héritier de leui*s talents et de leurs vertus? Mais que dira surtout le parlement de Paris qui nous juge aujourd'hui, en lisant ce que je réponds aux quatre audiences?
Loin d'avoir eu quatre audiences do M. Goëzman,tant par moi que par mes amis, je déclare hautement que M* Falconet, avocat, arrivé, depuis quelques jours, d'un voyage de trois mois, donne le démenti le plus formel à quiconque ose avancer que M. Goêzman lui a donné, le vendredi 2 avril, aucune audience chez lui pour moi, ou que cet avocat ait jamais mis le pied chez M. Goêzman en aucun autre instant que le samedi 5, au soir, avec le sieur Santerre et moi. Cela est-il clair?
Je déclare encore que M. de la Châtaigneraie, loin d'avoir reçu, le dimanche 4 avril, aucune audience pour moi. n'a été chez M. Goêzman que pour essayer de m'en obtenir une, que ce rapporteur lui promit pour le lundi matin 5 avril, et qui n'a pas été donnée, quoique M. de la Châtaigneraie, sur la foi de cette promesse, ait vainement essuyé le lundi de me servir d'introducteur. Je déclare que M. de la Châtaigneraie, loin de chercher à résoudre les objections de 11. Goêzman, tira au contraire de son silence l'occasion do solliciter ce rapporteur, pour qu'il voulût bien me les faire à moi-même.
Je déclare en outre que je consens et me soumets à toutes les peines méritées pour celui des deux qui en impose au parlement et au public, M. Goêzman ou moi, si Ihomme sermontê qui m'accompagnait, si le sieur Santerre n'atteste pas encore à la cour que je ne suis entré le samedi 5 avril qu'une seule fois, à neuf heures du soir, chez M. Goêzman, accompagné de M* Falconet et de lui.
Ainsi, loin d*avoir obtenu de ce très-pea Téridîqiie rapporteur les quatre audiencesqu'il articule, je dédsv que je n'en ai reçu qu*une, et que cette une encore, jr ne l'aurais pas obtenue si je ne l'eusse payée d'avance cent louis d'or.
Je déclare que je n'ai jamais chargé personne de finre aucun pacte avec madame Goczman au sujet de cet or, et que quand on vint me dire, le dimanche au soir 4, que madame Goêzman, en promettant une seconde audience, avait dit' ¥A û je ne puis la lui faire aroir, jt rendrai tout ce que fai reçu ; je m'écriai devant tocs mes amis, en me frappant le front : C'«i ed fait, f m perdu mon procès î Cette offre inopinée de toui renin en est le funeste présage.
Voilà mes réponses, mes discussions, mes déclarations : et je signe exprès mon mémoire en cet endroit. parce que j'entends que tout le contenu de cet article tourne à ma honte, attire sur ma tète la juste punitioo, l'anathème et la proscription qui m*est due, si l'information que la cour ne me refusera pas à ce sujet y apporte le plus léger changement ; et j*en dépose oa exemplaire au greffe, avec ces mots de ma main :
Caro!i de Bbaumabcbau.
Ne varietar.
Regagnons à présent le temps perdu, madame.
Parcourant rapidement les objets auxquels vous ara vous-même donné moins d'importance (pageSSdevotn mémoire), je vois un coup de crayon à la marge. 11 s'agit de M* de Junquiéres, que vous faites s'écrier, à ^o^ cas ion des propos qu'on tenait sur votre compte : Ce^ une infamie de Beaumarchais. Pour ce JunquiéKS-li comme son métier est de défendre les autres, et qnl a bec et ongles, entre vous le débat, messieurs : mais je vous avertis qu'il donne le plus formel et public défficali â votre phrase; et qu'il prend à témoin de la faossfti de votre citation M. le procureur général, devant leqMl il parlait alors. A mon égard, il est certain quejecofifiai dans le temps à M* de Junquiéres tout ce qui s*ëà passé entre madame Goêzman et le Jay : je n'ai poial trouvé mauvais qu'il vous l'eût rendu ; je le lui ai A depuis. Voilà le fait, dont la discussion ne vaut pasnnf ligne de plus.
En revanche, en voici un qui mérite attention. Yotre objet ici, madame, est d'essayer de disculper M. Goêznua d'avoir été l'instigateur, le compositeur et récriviHide la minute de la première déclaration attribuée à le Jay; c'est vous qui parlez (p. '25) : Le Jay mania dans le ethinet de M. Goi^zman, se mit à son bureau ; (fort bi» jusque-là : ) cl comme il est fort peu lettré, quoi^ libraire, il pria mon mari de lui arranger, dans la rotn d'lne déclaration, les faits dont il venait de lui renért compte : (le Jay a protesté, dans ses interrogaloirff. qu'on ne lui avait fait qu'une seule question, et qui n'avait répondu qu'un mot) en conséquence il fct fiiï un brouillon : (n'oublions pas il fut fait) il fut faàu brouillon que mon mari corrigea en plutieurt e^tàréts'- 1 (à moins de convenir de tout, on ne peut mieux pirkrj
MEMOIRES
et il quitta enêuite le $ieur le Jay (il fallait le ({uilter avani), qui écrivit et signa en ma présence la déclaration suivante y etc., etc.
Ainsi vous convenez, madame, que votre inari nr^ rangea les faits en forme de déclaration ; vous convenez que votre mari corrigea le brouillon en plusieurs endroits; vous convenez que le Jay écrivit ensuite du départ de votre mari; ce qui indique assez qu'il n*avail pas écrit avant son départ. En tout cela il n'y a que ces mots» il fut FAIT, d'équivoques; tout le reste marche assez bien. // fut fait ! charmante tournure, pour laisser le monde incertain si ce brouillon fut fait par M. Goëzman ou parle Jay! mais de cela seul, madame, que vous ne dites pas à pleine bouclic : Le Jay se mil au bureau de mon mari, où il écrivit librement et de son chef la déclaration, on en peut conclure hardiment que ce fut M. Goézman qui fil la minute. Vous n*ètes pas gens à ménager Tadversaire, quand vous croyez avoir de Tavantage sur lui. Nais comme une négation formelle vous eût trop exposés l'un et l'autre, aujourd'hui que j'ai prouvé par mon supplément que M. Goëzman a fait la minute, vous employez la bonne, fine, double phrase i7 fut fait, la seule qui pût être utile à deux fins, propi*e à vous servir si on la prend bien, et à- ne vous pas nuire si on la prend mal.
Si la liberté de ma critique rend mes éloges de queU que prix à vos yeux, madame, recevez mes félicitations sur cette tournure; salut aux maîtres! en honneur, on ne fait pas mieux que cela.
Vous transcrivez ensuite la déclaration : après quoi vous ajoutez (p. 24) : Quiconque aura sous les yeux (c'est toujours vous qui parlez) V original de cette décla^ ration, reconnaîtra bientôt, à la manière dont elle est orthographiée, que le sieur le Jay na fait que se copier lui-même. Pourquoi ne pas convenir tout uniment, comme il Ta déclaré à ses interrogatoires, que vous dictiez sur la minute de votre mari pendant qu'il écrivait? Gela explique bien mieux ses fautes d'orthographe. Et il m'a priée de corriger moi-même quelques mots qu'il avait mal formés, et d'en ajouter un ou deux quil avait omis. Excellente réponse à tous les faux reprochés à BI. Goëzman dans mon supplément ! grâce à son adresse, c'est madame aujourd'hui qui se charge de l'iniquité.
Nous voilà tous deux dans le puits, dit le renard à son compagnon : tends tes jarrets, dresse tes cornes, allonge ton corps, je grimperai par-dessus toi; et, sorti de la citerne, je l'en tirerai à mon tour. L'animal peu rusé fait ce qu'on lui dit; et le renard, hors de danger, le paye par une phrase à peu près semblable à celle de M. Goézm.in dans sa note imprimée, distribuée à ses confrères pnr M. le président de Nicolaï : Sij malgré la raison que j'ai de croire ma femme innocente, j^avais été uioi-méme induit en erreur, je demanderais que la justice prononçât, et Ton verrait que V honneur sera toujours le lien le plus fort qui m'attache à la société, et le srul guide de ma condutte.
P.iuvre madame Goézman ! vous prenez sur votre gnipte un faux justement reproché à votre mari; et,
pour récompense, cet époux, qui a toujours mérité votre respect autant que votre amour, détachant ses intérêts des vôires, offre de composer à vos dépens : peu lui importe que vous restiez dans la citerne, pourvu qu'il n'y demeure pas avec vous. Pauvre, pauvre madame Goêiman !
Pour revenir à celte déclaration, on voit, par leur propre mémoire, que M. Goézman a corrigé la minute, et que madame a corrigé la copie. Quels correcteurs ! Ce devait être un bon spectacle que madame Goézman, érigée en magister de le Jay, corrigeant sa leçon d'écriture ! La plume échappe, et tombe de dégoût, d'être obligé de répondre à de pareilles défenses •.
Suit après la seconde déclaration de le Jay : Je déclare en outre que jamais ni le sieur de Beaumarchais, ni le sieur Bertrand, etc.
Et moi Beaumarchais, je déclare qu'il y a sur l'original de cette deuxième déclaration, atlribuée à le Jay : Jedéclare que jamais Bertrand ni Beaumarchais, ou Beaumarchais ni Bertrand, comme on voudra; mais sans aucun mot de sieurs ; car cela m'a singulièrement frappé en lisant au greffe cette déclaration.
Je déclare encore qu'il y a à la fin sine le Jay, et non signé le Jay; ce que je fis alors remarquer au rapporteur et au greffier, qui ne purent s'empêcher de rire de ma plaisante découverte-
Suit après la lettre du sieur d'Arnaud.
A vous DONC, monsieur Baculard,
Ce serait bien ici le cas de me venger de toutes les injures dont l'exorde de votre mémoire est rempli : mais comme elles ne s'adressent pas directement à moi, et qu'à la rigueur je puis douter si vous me regardez de travers ou si vous louchez seulement en défilant votre tirade, je veux bien ne pas me l'appliquer, et vous traiter doucement en conséquence : car vous savez qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous montrer tel que vous fûtes dans votre confrontation, c'est-à-dire tout à cûlé de madame Goézman, si votre embarras, et le peu d'habitude à vous déguiser, ne vous mit pas même au-dessous : mais je suis doux, moi; et je veux bien convenir que vous n'avez jamais senti la conséquence d'avoir accordé à le Jay une lettre mendiée qui m'inculpait aussi gravement sur un fait que vous ignoriez, et qui se trouve faux aujourd'hui ; je veux bien convenir encore que vous n'avez pas senti la conséquence d'avoir recommencé la lettre, parce que le Jay ne trouvait pas cet écrit assez fort : comme si un fait, quand vous en eussiez été témoin, pouvait avoir deux faces sous la plume de celui qui vous le rend ; ou comme si votre complaisance pour le Jay, qui agissait de son côté par complaisance pour ma-
* Pendant qu'on imprime, j'apprends que le commis de le Jay vient d'èlrc confronté avec madame Goëzman, et qu'entre plusieurs écritures qu'on lui a présentées, il a très-bien reconnu celle dont fut tracée la minute de la première déclaration qu'il a copiée. Mais, au grand élonnement de tout le monde et au mien (car j'avoue que je ne m'y attendais presque pas), cette écriture s'est trouvée être celle de prmnobUiê et consultiiiimut Ludovxcuê-VatentinuÈ Cokimar. Et voilà comment tout Ce que je débals devient inutile, à mesure qu'on &ult linstniC'' tion.
dame Goézman, laquelle voulait complaire en ce point à son mari, pouvait vous excuser sur une démarche aussi inconsidérée. Mais/ni cru, diles-vous, queleJay méri" tait toute ma confiance, et fat cédé à cette conviction : ainsi, d'erreur en erreur, de complaisance en complaisance, vous avez causé sans le savoir l'emprisonnement de' le Jay, et mon décret d'ajournement personnel : et voilà comment h transport qui saisit un pauvre homme de bien sur V avantage défaire une bonne action, le conduit souvent à en faire une f rés-blâmable.
Il faut ajouter ici que vous aviez alors un procès criminel important à la Tournelle, où vous espériez quelques bons offices de la reconnaissance de M. Goézman ; ce qui n'a pas laissé que de rendre votre distraction un peu plus profonde.
Mais le plus curieux, que je n'entends pas encore, c'est qu'après être convenu à votre confrontation de tous vos torts, on ait pu depuis vous déterminer à donner un
mémoire où, sans vous en douter, vous complétez
la conviction que vous ne sentez jamais la force de ce que vous dites ni de ce que vous faites. J'ai donc eu raison quandj'ai dit de vous dans mon supplément : N'est-ce pas par faiblesse que ce pauvre Arnaud liacuhrd, qui ne dit jamais ce quih^ut dire, et ne fait jamais ce qu il veut faire, etc.?
Je n'en veux qu'un exemple : Otti, j'étais à pied, et je rencontrai dans la rue de Condé le sieur Coron, en carrosse. Dans son carrosse ! (répétez-vous avec un gros point d'admiration). Qui ne croirait, d'après ce triste oui,f étais à pied, et ce gros point d'admiration qui court après mon carrosse, que vous êtes l'envie même personnifiée? Mais moi, qui vous connais pour un bon humain, je sais bien que cette phrase dans son carrosse! ne signifie pas que vous fussiez fâché de me voir dansmon carrosse, mais seulement de ce que je ne vous voyais pas dans le vôtre; et c'est, comme j'avais l'honneur de vous l'observer, parce que vous ne dites jamais ce que vous voulez dire, qu'on se trompe toujours à votre intention.
Mais consolez-vous, monsieur ; ce carrosse dans lequel je courais n'était déjà plus à moi quand vous me vîtes dedans ; le comte de la Blacbe l'avait fait saisir, ainsi que tous mes biens : des hommes appelés, à hautes armes, habit bleu, bandoulières et fusils menaçants, le gardaient à vue chez moi, ainsi que tous mes meubles, en buvant mon vin : et, pour vous causer, malgré moi, le chagrin de me montrer à vous dans mon canosse, il avait fallu ce jour-là même, que j'eusse celui de demander, le chapeau dans une main, le gros écu dans l'autre, permission de m'en servir, à ces compagnons huissiers; ce que je faisais, ne vous déplaise, tous les matins. Et, pendant que je vous parle avec tant de tranquillité, la mémo détresse subsiste encore dans ma maison.
Qu'on est injuste ! on jalouse et l'on hait tel homme qu'on croit heureux, qui donnerait souvent du retour pour êtro à la place du piéton qui le déteste à cause de son carrosse. Moi, par exemple, y a-t-il rien de si propice que ma situation actuelle pour me désoler? Mais je uis un peu comme la cousine d'Iléloïse ; j'ai beau pleu-
rer, il faut toujours que le rire s'échappe par quelque coin. Voilà ce qui me rend doux à votre égard. Ma philosophie est d'être, si je puis, content de moi, et de laisser aller le reste comme il plaît à Diea.
D'ailleurs, monsieur, votre mémoire m'oblige en on point dont vous ne vous doutez guère : c'est qu'après avoir cité l'endroit du mien où je raconte que je vous dis : Vous, êtes Vami du sieur le Jay; je tous invUe^wumsieur, par r intérêt que vous prenez à lui, de le voir ei àe rengager a dire la vérité ; c*esl le seul parti qui im reste, dans rembarras oii il s'est plongé lui-même ; les magistrats ne font point le procès à la faiblesse^ c'est ia numraise foi seule quon poursuit; tous ajoutez : Le steur Caron me tint à peu près les mêmes discours qu'il rûp" porte ici : ce qui me suffît pour renverser je ne sais quel échafaudage de subornation de le Jay, que lairaison Gof'zmnn a voulu élever contre moi, dans le mérooirede madame pour monsieur ; échafaudage qui prouve seulement que cette maxime est de leur conmdssance: Qu'en un cas embarrassant, il vaut mieux dire des riens que de ne rien dire.
Pardon, monsieur, si je n'ai ))as répondu dans un écrit. exprès pour vous seul, à toutes les injures de voire mémoire; pardon, si, voyant que vous m'y faites marcher à r éruption de ma mine: si, vous voyant mesurer dans mon cœur les sombres profondeurs de Fenfer, él vous écrier : Tu dors, Jupiter! A quoi te sert donc ta foudre? j'ai r^ pondu légèrement à tant de bouffissures. Pardon; vons fûtes écolier sans doute, et vous savez qu'au balkm \e mieux soufflé, il ne faut qu'un coup d'épingle.
Vient ensuite la dénonciation de M. Goézman, que j» analysée dans mon supplément.
Deux remarques à y faire. La première, c'est que M. Goêzman rejette sur la chambre des enquêtes la nécessité où il s'est trouvé de me dénoncer. Sophiste dangereux qui déguisez tout, la chambre des enquêtes exigeait-elle de vous la justification d'un magistrat soupçonné, ou la dénonciation d'un innocent opprimé ? La seconde, c'est que les ménagements que Tauteur garde envers le sieur le Jay, dont il parle en teiones si doux, si paleriiels : Cette personne interposée , pénétrée de dosleur d'avoir commis une faute dont elle ne sentait pas /« conséquence, moins année peut-être contre la séduciios, etc.. ces ménagements, dis-je, rentrent tout à faitdans les choses amicales que M. Goézman, allant au Palab, (lisait dans le mémo temps au sieur le Jay, et que ce dernier rapporte dans ses interrogatoires: Mon cher rstmsieur le Jay, soyez sans inquiétudes ; fai arrangé les chose* de façon que vous ne serez entendu que comme tétnoin o» procès, et non comme accusé. En rapprochant ain^i diver5e> actions d'un homme, on parvient à pénétrer danslesreplis de son conir; comme les géomètres, à l'aide de quelques points correspondants, mesurent des hauteurs ou sondent des profondeurs inaccessibles.
fne autre phrase assez curieuse à rapprocher de ces doux-ci est celle du mémoire de madame Goêzmao, page 50, où M. Goozman la fait parler ainsi : Le Jay fsl assigné lui-même pour déposer ; chose qui a paru étomisitt
h bien des personnes instruites.... Pouvait-il être autre vhofte qu*acntsé? etc Voyez la ruse! Monsieur et madame Goêzman, dans le cours de ce mémoire, parlent toujours comme s'ils n'avaient pas lu mon supplément (qui était dans leurs mains depuis dix jours quand ils ont imprimé) ; et de temps en temps ils glissent des phrases adroites, des demi-réponses à ce que j'y ai dit; comme si, de leur chef, ils avaient prévenu toutes mes objections avant de les connaître. Réellement il y a du plaisir à voir cela.
A regard du reproche que M. Goëzman fait à la cour, df^ la conduite qu'elle a tenue envers le Jay, et qui, dit-il, a paru étonnante à bien des personnes instruites ; la cour f>st bonne et sage pour juger quel cas elle doit faire de la mercuriale de M. Goëzman. Mais la vérité est que cette phrase n'est jetée en avant que pour éluder indirectement, par une réflexion sévère, le reproche d'avoir dit à le Jay : Mou cher ami, fai arrangé les choses de façon que vous ne serez entendu que comme témoin. Dans un :iiitre mémoire, il dira : Gomment aurais-je tenu de pareils propos à le Jay, moi qu'on a m blâmer publiquement la conduite moJérée de la cour à son égard? et les «lens inattentifs, qui ne se rappelleront pas que la réflexion n'est venue que depuis le reproche, diront : Voyez la méchanceté de ce Beaumarchais !
Je passe les neuf ou dix pages qui suivent, parce qiiVIlf's ne contiennent qu'un remplissage rebutant sur mi prétendue subornation de le Jay, que j'ai vu pour la première fois le 8 septembre, c'est^-dire près dequatn* mois après tous ces misérables détails de subornation. J'en saute encore deux ou trois autres, parce que le respect que tout Français a pour le grand Sully ferme la lK>uche, d'indignation de voir à quelle comparaison lui et madame de Rosny sont ravalés dans ce mémoire. Madame de Rosny rendit à Robin ses 8000 écus; et vous, madame, non-seulement vous gardez les quinze louis, mais vous avez l'intrépidité d'accuser le Jay de ne vous les avoir pas remis, quoique ce fait soit prouvé au procès jusqu'à l'évidence. Aussi, madame, on a beau vous comparer tantôt à la femme de César, tantôt à la femme de Sully, avec de pareils procédés vous ne serez jamais que la femme de M. Goëzman.
Page 41." Le sieur Caron se pJaint... que la première audience que le sieur le Jay lui avait promise lui a été arrordée à une heure qui la rendait inutile. Pas un mot (le cela. J'ai dit : « L'agent n'écrit qu'un mot; j'en suis - le porteur ; la dame le reçoit, et le juge parait. Celte m audience si longtemps courue, si vainement sollicitée, « on la donne à neuf heures, à Vinstani incommode où • l'on vn «e mettre à talle. •
l'^commode pour vous ne veut pas dire inutile pour moi : l'incommodité de l'heure n'est citée là que pour prouver qu'il avait fallu des motifs d^un grand poids pour vous faire ouvrir cette porte à l'heure incommode du souper.
Mais, dites- vous, puisque la table était servie. Von n'attendait donc pas à cette heure^là le sieur Caron. El la lettre, madame ! la lettre remise au châtain clair 1
Vous oubliez cette lettre magique, à laquelle la meilleure serrure ne résiste point. Les plus grands efforts n'avaient pu jusqu'alors en ébranler le pêne ; la plus simple cédule, au nom de le Jay, fait rouler la porte à l'instant sur ses gonds : cela n'est-il pas admirable !
Vous faites ensuite un mortel calcul des messages des sieurs Bertrand et le Jay chez vous, samedi et dimanche. Voici ma réponse ; je la crois péremptoire : C'est qu'il m'a été compté en ces deux jours pour douze francs de fiacres par le sieur Bertrand, et que le sieur le Jay en réclame encore autant aujourd'hui pour les mêmes . courses.
Passons à des objets plus sérieux.
A vous, monsieur Marin.
Ce n'était donc pas assez pour vous, monsieur, de vouloir accommoder l'affaire de M. Goëzman; il vous manquait encore de la plaider. A quoi se réduit votre mémoire? A dire que vous n'étiez pas l'ami de M. Goëzman, et que vous étiez le mien : voilà bien les assertions; reste à débattre les pri'uves.
Vous n'étiez pas son ami ! Si vous ne l'étiez pas, pourquoi donc, lorsque je vous visitai, le 2 avril, avec mon gardien le sieur Santerre, me dites-vous que M. Goëzman vous devait sa fortune (car vous êtes un grand bienfaiteur) ; que c'était vous seul qui l'aviez fait connaître à M. le chevalier d'A..., lequel l'avait présenté à M. le duc d'A..., ce qui l'avait mené à s'asseoir enfin au grand banc du Palais? Pourquoi donc me dites-vous que sa femme venait vous voir assez souvent le matin ; que vous lui aviez donné un libraire et des débouchés pour la vente de je ne sais quelles brochures de son mari ?
Si vous n'étiez pas son ami, pourquoi donc, quand je vous appris qu'il était mon rapporteur, et que j'avais été en vain trois fois chez lui la veille, me réponditesvous : Oui, il est comme cela ? Quand je vous dis qu on en parlait très-diversement, et que je vous demandai quel homme c'était, pourquoi me prites-vous par la main en faisant des excuses à mon gardien, et m'emmenàtes-vous dans un cabinet intérieur, où vous m'apprîtes tout ce qu'il y avait à m'apprendre sur l'objet de ma consulte ?
Si vous n'étiez pas son ami, pourquoi, lorsque je vous fis sentir combien il était important pour moi d'obtenir une ou deux audiences de lui, me dites-vous : /'orrangerai ça, je verrai ça : laissez-moi faire, je vous ouvrirai toutes ces portes-là ? etc, etc., etc.
Dans la même journée, lorsqu'on m'eut procuré l'intervention de le Jay, et qu'un homme de bon .sens m'eut dit : je vous conseille de vous en tenir au libraire, qui sera sûrement moins cher que Marin, car on dit que ce le Jay est un bon homme qui ne prend rien ; je vous écrivis pour vous prier de suspendre vos bons offices : un ami se chargea de vous porter la lettre, et s'y prêta d'autant plus volontiers qu'il n'en ignorait pas le cou* tenu. Il ne vous trouva pas; il la remit à votre valet de chambre portier : on peut assigner mon ami sur ce fait indépendamment des gens qui me virent écrire la letl r^ ,
MÉMOIRES
Or, si vous n'étiez pas l*aml de M. Goêzman, pourquoi donc files-vous une seconde démarche auprès de lui, postérieure à la réception de ma lettre, à moins que, voulant absolument faire une affaire de mon procès, vous ne vous soyez retourné, je ne sais comment, dans cette seconde visite ? car toutes les affaires ont deux faces, comme tous les agioteurs ont deux mains.
Si vous n'étiez pas Tami de M. Goêzman, pourquoi, suivant votre propre mémoire, voire entrevue des Tuileries commença-t-elle ai*ec une espèce iVaigreur de sa paît, et fmit-elle par le conseil que vous lui donnâtes de faire faire une déclaration par le Jay? Pourquoi vintil vous remercier le surlendemain chez vous, de ce que vous appelez vous-même le succèx de votre comeil, et vous montra-l-il la déclarniion de le Jaij ?
Si vous n'étiez pas son ami, pourquoi me files-vous sur-le-champ l'invitation la pUis pressante de me rendre chez vous, par une lettre datée du 2 juin, que je déposerai au greffe ? tt pourquoi, lorsque je vous vis sur celte invitation, roulûles-rom m' engager à lui écrire? (p9ge 3 de votre mémoire), ce que je refusni avec dédain.
S'il n'était pas votre ami, pourquoi, vous rencontrant au Palais-Royal (car il vous rencontrait partout), après avoir dit (page 3) : // évitait de me voir ; je V abordai, il me fit un accueil très- froid, la séance finit-elle par mettre les deux indifférents dans le même carrosse, où le glacé M. Goézman vous lut sa dénonciation au parlement, en vous ariM)mpagnant jusqu'à la porte de ma sœur?
S'il n'était pas votre ami, pourquoi voulùles-vous me tromper, chez ma sœur, devant six personnes, à l'instant où vous veniez de lire l'outrageusc dénonciation? Pourquoi voulûtes-vous me faire croire qu'elle était en ma faveur, et non dirigée contre moi, pour nous tendre à tous un piège affreux, et nous empocher de parler de ces misérables quinze louis, sans lesquels pourtant tout le poids de votre iniquité retombait sur ma léteT
Si vous n'étiez pas son ami, pourquoi ciierchà tes- vous avec lui le sieur Bertrand pour l'engager à faire une déposition courte et qui ne compromit personne, espérant user en cela de l'influence naturelle de MM. Turcarets sur leurs BIM. Ràlfles ? Pourquoi le lendemain, outré de n'avoir pu le trouver et Tempécher de faire une déposition étendue, voulùtes-vous lui en faire faire une autre (car il n'y a rien de difficile pour vous). Pourquoi allàtes-vous dîner ce jour-là chez M. le premier président avec M. et madame Goëzman, et atrangeâtes-vous avec ce dernier, qui n'était pas votre ami, que Bertrand irait chez lui le soir même ? Pourquoi rinstant d'après ne quittâtes-vous pas ce Bertrand sans en avoir obtenu sa parole expresse de la visite que vous veniez d'arranger? Pourquoi m'arrêtâtes-vous le jour même sur le pont Neuf, et me pressàles-vous de nous réunir, pour envoyer Bertrand chez M. Goëzman? Et vous ne pouvez plus contester tous ces faits qui sont avoués dans vos mémoires, ou prouvés au procès par des témoins que vous essayez en vain de rendre sus-
pects. Et comme il n'y a qu'un pas de la série des intrigues à celle des noirceurs ; si vous n*étiei pas l'uiii de ce magistrat, pourquoi donc avei-yous coDstamimit échauffé la tète de ce pauvre Bertrand, et n'avet-voDs pas eu de repos que vous ne l'ayez amené, par une dégradation d'honnêteté sensible à tout le monde, et dont vos entrevues étaient le thermomètre, à nier enfin que vous lui eussiez conseillé de changer sa déposition ?
Si vous n'étiez pas l'ami de M. Goêrman, pourquoi, sentant que les dépositions de deux étrangers étaient de la plus grande force con:re tous, avez-TOos dénigré bassement l'un des deux, 'e docteur Gardane, et voulu jeter du louche sur rhonnètelé de l'autre, te sieur Descliamps de Toulouse ? Comme si les faits dont ils ont déposé n'étaient pas connus d'autres personnes, et cornme si ce Bertrand, dans un temps où il n^avait pas encore reçu l'ordre exprés de mentir, sous peine de ne plus tripoter vos fonds, n'avait pas été le lenderoaio dire à trois ou quatre personnes : //< veulent me fain changer ma déposition, ils me tourmentent à ce stgH: mais j ai été ce matin au greffe protester que, loin de changer ou diminuer, je suis prêt à y ajouter de mmveau, si F on veut m" entendre? Comme si ces gensélaiedl muets ou morts, et comme si le ministère public n'avait pas des moyens sûrs de les forcer de parler!
Si vous n'étiez pas Tami de ce magistrat, pourquoi toutes ces assemblées secrètes, toutes ces entrevues dia des commissaires ? Pourquoi M. Gciézman di^tribue-t-il les mémoires de Marin, Bertrand, Baculard, pendant que Bertrand , Baculard et Marin colportent les siens? PDa^ quoi ces lettres pitoyables de vous et de vos commis» sieur Bertrand ? Pourquoi des Juifs qui vont et viennent de chez vous chez lui, de chez lui chez vous ? Pourquoi la réponse que vous avez exigée du sieur Bertrand, qui, toujours contraire à lui-même, ne l'a pas eu plutôt envoyée, et su que vous entendiez vous en servir, qull a été conter partout qu'il sortait de chez vous, ttvoos avait dit : Si vous êtes assez osé pour imprimer la lettre (pie j'ai eu la complaisance de vous donner, je vous bri' 1er ai la cervelle, et a moi ensuite ; ce qui sera constaté au procès par raddilion d'information?
Si vons n'étiez pas l'ami de M. Goézman, pourquoi l'excellente plaisanterie du nom de Beaumarchais qne j'ai pris, dites-vous, d'une de mes femmes, et rendus une de mes sœurs, se trouve-t-elle dans le mémoire de madame Goézman, lorsqu'elle était d'abord en tète du votre ? Vous voyez que je dis tout, monsieur Maria, et qu'il n'y a ni réticences, ni points, ni phrases en l'air, ni ridicules ménagements, ni plate économie, dans mon style; je suis comme Boileau,
J(* ne puJA rien nonimei*, si ce n'est par son nom; J'appelle un eliat un cliat....
et Marin un fripier de mémoires, de littérature, dccosure, de nouvelles, d'aflaires, de colportage, d^espiounage, d'usure, d'intrigue, etc., etc., etc., etc. Quatre pages d>/ cœtera, A vous à parler, mon bienfaiteur, le bienfaiteur delooi
MÉMOIRES
le monde, et que tout le monde accuse de n'avoir jamais bien fait sur rien. Je viens de montrer comment vous m'avez servi, comment je Tai reconnu, comment vous Tavez prouvé, comment je vous ai répondu : amenez vos témoins, fournissez vos preuves, creusez votre mine, arrangez votre artillerie. Je dis tout haut que je ne suis ni nssez riche ni assez pauvre pour vous avoir jamais emprunté de Tardent. Cela est-il clair? m'entendezvous ? répondez à cela.
Je vous félicite d'être honoré de votre propre eslhne, c'est une jouissance qui ne sera troublée par aucune rivalité. Mais vous allez trop loin en invoquant le suffrage des honnêtes gens, et même ceux de la police.
Oseriez-vous compter sur le témoignage des inspecteurs ou ofliciers de police qui vous ont éclairé dans vos voies ténébreuses ?
Osei*iez*vous compter sur celui des cliefs qui ont été chargés de vérifier les informations faites contre vous?
Oseriez-vous compter sur celui de M* C .... de C...., à qui ont été renvoyés les examens de diverses plaintes sur des capitaux renforcés par les intérêts ?
Oseriez-vous compter sur celui de M. St.-P., qui depuis cinq ans gémit du malheur de vous avoir contié ses pouvoirs pour un arbitrage, et qui ne cesse de demander vengeance au ministère contre vous? Et raffaire Roussel ? cl l'affaire Paco? et l'aflaire, etc., etc., etc., etc. Encore quatre pages d*et cœtera.
Et vous mettez des points dans votre style, pour vous donner Tair de me ménager ! Allons, mon bienfaiteur, que ma franchise vous encourage ; dites, dites : Voilà de beaux mystères ! A présent on dit tout. Encore un ennemi, encore quelques mémoires, et je suis blanc comme la neige. Je vous invite à ne me ménager sur rien. A Totre tour, osez me porter le même défi.
Maintenant que nous sommes entre quatre yeux, eh bien ! vous avez donc vos petits témoins tout prêts, pour m'accuser d'avoir dit que le comte de la Blache avait douné cinq cents louis à M. Goezman? eh mais, vos pieuses intentions à ce sujet sont déjà consi;;nées au grefle par mon récolement. Je savais votre dessein ; ce pauvre Bertrand m'en avait menacé un jour devant dix personnes, qui certifieront le fait. Un abbé, des amis de )brin, l'avait, disait-il, chargé de m'avcrtir, que si je prononçais un seul mot contre lui, son projet était de
me mettre à dos le comte de la Blache, etc Je vous
attends, mon bienfaiteur. Vos bontés ne m'ont pas empêché de parler : vos menaces ne me réduiront pas nu silence.
Ce n'est pas que l'on ne me dise et ne m'écrive tous le> j<iurs, que vous êtes l'ennemi le plus dangereux, que vous avez un crédit étonnant pour faire du mal, un xrand pouvoir pour nuire. Je cherche en vain comment ia Gazette peut mener à tant de belles choses, car toutes ces belles choses ne vous ont sûrement pas mené h la Gazette.
On dit aussi que vous avez juré ma perte. Si c*est (aire du mal à un homme que d'en dire beaucoup de
lui, personne à la vérité n'est plus en état de faire ce mal-là que vous.
Mais lorsqu'on vous confia la trompette de la Renommée, était-ce pour corner qu'on vous la mit à la bouche? était-ce pour ramper dans le plus aisé de tous les genres d'écrire qu'on vous en attacha les ailes ? Encore, ne pouvant vous livrer à toute Tàpretë de vos petites vengeances sous les yeux d'un ministre éclairé qui vous veille de prés, vous briguez sourdement un paragraphe dans chaque gazette étrangère, oiî je suis déchiré à dire d'experts. Ainsi de brigue en brigue,, et briguant par> tout assidûment contre moi, vous trouvez le secret de me dénigrer toutes les semaines, et d'ennuyer l'Europe entière de ma personne et de mon procès.
Pour finir, mon bienfaiteur, nommez-nous donc les |)ersonnnges à qui j'ai dit : Je doiê trop à Marin pour abuser encore de ses bontés? C'est, dites-vous, chez un grand seigneur qui m'admettait alors à sa table. A cet alors insultant, voici ma réponse.
Le grand seigneur chez lequel je vous ai rencontré est M. le duc de la Valliêre, auquel depuis douze ans je suis attaché par devoir, comme lieutenant général de sa capitainerie ; par respect, c'est un homme de qualité qui a l'esprit solide et le cœur généreux; par reconnaissance, il m'a toujours comblé d'une bonté qu'i' pouvait me refuser ; par justice, il m'a honoré d'une estime que j'ai méritée ; car si l'amitié s'accorde, l'estime s'exige, et si l'une est un don, l'autre est une dette ; il n'y a point d'alors sur ces choses-là : et si, pour repousser une injure aussi misérable, j'avais besoin d'un témoignage de probité, d'honneur, de désintéressement, d'exactitude et de loyauté, c'est à ce grand seigneur surtout que je m'adresser.ûs, et dont je l'obtiendrais à l'instant. O^ez-vous en dire autant d'un seul des gens en place qui se sont servis de vous comme on se sert à l'armée,^ en certains cas, de certaines gens... très-bien payés? Mais il est une délicatesse, ur.e pudeur qu'un homme d'honneur sent mieux qu'il ne l'expnme, et qui, depuis que je suis attaqué par des méchants, m'a fait me renfermer dans le cercle étroit de mes plus chers amis. C'est moi qui, refusant toute espèce d'avances ou d'invitations, ai dit à tout le monde : Je suis accusé, je ne recevrai point à litre de grâce les témoignages publics d'une estime qui m'est due à titre de justice ; et tel, qu'un noble Breton dépose son épée, jusqu'à ce qu'un commerce utile l'ail remis en état de s'en parer de nouveau, je ne prétends à l'estime de iMîrsonne, jusqu'à ce que j'aie prouvé à tout le monde que personne ne doit rougir de m'avoir
estimé.
C'est par une suite de cette délicatesse (|ue, dès que j'ai été attaqué, je n'ai pas cru devoir remplir aucune fonction de judicature ou d'autres charges. In homme attaqué, quand il a l'honneur d'appartenir à un corps, doit se justifier ou se retirer. Quel magistrat oserait monter au tribunal pendant qu'on est en suspens s'il est digne d'y siéger ? de quel Iront irait-il prononcer sur la fortune, Thonneur ou la vie des autres, quand il
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est lui-même courltê sous le glaive de la justice ; et s*asseoir au rang des juges, quand Tattenlc d'un arrêt la presque jeté panni les coupables ? Il faut être n»connu intact et pur, avant d*oser paraîh-e sous la robe ou le mortier ; et Taudace de revêtir ces marques de dignité, si révérées dans Thomme honorable, ne sert qu*à mieux faire éclater l'avilissement d'un sujet dégradé dans Topinion publique. Le premier malheur sans doute est de rougir de soi ; mais le second est d'en voir rougir les autres. Je ne sais pourquoi je vous dis toutes ces choses, que vous n'enlendcz seulement pas. Je me retire, moi, parce que j'ai quelque chose à perdre... Vous... vous pouvez aller partout.
A voos, monsieur Bertrand.
Avez-vous lu, monsieur, le long mémoire tout saupoudré û*opium et (ïassa fœlidaf qui court sous votre nom T Je ne vous parle point de la diction, parce (]ue c'est ce qui doit nous importer le moins, à vous et à moi qui ne l'avons pas écrit : je n'ai fait que l'entrelire, parce qu'on y sent je ne sais quoi de fade, de saumàtre et de mariné, qui le rend tout à fait désagréable au goût : mais comme il a paru sous votre nom, je vais y répondre comme s'il était de vous. Il n*est pas toujours facile, messieurs, dans vos fournitures provençales, de distinguer la facture du vendeur de celle qu'on présente à Tacheteur : allons au fait, je suis pressé, car dans ce moment-ci la foule est aux mémoires. Que dit le vôtre?
Madame Goëzman a donc toujours juré ses grands dieux qu'elle ne rendrait pas les quinze louis ? En vérité, vous le dites tant de fois, (ju'on serait tenté de croire que c'est pour moi contre elle que vous écrivez ; du moins jusqu'à la vingt-sixième page y a-t-il peu de chose qui contrarie celte idée -, et sans la (in du mémoire, sans le fond du sac, où, la marchandise étant plus avariée, le goût marin se sent davantage, en vérité je n\iurais (jue des grâces à vous rendre.
Au rcbte, si madame Go«7znian a tant dit qu'elli; ne rendrait jamais ces misérables quinze louiez elle les a donc reçus, car, en termes de commerce, la bancjueroutc suppose toujours la recette, comme vous savez : je tâche de parler à chacun sa langue familière, pour être entendu de tout le monde. Le fait des quinze louis une fois bien avéré, et la certitude renouvelée par vous que jamais on n'a sollicité pour moi que des audiences auprès de madame Goèzman, le reste va loul seul.
En vingt six mots j'ai déjà répondu aux vingt-six premières pages du mémoire du sieur Dairolles Bertrand ou Bertrand D.iirolles ; car il n'importe guère comment les noms s'arrangent sous ma plume, pourvu qu*on sache de qui je veux parler.
Mais qu'ils ont donc 1 épidémie chatouilleux, ces messieurs I En voici un à qui je n'ai donné qu'un petit singlon dans une note de mon supplément, et à qui ce petit singlon fait verser des flots de bile, et répondre par quarante-quatre pages d'injures.
Le biour Marin, connue je l'ai établi dans son article, connaissant assez son Bertrand pour savoir (pie c'est un honnne sans caractère, qui a peu de suite dans les idées, I
toujours aux extrêmes, eiithoustiasCe, exalté comme un grenadier à l'assaut, ou Caible comme un pleurard milicien qui voit le premier feu ; le sieur Marin, dis^ s'était flatté qu'cjn l'effrayant d^un décret oertaio, d'one condamnation |K)ssible, il l 'empêcherait de dire la vérité avec une extension (|ui pût compromettre M. et madame Goëzman ; et c'est ce que le sieur Marin avoiu devant six témoins, chez ma sœur, le jour que M. Goêtman l'accompagna jusqu'à la porte, et qu'il loi lot sa dénonciation, à peu près comme on donne une ample instniclion à son plénipotentiaire.
Il faut (fue Bertrand et vous ne fassiez tous, bms disait-il, que des dépositions courtes, sans parler de on misérables quinze louiê; et avant peu j'arrangns l'affaire.
Mais comment l'arrangera- t-il, M. Marin? FersoD» n'ayant parlé des quinze louis, la fausse déclaration de le Jay, qui n'en parle pas non plus, restera dans toute sa force ; et les faits y contenus n'étant contrariés joridi- <]uement par personne, la dénonciation faite au parlement en acquerra un nouveau prix ; et cette manœam était (comme dit Panurge, on plutôt frère Jean) le jili petit coutelei avec lequel Tami Marin entendait M doucettement m^égorgiller. Mais le soin qu'il prit pour me décevoir sur la dénonciation qu'il prétendait élreeo ma faveur, pendant que j'étais sûr du contraire, m'inspira de la détlance ; et l'horreur de lui voir conseiller de sacrifier le Jay m'ouvrit les yeux sur le secret de sa mission.
11 n'y a rien de sacré pour ces geus-ci, me dis-je; il faut redoubler d'attention sur leur conduite, et lur trouver demain à Icntrevue des deux compatrioltf^ Marin et B^^rlrand.
Entin, pour ne pas rebattre ennuyeusemeut tout er qu'on a lu dans l'article Marin (car ces messieurs soûl tellement identiiiés, que parler à l'un c'est répondre à l'autre), tout le fond de la conduite du sieur Dairolb est appuyé sur deux points capitaux, la mémoire pa^ faite et l'oubli total.
Par exemple, il se souvient bien qu'il lui est écliapt« de dire beaucoup de choses dont il ne se souvient pas le jour de sa dt''po>ilion.
Mais il se souvient bien que le sieur Marin ne lui a fwb conseillé ce jour-là de changer sa déposition.
Il ne se souvi(>nt pas des choses que le sieur Nariu m'a dites, ni de celles que je lui ai répondues danssoo cabinet ce mémo jour.
Mais il se souvient bien qu'il y a raconté, lui, dans le plus grand détail, ce ((u'il avait dit et fait au Palais.
Il ne se souvient pas si les commis de Marin étaient, ou non, dans son cabinet, quand nous y dissertions.
Mais il se souvient bien que nous y restâmes seuls quand le sieur Marin nous quitta pour se raser.
Il ne se souvient pas des choses qu'il «n pu dire en quittant le sieur Marin l'après-midi, à la dame Lépioe. à sa sa'ur, au dinteur Gardane.
Mais il se souvient bien que Marin lui dit , en propres termes, qu'il fallait qu'il allât chez M. Goëzman ; quece
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dernier, sachant la vérité de sa bouche, ferait enfermer sa femme, et dirait ensuite au parlement : Je me suis fait justice; car il ne faut pas que la femme de César, etc., etc.
11 ne se souvient pas qu'il ait dit à quatre personnes, cliez le Jay, le lendemain : Ils veulent me faire changer ma- déposition, ils me vexent à ce sujet; pour qui me prend-on ? Je suis vrai dans tout ce que je dis et fais, je persisterai; j'en ai porté ce matin Tassurauce au greffe.
Mais il se souvient bien qu'il a été au Palais ce jourlà, dire quelque chose dont il ne se souvient plus.
Voilà certes un beau sujet pour le prix de TAcadémie de chirurgie en 1774! Gagner la médaille en expliquant comment la cervelle du pauvre Bertrand a pu tout à coup se fendre en deux, juste par la moitié, et produire dans sa tête une mémoire si heureuse sur certains faits, si malheureuse sur certains autres ; comment le grand cousin Bertrand a pu devenir tout à coup paralytique d'un côté de Tesprit, et d'une façon si curieuse pour les amateurs, que la partie de sa mémoire qui charge Marin est paralysée sans ressource, pendant que toute la partie qui le décharge est saine, entière, et (fun brillant si cristallin, que les plus petits détails s'y peignent comme dans un tidéle miroir.
Ce sont là, mon cher Bertrand, les petites remarques qui m'ont fait dire dans mon supplément : N'eêt-ce pas par faibletse que ce pauvre DairoUes, qui ne veul pa$ être nommé Bertrand, etc. Vous avez donné une assez bonne explication du motif qui vous avait fait désirer de n'être appelé que Dairolles, et non Bertrand, dans mon mémoire. C'était, dites- vous, pour que nos deux noms ne fussent accolés nulle part ; car, dU-moi qui lu hiinteSf etc. Tout cela est joli, mais pas assez simple.
J'avais pensé, moi, que jouer un rôle à deux visages dans cette affaire, sous le nom de Dairolles seulement, cela ne ferait pas de tort au Bertrand qui signe les lettres de change, et qui doit être connu sous ce nom dans le commerce pour un homme vrai, s'il veut conserver quelque crédit.
Mais comment vous et Marin, qui avez de l'esprit comme quatre et du sens commun, avez-vous pu vous tromper à cette expression de pauvre un tel, qui ne se dit jamais sans qu'un geste d'épaule en fixe le vrai sens? Quoi ! vous avez cru que je parlais de vos facultés numéraires? Lorsqu*on dit d'un homme : Ce pauvre un tel, ce n'est jamais dans le sens d^Esurientes implevit bonis, etc. ; mais toujours dans celui de Beaii paupereê spiritu. Voilà, mon cher psalraiste, ce que vous ne pouvez pas honnêtement ignorer, vous qui parlez latin comme rnndame Goezman. Mais vous croyez peut-être que je vous trompe sur la pitié que votre mémoire inspire; tenez, lisez avec moi.
(Page 15) En effet Je ne parle pa» au sieur Gardane, mais à des juge* respectables, qui n'ont pas de peine à supposer des sentiments honnêtes à d'honnêtes citoyens. Ainsi vous apportez en preuve de votre probité la supposition que les juges doivent faire que vous êtes hon-
nête parce qu'ils sont respectables. Est-ce là raisonner? Je m'en rapporte. Et ils avoueront (les juges) de bonne foi, que si le sieur Marin viavait tenu ce discours (de changer la déposition), fen aurais été indigné; toute considération aurait cessé ; f aurais consigné dans mes interrogatoires cette proposition; et, dans ma confronta-tion avec lui, je Saurais certainement interpellé sur le fait en question : or, cela n'est pas arrivé, ce fait est donc un mensonge avéré de la part du sieur Gardane. Qu'est-ce que tout cela veut dire ? Mettons-le en français. Les juges (qui ont décrété Bertrand) avoueront de bonne foi que, si Marin avait tenu ce propos (à Bertrand son agioteur). Bertrand, indigné, l'aurait consigné au procès (ce qui aurait nui à Marin) ; or Bertraïul na pas consi^ gné ce fait contre Marin (qui tient la bourse de tous deux) ; donc Gardane est un imposteur de l'avoir dit. Et l'on appelle cela des défenses ? C'est du bel et bon gali* malias double, où l'auteur ne s'entend pas plus qu'il ne se fait entendre aux autres. Réellement je vous croyais plus avancé dans la composition. Mais ceci me parait être du Marin tout pur.
C'est encore une chose assez curieuse que de voir comment ces messieurs s'accordent sur les faits. Je prends au hasard le premier trait qui me tombe sous la main : et il est d'autant plus grave, qu'il s'agit ici de la première impression que firent surtout le monde la colère et les menaces de M. Goêzman ; et que cette impression, ({ui a dirigé les premières démarches de chacun, a dû au moins laisser d'elle un souvenir très-net. Écoutons raconter ces messieurs. « Sitôt que je l'appris,
< dit Bertrand (page 8 de ce mémoire), j^allai chez le « sieur Marin, et je le priai instamment de voir M. Goci- « man, et d'engager ce magistrat à se trouver chez lui,
< oii je me rendrais, et tâcherais de l'engager à ne faire « aucun éclat. Sitôt que je l'appris, dit Marin (page 3
• de son mémoire), je nC efforçai de persuader au sieur fl Bertrand de voir M, Goëzman, et de Itii dire tout ce
• qu'il savait. »
Je ne vous le fais pas dire, messieurs, je vous copie fidèlement : mais quelle volupté pour moi de montrer à la cour le doux ami Marin et le grand cousin Bertrand à genoux l'un devant l'autre, sur le fait le plus important du procès ! Marin, les bras étendus, s efforçant de persuader à Bertrand (qui résistait apparemment) de voir M. Goëzman pour l'apaiser ; et Bertrand, les mains jointes, suppliant instamment Marin (qui sans doute n'en voulait rien faire) de lui procurer Voccdsion de voir ce magistrat pour l'apaiser !
Et pourquoi tant de maladresse, je vous prie? Pour tàclier de persuader au public que j'avais grand'peur, et que Marin et Bertrand me rendaient à l'envi le signalé service d'intercéder pour moi auprès de M. Goëzman.
Mais cette contradiction entre les deux compatriotes jette un grand jour sur ce qu'ils ont tant intérêt de cacher à la cour, le conseil donné par Marin de changer la déposition. On a vu Bertrand (page 8 de son mémoire), prier le sieur Marin de ^aboucher avec M, Goëzman,
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jwur l'apaiser. Mais voici bien autre chose (page iO). Le sieur Marin me conseilla iF aller voir M. Goennan, qui me recevrait bien; il ajouta que ce magistrat, instruit par moi-même de tous les faits, prendrait sans doute des moyens pour arrêter les suites de cette affaire ; qu'il ne fallait pas que ramitié que je portais à la maison du sieur de Beaumarchais me fit manquer aux èijards qu'on devait à un magistrat honnête, intègre et vertueux. Je rentrai chez moi ; j'ktais troublé ubtout ce qui se passait, absorbé dans mes idées; on s'aperçut de cette altération. On me questionna beaucoup : je rendis compte de la situation de mon Ame ; je dis que j'étais Occupé du conseil
QUE LE SIKUR MARIN m'aVAIT DOX.NK, D*ALLER VOIR CE SOIK
M. GoEZJiA!!. Que mrame? comment me recevra-t-il? Ma