QUATRIÈME ÉPOQUE
Malgré l'angoisse que j'éprouve, il faut poursuivre mon récit. 0 Lecointre, si vous n'êtes pas un instrument banal de toutes les vengeances secrètes; '6 Convention nationale, qui m'avez jugé sans m'entendre, mais sur l'équité de laquelle repose encore tout mon espoir ; 6 Français, à qui je m'adresse, écoutez un bon citoyen qui dévoile une vérité que l'intérêt national, contre son intérêt, le forçait seul de retenir!
Vous le devez. Souvenez-vous de ce dilemme sans réplique, inséré dans ma pétition : Si je ne prouve pas à votre gré que les traîtres à la patrie sont ceux qui me font accuser, je vous fais présent des fusils! Si ma preuve vous parait bonne, je m'en rapporte à vous sur la justice qui m'est due.
Dévorez donc, 6 citoyens, l'ennui de cette discussion ! Ce n'est point pour vous amuser que j'écris, c'est pour vous convaincre; et vous y aTez, j'ose dire, un plus grand intérêt que moi. Irréprochable en ma conduite, je .puis perdre sur ces fusils ; mais vous, quand vous y renoncez, vous laites à la fois une grande perte et une plus grande injustice.
Écoutez-moi aubsi, vous qui applaudissiez quand on lança sur moi ce faux décret d'accusation ; comme si l'on eût annoncé un triomphe pour la patrie, comme si un motif secret eût fait saisir à tout le monde un prétexte pour m'écraser !
0 mes concitoyens, celte cause, entre nous, se divise en deux parts. Je dois prouver que j'ai raison, mais je ne puis aller plus loin. Vous qu'un faux exposé trompa, vous devez revenir sur vous, et me faire bonne justice; car la France et l'Europe, ayant le procès sous les yeux, pèseront à leur tour dans leur balance redoutable l'accusateur, l'accusé et les juges.
Aucune des pièces que je vous ai fait lire ne saurait être récusable ; toutes sont authentiques, comme actes notariés, requêtes judiciaires et pièces de correspondance, dont les originaux sont dans les bureaux des ministres. C'est l'ouvrage de chaque jour, chaque jour amenait sa peine ; et plus je vais monter en faits, plus j'espère vous attacher à ce grand intérêt qui touche à la chose publique. Prêtez-moi donc votre attention.
Le lendemain de ce contrat tant de fois brusquement cliangé, conirat qui m'ôtait tout et ne me donnait rien, mon notaire me dit : « Vous êtes abusé ; cette addition après les signatures, qui vous soumet à des délais pour toucher votre propre argent, qu'on peut prolonger tant qu'on veut, ni le traité qui la précède, ne disent pas un mot du sacrifice que l'on vous a fait faire du dépôt de vos fonds chez moi, réglé par les trois comités: dépôt qu'on a eu l'art de retrancher de l'acte, sans qu'il reste la moindre trace d'un dévouement aussi parfait. » — Je ne puis croire, lui dis-je, que l'on ait eu cette
intention cruelle.
« Je ne vois pas non plus dans ce traité, dit-il, sur quel motif vous aurei droit de solliciter d'autres fonds
HÉMOIRES.
s'ils vous devenaient nécessaires, ni même de louclier vos deux cent mille florinSy si des minisires malveillants prenaient la place de ceux- ci. Je vois que Ton vous a mené, de circonstance en circonstance, à signer un acte onéreux ; plus onéi-eux qu'on n*ose dire, puisqu'on n'y met pas pour motifs les sacrifices qui l'ont dénaturé. »
Je reviens chez moi, confondu de la faute que j'avais faite. Je me suis vu trois fois, dis>je, pris sur le temps par les changements successifs du premier commis rapporteur. Mais les ministres ont été si honnêtes! Refuseront-ils de reconnaître que je fus patriote et désintéressé, en sacrifiant mes sûretés aux besoins du déparlement ? oublieront-ils qu'f7< m'ont promis de m'en faire un très-^rand honneur auprès des comités de las-semblée nationale ?
Je vais leur écrire à Tinslant. Leur conduite memon* trera s'ils sont entrés pour quelque chose dans les atteintes qu'on me porte, s'ils ont cru servir le parti qu'on nomme autrichien cl nuire à l'arrivée des armes, en faisant retenir mes fonds, sans lesquels je ne puis marcher, et sans qu'il me reste une preuve du mérite que j'eus de leur laisser mes capitaux, à la prière qu'ils m'en firent! Mon cœur était serré dans un étau. Je pris la plume, et j'écrivis la lettre timide qui suit.
A meuieurs Lajard et Chambonas, ministres de la guerre et des affaires étrangères,
. iO juillet i79i.
« Messieurs,
« Le traité qui vient d'être passé entre vous cl moi, sur les soixante mille fusils retenus si injustement en Hollande, vous a donné de nouvelles preuves de l'abnégation continuelle que je fais de mes intérêts pour le service de la patrie.
« Vous avez insisté, messieurs, sur ce que je fisse aux besoins actuels du déparlenient de la guerre le acrifice du dépôt convenu entre nous, chez mon notaire, de toute la somme qui m'est due, en vertu de ce môme traité, jus(|u'à son entier payement.
« Messieurs, des armes achetées et payées par moi, au comptant, depuis quatre grands mois ; les frais extraordinaires occasionnés par l'odieuse retenue que les Hollandais font des armes i les emprunts à titres onéreux que l'absence de mes capitaux m'a forcé de conclure pour alimenter mes affaires, me rendaient la sûreté de la rentrée de mes fonds absolument indispensable. La prélérence à Irès-bas prix et à crédit que mon patriotisme donne à la France, sur les offres au comptant d'un prix presque double du vôtre, que nos ennemis n'ont cessé de me faire, e! dont vous avez toutes preuves, me donnait, je pense, le droit d'exiger le dépôt arrêté entre nous de l'argent qui me reste dû, d'après le traité d'avanl-hier, ainsi que M. de Graves crut devoir exiger de moi celui de mes contrats viagers, lorsqu'il me fit une première avance : mais vous avez dé-
siré, messieurs, que /en fisse le sacrifice, enmejimmeitant tous les deux que le département de la guerre nenànùi à mon secours j si, avant l'époque du dernier ptofemtâ arrêté, f avais besoin de nouveaux fonds pour le tmàks de mes affaires; et je l'ai fait.
c En relisant froidement le traité, je n'y trône »• cune trace de mon désistement'du dépôts nide tosjn^ messes à son sujet. Comment les prouverai-je aux ministres qui peuvent un jour vous succéder, messiain, si je n'ai pas de vous un titre qui, rappelant numsamfice, me recommande à leur justice? Je vous priedoiç messieurs, de vouloir bien régler et fixer entre vws, et même avec le chef du bureau de l'artillerie, qui a servi de rapporteur en cette affaire, et aux chsenatàm duquel, sur les besoins actuels du département de k guerre, est dû mon désistement du dépôt convenu ;wii&' vous bien, dis-je, régler sous quelle forme il coDTÏatf de me donner un titre qui me f»sse obtenir, dansDi cas de besoin, les secours pécuniaires que vous m'aîs promis î
« Je profite de cette occasion, messieurs, pouTTOn rendre de nouvelles grâces, ainsi qu'à tous les bonen* blés membres des trois comités diplomatique, mUàm et des douze réunis, du témoignage très-flatteur q« vous avez tous daigné rendre à mon civisme désiotérosé, lequel pourtant n'est, selon moi, qu*un devoir ^ule> ment rempli ; comme vous le feriez vousHiiémes, si fW vous trouviez à mon poste.
c Agréez, je vous prie, messieurs, le.défoaeoeÉ respectueux d'un bon citoyen.
« Signé : Caaor de Beacxarchais. >
J'avoue que je restcii dans une anxiété fâcheuse jo5* qu'au moment où leur réponse me parvint.
La voici telle que je la reçus le lendemain ter le midi :
« Paris, le iO juillet 1^-
A monsieur de Beaumarchais,
« Pour vous ôter, monsieur, toute inquiétude reblivement au chan;:;ement que nous avons demandé aanoQ* veau traité des armes, en exigeant de loiu que le àtfi^ du capital des fusils en florins courants de floUaink. qui devrait être fait par le gouvernement chez rotrf notaire (comme vous avez lait celui de vos sept cent «aquanle mille livres de contrats viagers lors de l'aTiua de cinq cent mille francs, chez le notaire du dépln^ ment de la guerre), n'eût pas lieu, et que Pargent rtttU de confiance dans les mains du gouvernement, nous wus répétons avec plaisir, monsieur, que Vopinion «nasmf dtS comités et des ministres seyant èié que le patrio^i^ et le grand désinliressement dont vous avez fait fre^ en relusant des ennemis de TÉlat de douze à treizf f^ rins comptant des fusils que vous nous cédez à tersf sur le pied de huit florins huit sous, et la raodiqoe indemnité à laquelle vous vous restieignez pour tant <if sacritices, mérite les plus grands éloges, et qsos f^
MÉMOIRES
traite fort bonorabUmenl mr cette affaire.. Nous tou» assurons (Je nouveau, monsieur, qu'après que l'état di' ta quanlilé des armes dont vous vous eipropriei, reçues, vérifiées, Dcelées et cactielées par H, de Maulde, nous sera parvenu, signé de ce minislre plénipoten^ tiaire, ainsi que le compte de vos Frais, au remboursement desquels le Irailé oblige envers vous le départe* ment de U guerre: li voiuavet hetoin de nouveaux fondt pour t'arranyement de vot affaire*, tur le reliquat qui voui tera dû, le département de la guerre ne refusera pas de vouï les Taire compter, aiiui que nous eu tommei eonv<nut. pour vous tenir lieu du dépût, cljei voire no> taire, dont vous vous désistez.
■ Rer«vci-en notre assurance, monsieur.
■ Signé : Le minislre de la guerre, A. LiJiu. < Le ministre des afTa ires étrangères, ( Scipio.i CHAHMNta. •
En lisant celte lettre, je me disais : Ils ont senti mon amiction, et n'ont pas cru devoir m'y laisser un moment de plus. Grâces leur soient rendues ! Alors sortit de ma poitrine un soupir de soulagement. Je n'ai pas tout perdu. medis-Jei si d'autres embarras arrêtaient encore celte alTaire, au moins serai-je justifié par les grands efforts que j'ai faits : let éloge* que fen reçoit leroni jna douée récompeiue. Hais je dois, dans mon cœur, des excuses à tout le monde ; on m'a Mt soupçonner tout le conseil de malveillance; j'ai aouptonné les ministres de vouloir nuire ï l'arrivée des amies, pour servir un parti contraire: et tout cela Il'eIi^(e point! Ueureiisement que je ne suis coupable que dans le secret de mon conir; je n'ai nul tort public ï réparer;. il suffît que je m'en repente, et que j'aille demain remercier les ministres.
La prudence humaine est bien fausse! Loin que tout le conseil nj ses ministres m'eussent nui, ahl c'est le : Kul moment où cette alTaire intéressante a été vr.iiment protégée. Je me méfierai désormais de tous les MUits que l'on répand. Arrêter ces fusils est une trop [rande félonie, pour accuser légèrement d'un tel crime Mivers la nation ! Ceci n'rst, je le vois, qu'une vengeance teê frurcoux, afTa ire de cupidité; une grande leçon qu'ils ne donnent àenejamaiâ tenter de bien qui trouble leur* trrangemenU, et qui nuîte à ,1a mardie ordinaire du liUage.
J'allai dîner >i la campagne; une indisposition m'y etini . l>eui jours après, on m'y vint dire que le* niiniêt* s'étaient retirée i qu'un M. d'Abaneourl avait la guerre t M. Auftauc/iaiftf les arr»ires étrangères. — .Ui ciel! te di*-je, ci-liii qui perd un seul instant peut en perdre n irréparable. Si j'eusse différé d'un jour, je n'obteais aucune preuve des sacrifices que j'ai faits !
Ma position changeant avec les clioses, au lieu d'enyfer des reproches au chef des bureaux d'artillerie, jar tous les changements qu'il avait eiigés dam l'acte ■fait à trois fois, je crus devoir y substituer des renwrmenls sur les soins qu'il s'était donnés pour Unir : te
reste pouvait nuire, et n'éUit bon juillet, je lui adressai cette lettre :
t C« 15 juillet 179L A. M. Vauchet.
f J'ai l'honneur, monsieur, de vons envoyer, de la campagne où je suis, l'un des quadruples du dernier Irailé quej'aiconduaveclesrainislrei de la guerre et des affaires étrangères {c'était l'expédition pour lu eomitéi ràMÛ). J'y joins celle de la lettre que j'ai eu l'Iionneur deleurécrire aprésla signature, et qui se rapporte aux nouvelles sommes qu'en cas de besoin dans mes affaires j'aurai droit d'obtenir, pour me tenir /l'eu du dépôt total chez mon notaire, dont toat tatet que je me tuît détitlé, lur voi reinarque» jddicteuses. Nais mon notaire m'a fait observer que mon traité porte quiiance de dew* cenl et tant de mille florins, comme reçuipar moi; el que j'ai consenti à ne les pas louclier queje n'eusse Ikit ordonner h mainlevée d'une absurde opposition, mise sur moi entre les mains du minislre de la guerre.. Les deux ministres n'étant plus en fonctions, failes-raoi, je vous prie, monsieur, le plaisir de me mander, en réponse, quelle forme il faudra que j'emploie envers notre nouveau ministre pour toucher cet deux cent mille florim. H. Uijard, comme vous savei, ne m'ayant point expédié d'ordonnance pour ces sommes, il m'en faut peut-être une du nouveau minislre, qui aUeiU que je n'ai rien toudii. Recevez les salutations de
• BuDMikncBiu. I
Je sondais le terrain, car je voulais lenler d'accumuler mes preuves. H. Vaochel me fît cette réponse honnête :
• t>ini, lai7jutllc(lT9t
1 J'ai reçu, monsieur, la lettre que vous m'avez lait l'honneur de m'écrire, à laquelle étaient jointes une expédition de votre nouveau traité, et une auire de votre lettre à M. Lajard. elc.
( Il est vrai que votre traité porte quittance de deux cent et tant de mille llorins, comme reçus par vous ; mais rien ne prouve mieux que ce pàvïmeri »'» r^s iii iFFECTL-t, que le consentement que vous avez mis au has, que tout payement vous tùl suspendu jusqu'il la niainlevée de l'opposition.
t Quant à l'exécution de votre traité, elle ne me pa-^ ralt pas devoir être douteuse, quoique les deux ministres qui l'ont signé ne soient plus en place Néanmoins il convient que vous en donniex connaissance vousmèmeau nouveau ministre de la guerre, en le prévenant qu'une expédition en forme de votre transaction exisie âu bureau de l'artillerie, qui par conséquent sera en état de lui en rendre compte, et de l'informer qu'il ne pourra vous être expédié d'ordonnance de payements que quand vous produirez la mainlevée [iVt l'objecteur te montrait). Vous aurei encore, monsieur, une autre ibrmalité à remplir avant de recevoir : ce sera de faire iliei votre notaire une déclaration par laquelle voua
MEMOIRES
affecterez vos biens présents et à venir pour sûreté et garantie de la somme que vous recevrez, par le prochain à-comple, au delà des sept cent cinquante mille livres de contrats que vous avez déposés, pour les cinq cent mille francs que vous avez déjà touchés.
« Le chef du quatrième bureau de la guerre,
0 Signé : Vaucuel. »
11 avait raison en ce point : car le cinquième article de mon dernier traité portait que je donnerais hypothèque sur mes biens pour l'argent que je recevrais, jusqu'à Texpropriation entre les mains de M. de Maulde; laquelle, faisant In livraison, libérait alors tous mes biens.
Tel était l'étal de l'affaire quand ces deux minisires quittèrent. Le cautionnement commercial justement exij;é par le premier vendeur (puisqu'il Tavail donné lui-même), et que le ministère allait fournir, aux termes de>rarticle 8, une fois envoyé en Hollande, rien au monde n'arrêtait plus la livraison des armes à Tervère. Quelque chose qu'on fit sous main pour empêcher V extradition, quand même on trouverait le moyen d'éluder toutes les conditions de l'acte, celle du cautionnement remilie, je pourrais accomplir le reste avec des emprunts onéreux. Je devais donc tromper la malveillance, en me tenant à bien solliciter le cautionnement de cinquante mille flo^ rinSf et patienter sur tout le reste ; car le besoin de ces fusils devenait chaque jour plus pressant pour nos volontaires sans armes.
Profilant de l'avis de la lettre de M. Vauchel, je Ils deux détails de l'affaire : l'un destiné à M. d'Abancowt, l'autre pour M. Dubouchage : détails dont je fais grâce ici ; ils sont dans toutes leurs archives. En voici le court résumé :
Que le cautionnement doit être fourni tout à Vheure, attendu qu'il importe que la réclamai ion des armes se fasse promptemenl par le ministre de France auprès des états de Hollande, aux termes de l'article 8 du traité du 18 juillet;
Que l'instruction adressée à M. de Maulde soit tréspromptement expédiée et remise à M. de la Hogue, qui n'attend que ces pièces et son passe-port pour partir ; ayant à Dunkerque, depuis le 24 juin, et aux frais du gouvernement, le bateau qui Ta amené, par lequel d doit reporter à M. de Maulde la réponse, attendue depuis plus d'un mois, des importantes dépèches dont il a été le courrier.
J'attends en vain. Point de uéponse de M. d'Abancourt; POINT de réponse non plus de Bl. Dubouchage; mais leur ministère fut si court, qu'il n'y a point de reproche à leur faire. Je vis pendant ce temps, jusqu'à l'en impatienter, Uonne-Carrère, charj^é du haut travail des affaires èlrangèies, po^o' avoir le cautionnement et le passe-port de la Hogue, si le désordre alfreux où Ton vivait empêchait qu'on ne s'occupât des dépêches de M. de Maulde sur \cs fabricateurs d'assignats faussaires, qu'il tenait en prison en Hollande, et qu'on voulait arracher de ses mains ; ce qui était un grand désastre»
Fatigué de ne voir que moi, Banne-Carrère un mtii quitta son cabinet pour descendre chez le ministre régler avec lui les sûretés que M. Ihurvey demandait pour fournir le cautionnement, lorsque, tirant sa porte, m mal si violent, si subit, le saisit devant moi, qu'il ùM bien tout oublier pour voler à son secours, el ne pie s'occuper que de cet accident, qui le retint dix joas au lit, an grand retard du cautionnement demi.
En revenant chez moi, je me disais : Cest une Jtit malédiction ! Les honmies, les éTénements, la nloR même, tout est contre.
Cependant j'obtins, le 31 juillet, le passe-port è yi.dela Hogue j avec une courte lettre adressée ït.éi Maulde; mais pas un vestige de cautionnement. L'onfiit même plus de quatre heures à chercher vainemeiit ks dépêches de M. de Maulde, tant le désordre était affivBX: à retrouver, dans le bureau du sieur Lebrun, les titres de six mille florins avancés en mon nom à cet ambassadeur, lorsqu'il fît arrêter les faussaires de HoUaide, pour me faire rendre au moins cet argent-là, dereN nécessaire au départ àeVi. de la Hogue, tout le reste étant arrêté.
Si cet argent m'eût été dû au département de b guerre, je ne fais aucun doute que le sévère M. Yamid n'eût objecté, sur ma demande, Yoppotition iu vm Provins.
J'avais dit à tout le monde que M. de la Bsgwe partait pour faire arriver les fusils Le voyant rester à Paris, (i il attendait avec moi cet étemel cautionnement, Gatmr mençait à murmurer que j'arrêtais M. de la Boçte^A ne voulais pas sûrement que ces armes nous vinsse pendant que l'ennemi pénétrait dans la France, etq« de tous côtés nos soldats manquaient de fusils. Defi^ quenls avis m'arrivaient.
Je priai mon ami d'aller attendre, au Havre, ^ j'eusse vaincu les obstacles qu'un profond dèuffàt mettait dans l'expédition des ministres, afin que, ^ croyant parti, les cris du peuple s'apaisassent. Il (pitû tristement Paris, me suppliant de ne pas lâcher pris que je n eusse le cautionnement, sans lequel il ffrèà ses pas.
Enfin, le 7 août, premier jour où M. de Sainte-Crois se montre aux affaires étrangères ^ je lui écris la leîtff suivante, qu'il faut bien joindre ici pour montrer bjêrie de toutes mes démarches, pendant quon m'accwd d'incivisme et de trahison.
A M. de Sainte-Croix, ministre des affaires ^nuigfftt.
« Paris, le 7 août 175i « Mo.NSlEl'R,
« En vous adressant le mémorial instructif déjà rené
à M. Dubouchage, sur l'état d'une afTaire aussi pre*** que celle des armes de Hollande, j'ai Thonneur de?» assurer que, depuis quatre mois et demi, la plus 1^ circonstance qui se rapporte à ces fusils m'a toujours coûté quinze jours de sollicitation, et au moins ^ courses perdues ; c'est une vraie malédiction. En ^^ le dernier exemple :
■ le 18 juillet, les deux minisires, de la gutrre et drt affaira étrangiret, ont enfin signû l'acte par lequel ils obligent le gouvernemenl à fournir tout à Fheure un caution nrnifnf de cinquante rnille florin* d'Allemagne à mon vendeur lioliandais, qui s'y est engagé lui-même envers feu l'empereur Léopotd, en assurance que ces fusils iraienl en Amérique, et $ant lequel on ne peut rien finir. Eli bien, la misérable cirronslance de savoir quelle sttrelê on doit donner à M. Dwvry, qui te charge du cautionneinenl, noiu a coûté déjà dixhneufjouri de relard et trente eourtet inutile*, snns que H. de ta Hogue, qui doit en iire le porteur, ail pu quitter la France |K)ur une affaire ou les heures )>erdues coûtent ti cher à ta patrie, qui demande à grandi a-it de* arinei ! De plus, je suis menacétous les jours d'être dénoncé sur le relard de ce départ (seul moyen, prétend-on, de me faire dénoncer moi-même ceux qui en sont les vrai^ fauteurs). Ainsi, froissé entre les embarras ou l'oubli d'un c6té, et la malveillance de l'autre, /ai fail»ortir M. delà Hogue de Parit, alln qu'au moins on ne l'y trouvât plus. Il attend dans le port du Havre : et moi, je vous supplie, monsieur, de consacrer un seul quart d'heure à terminer la tùreti que M. Durveg vous demande. C'est par honneur que je vous importune, par amour seul de ma patrie, puisque l'alTaire des fusils est devenue personnelle au gouvernemenl.
• Pendant que lout prétexte est bon pour trouver les ministres en faute, ne fournissons pas des motifs aussi importants que ceux-ci à la brûlante malveillance.
■ Agissons, je vous en conjure. J'attends vos ordres avec une impatience qui fait bouillir mon sang comme celui de taint Janvier !
( Recevez les salutations respectueuses de
■ BEAUMlRCUAtS. ■
Ilii 7 au IG août je n'eu* a&toxst ministre n'a»ail écrit ; mais en revanche le peuple avait parlé. A la lernble journée du 10 août, les habitants du Faubourg Saint-Anloine criaient dans les rues, en mar- ,. chant : Comment veut-on que tiou* nou* défendionif mou* n'aroni que de* piquet, et pat un teul futil I Des agitateurs leur disaient : C'est cet infilme Beaumarchaii. cet ennemi de la patrie, qui en retient soixante mille en Hollande, et ne veut pas les faire venir. D'autres, par édio, répondaient : f Bab ! c'e^t bien pis I il a cet armei dan* tet catet, et c'est pour nous massacrer tous ! • Et les femmes, en hurlant, criaient : Il faut mettre le feu chn In.
Le samedi 1 1 août, on vient me dire le matin que des ennemis infernaux êchauffaieul la tête des femmes, sut le port Saint-Pau), contre moi ; et que, si cela continuait, il se pourrjil bien faire que le peuple des ports vint piller ma maison.
— Je ne puis l'empêcher, leur di*-je, et c'est ce que mes cnoemis demandent. Nais qu'on en sorte au moins ce portefeuille qui contient toute ma juilification : si je péris, on le retrouvera.
O ciloyens franfiis! ce portefeuille renfermait les
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pièces que je viens d'offrir à vos regards, et loutes celles iiui vont suivre.
Qu'ai-je besoin de répéter sur cet événement ce qu'on H imprimé le mois d'août dernierl J'avais fait à ma fille, pour son instruction, l'affreux détail de ce qui m'arriva : je le lui envoyai au Havre, où elle était avec iti mère; on a gardé ma lettre onze jours a la poste : elle a été ouverte, en vertu de la loi qui regarde comme exécrable le premier qui les violera ; elle a été copiée, imprimée, elle court le monde ; en vain voudrais-je la clianger, elle existe, et l'on me dirait que j'ai voulu depuis la rendre meilleure qu'elle n'est.
Citoyens! je la jette ici daiu meipièceijuttificalirt*'. Si d'autres vous ont eimujés par leur fâcheuse sécheresse, celle-ci n'a pas ce défaut. Hou âme y était lout entière ; c'est à ma fille que j'écrivais; ma fille, en ce moment si malheureuse à mon sujet ! Celle lecture peut n'être pas inutile à l'histoire de la révolution.
Reprenons celle des fusils, il. de Sainte Croix avait quitté le ministère, M. Lebrun avait sa place.
Au désespoir de l'inutilité de mes soins el de mes démarches, et voyant mes dangers s'accroître, j'écris à y. de la Hogue au Havre, de partir à l'instant pour la Haye, tan* le fatal eaidionnement. On jugera de ma situation en lisant ma lettre à la Hogue.
• Firil, le 16 aoât 1791.
« J'ai attendu, mon cher la Hogue, jusqu'à ce jour pour vous engager de partir. Uélas ! lout mon patriotisme et mes efforts accumulés ne peuvent rien sur les événements ni sur les hommes ! Malgré mes immenses sacrilices, et les éloges que les trois comités réunis en ont faits devant vous, je ne *ui* aidé par pertonne; et la malheureuse France, qui péril faute d'armes, n'a en honneur que moi qui veuille sinc^remennt qu'elle ait celles de Hollande. J'ai écrit à H. de Sainte-Croix, à Bonne-Carrère, a Yauchel, à NM. d'Àbancourt, Dubouchage:ie n'ai réponse de personne tur ce maudit cautionnement, que H. Durtey veut bien faire moyennant bonne sûreté. Il semble, en vérité, que les affaires de la patrie n'intéressent plus personne ici ! A qui ro'adresser aujourd'hui ? Les ministres te succèdent comme dans une lanterne magique. Depuis les grands événements, 11. Inj'inf a, dit-on, été tué; II. d'Abancourt, arrêté; VHi. Berthier, YauchelH autm tout eupriton; je ne sais plus où prendre ni S. Dubouchage, ni H. de Sainte-Croix as. Lebrun, nouveau minislre des affaires étrangères, est ii peine installé ; Bonne-Carrère est arrêté, le scellé sur tousses papiers. N. Servan, hélas! qui revient à la guerre, n'est pas encore de retour de Soittoni: el i'intérini en est tenu, devineipar qui ! par Clavière, qui en outre a les contributions. Et la plus importante afTiire de la Frnnce, celle des soixante mille fusils, resie là ! J'en suis suffoqué de douleur.
• Enfin, mon cher ami, partez, faisons notre devoir de citoyens; je suis la voix qui crie dans le désert: Français ! vous avez soixante mille fusils en Zélande,
' Ou la trou*ci'i duiE U i
>riejpoadan
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vous en manquez dans l'intérieur ! Seul je me lue pour vous les procurer. • Il semble que je parle chansons, lorsque je presse tout le monde; ou plulùl les événements qui se pressent absorbent l'atlenlion de tous. Parlez, mon cher la Bogue, el remellez la leUre du ministre à notre ambassadeur : qu'il Tasse, en attendant, la réception des armes. Lemitérable cautionnement partira quand j'aurai pu le faire faire I Hais que l'ambassadeur ne fasse nulle dêmarclie politique auprésdes Hollandais que le caalioniienienl ne toit arrivé à la Haye, afin que, les grands coups Trappes, tout soit terminé dans un jour: on Torgei-ait là-bas d'autres dillicultés, s'il y avait de l'intervalle entre l'embai^o levé el le départ des armes; elle* ne peuvent partir tant le cautionnement. Aht pauvre France! comme les intérêts les plus diers louchent peu lous ceuï qui s'en mêlent ! Si cela continue, j'aurai perdu cinq florins par fusil pour consacrer ces armes à la France. Les miniitra, les comité» m'auront fait de vains compliments sur mon désintéressement civique ; et, misérables que nous sommes ! nous n'aurons pas tous ces fusils, pendant qu'on forge ici dupi~ quet, parce que personne, hélas < ne fait réellement son devoir ; nous ne les aurons pas i temps, pendant que tant de corps se forment!
t Laissons toutes ces doléances ; partez, mon ami ; et si ma présence est utile au départ des armes, que H. de Jfoufde l'écrive. Jen'examine point les dangers que je puis courir, si cela est ulile à mon pays. Oui, je ferai encore le sacrifice de me déplacer, quoiqueje sois vieux el malade! Nos tribunaux sont suspendus, et je ne puis faire lever l'opposition de ce Provint pour toucher des fonds A la guerre. Vous nemediles passivousaveireçu la lettre de crédit de vingt mille florins que je vous ai envoyée le surlendemain de voire départ de Paris. < Bonjour, bonjour.
<i Signé : Beauhabcuais. h
Je m'étais présenté (mais en vain) chei M. Lebrun comme chez un ministre instruit, puitqu'en ta qualité de premier commit de» affairet itramjéret, toute ['affaire det futila lui avait pasté par le» maint! >ulke la
Je prends le parti le plus aiir, de solliciter par écrit. Je lui adresse un mot pressant.
H. deBeaumarchnit a l'iionneurde saluer il. Lebrun. Il le prie de vouloir bien lui accorder ta faveur d'une courte audience, pour conléi'er avec lui sur nne affaire Irés-pri'sséc et lrés-im|iorlanle «pie MM. Dumouriei, Chan^onat. Dubouchageel Sainle-Croix ont dû ti^rmiiier l'un après l'aulre, et que le mal des événements laisse enconr dans l' incertitude et la suspension, maigri- le cumoHTt etl'nvitdes troit comiti't réunit. Diplomatique, Militaire l't det Douze. 11 ne s'ugil pas moins que des suivante mille fusils de llollajide. Il semble en ce |iaysqu'il y ait \m iivcu^'ienii'iil incurable sui' ce <jui se rapporte au bien de la (lalrio I Lli ! n'e.'.t-il pas temps
qu'il finisse 7 Beaumarehaû attendra les ordres de I. U-