‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 461 sur 607 · ARTICLE IX · texte numérisé non relu

ARTICLE IX

Toujours M. Duverney.

« Pour remettre de la balance dans notre compte, j'exige de son amitié qu'il résilie notre traité des bois de Touraine : par ce moyen, le tiers que nous y avons en commun lui restant en entier, les soixante-quinze mille livres qu'il a faites pour nous deux dans l'affaire lui deviennent propres, et il ne sera dans le cas d'essuyer jamais aucune discussion ni procès de la part de mes héritiers ; ce qui ne manquerait pas de lui arriver, s'ils me succédaient un jour dans cette association, comme le porte l'article iv de notre traité de société : mais pour le dédommager de l'appui qu'il perd aujourd'hui pour la suite d'une affaire dans laquelle je l'ai engagé, et qui devient lourde et dangereuse, je lui tiens compte de huit mille livres convenues pour l'intérêt des soixante-quinze mille livres qui ont dû courir jusqu'à ce jour pour mon compte, et je promets et m'engage de lui fournir en forme de prêt, d'ici à la fin de la présente année, la même somme de soixante-quinze mille livres, pour l'aider à faire les nouveaux fonds que Paffaire exige, desquelles soixante-quinze mille livres je ne recevrai point d'intérêt pendant huit ans (que peut durer encore l'entreprise), du jour du prêt : lequel terme expiré, ils me seront remboursés par lui, ou, en cas de mort, à mon neveu Paris de Mézieux, son ami, que j'en gratifie ; et si mondit sieur de Beaumarchais aime mieux alors en passer contrat de constitution à quatre pour cent que de rembourser, il en sera le maître. »

Cet article est si étendu, si net, qu'il porte avec lui son commentaire. Une seule réflexion me saisit en lisant les précautions que M. Duverney a cru prendre ici contre les maux qu'il prévoyait dans l'avenir.

0 prudence Immaine! de quel poids es-tu sur les événements? Le plus sage des hommes, alarmé pour moi de la haine de son légataire, me force- à résilier une société avantageuse pour que je n'aie jamais de querelle avec cet honmie ; et celte résiliation même est un des points d'appui du plus exécrable procès de la part de ce légataire I 0 prudence humaine !

Au reste, les plaidoyers de mon adversaire sur celte transaction, ainsi que sur tous les autres articles de cet acte, n'ont jamais été qu'une négation formelle» un

HÉMOIRES.

démenti, une aecusation de dol, de fraude et de lésion énormusime.

Nais après la mort de votre bienfaiteur, vous avez écrit à Beaumarchais que vous ne saviez rien des afTaircs qui avaient été enfre lui et votre bienfaiteur : dans tous les temps, vous avez plaidé que vous n*aviez trouvé dans les papiers de ce même bienfaiteur aucun renseignement pour ou contre le titre qu'on vous oppose : et vous soutenez que ce titre' et les choses qu*il contient ne sont que des chimères !

0 monsieur le comte! cette persuasion obscure, ce puissant motif de croire sans preuve, admis peut-être en d'autres cas, est une monnaie qui n'a pas cours en justice : on y oppose les actes aux actes, les lettres aux lettres, les raisons aux raisons, et le dédain aux injures, Quand je dis le dédain aux injures, je parle de l'effet qu'elles produisent sur l'esprit des juges ; car l'homme outragé n'en a pas moins droit à des réparations authentiques, et je les ai toujours réclamées.

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