‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 456 sur 607 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

« Je reconnais qu'il (M. de Beaumarchais) m'a re- « mis aujourd'hui tous mes billets au porteur, mon- « tant ensemble à la somme de cent soixante mille M livres, dont il n'a fait qu'un usage discret, duquel jo « suis content. »

Si j'eusse formé le dessein d'abuser de l'amitié, de la confiance de M. Duverney, qui m'empêchait de rester comme j'étais? Je n'avais qu'à ne point compter, et garder ces cent soixante mille livres de billets au porteur, que j'avais depuis six ans dans mon portefeuille : il faudrait me les payer aujourd'hui. La seule action d'avoir sollicité l'occasion de les remettre, et celle de les avoir remis purement et simplement, sans les faire entrer dans notre compte, ne met-elle pas en évidence que l'esprit d'ordre et de justice en a balancé tous les articles?

Si vous m'opposez que je cherche à me donner un mérite que je n'ai point, parce que M. Duverney n'eùl pas souffert, en arrêtant nos comptes, que ces billets restassent en mon pou>oir, ou que je les fisse entrer dans mon actif, auquel ils n'appartenaient pas ; entendez-vous donc, monsieur : car, ou j'ai pu les faire entrer dans mon actif, et je ne Tai pas fait, et alors je ne suis pas l'homme injuste que vous inculpez; ou bien je ne les ai pas fait entrer dans mon actif, parce que M. Duverney, en comptant avec moi, ne Ta pas souffert; alors ne rejetez donc pas, co:iime illusoire, un arrêté de compte où chacun a si bien débattu ses intérêts.

Et vous prétendez qifil y a oontradiction < écrits, parce que, dans la narration d*iin i en 1 764, j^expose que M. Duverney m'a confié ] cent mille francs de ses billets au porteur, { menter ma consistance personnelle en Espagn crédit de cette étendue sur lui, et que, dans de compte fait en i770, je ne lui remets soixante mille francs de billets au porteur qu talent à lui.

Pour vous tranquilliser sur le trouble d*e selon vous, m'a fait faire cette contradictic veux que vous rappeler deux phrases d*un dél rique et succinct de toute rafTaire, qui fut li conseil assemblé le... novembre 1770, par M* mon notaire, détail qui, pendant le tra?ail di leur Goezman, lui a été présenté par un hom de foi, en 1773, dans lequel il est dit, page 2

« En 1764 je fus en Espagne... M. Duverne « mit en partant pour deux cent mille livre « billets au porteur, avec offre de tout son ci « que je me présentasse armé de moyens conm « crédit fondé.

tf De deux cent mille francs de billets au p « M. Duverney, il m'en restait pour cent soix: a livres entre mes mains, lors de notice arr^ d a ci... cent soixante mille livres. »

Ce n'est donc ni par contradiction ni pa d'esprit que j'ai imprimé, en 1774, que M. m'avait prêté pour deux cent mille francs en 1704, quoique l'acte de 1770 ne porte qu« (lition de cent soixante mille fraïu^s; mais un parce que les quarante mille francs avaient été pour les affaires de M. Duveniey; mais uniquem que ces deux faits sont la vérité, que j'ai dit temps sans jamais Paltérer, quoiqu'elle vous quefois désagréable, et qu'en particulier a étrangère à notre contestation.

£t celte remise de cent soixante mille francs qui vous paraît contradictoire^ M. Duverney a daté, signé qu'elle était exacte et juste; il a rec je n'avais fait qu'un \isage discret de ces billet était content : et cet usage discret, qui vous burlesque y fut prouvé solidement, en ce que, i aucun aval de moi derrière ces billets, U. Dui bien que je ne m'en étais point servi pour me personnels, et qu'ils n'étaient jamais sortis portefeuille. Avançons. Je voudrais brûler la et je sens que je laboure.

ARTICLE ni.

n Distraction faite des fonds ci-dessus, avec

« mes que j'ai personnellement prêtées à ma

<( de Beaumarchais, soit sans reçus, soit avec i

« billets faits à moi ou à un tiers pour moi, je

<( me doit, y compris le contrat à quatre pc

« passé chez Devoulges (des payements faits i

« Panetier et l'abbé Hémar, pour racquisitîo

u charge de secrétaire du roi), qmej'aide loi,

« les arrérages dudit contrat jusqu*à ce jour, la somme

« de cent trente-neuf mille livres; sur quoi... •

C*est ici que commence l'arrêté de compte entre

M. Duverney et moi.

Que dit à tout cela le comte Falcoz ?

Que ma dette de cent trente-neuf mille livres est un

vrai galimatioê employé avec affectation par moi ; et huit

. lignes plus bas, que cet article eH plein du trouble qui

m'agitait en V écrivant. Ainsi, selon le comte de la Bla-

. elle, j'étais à la fois assez trotiblé pour faite un galima"

■ fâoi sans le vouloir, et assez réfléchi pour faire ce gali^

nuUias avec affectation. Puissamment raisonné !

^ Mais enfin qu 'entendez-vous par cet excellent raison-

i nement? Entendez-vous que je devais plus ou que je

devais moins que cent trente*neuf mille livres ! Car vous

qui parlez de galimatias, vous êtes si clair dans vos

observations, qu'on ne sait jamais trop bien ce que vous

voulez.

Est-ce plus que je devais ? Fournissez vos titres, prouvez, et je tiens compte à Tinstant de ce plus.

I>evais-je moinsl Quel intérêt avais-je à mettre plus ? Dans mon affectation rénéchie, que vous nommez aussi trouble d'esprit, ne pouvais-je pas également retrancha de cinquante-six mille livres des sommes imagi- '^ naires, pour tomber juste à ces malheureux quinze mille ^Ikancs? Mais enfin c'est à vous encore à prouver que M. Duverney ne m'a jamais prêté que cinquante-six 'mille livres.

' Je sens bien votre embarras ; cela est dur à dire, ^parce que cela contredirait les cris que vous ne cessez ^ée faire contre moi sur les sommes immenses que j'ai ^eoûié, dites-vous, à votre bienfaiteur ;

Parce que cela contredirait surtout les preuves que ^ puis donner de quarante-quatre mille francs de reçus, mi billets entré ses mains, pour de l'argent dont il m'arait aidé dans l'acquisition d'une maison, et vous dans l'étroit défilé de ne savoir aujourd'hui si vous contrarier cet article de cent trente-neuf mille ivres en plus ou en moins : à bon compte vous le contoujours, sauf à faire un choix quand je vous i de motiver vos imputations ; mais alors, comme lous serons deux, il faudra être conséquent, c'est-à- Ure avouer que vous ne saviez au vrai ce que vous voulas dire sur cet article, mais seulement que vous en ooliez beaucoup à cet article.

Pendant que nous sommes à pâlir, à sécher sur ces ent trente-neuf mille li\Tes, anéantissons une autre détention du comte de la Blache, qui soutient que je ai dois les arrérages et capitaux des contrats existant ntre ses mains, et qu*ils ne sont point entrés dans ma ieiie énoncée au total cent trente-neuf mille francs : ^est l'affaire de deux })etites questions et d'un peu ^ennui pour le lecteur.

Avouez-vous, monsieur le comte, un seul contrat "•argent qui m'ait été prêté par M. Duverney, et passé lies Devoulges, notaire, pour aucun autre emploi que mê payements faits à la veuve Panetier et Vabbé Hémar, péciUés dans Tarticle m ? Celui-là, j'avouerai que je le

dois, et qu'il n'est point entré dans les cent trente-neuf mille francs

Avez-vous un contrat qui renferme en commun les payements faits à la veuve Panetier et à Vabbé Hémar dans un seul et même acte T En ce cas je payerai tous les autres dont vous me prétendez débiteur.

Hais si, en examinant les contrats que vous avez, on trouve qu'ils sont uniquement composés des payements faits^ à ces deux créanciers de ma charge, et non d'un autre emploi ; et si aucun de ces contrats ne contient un payement commun à ces deux créanciers de ma charge, il faudra bien, malgré vous, me permettre de raisonner ainsi.

Dans l'article ni de l'acte du i** avril, il est spécifié que portion des cent trente-neuf mille francs se compose des payements faits à la veuve Panetier ; donc, les sommes prêtées pour les payements de la veuve sont en* trées dans les cent trente-neuf mille francs.

Dans cet article m, il est spécifié que portion des cent trente-neuf mille francs se compose du payement fait à rabbé Hémar : donc l'argent prêté pour faire lepaye^ ment de Vabbé est entré dans les cent trente-neuf mille francs.

Aucun de ces contrats ne contient un payement fait en commun à la veuve et à Vabbé, seuls créanciers de ma charge : donc les divers contrats qui attestent les payements particuliers faits à l'un ou l'autre, sont tous entrés dans la dette de cent trente -neuf mille livres.

Donc toutes les sommes avancées à Beaumarchais pour faire les payements de la veuve Panetier et de Vabbé Hémar, relatifs à sa charge de secrétaire du roi, et spé* cifiés dans l'article m, font partie de la créance de cent trente-neuf mille francs.

Donc, si Beaumarchais a payé cent trente-neuf mille francs à M. Duverney, il s'est entièrement acquitté envers lui de tout ce qui est relatif aux titres et contrats de ces payements que le comte de la Blache lui présente aigourd'hui.

Donc, si M. Duverney a reconnu, daté el signé Tacte qui porte cet acquittement général, le comte de la Blache n'a plus rien à demander à Beaumarcliais à cet égard.

Donc, si tout cela est fort ennuyeux, monsieur le comte, il faut au moins convenir que tout cela est fort clair.

Pour couler à fond cet article, voyons en effet si, lorsque j'ai payé cent trente-neuf mille francs, M. Duverney me reconnaît quitte de tout envers lui.

Après avoir déclaré, dans cet article m, que la somme de cent trente-neuf mille francs compose la masse de ma dette envers lui, M. Duverney passe à l'examen des sommes avec lesquelles j'entends m'acquit ter de ces cent trente-neuf mille francs ; et, d'après l'énoncé graduel et clair de tous mes acquittements, à la fin de Tarticle vni ^, il conclut ainsi : • Il résulte que mondit sieur de Beaumarchais m'a payé deux cent trente-sept

* Vojei l'arrêté de compte, i.la fln de ce mémoire.

MÉMOIRES

mille francs, ce qui passe sa dette de quatre-vingt-dixhuit mille livres. »

Or, si en déduisant quatre-vingt-dix-huit mille de deux cent trente-sept mille, on trouve que la différence des deux sommes est cent trente-neuf mille, il faudra bien conclure avec M. Duverney que ma dette totale était de cent Irente-neuf mille francs et non d'une autre somme ou moindre ou plus forte.

Et si on lit ensuite, dans le même arrêté de compte, à la fin de Tarticle xi *, ces paroles trés-expressives de M. Duverney : c Au moyen desquelles clauses ci-dessus énoncées, etc , je reconnais mondit sieur de Beaumarchais quitte de tout envers moi, » on avouera que H. Duverney n'aurait pas dit qu'il me reconnaissait çut/i^ de ioui envers lui, si je fusse resté son débiteur d'une somme quelconque au delà de cent trente-neuf mille livres que je venais d'acquitter, et dont il avait déclaré à l'article, ni que toute sa créance sur moi se composait : et cette nouvelle preuve me parait répandre une merveilleuse clarté sur les précédentes.

Et si, dans un autre article de cet arrêté, M. Duverney s'exprime ainsi : c Pour faire la balance juste de notre « compte, je me reconnais son débiteur de la somme « de vingt-trois mille livres, que je lui payerai à sa vo- « lonté, sans quMlsoit besoin d'autre titre que le présent « engagement, » on conviendra sans peine que, si j'eusse dû à M. Duverney quelque chose au delà des cent trenteneuf mille francs que je venais d'acquitter, il ne déclarerait pas, après m'avoir reconnu quitte de tout envers lui, qu'il est mon débiteur en fin de compte, d'une somme de vingt-trois mille li>Tes. Et cette dernière preuve, ajoutée à toutes les autres, me paraît ne laisser aucun doute sur la netteté de ma dette totale, montant à cent trenle-neuf mille livres, et non à une somme ou plus modique, ou plus forte : ce qu'il fallait démontrer.

Et tout cela parut si exact et si juste à M. Duverney, qu'après avoir gardé trois jours les deux doubles du compte, il m'en renvoya un daté et signé de lui, n'en déplaise au comte Falcoz de la Blache, que tout cela met au désespoir. Et millions d'excuses demandées au lecteur, que je promène à travers un mémoire hérissé de chiffres, comme une lande esl fourrée de bruyères ; je sens que l'aridité de cetle discussion doit prodigieuse meut le dégoûter de moi : malheureusement c'est im travail inévitable.

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