‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 473 sur 607 · A LA LÉGION · texte numérisé non relu

A LA LÉGION

Brûler n'est pas répondre.

Combien ètes-vous, messieurs, à m'atlaquer, à former, à présenter, k signer des requêtes en lacération et brûlure contre mes défenses légitimes ? Quatre, cinq» six, dix, une légion ! Comptons.

Premier corps : le comte de la Blache en chef, six avocats en parlement, un procureur.

Second corps en sous-ordre : un solliciteur étranger, Chàlillon ; troupe de clercs, troupe d'huissiers ; troupe de reçois, jusqu'à Yincenti le docteur inclusivement, etc., etc., etc.

Voilà ce que j'appelle une légion qui demande et sollicite la lacération et conflagration de mon mémoire.

Ne pouvant parler à tant de monde à la fois, je prends la liberté d'adresser la parole au chef en personne ; que les autres in'écoutent s'ils veulent ; et je dis :

Aussitôt que vous vous tâchez, monsieur le comte, mon devoir est de m'apaiser : non en ce que j'aurai rempli mon but, qui serait de vous mettre en colère (j'ai bien prouvé que c'est malgré moi que je me vois forcé de le faire), mais en ce que je crois fermement que, pour tenir une bonne conduite en cette affaire, je dois prendre en tout point le contre-pied de la vôtre.

Eli ! pourquoi me brûler, monsieur le comte ? pourquoi mettre le ciel, le roi, la justice, entre nous ? pourquoi se donner toujours une telle importance, qu'il faille armer toutes les puissances en celle cause, et contre un mémoire qui n'attaque que vous ?

Qu'a de commun, je vous prie, la reli;;ion à notre procès ? Quoi ! ne peut-on dire et prouver que le comte de la Blache e^t un calomniateur, sans que le ciel en soit blessé ? El quand je ne parviendrais pas à le prouver, qu'est-ce que cela fait à la religion ? Les moyens humains de me punir de celle témérité, si j'ai tort, ne sont-ils pas entre les mains des magistrats? ce qui suflit bien, sans aller intéresser le ciel et la terre en votre querelle.

HÉH(HRES.

Vous avez de l'humeur, je le crois bien : on en aurait à moins : car, malgré la légion que vous commandez ici, je dois convenir avec vous que, pour un maréchal de camp, vpus faites en Provence une triste campagne ; et pendant que vos rivaux militaires, attentifs à tant de bruits de guerre, s'empressent à donner à la patrie les nobles témoignages d'un zélé ardent pour son service, j'avoue que la guerre honteuse que vous me faites ici doit avoir quelque chose d'assez humiliant pour votre amour-propre.

Mais à qui la faute? Est-ce à mon mémoire qu'il faut s'en prendre, et doit-il s'approcher du feu, en expiation de ce que vous vous en éloignez ? Vous conviendrez bien que, si on ne peut plus mal se conduire, en revanche on pourrait un peu mieux raisonner.

Prétendez-vous par hasard que mon mémoire offense la rehgion, en ce que j'ai puisé dans le poème de Tilc de Pathmos la comparaison latine qui vous rapproche du dragon malfaisant à qui l'Éternel avait donné pour un moment, dans ce poème apocalyptique, le pouvoir de faire du mal et de transmettre à des bétes celui d'en dire ? Ce dragon et ces bêtes sont livrés dans cet ouvrage à la malédiction universelle, et il est de fait que même les plus grands saints n'ont jamais cru offenser Dieu dans leurs écrits, en se moquant un peu du diable et de ceux qui tâchent si bien d'en accomplir l'œuvre unique.

Mais, sans aller chercher mes raisons aussi loin, voyez ce qui m'est arrivé dans mon procès Goézman. Bertrand et Marin avaient puisé, l'un dans le Missel, l'autre dans les Psaumes, les épigraphes latines des injures imprimées dont ils me régalaient. Moins rigoureux que vous, je n'ai fait que m'en moquer, sans appeler le ciel et la religion au secours de mon ressentiment.

Si c'était bien de ma part les accuser de bêtise, ce n'était pas au moins les taxer d'impiété : aussi la justice d'alors ne crut-elle pas devoir les traiter plus sévèrement que moi : mais ce qu'il y a de plus mortifiant pour votre proposition, c'est que, bien loin de brûler les mémoires de ces deux pauvres d'esprit, dont j'appelai l'un à ce sujet le sacristain et l'autre l'organiste, et que vous eussiez nommés, vous, profanateurs î ce furent mes mémoires- à moi qu'on brûla, quoiqu'ils n'eussent point d'épigraphes latines tirées des Psaumes et de Vlntroibo : bien est-il vrai qu'on les a débrûlés depuis, ce qui ne fait rien à raffaire.

Mais quel sens moral doit-on en tirer? C'est qu'il n'a jamais été défendu, pour imprimer plus fortement aux sots et aux méchants le mépris ou le dédain qu'ils méritent, de leur appliquer un passage quelconque quand il vient si à propos à la plume, et que de pareilles allusions n'ont jamais fait encourir à l'ouvrage de nul orateur la cruelle peine que vous voudriez qu'on infligeât à ma triste oraison.

Que si j'ai rappelé dans un autre endroit cette belle et sublime sentence du Sauveur sur la femme adultère, en la rapportant à l'utilité qu'il y aurait de soumettre

les accusateurs à l'examen sévère des tribunaux, j'ai voulu montrer seulement que tel ennemi qui me jette aujourd'hui la première pierre, bien examiné luimôme, au lieu du supplice de la conflagration qu'il veut m'iniliger, pourrait bien mériter lui-même celui de la lapidation.

Et comme ce n'est point en plaisantant que j'ai cité ce passage, on peut bien trouver dans ma phrase uoe juste indignation, mais non pas, comme le dit le comte de la Blache, mie profanation criminelle.

Passons au reproche que vous me faites de manquer de respect au roi dans mon mémoire, et voyons qui de nous deux est le coupable, ou de moi qui me soumets avec ime confiance respectueuse au tribunal qu'il m'a donné pour me juger, ou de vous qui, lui faisant faire cause commune avec vous, prétendez anner sa sévérité contre ma défense, parce qu'elle vous humilie et vous désole uniquement.

Mais, parce que le roi a dit, dans un arrêt du conseil, qu'il voulait faire sentir les effets d'une juste sévérité à ceux qui abuseraient de leur esprit pour déchirer la réputation des personnes avec qui ils seraient en contestation, croyez-vous, monsieur le comte, que Sa Majesté ait entendu, par cet arrêt, accorder sa protection royale à ceux qui déchireraient leurs adversaires lorsqu'ds le feraient sans esprit ? Vous invoquez là de beaux titres de protection et de faveur I et parce que vos défenses sont ennuyeuses et lourdes, vous croyez avwr le droit de les rendre impunément atroces et calomnieuses? Et quand on vous prouve qu'elles lèsent, et qu'à ce double titre on vous livre à la risée, au mépris public, vous vous croyez en droit d'invoquer rautorité royale, pour venger une telle ofl'ensc et conserver to? écrits à la glace, en faisant jeter au feu ceux de votre adversaire !

D'ailleurs, quand un tribunal supprime un mémoire, vous conviendrez bien que, si la contestation n'est pa^ finie, ce tribunal, tùt-ce même celui du roi, nepeol entendre par cette suppression que celle des traits ln>p amers ou des termes trop vifs dont un ressentimenl exalté aurait chargé la défense : et qu'à notre occasion surtout Sa Majesté, en supprimant mon mémoire au conseil, n'a pas entendu priver ma cause des moyetfi vigoureux dont cet écrit la renforce.

Si c'était là par hasard ce que vous enten<lez, ct'lt»? question semblerait exiger une décision plus claire de la part du conseil du roi.

Mais voyez à quoi votre prétention réduirait cet arr^ de suppression. l»ans un premier arrêt qui cassa celui du sieur Goëzrnan, quoiqu'il fût en votre faveur, le conseil du roi supprima les injures respectives de votre mémoire et du mien. Les injures supprimées, qnerestft-il dans un mémoire ? les raisons et les moveiis ^^ doute?

Or, lors(iue, pour donner plus d'autlienticité à la suppression, il plaît à Sa Majesté, dans un second arrêt, d^ re^uppriiner ce qu'elle a déjà supprimé dans un pr^ mier ; s'il faut convenir que son conseil est bien V

MÉMOIRES

mailre de supprimer deux fois, dix fois, et sous des lormes différentes, les termes amers avec lesquels un plaideur outré par dix ans d'injures exhala son ressentiment, on ne peut, sans insulter la majesté royale, supposer que son conseil ait entendu par un second arrêt supprimer les moyens de ce mémoire, uniquement parce qu'il en a déjà supprimé les injures dans un premier arrêt, et c'est au moins le cas où ce nouvel arrêt peut en appeler un troisième en explication du second.

Mais, en attendant, la cause étant rentrée en instance à deux cents lieues de la capitale, est-ce, à votre avis, manquer de respect au roi, à son conseil, que de mellre sous les yeux des nouveaux juges la totalité des défenses, tout le bon et le mauvais des raisons qu*on a employées pour soutenir son droit ? En cas pareil, comme il n'y arien de nul, il ne peut y avoir d'injure : car ce qui n'est plus pour moi dans mon écrit tournant nécessairement pour mon adversaire, employer des défenses quoique censurées est agir avec la plus grande impartialité, la plus louable neutralité dans sa propre affaire.

D'ailleurs, je n'ai point fait imprimer de nouveau le mémoire censuré par le conseil : le peu de littérature que mes écrits contiennent, et l'intérêt que le procès Goézroan et consorts inspirait justement à tous les persécutés de la France, ayant fait désirer à beaucoup d'honnêtes gens que quelque libraire en rassemblât la collection, ce procès Goézman, enfanté par le plus horrible genuH du procès la Blache, rappelant à tout moment les procédés de ce noble adversaire, et l'arrêt du parlement de Paris qui a cassé celui du blâme et débrûlé les mémoires défenseurs de ma cause, leur ayant rendu toute leur pureté, j'ai cru pouvoir et devoir mettre au sac la collection entière de ces mémoires, telle qu'on la trouve chez les libraires, avec des réclames de tous les endroits qui rappellent le comte de la Blache ; presque tout est de ma cause actuelle dans cette collection. Je ne l'ai donc pas fait faire ; mais j'en ai proûté, comme je l'ai trouvée, sans y rien ajouter ni retrancher, et j'y ai laissé le bon et le mauvais tels que les événements, les avaient fournis à mesure; ne voulant pas plus, en dissimulant le mal, me donner pour meilleur que je ne suis, que je ne veux me rendre pire en laissant ignorer le peu de bien qui s'y rencontre.

Si c'est là, selon vous, manquer de respect au roi, j'avoue que je concevrai une étrange idée de ce que vous entendez par le res|)ect dû au prince : mais comme il n'y a pas encore de loi qui m'ordonne de me soumettre là-dessus à Topinion du comte de la Blache, de maîtres tels et tels, avocats et procureur à Âix, enfin de ce que j'ai nommé la légion, je prie ladite légion de trouver bon qu*en attendant la décision du parlement sur leur requête en conflagration et lacération au préalable, je me croie au moins aussi bon, fidèle et respectueux serviteur du roi que ces messieurs ; quoique nous n'ayons pas tout à fait les mêmes idées sur la forme de ce respect ; quoique je n'appelle pas comme eux toutes les puissances de l'univers au secours de ma querelle, et

que je ne veuille pas émouvoir tout l'Olympe pour la guerre des rats.

J'ai prophétisé dans mon mémoire que vous nieriez tout, et pour l'honneur de ma prédiction à l'instant vous avez tout nié.

Ne pouvant tout relever, vu le peu de temps qui nous reste, dans un mémoire de cent soixante-douze pages, prenons rapidement les faits contestés les plus importants, et, réduisant la question aux termes les plus clairs, qui sont toujours les plus simples, voyons sur quoi nous tombons d'accord, en quoi nous différons : montrons lequel de nous deux reste sans preuves devant l'adversaire, et lequel calonuiie l'autre en ce parlement.

Commençons par le fameux billet du 5 avril 1770, auquel j'ai dit que vous aviez donné la torture, afin de le rendre un peu louche quand il s'agirait de le débattre au procès.

Nous convenons, vous et moi, que M* Gaillard a fait un violent plaidoyer aux requêtes de l'hôtel contre le mot Beaumarchais emporté par un cachet, et dont il m'attribuait la supercherie ; et voici pourquoi j'affirme que nous en convenons tous les deux : c'est que, malgré la honte publique qui était résultée pour vous, à l'audience des requêtes de 1 hôtel, de la déclaration et de la. preuve fournie par M* de Junquière, votre avocat, absolument sans pudeur, espérant que je n'aurais pas le temps de répondre à son mémoire avant que M. Dufour rapportât notre affaire, eut la maladresse d'insérer dans ce mémoire (page 40) le même reproche sur ce cacliet, mais moins violemment exprimé cependant qu'il ne l'avait lait à l'audience : c'est que je tiens ce mémoire, et que vous ne pouvez le nier, quoique vous ayez fait l'impossible pour ne pas le produire.

C'est que M* Bidault, prenant la plume à l'instant, vous releva d'importance, quoique le ménagement qu'il croyait devoir à son confrère Gaillard l'empêchât, malgré mes prières, de l'inculper comme il le méritait sur le fait de ce cachet apposé. Voici néanmoins ce qu'il vous répondit pour moi, pages 59 et 00 de son mémoire.

Car les avocats qui m'ont depuis refusé leur service, quand j'ai plaidé contre le conseiller Goézman, dont le grand crédit les effrayait tous, ne me le déniant pas alors, je laissais les gens de loi me défendre à leur mode et de leur plume, et n'avais nulle contiance en la mienne, à laquelle je n'avais pas encore été forcé de me livrer.

Voici la défense de M* Bidault :

« Mais ce qui révolte encore davantage, c'est l'impu' « tation qu'il a faite au bieur de Beaumarchais sur les € dernières lettres du mot Beaumarchais, qui se trouve » érrit au dos et au bas d'une page de la lettre du ff 5 avril 1770, à laquelle le sieur Duverney a répondu a entre autres choses : Voilà notre compte signé. Ces « dernières lettres du mot Beaumarchais sont aujour- « d'hui déchirées, et enlevées par un cachet. Le comte « de la Blache en conclut que le billet écrit par le sieur « Duverney, qui se trouve sur la lettre du 5 avril, n'a c point été une réponse à la lettre du sieur de Beau-

HÉMOIRES.

« marchais; et pour le prouver, voici comme il raia sonne : Le mot Beaumarchais était écrit de la main du sieur Duve^^ney. Si la lettre du 5 avril avait précédé le billet, le mot Beaumarchais n'aurait pas pu être écrit sur ce papier de la main du sieur Duverney, loi'sque le sieur de Beaumarchais a envoyé la lettre ; et son cachet n*aurait pu déchirer les lettres d'un mot qui n aurait point encore été écrit : ainsi ces lettres ne peuvent avoir été déchirées que parce que le sieur de Beaumarchais n'a cacheté sa lettre qu après avoir reçu le billet du sieur Duverney. Ce billet a donc précédé la lettre du sieur de Beaumarchais; donc cette lettre na été écrite qu'après coup. Et ce fait, prouvé pour Vune^ doit être présumé le même par rapport aux autres,

« Telle est lobjection que nous n'avons pas craint « de rapporter dans toute sa force.

« Voici la réponse. Cette preuve pose uniquement • sur ce fait, le mot de Beaumarchais est écrit de la main « du sieur Duverney. M»is le fait est faux. C'est M* de « Junquière qui a écrit le mol BeaMmarr/iaw, en janvier « 1772, pour coter la pièce de son client, ainsi qu'il est « d'usage. M* de Junquière Ta attesté à l'audience ; il « l'a certifié à M. le rapporteur, en présence duquel il « a écrit couramment trois ou quatre fois le mot Beau- « marchais, qui a été reconnu de la même main que le « mot déchiré. Que devient, après cela, la fable du « comte de la Blache ? que deviennent ses soupçons et « ses conséquences? Le sieur de Beaumarchais, moins « tranchant que lui, ne se permet d'accuser personne; « on doit lui savoir gré de sa modération. Mais ce qu'il « y a de certain, c'e^t que le mol Beaumarchais^ écrit « en 1772 par M* de Junquière, n'a pu être couvert et « déchiré par un cachet qui aurait été apposé en 1770 « par le sieur de Beaumarchais. On laisse à la cour à « décider sur qui doit tomber le reproche de supor- « chérie. »

Nous convenons, vous et moi, que ce reproche était à bout portant. Or qu'avez-vous répondu sur tout ceKi, monsieur le comte? Rien, absolument rien. L'objet était pourtant des plus graves ! Direz-vous que le jugement (les requêtes de l'hôtel arriva si vite après ma réponse, qu'il n'y eut pas moyen d'y faire alors une réplicjue ? Volontiers, pour le moment ; et lorsque vous avez raison, c'est avec le plus grand plaisir que je l'avoue. Il n'en est pas ainsi de vous à mon égard, et c'est ce qui nous distingue. Vous n'i-utes donc pas le temps alors : cependant vous eûtes bien celui de me faire, à Versailles et à Paris, le tour abominable que j'ai indiqué dans ma Réponse ingénue (p. 585), et dont le détail se trouve dans mon troisième mémoire Goëzman, depuis la page 276 jusques et compris la page 2.S0.

Ah ! si j'avais du temps, ou si je trouvais un imprimeur bien actif, quel charme pour moi de réimprimer, à la suite de cette réponse, les treize pages du troisième mémoire Goëzman sur l'attestation de probité des princesses ! Alors on verrait quel front d'acier il faut à mon adversaire pour oser retoucher (page 2 de son mémoire) à celte horrible aventure qui l'a tant déshonoré à Paris,

quand j'eus enfin le pouvoir de l'écrire ! Si je ne puis la transcrire ici, je supplie au moins mes lecteurs de se procurer ce troisième mémoire Goëzman, el commencer à lire (page 276) à ces mots : « Changeons de style. Ite- « puis que j'écris, la main me tremble toutes les « fois, etc. f> Ils connaîtront mon ennemi.

Au lieu donc de passer le temps alors à me faire cette abomination sur l'attestation de probité que les princesses m'avaient donnée, que ne l'eraployiez-vous à me reprocher l'infamie de mon mémoire Bidault sur le cachet apposé dont je vous accusais ? Si vous aviez prouvé que le méchant, que le calomniateur entre nous deux était moi, j'étais perdu, et vous gagniez votre procès. Le contraire arriva, parce que votre intrigue sur l'attestation des princesses, et votre silence sur mon reproche du cachet, vous démasquèrent absolument ; et c'est ma première preuve contre vous.

Après le jugement des requêtes de l'hôtel, nous passâmes par appel à la commission, où vous traiDàtes, comme je l'ai dit, les plaidoyers et les écritures pendant un an; mais à la fin cependant Caillard replaida. Caillant récrivit, Caillard réinvectiva, Caillard traduisit, dans le nouveau mémoire qu'il fit pour la cause d'appel, exactement les phrases et les mots de son mémoire aux requêtes de l'hôtel sur ce même billet du 5 avril ; mab Caillard, ayant été relancé par M* Bidault sur le cachet apposé, s'arrêta court au milieu des reproches qu'il copiait mot à mot sur ce l)illet dans son ancien mémoire ; et le vif, l'important reproche du mot Beaittnarchais, écrit par M. Duverney, et couvert par moi d'une cire à cacheter frauduleuse, resta net au bout de la plume de Caillard.

Était-ce oubli? fut-ce confusion? A votre manière de me plaider, le premier n'est pas vraisemblable. Donc Caillard, touché des ménagements que son confrère avait gardés pour lui sur cette espièglerie avérée, à laquelle il avait pu donner lieu, du moins par sa conliance en vous, n'osa pas le provoquer de nouveau à la lui reprocher plus vertement ; et c'est ma seconde preuve contre vous : car les deux mémoires de Caillard sont enfin au procès, et j'ai fait remarquer aux magistrats dans l'instruction, à la page 28 du second de ces mémoires, la rélicence et le prudent silence de Caillard, qui s'arrêta court à l'historique du cachet en copiant la page de sou premier mémoire, dans lequel ce reproche était si tr.uichant.

Mais, en vous accordant que celte fois encore le silence de Caillard fût un oubli, nous convenons vous et moi qu'un second mémoire, écrit par M* Falconet, mon avocat, releva de nouveau la fourberie du cachet appliqué, plus amèrement que M* Bidault ne lavait fait. Voici ce qu'il vous en dit (pages 20 et 2i de son précis à la commission) :

« 11 y a néanmoins eu quelque chose de plus sériew « dans celle dernière parlie de ma cause. J'avais confié « toutes ces lettres avec leurs réponses à la partie « adverse. Dans une de ces lettres, le sieur Duverney « me marque : Voilà notre compte signé. Je ne doute

HÉMOIRES.

« pas que cette dernière plirase ne fit la plus grande « peine au sieur légataire : aussi a-t-on fait subir « toutes sortes d'épreuves au malheureux billet, jusqu'à « celle du feu, dont il porte encore les marques. € M* de Junquiére, mon procureur, pour coter celte <i pièce, avait écrit mon nom dessus : on a imaginé de « dire que ce nom était de la main du sieur Duvcrney : « tieureusement M' de Junquiére a levé facilement tous « les doutes qu'on pouvait avoir sur ce sujet dans le « premier tribunal, en écrivant, sous les yeux de M. le « rapporteur, plusieurs fois mon nom du même carac-

• tère *. Mais il n'en est pas moins vrai que cette petite « infidélité, de quelque part qu'elle vienne, est peu dé- « licate, d*autant plus qu'elle est gratuite : car que ce ¥ soit en réponse ou autrement que le sieur Duverney

• ait écrit : Voilà notre compte signée il l'a écrit, et cela 41 est suffisant. Si le sieur comte de la Blache, qui m'a « tant maltraité sans en avoir le moindre sujet, pou- « vait me faire un semblable reproche, que ne me « dirait-il pas, et que n'aurait-il pas raison de me dire ! « Je veux lui donner l'exemple de la modération, tout « outragé que je suis. »

Qu'avez-vous répondu à ce reproche amer de M* Falconet, qui de nouveau constatait le fait et la confusion que vous aviez reçue aux requêtes de l'hôtel ? Nous cou- Tenons vous et moi que vous n'avez rien répondu ; rien, monsieur le comte, absolument rien : car il ne faut plus biaiser ici. Le temps ne vous manqua cependant pas alors : entre mon mémoire Falconet et le rapport de votre ami Goëzman, il se passa dix jours, et dix mortels jours ! À la vérité, vous aviez autre chose à faire alors : car la porte de M. Goézman vous était ouverte, pendant qu'elle m*élait fermée, et vous couriez au plus solide, au plus pressé. Nous convenons encore de cela vous et moi ; et c'est ma troisième preuve.

Quand nous avons plaidé depuis par écrit au conseiK et que vous avez accablé ce pauvre billet du 5 avril de tous vos reproches amers sous la plume de M* Mariette^ pourquoi donc avez-vous absolument laissé de côté celui du cachet apposé sur mon nom? Pourquoi ne m'avezvous pas au moins reproché alors la mauvaise foi de mes imputations à cet égard, dans mes deux mémoires Bidault et Falconnet ? Ëtait-ce une circonstance à négliger ? Si vous ne vouliez plus 1 user de l'immense avantage que vous donnait sur moi la friponnerie du cachet , bien prouvée , ne deviez-vous pas au moins tonner, et montrer quel homme j'étais d'avoir eu l'effronterie de vous en inculper dans mes deux mémoires? En prouvant que je vous avais calomnié, monsieur le comte, vous m'écrasiez sous les décombres d'un terrible édifice. Mais vous vous en êtes bien gardé ; vous n'en avez rien dit, absolument rien. Ce ne fut pas non plus par mèiia^euieU; jamais vous n'en avez gardé pour moi : mais ce fut par le sentiment intime de vo-

* c Comment le sieur comte de la Blaclie peut-il jeter des • soupçons sur la signature du sieur Duverney, lui qui la voit m OÙ elU neslptUt et qui la révoque en doute où elle e$t f Voyez « le grand mémoire. > '

tre honte, et la crainte de me voir traiter alors ce (ait en réponse avec le détail ignominieux que je viens de lui donner dans mon dernier mémoire; et c'est ma quatrième preuve.

Vous avez depuis fait faire une consultation de cinquante-huit pages pour ce parlement-ci, dans laquelle vous avez repris, avec bien du soin, tous les anciens reproches de Gaillard ; celui du cachet apposé fournissait la plus terrible présomption contre moi. Pourquoi donc, lorsque vous y employez deux pages à dénigrer le billet du 5 avril, avez-vous omis le reproche si tranchant du cachet tel qu'on le lit dans le premier mémoire de Gaillard aux requêtes de Thôtei ? Pourquoi n'y avez-vous pas enfin repoussé sur moi la double honte que je vous en avais imprimée à cet égard dans lès mémoires bidault et Falconet ? car nous convenons encore, vous et moi, que d:ms six mille exemplaires de votre consultation répandus en Provence, il n'y a pas un seul mot du cachet apposé. Ëlait-ce encore oubli ou ménngement de votre part ? Ni l'un ni l'autre, monsieur le comte ; mais la crainte de réveiller un terrible chat, qui pouvait égraliçjner jusqu'au sang au premier allongement de sa patte, en sortant du sommeil où vous le berciez si doucement par votre silence : et c'est ma cinquième preuve.

Mais pourquoi donc vous êtes-vous assez rassuré aujourd'hui pour en oser parler, quoiqu'en tortillant, en tergiversant, en avouant enfin, puisqu'il faut tout dire, que le mot Beaumarchais n'est plus de la main de M. Duverney? Bien est-il vrai que le Gaillard d'aujourd'hui s'enveloppe et glisse autant qu'il peut sur cet aveu? c Si ce billet (dit-il, page 41 de la consultation « des six), si ce billet, quin*a point d^idresse, porte au « bas le nom du sieur de Beaumarchais écrit par une « autre main que celle du sieur Duverney : si le procu- « reur cotant une pièce du nom de sa partie, n'aurait « pu l'écrire en partie sous le cachet qui aurait anté- « rieurement fermé le cachet, etc. • En honneur, je n'ai pas le courage d'eu transcrire davantage. 11 faut rapprocher cette réponse et cet aveu de mon attaque vigoureuse, p. 416 et suiv. de ma Réponse ingénue y pour bien juger de votre plaisant embarras, monsieur le comte I

Je reprends ma question. Pourquoi avez-vous enfin osé en parler aujourd'hui? G'est premièrement parce que n'en rien dire dans votre réponse, après une attaque aussi vive que ma dernière, serait passer trop lourdement condamnation sur la chose, et qu'en pareil cas votre avocat sait bien qu'il vaut mieux dire une sottise que de rester court.

Secondement, parce que M* Bidault et M» Gaillard étant morts tous deux (car depuis que nous plaidons, nous avons déjà usé trois générations d'avocats), vous avez espéré que ma preuve resterait assez incomplète pour que votre négation prit encore une ombre de faveur parmi vos bienveillants.

Mais je laisse à juger si le comte de la Blaclie, qui fait ressource de tout, qui querelle, à tort à travers, sans

MÉMOIRES

honte ni pudeur, qui s'accroche aux virgules, aux jamhages, aux cachets, aux phs du papier, eût gardé ce honteux silence aussi longtemps, et sur un point de celle importance, après en avoir fait un si grand hruit aux requêtes de Phôtel, si la petite leçon amicale que je lui donnai dans le temps ne lui était re>tée assez avant dans le cœur, pour redouter d'en recevoir une seconde, s'il osait remettre encore la question sur le tapis ; et c'est ma sixième preuve.

Mais il ne faut laisser aucun faux- fuyant à ce méchant adversaire ; il faut le poursuivre sur ce mot Beaumarchais et ce cachet jusqu'à suffocation parfaite.

Voyez, lecteur, avec quelle assurance il fait dire à son avocat (page 42) : o Le silence du sieur de Beaumar- « chais, celui de son défenseur depuis 1772, époque de « la communication, jusqu'à ce jour, enlèvent donc au « premier l'avantage qu'il s'était promis dune allégac tion plus téméraire encore que tardive, »

Vous venez devoir, lecteur, comme elle est téméraire mon allégation î et les mémoires de Falconet et de Bidault viennent de vous montrer comme elle est tnrdive.

Hé bien ! faites-moi l'amitié de joindre à ce reproche de silence jusqu'à ce jour^ que me fait l'avocat du comte de la Blache ; faites-moi l'amitié, dis-je, de retourner en arrière (page 45) du mémoire fait par ou pour le comte de la Blache, au bas de la note, et d'y lire ces mots... « Croira-t-on... (ce verbe gouverne toute « la note) croira-l-on qu'à ce tribunal (les requêtes de a riiôlel), ainsi qu'à la commission et au conseil, il « n'a jamais osé en rien dire nulle parl^ ni s en plain- « dre^ »

A montour, je dis à mon lecteur : Croira-t-on, qu:'nd on a lu mes citations des mémoires Bidault aux requêtes de l'hôtel, et Falconet à la commission, que j'ai rappelées exprès dans ma /{^o/ise ingénue, qu'il y ail une effronlerie semblable à celle de ce plaideur, qui se joue même des avocats qui le défendent, en leur faisant croire que je n'ai jamais parlé de ce cachet apposé, ni reproché rien à cet égard, quoiqu'il soit prouvé que je n'ai cessé de le faire, sans jamais obtenir un seul mot de réponse? Croira-l-on qu'il expose ses conseils à écrire de pareilles bêtises? le croira-t-on ? Telle est ma septième preuve.

Apprenez encore, lecteur, qu'il n'est pas vrai qu'il y ait une surcharge d'écriture sur ce billet qui puisse empêcher aujourd'hui Tinscriplioii en faux, si l'on osait la prendre comme le dit la légion (p. 45), et que ce billet n'a été débhonoré, comme je vous lai appris, que par une roussissure générale à l'endroit de rêcrittuo, qui prouve qu'on Ta mis au feu pour lui faire snliirjo ne sais quelle épreuve; et parce qu'on a posé quelques petits pâtés d'encre sur les premiers mois du billel, pour lui donner au moins im air louche à la première inspection ; ce qui ne fait rien du tout au corps de l'écriture, ainsi que je l'ai fait expressément remarquer aux magistrats dans le cours de l'instruction ; et c'est ma huitième preuve.

Mais comme je me plais à cette question, parce qu'une fois bien nettoyée, elle vous peint à miracle, monsieur le comte, vous, vos moyens, vos défenses et vos défenseurs ; que d'ailleurs ce fait du mot et du cachet est de la plus grande importance, et ne fût-ce que parce que je viens d'avoir le plaisir de vous empiéger dans le plus terrible traquenard, je ne puis quitter ce caclietapposé sur un mot, qui d'abord était de récriture de M. Duverney, et qui n'en est plus aujourd'hui ; je ne puis, dis-je, le quitter tant qu'il tous restera le plus léger espoir d'entretenir un doute à son égard dans Tesprit de vos auditeurs bénévoles. Donc, pour le couler à fond, en vous ménageant une dernière ressource, jetais vous proposer un petit argument à l'anglaise, qui n*en aura pas moins de force, quoiqu'il n'ait pas tout le clioqaaot de votre logique française. Écoutez-moi bien :

J'ai déposé chez M* Pierre Boyer, notaire de cette ville, l'obHgation suivante, à laquelle je vous invite de joindre la vôtre, en changeant seulement les noms et les circonstances suivantes :

a Je soussigné, m'oblige et m'engage à payer à M. le comte de la Blache la somme de cinquante mille franc», si dans l'espace de deux mois je ne prouve pas, par le témoignage écrit de M* de Junquière, procureur au parlement de Paris, et par l'attestation que je supplierai M. Dufour, maître des requêtes, notre commuli rapporteur aux requêtes de l'hôtel, de donner, qu'après le plaidoyer et le mémoire de M* Gaillard sur ma prétendue friponnerie du cachet appliqué sur le mot Beaumarchais, et la déclaration de M* de Junquière à Paudiencei M' Dufour se convainquit de nouveau, en faisant écrire à M" de Junquière mon nom plusieurs fois couramment, que le mot Beaumarchais qu'on lit sur la lettre du 5 avril avait élé écrit par ledit M. de Junquière eo 1772, ainsi qu'il est dit dans mon mémoire, et non par M. Duverney, bien longtemps avant, comme le prétendait M" Gaillard. Attestation du procureur et témoignage du magistrat, qui prouveront que le mot a été couTert d'un cachet par la supercherie de mes ennemis : et je me soumets, dans le cas de la non-preuve offerte, audit payement ci-dessus énoncé, dont la somme est déposée à cet effet chez MM. Pécliier et Bouillon, à Marseille, au protil du comte de la Blache, à la seule conditiofl que le comte de 1 1 Blache s'engagera, par une semblable obligation et un semblable dépôt, au payement de pareille sonnne au profit des pauvres de cette ville, aus^ sitôt que j'aurai fourni ladite attestation et ledit témoignaf^e, les seuls qui restent à donner aujourd'hui de celle falsilication de mon titre. Fait à Aix, le 19 juillet

« Si(jné : Gakok pe Beaumarchais. »

Voilà, monsieur le comte, ce i\uo j'avais à vousdii^ sur votre dénégation actuelle, (''est à vous à montrerai j'ai bien ou ni;il raisonné sur ce fait, si ma pn'UveH louche ou complète, et si ma proposition est lH)uneJ prendre ou à laisser. Je vous attends.

'*Donc il ne faut pas tant se récrier sur la méchancel»^

MEMOIRES

de ce pauvre mémoire, que vous voudriez qu'on réduisit en cendres. Mais ce n'est pas cela que vous vouliez dire, car si vous faites ici la montre d'un grand ressentiment, pour la satisfaction duquel vous demandez un holocauste, avou» z que de cet ouvrage, dont vous désirez qu'on détruise au moins un exemplaire aujourd'hui, vous eussiez doinié bien des choses pour qu'on empêchât tous les autres de paraître, s'il y eût eu la moindre apparence d'y réussir. Voilà ce que vous vouliez dire. Mais ils existent ces exemplaires, et ils existeront comme un monument de honte à jamais imprimé sur vous ; et c'est encore ce que je vous prédis.

Ce mémoire est Misolent, répèlent en chorus les six avocats du légataire universel. L'auteur, au lieu de se défendre, y dit des sottises du comte de la Blache. Hé ! non, messieurs, ce n'est pas le mot. L'auteur, pour se défendre, y dit LES SOTTISES du comte de la Blache; el c'est bien dilférent.

Le comte de la Blache a fait le mal, et je dis le mal que le comte de la Blache a fait. Au lieu de me calomnier vous-mêmes, prouvez que j'ai calomnié le comte de la Blache, et c'est alors que vous aurez rempli noblement votre tâche, et que mon mémoire sera digne du supplice auquel vous voulez qu'on le destine.

J'ai pris, comme un rat, votre homme en un filet dont il cherche à ronger les mailles. Devez-vous aider, messieurs, de toutes les facultés de la langue et des dents, à ses efforts, à ce misérable rongement de maillons? elle métier d'un noble avocat est-il de descendre de son cabinet au cours, et d'y faire d'un défenseur public un insolent privilégié ? Heureusement je suis là ; je vous vois ronger, et je liens Taiguille et le fil pour recoudre à mesure tout ce qu'on s'efforce d'altérer à mon filet.

Si c'est à ce titre de calomnie que vous demandez la conflagration et la lacération de mon mémoire, il vous faudrait au moins la prouver, celte calomnie! Que si TOUS n'y parvenez pas, il s'ensuivra qu'en m'appelant calonmiateur, ce sera vous-mêmes encore qui m'aurez calomnié. Alors, messieurs, s'il fallait brûler le corps matériel du délit, que deviendraient la langue et les écrits des adversaires? etc. Il y a comme cela mille choses dont il ne faut pas trop presser les conséquences, el vous devez me savoir gré de ne pas pousser celle-ci plus loin.

Il est certain qu'entre mon adversaire et moi il y a un calomniateur à punir ; et de ma part je consens à l'opprobre, à la peine encourue, si je me suis écarté de la vérité dans un seul point de mes défenses, et si j'ai mt'nie cherché ces défenses dans des points de la conduite do mon adversaire étrangers à la question que j'ai traitée. Mais la preuve de la calomnie une fois bien faite, ou par Tun ou par l'autre, je demande avec instance que celui qui restera sous cette preuve y laisse aussi sa vie ; non pas, s'il faut me pendre, qu'on en doive faire autant, dans le même cas, au comte de la Blache : il est noble, dit-il, et ce n'est pas là son genre de mort. Mais, comme dit fort bien le pauvre Bernai

dille, lorsqu'il faut payer de sa personne, il importe si peu d'être allongé ou raccourci, que cela ne vaut pas la peine d'en parler.

Venons maintenant à la dénégation que vous faites d'avoir jamais coimu les lettres familières avant le procès entamé. Je n'ai pas le temps de faire de phrases. On nous juge après-demain. Pressons-nous donc de prendre les armes : Annibal est aux portes de Rome ; avançons. Et, suivant toujours ma méthode usitée, voyons de quoi nous convenons vous et moi sur cet autre fait important; le reste après est peu de chose.

Nous convenons vous et moi que les lettres existaient avant le procès et lors de la mort de M. Duvemey, puisque la seule proposition que vous puissiez accepter, selon votre lettre du 51 octobre 1770, était celle que je vous avais faite quelque temps avant, de remettre chez mon notaire « mon titre et lettres à l'appui en origi- « naux, pour que vous puissiez les examiner et en « prendre connaissance. »

.Nous convenons encore vous et moi que, dans ma lettre du 30 octobre 1770, à laquelle vous répondiez par celle du 51 , je vous avais mandé : « Je me suis pressé « de renvoyer à mon notaire mes papiers qu'il m'avait « rendus, • Or ces mots mes papiers ne pouvant se rapporter à l'acte seul du 1" avril, qui est une pièce unique, tnes papiers voulaient donc dire « mon titre et les « lettres à Tappui, en originaux. •

Dans ma lettre du 6 novembre, après vous avoir parlé de mon titre de créance remis chez M* Mommet, notaire, je vous dis, dans une phrase que je n'ai pas imprimée, quoique je vous l'aie communiquée, et que la minute entière soit au procès ; je vous dis ces mots : Soit que vous y ayez été ou non, je les retirerai (ce que je ne fis pourtant pas). Or, les retirer n'est pas retirer la pièce unique qui est mon titre, mais retirer le titre et les lettres à V appui ! les retirer ! Voilà ce dont nous convenons encore vous et moi; car nous ne pouvons pas faire autrement, les pièces étant sur le bureau pour nous démentir si nous tergiversons.

Nous sommes d'accord aussi vous et moi que, le 25 septembre 1771 vous n'étiez nullement inquiet, comme le dit votre soussigné d'écrivain dans la consultation de Paris, que j'ai réfutée ; et que vous ne commençâtes pas à cette époque à vouloir tirer des lumières de moi, que vous aviez déjà, puisque vos lettres et vos visites à M' Mommet en 1870 prouvent que vous sar viez dès ce temps-là tout ce qu'on prétend que vous vouliez apprendre à la fin de 1771.

Maintenant que déniez-vous donc, monsieur le comte î car il faut s'entendre : et puisque je dois toujours être le correcteur des idées des avocats, il nous faut donc à mesure poser des bases certaines pour nettoyer tout ce qu'ils disent; sans cela nous ne finirons point. Entendez-vous dénier d'être allé, dans le mois de novembre 1770, chez M* Mommet, examiner rade et les lettres ? Entendez-vous dénier d'y avoir mené M. Dupont, M. Ducoin et plusieurs autres personnes? Entendez-vous dénier que les lettres fussent déposées avec l'acte ; que ces lel-

MÉMOIRES

très, que j'avais oiïert depuis longtemps de soumettre à votre examen en originaux, soient leslées en arrière, lorsque j'ai remis l'acte et les pièces à l'appui chez le notaire?

Mais, premièrement, si j'avais fait celte grosse et malhonnête lourderie, quels cris n'eussiez-vous pas alors jetés sur ma mauvaise foi d'annoncer des éclaircissements, des titres, et de les soustraire ensuite ?

2* Ce n'est pas là ma marche, on le sait, et vous n'en avez formé aucune plainte, au contraire, c'est d'après ces premières communications à Tamiable que vous avez exigé qu'elles fussent jointes au procès, ce que j'ai fait; et celte preuve-là n'est déjà pas mauvaise.

5* Dans le mémoire du sage Bidault pour le vexé Beaumarchais f aux requêtes de l'hôtel, cet avocat a imprimé nettement (page 11) ce qui suit :

« Le sieur Duvemcy est décédé sur la fin du mois « de juillet 1770. Au mois d'août suivant, le sieur (!c « Beaumarchais écrivit au comte de la Blache,et lui fil « part des droits qu'il avait à répéter sur la succes- « sion.

« Le comte de la Blache lui répondit qu'il n'était « nullement instruit des affaires qui étaient entre lui « et le sieur Duverney.

« Pour lui donner les instructions nécessaires, le * sieur de Beaumarchais remit à M* Mommet, son no- « taire, l'original de l'arrêté de compte et plusieurs c lettres qui y sont relatives, et il invita le comte de 0 la Blache à voir ces pièces.

« Le comte de la Blache et ses gens d'affaires se sont « transportés chez M* Mommet ; ils y ont vu plusieurs « fois le traité du 1" avril 1770 et les lettres.

« Le sieur de Beaumarchais a fait plus ; il a engagé « M* Mommet de porter ces mêmes pièces au conseil « du comte de la Blache, assemblé riiez M" d'Outrea mont, et de proposer de s'en rapporter à la décision « de son conseil sur les difficultés, si Ton pouvait en « élever de raisonnables.

« Le comte de la Blache ne lui a l'ail faire que des « réponses vagues. »

Qu'avez-vous répondu à celte déclaration de mou avocat qui vous inculpait d'avance, en disant, sans biaiser, que vous aviez vu l'acte et les lettres avant le procès? Bien, absolument rien, vèridique plaideur! Rien dans aucun endroit, encore un coup rien! Kt celle autre preuve ne marche pas mal encore.

4"" Lor.^que dans mon mémoire au conseil j'ai imprimé ces mots si énergiques : « Alors je vous prouverai « que je l'ai poliment invité de venir examiner à l'ait niiable mes titre> chez mon notaire; qu'il y a plusieurs « fois amené les amis et les commis de M. Duvernev; « que tous ont reconnu récriture du testateur dans « rade cl dans toutes les lettres, et que tous l'ont voulu « dissuader do soutenir un aussi mauvais procès, etc. ►» qu'avez-vous répondu à cette nouvelle déclaration, qui, dans votre plan d'aujourd'hui, vous accusait encore d'avoir examiné en 1770 ces lettres que vous soutenez fabriquées en 1772 pour me tirer des objections

de Gaillard? Si chacune de ces preuves est d'un faible poids dans l'affaire, il faut avouer qu*â la romaine où je vous pèse, ces poids légers placés au bout des loo^ leviers tiennent lieu d'un poids énorme dans des hilances ordinaires. Qu'avez-vous donc répondu à une inculpation aussi griéve? Rien, absolument rien, toujours rien.

Dans le système de tenir mes provocations et mes réponses pour non avenues, vous glissez aujourd'hni dans votre nouveau mémoire (page 21 de la coosulUtion de six) en réponse au plus grave de mes reproches, qui est de m'accuser publiquement d*avoir fabriqué en 1772 ces lettres que vous aviez vues en 1770; vous glissez, dis-je, un paragraphe qui vous peint à mer veille et vous et vos défenseurs.

« Une autre astuce du sieur de Beaumarchais est de tf prétendre que le comte de la Blache avait vu avant le « procès des lettres produites à Tappuî de récrit '.giian^ « cela serait, il en résulterait uniquement qu'il avait tf préparé le commentaire et l'explication de son écrit « avant même qu'il fût attaqué. »

« Soit, monsieur le comte; et j'aime beaucoup, quand cela serait : mais si je l'avais préparé, au moins vous l'aviez vu ce commentaire, qui dans son vrai nom, n'est autre chose que ces lettres à Vappui. A peine ose^ vous les nommer ces lettres, en ayant l'air d'y répondre! Et quoique le mot quand cela serait ne soit pas on aveu parfait, tout ce qui n'est pas une dénégation absolue de votre part remplit si parfaitement cet obj<K, qu'on ne peut s'y méprendre; et quand vous nieria tout, dans la plus forte iicci^ption de ce mot, on sait, et nous savons vous et moi que c'est votre seule façon d'acquiescer. C'est le non des belles, qui veut soun-ut dire oui : il n'y a que manière de l'entendre.

Mais comme il ne s'agit pas ici de savoir si ce commentaire était fait alors pour expliquer un actequ'oo devait attaquer, ni si les lettres avaient été écritesa leur vraie date, mais seulement de vous jirouver qw vous avez voulu m'accuser dans votre consultation de Paris, répandue en Provence, de l'horreur d'avoir fabriqué en 177'i ces lettres que vous aviez lues en 1770; je réponds à quand cela serait, que si cela était, «lui qui aurait fait une telle accusation aurait accompli là plus déshonorante infamie, et qu il ne l'aurait accoinplie que parce qu'il n'aurait pas alors prévu que j'eusse conservé ses lettres et les miennes. Or, cet homme affreux, ce calomniateur, encore plus avéré même après votre réponse qu'il ne Tétait avant, c'est vous, naonsieuf Falcoz ! Tu es ille vir.

Voyez, lecleur, le Gaillard du barreau d'Aix s'entortiller dans son déni (page '22 de la consultation des sii). Le sieur de Beautnarchais ne voulait plus les donner ces éclaircissements, dit-il.

Non, avocat rusé ! ce n'est pas moi qui les refusais mais qri me plaignais qu'on les refusât de moi ; et ces éclaircissements qu'on refusait de moi sont ks éclaircissement verbaux, et non ceux par écrit : oo De voulait pas me rencontrer chez le notaire en personne,

MÉMOIRES

alin de se donner carrière à Taise eu mon absence sur Facte et sur les lettres qu'on m'invitait d'y déposer. Voyez encore, lecteur, comment cet écrivain jésuitique s'arrange avec sa conscience, en escobardant à plaisir. < De là il n'est point vrai, dit-il (page 22 à la m suite), qu'avant le procès il ait montré au comte de « la Blache les leltres à l'appui dont il avait d'abord « parlé. » Gert'jinement je ne les lui ai point moniréeiy car je n'y étais pas. Mais cela n'a pas empêché qu'il ne les y ait vues, lui et ses amis, en mon absence. C'est par de semblables échappatoires que cet avocat entend trahir la vérité, sans être taxé de mensonge ? c'est ainsi qu'il aide à ronger les maillons du filet dans lequel j'enferme son client, et c'est ainsi qu'il voudrait nous prouver, dans toute cette consultation des six, qu'une eho$e peut n'être pas vraie^ satis pourtant être fausse, et tout le galimatias que cela entraine ! Quel triste métier que celui d'avocat, quand on en abuse à son escient! C'est à faire grand'pilié.

liais pour qu'il ne vous reâte pas plus d'espoir sur le (ait de ces lettres, monsieur le comte, que sur celui du cachet apposé, lesquels faits sont aussi graves l'un queTnulre, parce qu'ils sont l'un et l'autre les actes les plus lâches dont un plaideur de mauvaise foi puisse étayer de mauvaises défenses, je vous condamne à déposer encore, contre ma soumission et mon dépôt de cinquante autres mille livres, une pareille somme que TOUS retirerez avec la mienne, si je ne vous couvre pas de la confusion que vous méritez, sur le tergiversement de cet aveu, sous deux mois révolus, par l'attestation du notaire, qui vous montra le 6 novembre 1 770 Tacte et les leltres à l'appui en originaux (lesquels mots, en originaux, vous avez tremblé de transcrire, et n'avez pas transcrits dans l'énoncé que vous faites au mémoire, de votre propre lettre déposée au procès) *, et si je n^appuie pas l'attestation du notaire par celle des personnes mêmes qui les y ont vues avec vous. Osez déposer, insidieux adversaire, osez déposer I Osez seulement en faire votre soumission ici : car c'est voire honte que je veux consommer, beaucoup plus que je ne Tcux épuiser votre bourse : osez donc mettre votre soumission chez le notaire auprès de la mienne ; et toujours avec la condition que mes cinquante mille livres TOUS appartiendront si je manque à ma preuve oflerte, et que les vôtres seront pour les pauvres de cette ville, si je vous force, par ma preuve, à les abandonner!

Voilà ce que j'avais à dire aussi sur ces lettres que vous n aviez pas vues, mais sur lesquelles pourtant vous aviez toujours gardé le silence, malgré les provocations redoublées de mon avocat et les miennes, jusqu'à ce qu'enfin pris, acculé, bien enlacé par ma Réponse ingénue sur cet article si déshonorant, vous nous offrez pour toute réponse : Et quand cela serait !

En vain soutenez-vous encore par la plume de votre

avocat (page 22 de la consultation) « que j'ai dit avoir

« aussi communiqué les lettres dont j'ai fait donner

• copie le 20 juin dernier. S'il l'avait fait, ajoutez-vous,

« on les aurait discutées, ou on en aurait pris, comme

BBAUHAftaUlt.

c des autres, des copies figurée^, • Communiquer, ô avocat! c'est mettre au sac. J'ai soutenu seulement que le comte de la Blache les avait toutes vues chez mon notaire en 1770 : car mon argument n'est fort et déchirant que parce qu'il prouve qu'il les avait vues avant le procès, et non qu'elles avaient été communiquées pendant le procès.

Mais pendant que je réponds, en feuilletant le mémoire pour ou par le comte de la Blache, je trouve (page 5, au bas) son désaveu formel d'avoir jamais vu chez le sieur Mommet, notaire, autre chose que le prétendu titre. Tant mieux qu'il ait plus osé par sa plume que par celle de l'écrivain de^ six ; cela ne change rien à tout ce que j'ai dit, et ne m'en donne que plus de joie sur la soumission d'argent à laquelle je le condanme.

Mais pendant que je réponds encore, arrive quelqu'un chez moi, qui prétend que ces lettres, dont on convient avoir pris des copies figurées, et qu'on montre à tout le monde, sont revêtues de l'atlestation de M* Caillard, avocat, disant c qu'elles sont parfaitement conformes « aux originaux, pour les avoir fait copier lui-même « lorsqu'il les a eues en sa puissance. •

Je ne puis ih'absurer de ce fait ; mais je supplie les magislrats de vouloir bien le vérifier. Ce serait une preuve de plus que M» Caillard a bien eu, comme je l'ai dit, le titre et les lettre cinq jours en sa possession ; et j'en suis sûr, car ce fut moi-même qui les lui portai. Sachez donc, ennemi de mon repos et de mon honneur, qu'il n'y a plus de ménagement entre nous deux ; que je n'y admels plus d'autre distance que celle qui se trouve entre un calomniateur et un calomnié ; que la première de ces qualifications sera le nom, l'opprobre et la tache ineffaçable de celui de nous deux qui a les torts odieux que je ne cesse de vous reprocher. Voilà ma déclaration.

Je n'ai pas le temps de répondre à tous les raisonnements de votre dernière consultation, aulrement qu'en assurant mes lecteurs qu'il n'y a pas une seule phrase dans cet écrit qui n'ait été pulvérisée dix fois d'avance dans tous mes mémoires passés, et surtout dans mon mémoire au conseil ; je voudrais pour cent louis qu'il fût dans les mains de ceux qui vous lisent aujourd'hui : ma plus forle et ma plus désirable vengeance est le profond mépris qu'ils en concevraient pour votre insigne mauvaise foi. Passons.

J'ai fait observer aux magistrats, dans les instructions de ce procès, que vous leur en aviez imposé sur le inalériel d'une lettre que vous présentez dans une note (page 55 de la consultation des six) comme ayant deux cachets l'un sur l'autre, impossibles à concilier, ditesvous, à cause de leur emplacement. Et ma preuve, tirée à l'instant de l'original même de cette lettre, est peut-être le plus fort argument que j'aie pu employer devant eux contre votre affreuse manière de m'attaquer sur tout.

*Jè leur ai fait observer aussi dans ces instructions I que la lettre aux prétendus trois cachets, citée par

MËHOIKES.

vous (page 5G), n'a que les deux qu'elle doit essentiellement porter, puisqu'elle a élê écrite, envoyée, répondue et rentrée ; et ce secx)nd trait renforce le premier.

J'ai aussi constaté, par une nouvelle production au procès, tout l'intérêt que M. Duverney prenait à moi, et sa véritable opinion sur l'homme que vous voulez déshonorer: opinion consignée dans sa lettre à M. le contrôleur général, sur la charge dont je sollicitais l'agrément. Comme en citant cette lettre (page 46 de la consultation), vous vous ôles bien gardé d'imprimer un seul mot de ce qu'elle contient, je vais la transcrire en entier, aiin que son interception dans votre mémoire ne nuise pas au bien que son contenu fait à ma cause.

M, Dtiverney au contrôleur (jémh'aL

« Je croirais manquer de respect à la famille' royale, « si j'ajoutais la recommandation d'un particulier à • celle qu'elle a donnée à M. de Beaumarchais auprès c de vous. Mais il exige seulement de mon amitié que « je mette au jour l'opinion que j'ai de lui. Quand je « n'aurais pas de preuves verbales et par écrit du cas « que Mesdames en font, je ne pourrais lui refuser « les bons témoignages que tout le monde doit se « plaire à lui rendre. Depuis que je le connais, et c Qu'u EST DE MA piTiTE sociéTÉ, tout m'a couvaincu < que c'est un garçon droit, dont 1 ame honnête, le « cœur excellent et l'esprit cultivé méritent Tamour « cl Testime de tous les honnêtes gens. Éprouvé par « le uïalheur, instruit par les contradictions, il ne « devra sou avancement, s'il y parvient, qu'à s<'s bonnes « qualités. L'acquisition qu'il fait aujourd'hui est la M preuve de ce que je dis. Ses amis pouvaient lui pro- « curer un emploi plus lucratif des fonds considérables K qu'il y destine, s'il n'eût préféré le plus honnête au « plus utile. Je lui rends ces témoignages avec d'au- « tant plus de plaisir, que je sais qu'ils >onl d'un « aussi grand poids à vos yeux (;ue la faveur la phis ^ décidée. Je saisis avec empressement cttle occasion « de vous assurer, etc., etc.

w Sitjnè : Paris Diternev. »»

El vous taisiez celte lettre, dont la minute était dans les papiers de l'inventaire Duverney, el dont je n'ai, moi, que la copie! Et lorsque vous êtes forcé, par une signiticalion, d'en parler au moins dans votre inéinoire, vous en retranchez tout le contenu, afin de l'affail^lir ; et vous vous conteniez seulement de dire (p^'^c^* ^^» ^1^' la consultation des six) :

« Chacun sait ce ipie preuve une leltre de reconi- «I UKUulalion ; celle-ci de\ait être plus forte qu'une « autre, à raison de l'intérêt pressant que Mesdames « mirent à l'affaire : elle ne prouve donc pas inliniilé. »

Non, monsieur le comte, elle ne la prouserait pas toute seule ; mais ipiand elle esl appuyée de toutes œlles que j'ai produites, el qu'on peut d'autant moins la révocpier qu'elle a été trouvée sous les scellés de

Bl. Duverney, un plaideur de bonne foi, en la dUnt^Faiirait transcrite, et serait convenu qu'un homme aussi respectable que M. Duverney ne pouvait damner ae jeune de Beaumarchais un plus honorable témoigna de son estime et de son affection. Ainsi donc, pour kl constante, quand vous ne pouvez pas nier, tous falsiâa; et, dans l'impossibilité de falsifier, tous intercepta os ne faites que citer sans transcrire. Ct par cette nttf, vous me forcez de toujours mettre au net ce qoe toqs embrouillez, de renforcer ce que tous atténaei. Vais, à votre aise, monsieur le comte : car si tous ne toqs lassez pas de me fuir el de vous terrer, je ne me lasserai pas de vous poursuivre ; et tant que tous sera le lapin rusé, je serai, moi, le furet obstiné.

Pourquoi vous abstenez-vous, par exemple (page if de la consultation), de transcrire ma lettre du t^jnio 1770 à M. Duverney, puisque vous nie FaTez signifiée! Est-i!e parce qu'on y lit cette phrase, qiii prouve autant la confiance de M. Duverney que sa réplique dtéepir moi (page 564 de ma Réponse ingénue)?

Il s'agissait d'un mémoire sur lequel je disais mon avis: « Mais comme cet essai fait trop d'iiomieurâ « l'éducation et à l'élève pour rester inconnu, et fë'e» « remplissant Vobjet pour lequel rot» me Votes ctmfê, « il pourra subir l'examen, etc. •

Esl-ce parce qu'elle contient cette autre phrase, qu est étrangère au mémoire et se rapporte à d'autre objets de confiance dont j'ai montré les matériau an magistrats qui nous jugent?

a J'ai lu aussi tous vos règlements : j'aurai Tbonnaff i« de vous dire aussi ce que j'en pense. J'exciperai dt ^ votre confiance pour vous coinnuiniquer, arec uk »' louable franchise, un projet qui rnest tombé dont M iidà% et qui me parait concourir parfaitement » V but i|ue vous vous proposez. Trop heureux si je piw t' réussir à faire quelque chose qui vous soit a-iêi- " ble, etc. »

Et ce grand projet dont je lui promettais de bi conlior l'idée, j'ai fait observer à nos juges qu'il ara' eu sa pleine exécution, el j'ai joint à mon observatiflo toutes h*s copies du plan, des lettres de M. DoTerwy aux puissances, et des puissances à lui ; le tout de U même écriture que les letti*es du bureau de M. Duveniej à moi, parce qu'il me les avait remises alors poor en faire le bon usage dont j'ai encore instruit nos ju2^ el qui me donna tant de droits à la reconnaissance à? ce ^rand citoyen.

Voilà comment les choses sont faibles ou fortes, selon qu'elles sont présentées ; voilà comme elles sont importantes ou frivoles, suivant la preuve qu'on y ajoute, oa le retranchement total qu'on en fait. Et vodà comment ce que vous niez, il faut toujours \^ passer pour cûùvenu. i»arce que c'est de vous surtout qu'on peut din? avec vérité, que deux néijations valent une attirroatt*! el iiu'en général votre négation est plus affinnativequ^ ce non des belles qui veut i|uelquefois dire oui. mais qui ne le signitie pas toujours.

N'ayant plus qu'un moment à parier, je ne m*«ar-

MÉMOIRES

ferai point de la méthode utile de toujours déduire mes réponses actuelles de celles qui les ont précédées, et je ne répéterai pas ici ce que j*aidit ailleurs. J'appliquerai seulement avec rapidité quelques remarques sur ce qui, étant nouvellement objecté, n*a pu être répondu nulle part.

Vous dites, monsieur le comte (p. 3 du mémoire fait par vous ou pour vous), que j'ai présenté le sieur Dupont, exécuteur testamentaire de M. Duverney, comme favorisant mes prétentions, pendant qu'il est, selon vous, votre meilleur ami. Mais je n'ai pas dit un mot de tout cela dans mon mémoire. J'ai prouvé que vous écartiez avec soin du grand-oncle tout ce qui vous semblait nuisible à vos intérêts. A la suite de beaucoup do faits, j'ai cité celui de l'exécuteur testamentaire, parce qu'en effet il y avait plus d'un an que la porte de II. Duverney lui était fermée par votre intrigue, et qje je le savais très-bien, lorsque ce dernier mourut. Je dis un fait avéré, je dis un fait très-grave ; et vous répondez à cela : Dupont mon ami !

J'ai cité ma lettre et la réponse de cet exécuteur, pour prouver ce que j'avançais ; pour prouver surtout dans quelles dispositions affreuses vous étiez à mon égard, avant que vous eussiez l'air de savoir un mot de mes prétentions, et vous répondez à tout cela : Dupont mon ami ! comme si je vous contestais que le sieur Dupont fût devenu votre ami, c'est-à-dire mon ennemi.

J'ai dit ce qui fut écrit alors. J'ai cité ce mot frappant de sa réponse : Je connais tout le mal qu'on a ifoulu me faire. Je vous ai fait grâce, en morcelant sa lettre, du doute raisonnable où il était alors et où il aurait dû se tenir, de ce doute qui lui faisait écrire, en parlant de M. Duverney, s il en a dit quelque chose à son légataire, ou celui-ci ne dit pas vrai, ou il lui en a parlé, etc. El celte lettre que vous me reprochez d'avoirtronquée, vous savez que je l'ai déposée entière dans les mains de M. le rapporteur; el pour égarer totalement la question, vous répondez à tout cela : Dupont mon ami ! Quel rapport péut-il y avoir entre l'amitié qui existe entre vous deux aujourd'hui et les choses sérieuses que j'ai imprimées ?

J'ai dit que le sieur Dupont était un homme prudent et circonspect, qui voyait froidement alors ; j'ai rapporté à l'appui cette phrase de sa lettre : Je connais assez les affaires qu'il vous laisse à démêler avec son héritier pour que je ne veuille pas y jouer un rôle. J'ai avoué de bonne foi le refus qu'il me fit de se rendre conciliateur : ce qui ne montre cet exécuteur dans aucun jour qui me soit plus favorable qu'à vous ; j'en dis seulement un mot qui tient à mon affaire, et je le laisse où je l'ai pris. Et vous venez faire gémir toutes les presses de la ville pour répondre oiseusement à cela : Dupont mon ami! ! C'était bien la pçine d'écrire! (Page 12.) Vous me reprochez de citer un notaire qui est mort. Eh mais ! il était vivant quand M. Du- Terney lui fit passer cet acte en brevet ; il était son notaire d'habitude; il avait eu le dépôt de la charge de

grand maître ; il avait fait les contrats de celle de secrétaire du roi ; il ût enfm le brevet viager de six mille livres de rente. Et parce que vous me plaidez dix ans de suite, vous prétendez que je serai tenu de conserver tous les témoins sains et vifs. Ce notaire a uni comme nos deux avocats, parce que vous ne fînissezpas, vous. Ce notaire était vieux, il a fmi par force de durer, cotnme toutes choses mondaines ; et vous ne cessez pas de vous rouler dans la poussière du Palais, et de blan* chir un officier de guerre au service de la chicane. Certes, je ne disputerais point vos plaisirs, si vous ne m'en faisiez pas supporter le chagrin et l'ennui. Mais ce notaire valait-il la peine d'écrire î

Vous dites (page 16) que je ne devais pas vous appeler Vhéritier de M. Duverney, parce que vous n'êtes que son légataire. S'il eût été question des vertus de ce grand citoyen, j'y aurais en effet regardé de plus près; mais, ma foi, pour de l'argent c'était peu de chose. D'ailleurs, si c'est un faux, vous l'avez commis vous-même, en disant, page 50 de votre consultation de Paris : « D'où aurait-il donc su que M. Duverney « faisait le comte de la Blache son héritier ? Confic- « t-on à des étrangers le secret de ses dernières dispo- « sitions?

Or, si le secret des dernières dispositions de ce testateur était, selon vous-même, de vous faire son héri^ tier, pourquoi cette expression serait-elle plutôt un faux dans ma bouche que dans la vôtre? Cela valait-il la peine de priver toute la ville de ses presses pendant dix jours? Et l'on appelle cela des défenses »

Vous dites (page 50, au bas) que ma lettre du il octobre 1769 porte ces mots: J'arrive de Towaine pour mes affaires; et ma lettre du 11 octobre, que vous avez imprimée dans ce mémoire (à la page 26). où je vous renvoie expressément, ne dit pas un mot de cela. Il faudrait au moins masquer votre grosse duplicité par un peu plus de finesse, monsieur le comte !

Je vous reproche dans ma Réponse ingénue d'avoir dit partout que M. Duverney n'avait ni chagrin ni infirmité lorsqu'il est mort le 17 juillet 1770; je vous y fais une grande honte de celte dure ineptie; et maintenant vous convenez (page 5^) qu'il avait, au temps de sa mort, de grands tracas sur cette École Militaire. Avaisje dit autre chose? Ce n'est pas ainsi que vous me battrez avec mes propres paroles, je vous en avertis : autant vaudrait ne rien répondre que de nous répondre

des riens.

Vous dites spirituellement (page 59) que j'ai trompé la confiance de mon ami en ne brûlant pas ses lettres mystérieuses. Eh bien ! tâchez de trouver dans les débris du commerce que je produis au procès un seul mot qui commette les secrets de mon ami ; alors je pourrai penser que votre réponse, au lieu d'être un jargon bien sec, une battologie de mots enfilés, un chquetis de paroles, est une vérilale réponse. Mais jusque-là, rien.

Vous dites (page 04) que l'opération du supplément de cinquante-six mille à cent lrentc»-neuf mille livres était si simple, qu'on est surpris que je ne laie pas

MÉBfOIKES.

présentée devant les premiers tribunaux. Eh bien ! dans votre style, cela veut dire que je Tai présentée dans les premiers tribunaux. £n effet, c est ce qui est arrivé. Voyez mon mémoire au conseil (page 306 et suivantes).

Tout le reste n'est, comme cela, qu'une plate redite d'objections débattues, bien battues, rebattues, et qui font soulever le cœur à force d'avoir été lues, relues et foudroyées. En voilà trop pour vous. Suivant votre avocat Légion dans sa consultation des six.

Page 13 de cette consultation, cet écrivain disserte à perte de vue pour prouver l'incertitude de l'art des vérificateurs. On sait tout cela comme lui ; mais jusqu'à ce qu'un meilleur moyen fasse promulguer une nouvelle ordonnance, il est clair qu'il faut s'en tenir à ce que nous avons. Si c'était moi qui eusse ainsi disserté sur l'incertitude de cet art dangereux, quel avantage le comte de la Blaclie n'en eût-il pas tiré pour sa cause ! Je ne dis mot, je me soumets à la loi ; et, par un renversement singulier, c'est Taccusateur qui fuit de toutes ses jambes à la preuve que cette foi lui offre. A-t-on jamais ouï parler d'une telle bizarrerie? Et que nous fait que V Encyclopédie ait prétendu que des faussaires ont eu l'art d'enlever l'écriture? N'est-il pas absurde d'en appliquer l'observation à un acte fort long, écrit au-dessus d'une signature et d'une date au bas de la seconde ou de la quatrième page d'une grande feuille à la Telliére?

Cet avocat suppose (page 16 et toujours de sa consultalion) qu'il Cbt prouvé que vous n'êtes point avare. Je veux vous faire un tour pendable. Dans l'espérance que ma réplique ira jusqu'à Paris, je veux transcrire ici son passage, il sera ma seule réponse ; on la trouvera sanglante : « Déjà parvenu à un grade honorable, « estimé de tous ceux qui le connaissent, il (le comte « de la Blache) n'avait donné aucune nianjue de cette « avarice sordide dont le sieur de Beaumarchais l'ac- « cuse, etc. »

L'accuse ! Eh mais ! n'ai-je pas ennobli tant que j'ai pu les motifs de vos procédés, en accolant toujours la haine à l'avarice, au point que l'on m'a reproché de multiplier les êtres sans nécessité?

Vous dites, ou l'on dit pour vous (page 50) que je n'ai eu garde de produire lorujimil de la lettre qui me fut adressée par M. Duveniey le ''21 juin 1765. Le lecteur doit entendre ici que j'ai produit cet original, puisque vous le niez. En effet, cet original est dans les mains de M. le rapporteur. iN'est-il pas fort original qu'on se défende ou qu'on attaque, en portant toujours pour faux ce qui est incontestablement reconnu pour vrai?

C'est pourtant là tout le secret de vos défenses !

Vous avez cru, lecteur, que je plaisantais et je l'ai cru comme vous lorsque j'ai dit dans ma Réponse ingénue (page 504) : « Je n'emploierai pas celte première preuve « d'intimité ; car ON pourrait me répondre (|u'O.N ne « voit pas la nécessité de conclure qu'un homme en « aime un autre et le considère parce qu'il lui prèle

« en plusieurs fois prés d'un million sans sûreté. -

Eh bien ! on ne peut rien avancer de si absurde, que le comte de la Blache ne s'en empare à l'instant. Tova comme il a saisi notre idée (page Si) : < Sans êtrerami « intime de quelqu'un, on lui prête tous les jours arec « hypothèque et privilège sur un oflice ou sur d'aolies « effets... » Prés d'un million sans sûreté, deTait-i ajouter, pour rendre la réponse complètement ridicule!

(Page 48.) Le consultant nous dit : « Sur Tachât d'une « d'une maison à Rivarennes... Le sieur DuvenieT,qu « n'aurait pas manqué de répondre sur un objet de cette « importance, n en dit absolument rien. » Souveneivous toujours, lecteur, que cela veut dire N. Duveney. en parle beaucoup. Voyez sa réponse à ma lettre précédente du 22 septembre 1769, où cet objet est traité a détail. Ici je lui annonçais seulement que tout était rompu, qu'il ne fallait plus y penser; ma lettre état une réplique à sa réponse. On ne peut se lasser d'admirer le bon sens ou la bonne foi de tous ces écrivains !

(Page 49.) « Cet article des bois est déjà nettojé; < vous saurez de combien vous m*étes redevable sr « cette partie. » Phrase de ma lettre du 8 octdve, dott l'avocat abuse à son escieiit. Voyez-le s'échauffer la tète, et suer de l'encre, à trouver une contradiction entre cette phrase et celle-ci de ma lettre du 9 janvier suivant : < Â cet article des bois près, nous sommes fac- « cord sur tout le reste. » Mais le sage magistrat qa, sur votre citation, lit mes deux lettres, voit que dans la première il s'agit de calculs de fonds avancés, et que dans la seconde il est question de savoir à qui de oios deux restera l'entreprise des bois; ce qui n'est fwâit contradictoire. Or, si le lecteur veut s'ainuser Ivii-iDène à la vèritication de ce fait, après avoir relu la cilaliai qui apparlieiit à ma lettre du 8 octobi'e 17C9 : • Ci-joint « la copie e.\acte de l'mventaire général de nos misfi « de fonds pour les bois. Cet article est déjà nettoyé, d « saurez de combien vous m'êtes redevable sur celle pJf- « tie, » il peut remonter à la page 52 du mémoire par ou pour le comte de la Blache, où ma lettre du 9 janvier 1770 est rapportée en entier ; il y verra ces mois: « Vous m'avez prié de réfléchir sur votre proposili«» « je l'ai fait; j'aime mieux que vous ayez tout l'ùitént « (des bois) à vous seul, que de le prendre, moi. Je ne c puis meUre le bien de ma femme dans mes affaires. « et je n'ai plus d'argent, s'il faut des fonds. A cet arti- « cle des bois près, nous sommes d'accord surtf«lk « reste. »

Et lorsque après une aussi vicieuse objection, orf aw^ cat finit sa tirade en faisant le bonhomme, en jouant* l'indigné par celte conclusion ; « La fraude ne«*" « céle-t-elle pas par de pareilles contradiclKM»? ' n'ai-je pas bien droit de lui rétorquer son a/^iufl»* en lui disant à mon tour : « Ainsi la mauvaise fti' a décèle toujours par de semblables citations? '

Si je n'emploie p:is exactement sa phrase en lu"*" pondant, c'est que je n'aime pas ce choc raW* de syllabes, décèle-t-elle pas par de par,,. Maisctf»* je l'ai déjà dit dans je ne sais quelle de mes réponse

MÉMOIRES

« s'il ost loléré de mal écrire, ô avocnt ! il esl ordonné I € de citer juste, ô honnête homme ! » El j'ose bien asi surer que si vous aviez un père qui eût lu votre consul- ^ talion, il se sérail bien gardé de s*écrier dans sa joie, - comme le juste Siméon : Nunc dimiitiê servum tuum, j Domine ; ou bien ce père-là ne serait pas diffîcile en con- E sultations. Hais je perds du temps, et je n*en ai pasass sez pour fmir mon ouvrage. Avançons.

« Le seigneur ON avait imprimé que jamais M. Duver- P ney ne m*avait écrit un seul mot d'amitié. Je cite en ré- 4 pense un billet de lui, portant ces mots : « Votre santé « m'inquiète, monsieur; faites-m'en donner des nou- ; « Telles tous les jours, jusqu'à ce que je puisse vous voir «ce que je désire ardemment. » Que réplique à cela le , Je candide avocat ? « Point de date (dit-il) ; en sorte que ^ « le sieur de Beaumarchais a pu appliquer au 15 juin l ce qui aurait pu lui être écrit dans un autre tpmps, etc » Aurait pu! apuap Quand on est forcé de déraisonner, oh ! comme on écrit mal ! L'attention qu'on donnerait à son style, il faut la porter tout entière à son ^ plan ; et Ton devient si gauche ! Eh ! qu'importe, avocat, qu'il ait écrit le 10 ou le 15, en janvier ou septembre, ^ vn pareil billet? en est il moins un billet amical? Et "^ pouvaifr-je mieux relever que par le billet de reproche de n'avoir jamais reçu de mon ami un seul mot d'amitié? Monsieur le comte de la Blache, vous êtes bien contagieux ! En honneur, vous empestez et bêtifiez tout ce ~^ qui tourne en votre sphère!

En voyant les efforts que fait l'avocat Légion (p. 54 et 55) pour effleurer le billet que j'ai décrit (page 574 et suivantes dans ma Réponse ingénue) , les magistrats, qui "^ ont la pièce originale sous les yeux, doivent un peusou- "^ rire, et prendre un tel orateur en grand'pitié, tant sur ^' k forme qu'il attribue au billet que sur l'impossibilité ^ des cachets et des plis du papier !

Réellement ce n'est pas pour nos juges que ces mes- ■^ sieurs écrivent : ils ne peuvent plus ?e flatter de leur en "^ imposer. Les pièces qu'ils attaquent sont sous leurs ^ ' yeux, et je suis là pour balayer les faux indices. Nais ces ^ arocats écrivent pour la bonne compagnie du cours et ^ de la ville, que l'auguste circonspection des magistrats "^ tient dans Tincertitude. En attendant l'arrêt, ces avocats *^ «Ddorment leur client, par l'espoir qu'on croira sur le ^" cours qu'ils ont bien répondu. Soyez tranquille, mon- "^ matr le comte, lui disent-ils respectueusement, c'est un -^ duen qui aboie à la lune. Et le client furieux, que ces "" propos ne réjouissent pas, leur répond : Oui, mais en ûUendant, cest un chien enragé qui me mord les deux -\^jembe*. S'il avait dit, qui me coi//î? hardiment, l'image ^t été plus correcte. Mais ils se trompent tous à mon ? je ne suis ni chien ni enragé; je ne mords les s ni ne saute à la face ; je suis un malheureux plaideur, bien tourmenté, bien vexé, qui n'a provoqué nne, et qui n'écrit jamais qu'en répondant. Eh ! sez-moi tranquille, je ne dirai mot. Mon emblème est tambour, qui ne fait du bruit que quand on bat s.

C^age 56.) « Cette lettre porte (dit l'écrivain), on ne

« sait pourquoi, trois cachets. Ne serait-ce qu'au troi- « sième que le sieur de Beaumarchais serait venu à bout « de la faire cadrer à son dessein ? »

Et vous aussi, Martin! vous voulez badiner! Mais Martin, vous avez les pieds trop lourds, et vous dansez de mauvaise grâce ! En attendant, sachez. M* Martin, que la lettre dont vous parlez, bien examinée par les magistrats, est reconnue ne porter que deux cachets, comme je crois l'avoir déjà dit plus haut. J'écris si vite et l'imprimeur m'enlève si promptement les morceaux pour les enfourner tout chauds, qu'il ne m'est pas possible de savoir si j'ai parlé de cette lettre ou non : mais, en pareil cas, la redite est un petit mal. Eh! pussé-je n'en avoir pas de plus grave à reprocher à mes adver* saires !

(Page 58.) Voyez-vous, lecteur, ces grosses lettres capitales qu'il emploie en style d'écriteau, pour rappeler que j'ai dit que M . Duverney déguisait son style et sa main, quand il écrivait mystérieusement; comme si cela m'était échappé bien imprudemment, ou que j'eusse voulu me ménager une grande échappatoire, en disant qu'il déguisait sa main. A cela, voici ma réponse.

Tel billet de M. Duverney est supposé par eux n'être pas de sa main ; tel autre n'est querellé par eux que sur la supposition d'un anachronisme. On reproche les deux billets, on les trouve écrits f/e lamêmemain. On fait cette épreuve sur tous les billets l'un après l'autre ; on voit la fourberie, et l'on sait par cœur le comte de la Blache. Entendez-vous, messieurs, ma réponse? Il n'était pas besoin de vous mettre en légion pour faire de pareille besogne; et votre homme a beau ronger le filet, appeler à son aide tout le conseil des rats, je ne vois pas qu'aucun d'eux m'ait encore attaché le grelot. Bien est-il vrai qu'à vous sept vous avez cru me frapper du glaive de la parole. Mais tout compté, tout débattu, lorsque vous m'avez passé tous au fil de la langue, il se trouve qu'il n'y a de blessé que l'oreille de vos auditeurs.

Pourquoi ne pas laisser au comte Falcoz le soin important de m'injurier et de me calomnier! Il s'en acquitte si bien ! Puis, sitôt qu'on sait quel il est, chacun se retire, en disant : Tant qu'il vous plaira, monsieur Josse! En effet, il esl bien le maître; mais vous! vous, messieurs !

Laissons cela. J'ai trop à me louer du barreau de celte ville, et j'y ai reçu des témoignages d'un zèle trop obligeant de tous les jurisconsultes, pour que je garde un peu de ressentiment contre quelques-uns d'entre eux. En écrivant ainsi, vous ne m'avez fait aucun mal ; vous n'avez trompé personne, et vous avez bercé votre client. Vous avez senti que toutes vos petites ruses de Palais seraient vertement relevées si j'avais le temps de prendre la plume, et vous vous y êtes livrés sans scrupule : aussi votre ouvrage, fait à la hâte, un peu verbeux et sans esprit, comme les miens, est-il parfois jésuitique, obscur, louche et frisant la ruse blachoise en quelques endroits; mais, malgré cela, chacun dira toujours que c'est un ouvrage excellent.

Quand je dis excellent, c'est-à-dire une œuvre peu

406 MÉHC

bonn£(c, encore moins r^fliicliic, d'un slyte sec el lourd. et qui, s'il ne. sulisfnil pns les (;ena de loi, ne. plaira p.is davantage aux gcnsdc goiJI.Muis qu'est-ce que logoùl, messieurs, à le bien prendre! un examen diffîcile. un jugement pur, exact et délicat des intimes objets dont le commun des lecteurs jouit bonnement et sans réflexion. Hais quaod la critique austère est partout snbslilnéeau plaisir innocent, l'honneur de ne se plaircà rien finit sou- Tent par tenir lieu aux gens de godt du bonheur qu'ils avaient de se plaire à tout quand ils étaient moins diffi' dies. Faible dédommagement des jouissances qu'un trop rigoureux examen nous fait perdre! Faisons donc quelque eiïort pour trouter cet ouvrage excellent : ils ont eu tant de mal à le faire ! et cela est bien naturel, ils n'élaicnl que sept à le composer !

A l'instant où je finis ce mémoire, ce samedi au soir 18 juillet 1778, je reçois par huissier la signirication in extremit, de l'aveu du comie de la Blache, que U' Bidault avait confié mes lettres familières à H* Gaillard ; aveu qui couiplète enfin ma preuve que l'apposition du cachet sur le mot Beaumarchait, et tout ce que j'ai reproché dans ma Réponte ingénue, il l'adversaire, est arrivé, comme je l'ai dit, pendant cette communication à l'amiable.

. Voici ce que porte le certiflcal de feu M' Gaillard :

« le soussi^^né, avocat au parlement, cerliFie que j'ai « fait figurer sous mes yeux les copies du billet ci-dessus « (c'est celui du S avril) et de la lettre écrite sur le t rec(o de l'aulre part, sur l'origiail qui m'a été coni- « muniquéparfeu N'Bidaull, mon confrère, lors des « pliiidoirics de la (Muse entre le tomle de la Blache ei . M. de Beaumarchais aux requêtes de l'hôtel, aprùs . que M- Bidaull, assisté de M. de Beaumarchais, eiU « fait valoir lesdits billfts et lellres â l'appui de l'acte « dont il demandait l'exéculion. A Paris, le 16 mai 177Ô' ■ Signé : Cau.lasp. >

Hais quel |ieut être le motif d'un pareil aveu du comte du la Blache, sii^'iiilié par huissier, au dernier moment du procès, après avoir eniplo)è, dans la consullalion des six, les jiages 41, 42 et 43 à louinei- pi^ nibloment autour de la difliciiliè, sans rien dlie, au lieu de la résoudre brusquement par le cerlilical de Gaillard T

Quand j'ai levé la granile question du cacliel apposi^, dans ma /{«'/wiiie iiujérnie; quand j'ai dil que N' Bidault avait [Oinniuniqué les lettres à l'amiiilile ;i M" Gaillard pcmhmt les plaidoiries des requèles de l'hûlel. quoique je m'y fusse op|iosê dans le temps; quand j'ai dit que ce fui nHii-nièinc <|ui les remis à )!• Caillanl. nlors j't- ^norais ce que je viens d'apprendre ; c'esl-iwlire que H* Caillan) est convenu de ce fait, en cerliliant par écrit les copies figurées des lellres. Bonc je disais vrai, toujoTirs vrai dans mon mémoire ; donc ce jKiinl est fojt clair aujourd'hui.

M;iis pourquoi cette signification? J'en suis encore à chercher, à deviner... l'ourde la bonne foi.,. Oh ! non, ce n'en est jHiiul ! aprt's avoir tant ri'pondu sans dire

un seul mot de ce fait ! et pois noos connusson k bonne foi du pèlerin. C'est donc autre chose.

Aurait-il appris par quelque ruse, autour de raoai» primeur, ce que j'ai dil plus haut de l'avis quim'irtt donné hier au soir, qu'on avait tu, sur les o^iesGtirées de mes lettres qu'il montre, un certilkal de Ciil> lard, lequel pourrait bien prouver le fait avancé parna dans ma Réponte ingénue (que Caillard avait eu lald< 1res et le titre en sa puissance pendant cinq jours)!

A-t-il voulu prévenir la publicité de cette répliqat.fl prélend-il énerver, par son aveu si tardif de ce siâr, tous les rcprodies que je ne cesse encore de hti birt, en y traitant de nouveau la matière i fond?

Aurait-il voulu faire entendre aux inag:istnli, dans l'instruction du procès, que ces lettres n'ont été cocumuniquées à N'Caillard qu'après la scène de randieoa. où j'ai dit que Junquière les avait confondus ?

Cela pourrait bien être ; et comme c'est ce qu'a y a de plus faux, de plus insidieux k dire, je me tieui celle idée, comme la plus probabiraient adoptée pv lui. Il faut donc la combattre, et balayer cette poussière, exorciser ce nouveau fantAme, qui Tondrait oU scurcir la plus claire de mes preuves.

Ce moment est suprême : renonçons à rél^ancetl que la clarté nous tienne lieu de tout.

Pourquoi U* (billard désira-t-il une coramunicaUM amicale de nos lellres pendant tet plaidoirieef C'est qu le comte de la Blache, ayant vu ces lettres avant leproces (circonstance qui me détermina, malgré l'aviida mes conseils, à les montrer à l'audience, dans les pbidoyers de H* Bidault, pour qu'on ne me reprochât pai de refuser en public co que je montrais eu particulier), il' Gaillard, qui ne devait parler que le second, puisque j'étais demandeur, voulut, avant de répondrai H* Bidaull, coimaltre à fond ces lettres pour les disca- .1er à l'audience. Il nous pria donc de les lui confier, ce que nous fimes. Après laquelle confiance vint eoliati plaidoyer de Gaillard, et son imputation d'un cacM apposé par moi sur ce mot prétendu écrit par V. Iwïcrney; plaidoyer qui fut coupé par ma proies la tidn, ]inr la déclaration de M' de Junquièn', et par sapmin, [pli couvrit de confusion et l'avocat et le client.

Honc c'est avant ta scène de l'audienie que la communication .imicale du titre et des lettres fut faite i )l'C:iillard, clnon pas depuis. A quelle Un en effet hurail-il désirée après ses plaidoyers, s'il l'eût né^li^èe avant de porter la parole! Donc, en ajoutant celte eonviclion à toutes mes précédentes preuves, on s'as.<Dn de plus en plus que c'e:t pendant cette communicatiuR que la friponnerie avéréedu cachet apposé, dumoldéehiri'. de la roussissure et des taches d'encre, fut consommée : donc l'imputation qui m'en fut faite à l'audience, et dans le premier mémoire de (billard, est ce qu'il y a jamais eu de plus lâche et de plus odieux.

Un autre fait aussi èirange. c'est de voir le comte di^ la Blache soutenir aujourd'hui que jesuistoitjours resté sans réponse aux reproches que me lit ce mène Caillard dans ces plaidoyers el mémoires aux requêtes

HÉMOIRES.

^ de l'hôlel, sur une prétendue surcharge qui, dil-il, existait dès lors sur toute l'écriture du billot portant : voilà notre compte signé,

A cela voici ma réponse, et je prie les magistrats de vouloir bien la peser jusqu'au scrupule.

Si je n'avais pas alors répondu à ce reproche d'une surcharge entière d'écriture, fait, dit-on, par Gaillard, il en faudrait conclure qu'après avoir bien avéré, dans le lemps, que la friponnerie du cachet apposé, du mot Beaumarchais déchiré, de la roussissure du papier et des pâtés d'encre, était à mes ennemis, je me serais cru en droit de m'élever au-dessus de la défense d'une ûnputation de surcharge dont tout l'artifice eût été de prouver leur propre ouvrage.

Mais il n'est pas vrai que Gaillard ait jamais reproché de surcharge entière à ce billet, dans aucun endroit de ses plaidoyers ni de ses mémoires.

Gaillard a dit : Les mots : voilà notre compte signé soni à la On du billet ; on aura bien pu les y ajouter. La réponse à cela était : si l'on a bien pu les y ajouter, on a bien pu aussi ne les point ajouter. C'était se battre alors pour la chappe à l'évèque ; je n'ai donc pas cru devoir y perdre mon temps.

Gaillard disait : Les mots : voilà notre compte signé sont d'une écriture différente; on le voit à travers le papier. Ici la réponse était : lnscri>'e2-vous en faux -, ce fut celle aussi que je ne cessai d'y faire en tous mes écrits.

Gaillard disait : On a voulu faire du mot jeudi celui de vendredi ; il y a un trait sur la première lettre du mot qui prouve qu'on l'a essayé. Gaillard disait une bêtise ; car pourquoi surcharger la date de M. Duverney, pour la faire cadrer à la mienne, quand il m'était si facile de faire cadrer ma date à la sienne, si j'appliquais après coup un billet sur le sien ? On n'a pas cru devoir répondre à cette bêtise de Gaillard.

Gaillard disait : Vous avez fait un 5 du 6 de votre date, pour la faire cadrer au mot jeudi de M. Duverney. — Donc, M* Gaillard, si j'ai pu surcharger à mon gré ma date au billet appliqué, si en effet je l'ai surchargée, je n'ai pas eu besoin de toucher à celle de M. Duverney, aussi grossièrement surtout que vous dites que la première lettre est surchargée. Mais vous imposez. M* Gaillard, sur votre expression. Le petit trait qui se trouve sur la première lettre du moi jettdi n'est pas une surcharge, c'est tout platement une lettre, et cette lettre est un M, et non pas un V : ce qui, bien vérifié, s'éloigne tellement du lâche système que vous me supposez, qu'au lieu d'avoir essayé de faire du moi jeudi celui de vendredi, pour qu'il se rapportât à une fausse date du G avril, il s'ensuivrait que je n'aurais surchargé le mot jeudi que pour m éloigner encore plus de ce 6 avril; car un M en surcharge ne pourrait présenter que l'intention de mettre mardi ou mercredi, dont l'un était le 5 ei l'autre le 4 avril. Donc cet 3/, et non pas ce \\ ne pouvait être de moi : donc cette lettre fut tout naturellement de M. Duverney, ou bien elle est germaine de toutes les infamies qui furent faites sur ce billets lors de la

communication à l'amiable, à cause de ces mots : voilà notre compte signé qui faisaient tant de mal au cœur de l'adversaire.

Voilà pourquoi je crus alors qu'au lieu de relever chaque insigne bêtise de Gaillard sur ce billet, il valait mieux couper d'un seul coup toutes les têtes de l'hydre, en prouvant bien la friponnerie du cachet apposé, du mot déchiré, de la roussissure imprimée au papier, et des taches d'encre par-ci par-là sur les premiers mots, et c'est ce que j'ai fait.

Mais comme on n'avait jamais parlé jusqu'à présent d'une surcharge entière, ou d'un trait passé sur toute l'écriture du billet, je n'ai pas pu la prévoir, et n'ai pas dû répondre d'avance à l'imputation d'une odieuse lâcheté qui ne m'était pas encore administrée.

Gependant le comte de la Blache assure aujourd'hui que l'ancien Gaillard m'en fil le reproche : mais si le Gaillard des requêtes en eût écrit un seul mot, je lui aurais répondu qu'il mentait, et je le lui aurais prouvé; ou bien je lui aurais appris que c'était un motif de plus pour s'inscrire en faux contre le billet, s'il osait; parce qu'il n'y a pas de faux plus visible qu'une surcharge entière sur le trait d'écriture d'une lettre attaquée.

Mais comme je ne puis aller repêcher dans le temps et dans l'espace le vain bruit égaré des prétendues paroles de Gaillard, il faut donc que je m'en tienne à ce qu'il a fixé par écrit. Or, il a si peu parlé de ce trait passé sur l'écriture, que pendant que le comte de la Blache assure que je suis resté, aux requêtes de l'hôtel, sans réponse à son reproche de surchage, son Gaillard d'Aix lui donne aujourd'hui le plus furieux démenti sur le prétendu reproche de l'autre Gaillard, en imprimant (page 45 de la consultation des six) ce paragraphe remarquable : « 1* L'inscription en faux ne serait plus « possible, attendu que la surchage visible d'encre faite « surtout le corps du billet, surcharge qui n*existait « pas aux requêtes de Vhôtelj et qui empêcherait aujourc d'hui toute vérification. »

Surchage qui n'existait pas aux requêtes de r hôtel î Voilà le mot de la question. Maintenant, lequel a menti de l'avocat ou du client? Y avait-il une surcharge, ou n'y en avait-il pas? Ai-je dû répondre au Gaillard de Paris, qui ne me Ta jamais reprochée? Dois-je opposer le Gaillard d'Aix, qui soutient 'qu'elle n'existait pas alors, au seigneur ON qui dit qu'elle existait, et qu'on me l'a reprochée dans ce temps-là, quoique cela soit faux?

Que dois-je faire, surtout, lorsque, dans l'instant même où j écris, excepté quelques pâtés d'encre informes, le trait de tout le billet est dans sa pureté ? quand il est prouvé qu'une surcharge entière serait un motif de plus, et non un motif de moins, pour s'inscrire en faux, si l'on osait le faire? quand j'ai bien prouvé que tout le déshonneur qu'on a voulu verser sur ce billet appartient à mes ennemis; enlin, quand il est évident que je n'ai pas cessé de dire que je n'entendais ajouter aucune valom' à l'acte du i" avril par la représentation de toutes ces lettres qui lui sont inutiles*

MÉMOIRES

0 perfide et in<^chant adversaire ! quelle peine vous me donnez pour démasquer toutes vos fourberies h mesure que je les apprends ! Mais vous ne me lasserez pas; je vous confondrai sur tous les points. Vous avez beau ruser, tout embrouiller pour induire en erreur, vous rendre contradictoire avec votre ancien avocat, avec vos nouveaux défenseurs, avec vous-même; vous avez beau toujours fatiguer l'attention des magistrats par des circonstances vaines, insidieuses ou fausses : ou jeFignorerai, ou je ne cesserai de balayer vos calomnies comme le vent du nord balaye la poussière et les feuilles desséchées.

Je ne puis trop répéter, lecteur, ce que j'ai dit plus haut sur le silence que j'oppose à une foule d'imputations aussi malhonnêtes que sans preuves. Elles ont toutes été répondues dans mes autres écrits et surtout dans mon mémoire au conseil, où je n'ai rien laissé à désirer sur la teneur, la formation, les motifs et le véritable esprit de l'acte du !•' avril 1770.

En ramenant toujours les mêmes objections vingt fois réfutées, ceci devient une guerre interminable où l'on peut écrire et discuter cent ans, comme en théologie, sans avancer d'un pas et sans s'arrêter sur rien.

Quant aux voix qui devaient s'élever de toutes parts en ma faveur, que le comte de la Blache ne s'en inquiète pas pour moi ! N'ayant à faire juger en Provence qu'une question de droit, j'ai refusé toute offre, tout appui qui s'écartait de mon affaire; et vous savez bien que je ne pouvais pas cumuler des moyens d'action criminelle dans une simple action au civil. Mais je promets à mon ennemi qu'il ne perdra rien pour attendre, et qu'il les entendra, ces voix, quand il en sera temps, si le cas échoit

Je n'aurais pas même ajouté un seul mol à la consultation solide et froide que j'avais fait faire à Paris, et je me serais bien gardé de joindre des lettres inutiles à des lettres inutiles, au moins dans le procès actuel, si je n'avais été violemment provoqué par les injurieux propos de mon adversaire à Aix, et par la nouvelle inondation de sa soissrcNÉE de Paris, intitulée ridiculement Consultation pour M. tel contre le sieur tel.

Maintenant, qui pensez-vous qu'on brûlera, messieurs, ou moi qui n'avance que des faits dont j'ai la preuve et la conviction parfaite, ou vous qui diffamez en parlant de ce que vous ignorez, en alléguant des faits dont vous savez la fausseté? Quel est le plus digne, à votre avis, du feu, de celui qui se ment à soi-même, pour dépouiller, pour opprimer, pour perdre un adversaire, ou de celui qui repousse avec force et sans ménagement l'ennemi qui l'attaque sans pudeur?

Et quand un homme est assez insensé pour s'exposer, par des horreurs bien prouvées, aux reproches les plus graves dont on puisse' le couvrir, comrtient ose-t-il se plaindre après coup d'un mal dont il lui fut si aisé de se garantir?

J'ai trouvé partout le mol fripon dans vos écrits : je l'ai mis dans la balance, et j'ai reconnu qu'il pesait cent livres. Opposant pour contre-poids celui de calomnia-

teur dans les miens, j'ai trouvé qu'il n*en pesait que dix. 11 n'y a pas de parité, me suis-je dit. Aussitôt, changeant d'instrument, j'ai fait glisser le poids léger de calomnie au bout d'un levier composé, comme je l'ai dit, des circonstances trés-aggravanfes, et j'ai gagné l'équilibre des cent livres : c'est le secret de la romaine, et voilà toute notre histoire.

Maintenant donc, messieurs, pourquoi faudrait-il nous brûler? On voit bien dans vos écrits de la cruauté, des platitudes et de la mauvaise foi : dans les miens, on y voit de la bonne foi, de la colère, et quelques platitudes.

Mais, après tout, il faut pourtant conclare Qu'entre messieurs Siméon père et fils, Gassier. Barlet, Desorgues, Portalis, Falcoz et moi, tous faiseurs d'écriture. Aucun de nous n'est sorcier, je PùUMJure.

CaRON de BsAUVAIKaAIS.

Matoieu, procureur; M. le conseiller de Saint-Marc, rapporteur.

Ci-joint la déclaration du dépôt que j'ai fait chez le notaire de ma soumission de cinquante mille livres.

« Je soussigné Pierre Boyer, conseiller du roi, notaire « à Aix en Provence, déclare que M. de Beaumarchais « m'a remis cejourd'hui sa soumission, telle qu'elle est « insérée mot à mot dans son mémoire imprimé, intia tulé le Tartare à la Légion, page 15 dudit mémoire, « duquel mémoire il m'a remis un exemplaire signé de « lui. FaitàÂix, le 19 juillet 1778. >

POST-SCRIPTCM.

Ce mémoire était tout imprimé, lorsque le comte de b Blache vient de me faire signilicr une lettre de son anrilkpont, arrivée, dit-il, de Bt*arn, où le comte de la Blache i«i^norait qu'il fût [dit-il encore). Je cherche en vain ce que veut dire celte nouvelle communication qu'il me fait faire; à (luoi cela répond-il ? cui bono Y Cela lui vient à point comme sa lettre de Grenoble à son ami Goëzman.

Vous jugez bien d'îibord, lecteur, que, puisque Iccorole de la Blache assure, dans son commenta-re sur cette lettre produite, que je n avais encore jamais parlé du sieur ùf»pont dans mes défenses, on peut en conclure hardiment que j'avais déjà parlé du siéur Dupont dans mes délcnses; carie comte de la Blache 'est toujours Odèle à son principe.

En effet, dans mon mémoire au conseil, j'avais dit : « Je « prouverai comment et par qui le sieur Dupont, qui d'ema plois en emplois était devenu son premier secrélflire (de c M. Duverncy), qui avait mérité d'être son ami, et qui «t <r aujourd'hui son successeur dans l'intendance de lÉcole « Militaire, a été lui-même éloigné de ce 'vieillard sur la « lin de sa vie; parce que, le sachant nommé son e\êcii- « teur testamentaire, on avait le projet de faire faire au « vieillard un autre testament, et d obtenir un autre enVu- « teur. »

Si j'ai parlé alore en bons termes du sieur Dupont; sien 1778 j'en ai dit du bien, quoique je sache qu'il est du nombre de mes ennemis ; si même aujourd'hui, qu'il se prête à un petit dénigrement, je persiste à penser de lui ce bien que

MÉMOIRES

j'en ai dit, c'est qu'il est un de ces hommes dont j'ai toujours aimé les travaui et le caractère, et qu'il est impossible qu'il n'ait pas un vrai mérite, quand de simple commis qu'il était, il a pu s'élever à la dignité de conseiller d'État. Et l'on sent bien que je dis ici tout ce que je pense.

C'était en 1774, lecteur, que j'écrivais ce trait sur le sieur Dupont, doni je n'ai jamais parlé, dit-on, datu mes défnises; et c'est en 1778 que j'en ai fait la preuve : et ma preuve a été de montrer par cette phrase du sieur Dupont, écrite en 1770 : Je connais tout le mal qu'on a voulu me faire; et celte autre de la même date : Je connais assez les affaires qu'il vous laisse à démêler avec son héritier, pour que je n'y veuille pas jouer un raie ; 1*» que le comte de la Blache avait écarté Dupout, sonamt^ de M. Duvemey dans les derniers temps de sa vie, pour être seul maUre du champ de bataille; 2"* pour montrer dans quelles dispositions atroces était déjà cet héritier (qui ne veut pas qu'on le nomme héritier], avant qu'il eût l'air de connaître mes prétentions sur une portioncule de son héritage : sans que j'aie entendu pour cela m'étayer de l'opinion actuelle du sieur Dupont, qui m'est aussi indifférente qu'elle m'est connue, et qu'elle est étrjngère à ma cause.

En lisant cette phrase de ma Réponse ingénue : On voit par ces aveux d'un homme honnête^ et qui jugeait froide^ ment alors dans quelles dispositions était ce vindicatif ■KBiTiER , etc. ; l'on peut juger, dis-je, que je sais fort bien que le sieur Dupont est devenu l'ami du comte de la Blache, parce que l'intérêt, qui divise les hommes, est aussi ce qui les réunit.

D'après tout ce nouveau train de mon adversaire, {e prie le lecteur d'avoir la patience de relire les pages 383, 384. 585 et 586 dans ma Réponse ingénue; il se convaincra que je n'ai dit, ni voulu prouver autre chose en cet endroit, sinon le bon caractère, les précautions, les intentions et les ruses du comte de la Blache,

Ne voulant pas semer trop d'ennui sur raes défenses, je n'ai imprimé toutes les lettres citées, quand elles étaient longues, que par entrait ; mais j'atteste ici, devant les mafri^trots du parlement qui me lisent, que les originaux entiers leur ont tous été déposés dans les mains, loin que je voulusse dissimuler la moindre chose au procès.

Maintenant, en quel dédain ne doit-on pas prendre un plaideur qui ne néglige pas même en sa cause de se faire écrire de Béam, pour les imprimer, des lettres apologétiques, par un ami dont il ignorait l'absence de Paris, quoique cet ami nous apprenne en être parti le 10 mai, temps auquel le comte de la Blache était encore à Paris, n'en étant parti pour Aix que longtemps après cette époque? Quelle pitié, bon Dieu I quelle pitié 1

Que si j'avais pu m'abaisser à de pareils moyens, le comte de la Blache croit-il que je n'eusse pas pu le couvrir de lettres bien plus imposantes, et qui eussent au delà balancé la fade apologie intitulée Dupont, mon ami? J'aurais cru me déshonorer de le faire, et je n'ai pas eu besoin d'un instant de réflexion pour m'en abstenir. Car je maintiens toujours que, ffour avoir une bonne conduite en cette affaire, je dois jfrendre en tous points le contre-pied de la sienne.

Carox de Beaumaiiciiais.

Mathieu, procureur.

LETTRE

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