‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 453 sur 607 · ÉH0IRES · texte numérisé non relu

ÉH0IRES

patienter; mais dussiez-vous entrer en fureur, et dût le lecteur en périr d'ennui, prouvons, monsieur le comte, encore une fois, pour n'y jamais revenir, que cet acte, cet arrêté, cette transaction n'est point un chiffon, et sortons enfm de ce cercle vicieux, de ce toumoiment étourdissant où vous ne m'attirez que pour essayer de me submerger avec vous < .

SEX)NDE PARTIE.

Lorsque je réfléchis sur le résumé si énergique et si court par où j'ai commencé ma première partie, je trouve qu'on aurait pu lui donner un peu plus d'extension. Il est certain qu'il n'y a sérieusement à dire sur le fond de mes demandes que ces quatre mots : Beaumarchais payé ou pendu. Car ce n'est pas le chef-d'œuvre de l'absurdité que de se porter habile à débaltre un arrêté dont on avoue qu'on ne connaît aucun antécédent? Celte ignorance bien reconnue, que resle-t-il à faire î Contester ou nier la signature, ou bien prouver le faux de l'acte, et voilà Beaumarchais pendu; cela va bien. Cependant s'il arrivait qu'on ne pût prouver le faux, ni entamer cette signature, et que la calomnie fût bien avérée, vous ajoutez seulement : Voilà Beaumarchais payé. Oh ! cela ne va pas si bien ; car dans la balance de la justice il n'y a point d'équilibre entre être pendu pour avoir fait un faux, et se voir seulement payé pour en avoir été faussement accusé. Ne semble-l-il pas que le calomniateur, en ce cas, devrait aussi cordialement payer un peu de sa personne?

Si l'on est surpris de me voir traiter froidement des idées aussi repoussantes, j'avoue que je ne le suis pas moins que le lecteur. J'admire, en écrivant, avec quelle facilité l'esprit humain se donne le change à lui-même, et parvient en s'oublianl, à calculer, à combiner paisiblement les divers rapports d'un objet, dont le seul aspect, dépouillé de ce presti^^e, est capable de l'indigner et de le mettre en fureur.

En travaillant à ce mémoire, il m'arrive en effet souvent d'oublier que c'est moi que je défends. Celte abstraction une fois obtenue, supérieur à rhunîilialion de mon étal, je ne vois plus en moi que le défenseur d'un homme outragé; toute mon existence alors esi dans ma pensée; et la plus noble faculté de l'homnie se déploie et s'exerce librement. Alors ce travail cpii tue le corps est un grand bien pour l'âme ; il va jusqu à servir de dédommagement au malheur qui l'enfanta. Croyez-moi, lecteur! il y a mille lieues de cet élat à l'infortune. Oui, jusque dans l'excès du mal, il y a encore du bien pour l'homme né sensible, et qui pense avec liberté. L'avantage de penser l'élôve, et le bonheur de sentir le console.

Eh! quel, entre nous, n'a pas été mille fois consolé des chagrains les plus cuisants par l'exercice, même

* Le comte de la Blaclie, affamé de ma ruine, a juré qu'il y mangerait cent mille écus; puisque l'appélit lui vient en mangejint, cette faim pourra bien lui faire faire un repas plus somptueux encore.

instantané, de cette autre inconcevable faculté quM nomme sentiment?

Qui de vous n'a pas éprouvé qu'une heure de fnocfce el vraie sensibihté, librement exercée, répare et pife au centuple des années de souffrances? Qui de fous, dans ces moments suprêmes où l'âme, étonnée de soi activité, se fond, s'abîme et se perd dans une màn âme, n'a pas été tenté'de s'écrier avec enthousiasme : 0 mon père! ô mon Dieu! avec qudle profnsioo ta main bienfaisante b versé le bonheur sur tes enfanbl

Me voilà loin de mon sujet sans doute; et c'est dub sujet lui-même qui m'a jeté dans cet écart.

En parlant un jour au comte de... sur ce procès, je lui disais : Soyez certain, monsieur, que depuis longtemps la haine avait enfanté l'injure que Tavidité consomme aujourd'hui. Il me répondit qu'en efîet le comte de la Blache lui avait dit ingénunaient : Depuis dix au, je hais ce Beaumarchais comme un amant aime sa malh tresse.

Quel horrible usage de la faculté de sentir ! Et qneHe âme ce doit être que celle qui peut haïr avec passien pendant dix ans! Moi qui ne saurais haïr dix heum sans être oppressé, je dis souvent : Âh ! qu'il est malheireux, ce comte Falcoz! ou bien il faut qu'il aituneime étrangement robuste.

Ce{>endant passe encore pour haïr. Mais troubler a vie pour empoisonner la mienne! toujours déraisooner, et mettre un avocat à la torture pour l'obliger dTei faire autant ; et tout cela seulement pour le bonhev de me nuire ! voilà ce que je n'entends point, et voilioe que le comte légataire a fait depuis quatre ans.

Prouvons :

De puissantes recommandations avaient allumé pour moi le zèle de M. Duverney.

De grands motifs y avaient fait succéder la tendresse et la conliance.

De pressants intérêts avaient remué plus d'un millioi enlre nous deux.

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