ARTICLE IV
L'article lu finit, comme on l'a vu, par ces mots : • Je vois que M. de Beaumarchais me doit cent trente- « neuf mille francs ; sur quoi » (c'est-à-dire sur laquelle somme) ; et l'arlicle iv commence par ceux-ci : « Je re- « connais et reçois ma quittance du 27 août 1761, de « la somme de vingt mille francs... Plus je reconnais « ma quittance du 16 juillet 1765, de dix-huit mille « francs... Plus, celle de neuf mille cinq cents livres, du « 14 août 1766. »
* Voyei raiTèlé de compte, à la fln de ce mémoire.
D'après un exposé si dair, peut-on s^empèd mirer la sagacité, la vue de lynx de mon adven découvre dans la première quittance de vii livres un double emploi, une erreur insidieuse, nation obscure, un bienfait détourné, un dol, ui une fraude énormissime, etc.? Car tout cela dans ses plaidoyers : et pourquoi ce train? pt mon billet au porteur, sur lequel ces vingt nul m'avaient été prêtés, ayant été égaré par M. D dans la crainte qu'il n'ait été Tolé et qu'<m i me le représenter un jour à payer une aecoi après ces mots : c Je reconnais et reçois ma • c du 27 août 1761 , de la somme de vingt mille M. Duverney ajoute ceux-ci : c que je lui av: « sur son billet au porteur, en date du 19 aoi « dent, et qu'il m'a rendue sans en avoir II « lequel billet au porteur s'est égaré dans me « alors, s;.ns que je sache ce qu'il est devei « que je m'engage de lui rendre, ou indemniti • de présentation au payement : » ce qui est justice.
Où donc est le double emploi, je vous prie un débiteur compte avec un créancier, auquel des payements partiels en divers l^nps, c solde-t-il ? N'est-ce pas en argent ou quittances
Et puisque je fournis en acquittem^dt à M. Di sur le total de ma dette de cent trente-neuf mil sa quittance de vingt mille livres, qui prouve q lui ai bien payées, n*est-il pas juste qu'il la i compte 7
Et n'est-il pas juste aussi que mon billet ao c'est-à-dire mon billet à monsieur.,, (en blanc] le titre du prêt de vingt mille francs, me so avec tous les autres reçus, billets, contrats, etc.
Et si celui qui doit me rendre ce biUet m quil ne le pourra, parce qu'il Va égaré, n'e juste encore que ce billet, balancé par une quil pareille somme, soit spécifié dans l'arrêté par i au porteur, sa date du 19 août 1761, et sa su vingt mille frans?
Si quelqu'un avait pris ce billet à M. Duvc vous l'aviez retrouvé vous-même dans les pa] votre bienfaiteur ; enfin, si on venait un jov présenter au [ayement: comment prouveraiscet énoncé exact, que ce billet esl le mèn été détruit et annulé par l'acte, comme él quitté 7
a M. de Beaumarchais me doit au total cent « neuf mille livres : sur quoi je reconnais et n « quittance de vingt mille livres, etc. » Voilà Voyons donc si nous avons autant déraisonné, M. D et moi, que son légataire universel, plus grand c nous deux, voudrait le faire entendre ; et prew exemple ce prétendu double emploi de vin^t mill qu'il a retourné de tant de façons dans ses coi
Voici comment nous procédions. Chaque ) M. Duverney me remettait une sonune, ou pou faires, ou pour les miennes, il la courhail sor
MÉMOIRES
*^ereau, el moi sur le mien, soit qu'il en retirât un reçu ou non» comme cela se pratique.
A rinstant de faire notre compte général, M. Duverney me dit : Commençons par distinguer Targent que vous avex touché pour mes affaires de celui que je vous ai prêté pour les vôtres. A mesure qu'il nommait les sonmies, je présentais les pièces justificatives de l'emploi des fonds pour lui, ou je passais la somme à mon débet.
De cette façon de procéder s'est formé le premier article de Pacte, étranger à moi. conune on Ta vu; et le troisième article, qui renferme la masse de tout ce qu'il m'a prêté, tant par contrats que sans reçus, avec reçus au billets, montant à cent trente-neuf mille francs, comme on Ta vu aussi.
Dire maintenant, avec une déraison bien piquante par le ridicule, que le billet de vingt mille francs dont il s*agit n'est pas compris dans les mots reçus ou billets qui complètent les cent trenle-neuf mille livres, c'est non-seulement nier l'évidence, c'est aller contre la lettre expresse de l'acte; mais c'est regarder M. Duverney comme un imbécile, qui, dans trois quittances qu'il reçoit en délibération, ne se serait pas aperçu que la première de vingt mille francs portait sur une somme non comprise dans les cent trente-neuf mille livres.
I^ clarté du texte brûle ici les yeux : tous les mots transitoires en sont sacramentels. M. de Beaumarchais
• me doit cent trente-neuf mille francs; sur quoi je « i*econnais et reçois ma quittance de vingt mille francs ; « plus, celle de dix-huit mille francs ; plus, celle de
• neuf mille cinq cents livres. » Le mot sur quoi n'annonce-t-il pas évidemment que c'est sur les cent trenteneuf mille francs qu'on va imputer les trois quittances suivantes ? et les mots plus et plus ne prouvent-ils pas sans réplique que la première quittance est absolument de même nature que les deux autres T D'où il est plus clair que le jour que la quittance de vingt mille francs, plus ancienne en date, est là comme premier objet de libération sur les cent trente-neuf mille livres ; et l'énoncé de mon billet au porteur spéciGé par sa somme, sa formule et sa date, comme simple précaution contre l'avenir, parce que ce billet est égaré.
U est donc évident que les vingt mille francs qui sont entrés, par le prêt qu'on m'en a fait, dans mon passif cent trente-neuf mille livres, repassent dans mon actif par cette quittance : et c'est si bien l'esprit de l'acte en entier, que la même forme y est partout observée :
Témoin les soixante-quinze mille livres passées d'abord à mon actif, article vi, comme étant avancées par moi dans l'aflaire des bois de Touraine, et rentrées dans celui de M. Duverney, article ix *, par la cession qu'il me fait de tout l'intérêt des bois ;
Témoin les huit mille francs d'intérêts de ces soixantequinze mille livres, passés à mon actif dans cet article IX. par la promesse que M. Duverney me fait de
* Vériflei loulet ces citations dans l'acte à la fln du mémoire.
me les payer, et rentrés dans le sien par le refus que je fais de ces huit mille francs à l'article xvi* .
On perd patience à expliquer des choses si lumineuses : les cdhimenter, c^est les affaiblir ; les disputer, c'est nier l'évidence ; c'est oublier que l'homme qui a reconnu, daté et signé ce compte, est M. Duverney, l'un des plus éclairés citoyens du siècle.
Je ne dois pas omettre ici que les deux quittances de dix-huit mille livres et de neuf mille cinq cents livres qui suivent celle de vingt mille livres n'ont jamais été contestées (avant l'arrêt) ; et qu'ainsi ce qu'on en a dit depuis ne signifie rien pour ou contre la cassation de cet arrêt,