‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 501 sur 607 · II. Lebrun me fait répondre · texte numérisé non relu

II. Lebrun me fait répondre

c Les scellés apposés sur les papiers de H. de Surit- Croix n'ayant été levés que d'hier, le ministre des affaires étrangères n'avait pas connaissance de la kUie de H. Beaumarchais {apparemment celte que fim icriteà M. de Salnte-Croii en lui envoyant monmâMèr). Il est fort iiomà du retard de l'afTaire des fusib ; 1 croyait M. la llogue parti. Il désire en cwiférw h« M. Beaumarchais, et le prie de venir le voir demù Ters le midi.

. Cel6»oilil79î, I

1 Vi- de 11 lilxn^. •

Dieu soit loué! me dis-je. On homme au fait de etUt aiïaire me dit qu'if ettitonnédès obstacles (^in'iwJwpichéM. la Hogue de partir) : ce ministre est un bot citoyen qui a connu toutes mes peines, et qui s'y mutre Tort sensible. Vol! i comme il faut des ministrci.D Unira l'objet du cautionnement, c'est l'afTure d'miF heure entre lui et M. Dwtey. 11 va pousser mon ii Ague» la mer, et h France aura des fusils: Ditaint loué ! Dieu soit béni !

Hais, quoique j'eusse été deux fois par jour cbM a ministre (et j'en demeure à près d'une tieue), je ne ;« le rejoindre que le dix-huit après-midi.

Il me reçut Tort poliment, me répéta ce qu'il »ni écrit, médit qu'il allait au conseil régler raffairt à cautionnement, et faire partir X. delà Bogue aupltttllque je revinsse le lendemain, qu'il m'eipédiini promplemenl.

SatisTail d'avoir rencontré un minisire aussi hirr veillant. J'y retournai le lendemain a dix heui¥f:>i «ajf (or/i, je m'en revins chez moi. Un courrier, jmvaut du Havre, me remit un paquet très-pres>ai]l de la Hogue; c'était une réponï-ie à ma lettre du 16 qa'ti vient de lire, contenant l'eklrail du procés-verbal ie 1" commune du Havre, sur le visa de son passe-port ii 18 août 1192. Le voici:

0 Le conseil général, prenant en considération li itmande faite par le sieur i--G. de la lloijne, Aixori it I) croix de Saint-Louis, chargé d'une commission eitnordinaii-e de l'assemblée nationale en Hollande, lendani i oblenii' un vita sur son passe-port ;

0 A délibéré, oui le procureur de la commune, qu'jltendu que le dit passe-port est daté du 51 juillet dénier, il sera envoyé à l'assemblée nationale pour pM>drc ses ordres sur le parti que doit tenir la muniôf» litéïis-à-visdudit sieur /a Hogue, et que. jusqu'à «.t paquet dont il est porteur pour M. de Uaulde. ministn plénipotentiaire de France à h Haye, restera déposé" secrétariat do la municipalité.

• Cerlifié conforme au ri^istre, etc.

■ Signé : TivKii. >

Ln méclianli font bien boni, me dis-je, de sedooiff tant de fatigue pour empêcher que ces fusils n'arri«ri' que ne laissent-ils aller les événements seuli-meol!^

MÉMOIRES

1 diable de faire marcher aucune affaire Hix temps de désordre, et qu'on nomme de

ier du Havre m'apprit qu'avant de m'apporler il en avait remis une autre, dans l'assemblée I M. Christinat, un député du Havre, de la ire de cette ville. Je sens à Tinstanl le dana chose, qu'elle soit disculée publiquement ée. Certes, pour moi, il y eût eu de l'avanlage, ma justification ; mais le bien public avant

M. Christinat (que je ne connaissais nulle-

sl temps encore, monsieur ^ demandez^ je vous irter vos dépêches aux trois comités réunis. Eux rètement, doivent connaître de l'affaire : elle SI ELLE DEVIENT PUBLIQUE. Je promcts BU courbillcts de cent sous, s'il fait vile ma commis- Uit ; il était temps, M. Christinat allait lire, lettre, il demande à ^raifer cette affaire avec \; ON DÉCRÈTE. Il me fait dire d*ùtre tranquille a souleur passée. Je paye mon actif courrier, de venir recevoir mon paquet, quand il aura omités. J'écris, je console la Hogue surce re- ?u de jours, que M. Lebrun m'a promis de h'promptement ; je le supplie de regagner [Tq)s perdu, en allant comme au feu tirer d'inil. de MauldCj qui l'attendait depuis prés de

me à trois heures chez M. Lebrun^ le ministre.

. Je descends de voiture, Il s'arrête sur son y dit trois mots fort secs, et profitant de ma

I me quitte assez brusquement.

5 mots me frappèrent comme d'un coup de jugeai qu'il savait déjà V affaire du courrier Je revins chez moi fort ému lui écrire mon sur les trois mots qu'il m'avait dits, pour

quils n'eussent leur effet diabolique.

supplie, ô citoyens, de lire ma lettre à ce mi-

Lîc toute l'attention que je demandais à lui-

'tte letlre est le pronostic de Thorrible persécu-

a commencer dans l'instant.

Ce diiuaHchc au suir 19 aoûl i'ifi.

NSItUK,

ceci, je vous en prie, avec toute l'attention

êtes capable.

d vous m'avez dit ce malin que M. la Uoijue s propre en ce moment qu'un autre à terminer es fusils de UoUamh\ à cause de la publicité que al veillants lui donnent, et que c'était l'avis de tinistrcs; qu'en conséquence on allait faire ret Havre, M. la Uogue en liberté d'en partir , non ollande, mais pour le dedans du royaunu\ jui , monsieur, qu'il y avait encore (pielque malsur lequel vous aviez besoin de recevoir de moi cation nette, qui vous tirât de deux ou trois er*

reurs où, vous paraissez être sur le fond d'une affaire qui ne peut plus nous être utile qu'autant qu'elle est bien éclaircieet menée trés-liabilemenl.

« Mais comme je suis le seul homme qui puisse la traiter avec méthode, exactitude et fruit, puisque depuis cinq mois elle est ma grande alfaire comme négociant et comme patriote, j'ai préféré, monsieur, l'honneur de vous écrire à celui de répondre verbalement à ce que vous disiez, parce que dans les temps difficiles un homme sage ne doit rien articuler ni proposer sur un objet aussi majeur, dont il ne reste au moins des traces par écrit, et des notes fidèles qui puissent servir à le justifier,

« J'ai préféré de vous écrire aussi, afin que vous puissiez, monsieur, en conférer avec tous les ministres sur des renseignemei.ts bien clairs, et m'accorder ensuite le moment de la traiter à fond politi(|uement devant eux. Cela est d'une grande importance pour la patrie, et pour euXy et pour moi. J'insisterai donc là-dessus, si vous daignez me le permettre. Voici le précis de la chose :

« Premièrement , monsieur, M. de la Hogue n est point en arrestation au Havre, comme vous paraissez le penser. Il y est, depuis trois semaines, logé chez MM. le Couvreur et Curmer, mes correspondants de cette ville, où H attend mes derniers renseignements pour s'embarquer pour la Hollande. Car je lui ai écrit le 16 que, rien ne finissant à Paris dans le trouble oii sont les affaires, je lui conseillais départir, afin quil fit au moins la guerre à l'œil en attendant, et ne laissât point entamer des démarches fortes à notre ministre à la Haye jusqu'à ce que le cautionnement quil attend lui fût arrivé pour que tout s'achevât ensemble. C'est parce que son passe-port est vieux, qu'on envoie un courrier pour le faire renouveler; et non pour prononcer sur son arrestation, laquelle

!*i'EXISTE PAS.

« Secondement, monsieur, par quelle subversion d'idées empêcherait-on de partir le seul homme qui peut nous livrer les fusils?

• Quel autre peut, monsieur, terminer cette affaire, que M. la Hogue en mon non, à moins que ce ne soit moi-même, puisque ces fusils sont ma chose, et que M. la Hogue, mon ami, mon agent, mon chargé de pouvoir, ayant toutes mes instructions, tous mes fonds, mon crédit ; ayant seul commencé mes négociations, soit de l'achat, soit de la vente, peut seul, si ce nest pas moi, sortir des magasins pour vous les remettre, en subvenant à tous les frais d'embarquement, de comptes, et à tous règlements où le traité m'oblige envers la France à Voccasion de ces fusils? Car si M. de la Hogue ne vous livre pas, personne au monde ne peut vous les livrer là-bas, parce que nul n'y a droit à ma chose que mon agent ou moi, monsieur.

« Troisièmement , lorsqu'on dit dans le traité (art. 7):

« Nous nommons M. de la Hogue pour aller terminer l'affaire comme étant l'homme leplus capable, par son zèle et par son talent, de la bien achever ; c'est en mon nom, monsieur, qu'on l'a nommé, puisque c'est en mon

MEMOIRES

7îom que l'on doit continuer à réclamer les armes. Je n'aurais pas souffert qu'on en nommât un autre ! Ce n'était que pour lui donner plus de sûreté dans sa route qu'on a imaginé de traiter sa mission comme office ministériel, afin qu'il pût passer sans trouble dans toutes les villes du royaume, et sans se trouver arrêté. Il n'est ici que mon agent , sans lequel rien ne peut finir. Voilà son titre pour partir.

« Vous enverriez, messieurs^ dix autres personnes à la //flf/c, qu'il faudrait toujours qu'il y fût; car ce n'est point pour recevoir les armes qu'il va en Zélande, à Tervère, mais pour en faire la livraison. M. de Maulde ici représente V acheteur; }{.de la Hogue, le vendeur : donc rien ne peut se faire sans M. de la Ilogue, lequel seul a la clef de toutes les difficultés à vaincre, et mon crédit pour les lever.

« Quand je ne serais pas résolu de rester ici à mon poste pour ne laisser sur moi aucune prise aux malveillants, quand j'irais moi-même en Hollande, encore me verrais-je obligé de mener avec moi mon ami M. de la Hogve : car lui seul connaît mon affaire, ayant passé déjà quatre mois à la Haye pour tacher d'en venir à bout. i7 est MOI dans cette occasion ; et il faut que j'aille à Tervère, ou cet homme fort en ma place, car (je dois vous le répéter) personne que lui ou moi n'a le droit ni le pouvoir de remettre en vos mains ces armes. D'où vous voyez, monsieur, que toute la publicité que la sottise donne ici à celte affaire ne peut rien déranger au voyage de M. de la Hogue, puisque depuis cinq mois il est public dans la Hollande quil y stipule mes intérêts pour rachat, le payement et la sortie de ces fusils.

« En voilà bien assez, monsieur, pour vous faire sentir Turgence qu'il y a que, les pièces eu main, le ministère m\'ntende sur le voyage de mon ami; car en le retenant en France, on s'oie Tunique moyen d'avancer d'un pas en Zi'Iande. Tout le pouvoir du monde ne p<?ut rien clianger à cela sans être d'accord avec moi. Voilà sur quoi porte F erreur que moi seul je puis relever : ce que je fais en ce moment.

»< Celte affaire, monsieur, a pris un tour si grave, que personne ne doit (à commencer par moi) rien faire dont il ne pnisi^e rendre un compte sévère à la nation française, qui est toute prête à nous interroger.

« Après avoir c.\j)liqué ce quun nouveau ministre ne saurait deviner, si l'on vn en avant, en contre-carrant ces données, je suis forcé de déclarer, monsieur, qu'ici ma responsabilité finit ; que j'en dépose le fardeau sur le pouvoir exécutif (que j\ti l'honneur d'en prévenir). Depuis cinq mois, i)Our servir mon pays, je me désole, je me ruine, sans que personne m'entende et me soulage ! J'ai été dix fois accusé : n'est -il pan temps que je me justifie? Je sais que ce n'est j»as la faute des ministres qui entrent en place; mais aii moins, quand il e^tqiieslion d'une afl'aire aus^i dillicile, où mon patriotisme el ma fortune sonl compromis, etdont j'ai seul la connaissance, ne doivent-ils rien ordonner sans être d'accord avec moi; ou bien répondre seuls de tout révênement à la patrie,

DO.M LtS lîiTÉRÈTS SONT BLEiStS ?

« J'attends vos ordres là-dessus, et suis arec r^r pecl,

« Monsieur,

c Voire, etc.

« Signé : Caron de Bbaumabchiis. p

Je fus ce même dimanche au soir 19 août clm M. Lebrun pour la troisième fois du jour. Je voulabkii laisser ma lettre, après l avoir discutée avec lui, afin qail la communiquât aux autres ministres ses collègues. E ne me reçut pas, et me remit au lendemain. J'y vimi neuf heures du matin ; il ne nie reçut peu. Même répomr remis au soir.

En arrivant chez moi,f y trouve un inconnu qui écrivait chez mon portier (/ect^ir, redoublez d* attention). ik suis chargé, me dit-il en riant, de la part d'une compagnie autrichienne, de vous faire des propositions sur Farrivée de vos fusils, et je vous écrivais pour vous demander rendez.vous. « En nous promenant il ajoute: Connaissez-vous, monsieur, M. Constantinif ^ kit pas cet honneur, monsieur. — Comme il est lié d'af&ires avec une compagnie de Bruxelles, quil sait que rW de là que vient l'embargo mis sur vos fusils en HoUimk, il vous fait proposer par moi que, si vous voDlexin donner moitié de bénéfice dans votre affaire, U ao MOYEN si' R pour Ics faire arriver dans huit jours. -^ faut qu'il soit donc bien puissant, votre M. Constentixi^ Mais, monsieur, je ne puis écouter, même sans (roo^ ce monsieur, une proposition si vague; parce quejeof sais plus, k la manière dont nous marchons, s'il y aon bénéfice ou perte : faites-moi donc une offre nette, ff* me demandez-vous d'argent pour faire arriver nosffoUi^ — Hé bien, monsieur, dit-il, un florin par fusil; «a» l'affaire payerales frais. — Monsieur, il faut sa voir quefe frais. Si votre M. Constantini employait la voie ducoffimerce, les droits alors seraient, pour la soriic. H" unfiori» et demi par fusil; avec le florin que vous demandeipc-iff ses soins, voilà les fusils augmentés de deux fioruati demi la pièce, bons ou mauvais, sans être sûr si toc? seront acceptés au triage: l'affaire est loin, monsit?«tf, de i)Duvoir porter ce fardeau. — Combien donc vc«ule:vous nous donner? me dil-il. — Vingt sous par fusil ^p^ qu'il soit. Mais votre homme offrira caution, qnipui;>e me garantir que les moyens qu'il emploiera pour tirrr les fusils de Hollande ne les y cloueront pas. Je songt-ni quelle assurance je devrai exiger de lui. Soixante mii^ francs sont mon offre. »

11 me dit : « Je vais vous laisser sa proposition par écri( Je m'appelle Larcher, recevez mon adresse ; et failei moi passer votre réponse dans le jour, car je vous avertis (en me regardant bien) que cela presse un pou pour vousl — Comment cela, monsieur? lui dis-je. » Il ^ qnitia sans me répondre, Je ne savais quel sens donner à ce propos bizarre. J'ouvris les offres du sieur £(»stanlini, et, à mon grand étonnement, je lus lï-critq* je copie :

« Conditions proposées à M. Beaumarchais dam \'f^ K faire des fusils déposés à Tervère, en Zélande.

MÉMOIRES

« M. Constantiniy associé des maisons de Bruxelles, ^ propose à M. Beaumarchais de partager les bénéfices « de celle opération, par moitié en faveur de M. Beaum marchais, et moitié en faveur de M. Constantini et « ses associés.

• M. Beaumarchais justifiera sur-le-champ de son m contrat d'acquisition.

« M. Beaumarchais ayant fait les avances de Tachât m des armes, dont on a lieu de croire qu'il a été rem- « bourse en partie par le gouvernement français, « M. Constanlini, de son côté, s'engagera à faire effec- « tuer l'expédition de Tervère à Dunkerque de la manière « la plus prompte et la plus convenable.

« Les frais seront supportés par l'opération. Gomme « o» est persuadé que l'expédition de Tervère n'a été « entravée jusqu'ici que par Vinfluence de Vancien mi- « nUtèrej on a la confiance de croire que M. Beaumar- « chais peut la faire cesser.

« On doit prévenir M. Beaumarchais que les mesures « prises et effectuées pour l'arrivée de ces armes peum vent seules suspendre la résolution d'éclaircir la con- « DUiTE de M. Beaumarchais dans celte affaire, » etc. (Le reste était d'arrangement.)

Ha ! ha ! monsieur Constantini ! Nouvelle intrigue et des menaces ! Suivant ma constante méthode d'analyser tout ce que je reçois, je vois ici, me dis-je, un Auiridiien- Français qui prétend avoir les moyens de faire arriver les fusils. Cet Autrichien-Français a aussi le pouvoir, DIT-IL, d'arrêter, moyennant argent, l'éclairement qu'on est tout prêt à faire de ma conduite en cette affaire !

Bravo, monsieur Constantini! Ce n'est plus sourdement ni avec des sous-ordres que l'on procède contre moi! Vous êtes l'associé, monsieur Constantini, d'un homme assez puissant pour pouvoir lever l'embargo de Tervère en trois jours s'il veut, et me faire trembler, si je refuse d'entrer dans ce beau triumlatronat, La seule façon dont cet homme puissant sache lever l'obstacle de notre extradition est apparemment de donner à vous seul le cautionnement quil s'obstine à me refuser. J'entends, monsieur Constantini ! Votre associé est un kou- TEAU MINISTRE. // rcstc à découvrir lequel. C'est à quoi je pais travailler. En attendant, je vais répondre à M. Larcher, votre agent. A l'instant partit ma réponse.

A M. Larcher.

« Ce 20 août 1792.

« J*ai lu, monsieur, les conditions que vous me proposez pour me £aire arriver à Dunkerque ou au Havre mes fusils, de la part d'une compagnie autrichienne.

« En outre de ce qui est écrit par vous, vous m'avez proposé verbalement de me faire entrer ces mêmes armes au prix d'un florin par fusil.

« A cela voici ma réponse :

« Je donnerai vingt sous de France à la personne, quelle qu'elle soit, par fusil qu'elle se chargera de me faire entrer à Dunkerque, pris dans mon magasin à Tervère.

« Sous la condition rigoureuse qu'elle donnera caU" lion valable de me payer la valeur des fusils, si elle ne les fait pas entrer, parce que ses moyens peuvent être tels, que l'ébruitement, les faisant saisir en Hollande, m'ôte tous les moyens de les ravoir jamais.

« Et quant à la bonté qu*0!c a de me prévenir que le^ nàesures prises et effectuées pour l'arrivée de ces armes peuvent seules suspendre la résolution (Téclaircir la conduite de M. Beaumarchais dans cette affaire ;

« Je réponds franchement, à la personne que vous appelez on, ce que je vais signer ici.

« Je méprise beaucoup les gens qui me menacent, et mets la malveillance au pis. La seule chose contre laquelle je ne puisse être en garde ici, c'est le poignard d'un assassin; et quant au compte que j'ai à rendre de ma conduite en cette affaire, le jour que je pourrai la traduire au grand jour, sans nuire à l'entrée des futtls, ce sera ma gloire publique.

« C'est à l'assemblée nationale que j'en rendrai le compte à haute voix, pièces probantes sur le bureau. Alors on pourra distinguer le vrai citoyen patriote des vils intrigants qui l'assaillent.

« Signé : Garon de Beaumarchais,

« Boulevard Saint-Antoine, d'oii il ne bougera pas. »

Maintenant, dis-je, pour procéder avec ma méthode ordinaire, il faut que j'envoie à M. Lebrun le ministre ma réponse à Constantini, et voir de son côté comment il procédera envers moi ; je connaîtrai par là si M. Lebrun est leur homme.

Le soir je fus chez M. Lebrun... Invisible, et moi refusé. Je prends du papier chez son suisse, et j'écris :

« lundi 20 août 1792, écrite ches votre suisse.

f Hélas ! monsieur, c'est ainsi que depuis cinq mois, de remise en remise, les événements ont gâté l'affaire la plus importante à la France ! Ne pouvant donc vous remettre, à mon troisième voyage inutile chez vous, le mémoire instructif que j'ai fait hier en vous quittant, je vous prie de le lire avec d'autant plus d'attention, que l'horrible malveillance, qui se remue dans tous les sens, me force tout à l'heure à une justification publique, si le ministère s'obstine à ne pas s'entendre avecmoi!

« Vous en allez trouver la preuve dans la réponse que j'ai faite à un homma qui est venu chez moi me faire des offres menaçi\ntes verbalement et par écrit,

« S'il vous est possible de me donner rendez-vous aujourd'hui, vous préviendrez peut-être le mal d'une publicité fâcheuse, par laquelle on veut couper court à l'arrivée de nos fusils. C'est très-sérieusement que vous en êtes prié, monsieur, pnr votre dévoué serviteur,

< Beaumarcqais. »

A ma lettre étaient jointes sa grande lettre qu'on a lue sur l'affaire de Bl. la Hogue, et ma fiére réponse au propoifaiit Constantini,

Point de réponse.

Je vins deux fois par jour, le 19, le 20, le 21 et le 23,

MÉMOIRES

où je lui écrivis cet autre billet chez son suisse, après huit courses en quatre jours, qui, pour aller et venir, composaient près de deux lieues chacune ; et je disais dans le chemin : Si les minisires se croient heureux de leur invisibilité, les gens qui galopent après eux sont certes bien infortunés !

« 22 août 1792.

« Beaumarchais est venu dimanche, avant-hier, hier et aujourd'hui, pour saluer M. Lebrun , ot lui rappeler que le cautionnement asmiré par M. Durvey est toujours en retard y et que lui Beaumarchais ignore ce qui concerne M. de la Uogue : qu'il est comme les héros dllomèrc, combattant dans Tobscurilé, et priant tous les dieux de lui rendre la lumière, pour savoir ce qui reste à faire pour la portion de bien qu'il est chargé, depm's cinq mois, de procurer à la patrie, et que tout tend à reculer.

« Il présente son respect à M. Lebrun, »

Point de réponse.

Je cesse d'y aller. Ne pouvant deviner ce qu'après ma lettre si ferme, les ministres avaient décidé sur le sort de M. de la Hogue, je dévorais mon sang dans une espèce de rage mue. Plus de nouvelles de ce Const^ntini, sinon une lettre d'injures à laquelle j'avais fait une réponse de pitié.

Une lettre de M. Christînat, le député du Havre, m'avait appris que son courrier était reparti pour ce port, et que l'afAiire du dépari de M. de la Uogue avait été jugée par le pouvoir exécutif, sans qu'il put me dire comment ; et je me disais en fureur : Ils ne s'en sont point occupés ; ils auront envoyé une It?ttre d'attente, quelque réponse insignilianle : et c'est encore du temps perdu. Pardonnez-moi, lecteurs, ils s'en étaient fort occupés ; en voici la preuve trés-claire, qu'on ne supposait guère que je pusse acquérir jamais.

Le 22 août, je reçois ce mot désastreux de la Hogue :

« Vous avez, monsieur, sous le repli «le la présente, une copie de la réponse du ministre de rintérieur au sujet de mon passe-port.

« .le ne puis cpie m'en rapporter à vous sur la conduite que vous croyez devoir tenir à cet éiiard ; eu attendant je prends patience, cl reste ici à poste li\e.

« Signe : i\ lIor.iR. »

Je passe au verso de sa lettre, et j'y lis enfin ce qui suit :

Copie de la lettre du rninistre de Vintérieur a la municipalité du Havre.

« (> 10 août \7.^.

« L'assemblée nationale, messieurs, me renvoie la lettre (pie vous écrivîtes hier à scai président, en lui renvoyant le p:isse-porl (hi sieur de la llogue. Lii.k >ik cuAKCE de vous mander de laisser en pl(Mne lilierlé ce particulier, el de lui donner un passe-i>ort, s'il le désire... (devinez leipiel , ô lecteurs!) un passe-port pour

l'intéribur, mais de ne lui en point donner pom Vinx^ GER. A l'égard du paquet pour M. de Maulde, l'assekh vous CHARGE do me radres.ser.

« Signé : Roland, ministre de l'inténeor. i

Je fis le bond d'un lièvre atteint de plomb dans b e^ velle, en voyant Vassemblée nationale envoy» l'erè! affreux d'empêcher la Hogue de partir. Puis, me ranettant tout à coup, je dis avec un rire amer : Ehlptrbleu /j'oubliais que nos amis sont revenus en plaftlù n est point Vassemblée, ce sont eux. En voilà leprema effet. Plcs de fusils pour notre France!

Maintenant, mes lecteurs, rafraîehissei-vous bien le sang, en démêlant avec le pauvre diable le mot de ode nouvelle énigme ! Comment se peut-il, rae disais^, que Vassemblée nationale, î qui Ton soustrait par pdence la discussion pulUique de ce qui touche celle affaire, pour ne pas augmenter la malveillance des Bollandais, s'ils apprenaient l'intérêt qu'elle y prcDd: comment cette assemblée a-t-elle pu ordonner m ninistrc de l'intérieur (comme il l'écrit à la municipt&i du Havre) d'interdire à M. de la Uogue d'aller ezéaia sa mission en Hollande? Tout cela n'est qu'une perfidie!

Heureusement pour ma recherche, qu'ayant reçu (fc M. Christinai une réponse très-polie à mes deux lettre du 19, je m'avisai de la relire î J'y surpris avec jwele mot que je cherchais (car lorsqu'on s'acharne ï trwwr le mot d'une énigme, fût-ce un malheur qu'il noosi^ prend, on éprouve un certain plaisir à le défûberi l'auteur) ; j'y vis, lecteurs, ce que vous allez voir aosa.

« Paris, le "H août ITW.

« 11 m'a été impossible, monsieur, de pouvoir rppondrc hier à vos deux billets que m'a remis lecounier. Votre second m'informait que vous saviez la réponse qai m'avait élé faite au premier. (Cette réponse était ttstèt de rassemblée d'aller en conférer avec les com^à,] Ch;ir^é par le comité de sur>eillance et la comniL«5»i« des douze de me retirer vers J/. Roland pour anfir « réponse positive de lui a la lettre de la «vsicipuni DU IIavi.k, écrite à M. le président de rassemblée... »

Vous reulendez, lecteurs : l'assemblée n'envoie pis M. Christ iuat au pouvoir exécutif provisoire^ potirfc donner de sa pari lordre d'écrire au Havre qu'on antii M. la Hogue en France. Elle envoie M. Christinai a© comités, pour délibérer là-dessus discrètement ixurn* je le désirais : lesquels comités ne font pas autre tte que d'envoyer M. Christ inat à J/. lioland, pour amr^ lui une réponse des ministres, non à aucune deiuan^ de l'assemblée, nationale, mais à la lettre de la mwuflpalité du //r/iTc; ce qui devient bien différent. r<M«e«blée et les roniilés s'en rapportant à ces ministres : car M. Roland n'es! ici (comme je l'ai toujours vu deffli>l que la plume passive de MM. Clavière et Lebrun, seé ministres que cela regardait. Or que font ces mes^^urîqui, de retour en place depuis très-peu de jours, n'étaient instruits que par M. Lebrun., ci-devant preinitf commis, de ce qui s'est passé là-dessus pendant k«f

MÉMOIRES

^ éclipse solaire? Dans leur réponse à la municipalité ils

' se disent /brr^«, par un ordre de l'assemblée, <f empêcher d'aller en Hollande le $cnl homme qu'elle avait grand

ï; intérêt (Ty envoyer^ et Vhomme désigné par les comiiés réunis /...Avec ce tour de passe-passe, ils cassent encore

-i une fois le cou à l'arrivée de nos fusils ; et Constantini les aura.

La lettre de M. Christinat se termine fort siraple-

s ment :

-t c Ayant reçu les paquets, dit-il (les paquets de M.Ro-

% land), il ne dépendait pas de moi de retarder le courrier. (Les paquets étaient donc fermés.) En les lui remets

s. tant vers les huit heures, je Tai engagé à prendre une Toiture, cl de courir vous demander les vôtres. Je ne

. doute pas qu'il ne Tait fait, et que vous noyez pressé

^- son départ. Recevez Tassurance du dévouement sincère, etc.

« Signé ; J.-J. Christinat. »

La phrase de Tobligeant M. Christinat : Je ne doute pas que vous n'ayez pressé le départ du courrier, achèverait la preuve, si j'en avais besoin, qu'il était persuadé -. que le courrier portait au Havre une nouvelle qui m'était agréable. Donc lui, qui fut le seul intermédiaire de ^ rassemblée aux comités, des deux comités aux ministrest «. H des ministres au courrier, ne savait pas que ces derw. niers empêchassent mon ami de suivre sa mission ! A plus - forte raison, rassemblée nationale i'ignorait-elle, elle que ces ministres accusent d'en avoir donné l* ordre funeste à C intérêt public!

Citoyens, c'est par cette méthode que la part qu'ils ont eue aux horreurs qui vont suivre sera prouvée pour fous comme pour moi.

L Ainsi M. Constantini me demandait avec menace cent trente mille livres (ou soixante mille florins) pour faire arrifer mes fusils, comme étant le seul homme qui eût le grand moyen de les arracher de Tervère. Et les nou- Teaux ministres, en arrêtant la Hogue en France et refissant le cautionnement, favorisaient le plan du sieur C<mslantini : ils me mettaient au désespoir, pour me mieux disposer à faire ce qu'on voulait ! Mais ce que je devinais là, il fallait en avoir la preuve aiHint de pouvoir en parler. Je l'ai obtenue en Hollande.

Je ûs un grand mémoire pour l'assemblée nationale,

à qui je demandai des juges; et Ton était a le copier,

lorsqu'on vint m' arrêter le 23 août, à cinq heures du

matin, avec un grand scandale, et mettre le scellé chez

moi! L'on me traîna dans la mairie, où je restai debout

dans un couloir obscur, depuis sept heures du matin

jnsqu^à quatre heures après midi, sans que personne

m*7 parlât, sinon les gens qui m'avaient arrêté. Ils

Tinrent me dire à huit heures : Restez là, nous nous

€H allons ; voilà un bon reçu que Von nous a donné de

vous.

Fort bien, me dis-je, me voilà comme le pied-fourché sur la place : les conducteurs ont leur reçu, ils partent ; et moi j'attends, bien garrotté, le boucher qui in*achètera !

Après neuf heures d'attente sur mes jambes, on vint me prendre, et me conduire dans un bureau nommé de surveillance, présidé par M. Panis, qui se mit à m'in-^ terroger. Étonné qu'on n'écrivît rien, j'en fis la remarque ; il me dit que ceci n'était que sommaire, et qu'on y mettrait plus déformes quand mes scellés seraient levés. Ce que j'y sus de plus certain, c'est qu'il y avait sur moi des clameurs au Palais-Royal, sur la traîtrise avec laquelle je refusais d'amener en France soixante mille fusils QUE l'on m'avait payés d'avance ; et que j'avais des dénonciateurs, — Nommez-les, monsieur, je vous prie ; sinon moi, je les nommerai. — Mais, dit*il, un M. Colmar, membre de la municipalité; un M. Larcher et tant d'autres. — Larc/ier ? lui dis-je; ah! n'allez pas plus loin 1 Envoyez seulement chercher un portefeuille que j'ai fait mettre à part, sous un scellé particulier : vous y verrez la noire intrigue de ce Larcher, et d'un Constantini avec tant d'autres, ainsi que vous le dites, mais qu'il n'est pas temps de nommer.

— On lèvera demain vos scellés ; nous verrons, dit M. Panis; en attendant, allez coucher à l'Abbaye, J'y fus, et je fus en chambrée avec les malheureux... qui bientôt furent égorgés !

Le lendemain 24, après midi, deux ofTiciers municipaux vinrent me prendre à l'Abbaye pour assister à la levée de mes scellés et description de mes papiers. L'opération dura toute la nuit jusqu'au lendemain 25, à neuf heures du matin: puis l'on me conduisit à la mai" rie, où mon couloir obscur me reçut une seconde fois, jusqu'à trois heures après midi, qu'on me fit entrer de nouveau dans le bureau de surveillance présidé par M. Panis.

— On nous a, dit-il, rendu compte de l'examen de vos papiers. Il n'y a là-dessus que des éloges à vous don* ner : mais vous avez parlé d'un portefeuille sur l'affaire de ces fusils que vous êtes accusé de retenir mécliamment en Hollande, et ce portefeuille-là, ces deux messieurs l'ont déjà vu ; ils nous ont même dit que nous en serions étonnés (c'étaient les deux municipaux qui avaient Jevé les scellés). — Monsieur, je brûle de vous l'ouvrir; et le voici. Je prends, l'une après l'autre, toutes les pié* ces qu'on vient de lire. Je n'étais pas à la moitié, que M. Panis s'écria : t Messieurs, c'est pur! c'est ^mr ! n^e vous semble-t-il pas ainsi? Tout le bureau s'écria : • C'est pur! — Allons, monsieur, c'est bien assez: il y a quelque horreur là-dessous. Il faut donner à M. BeaU'^ marchais une attestation honorable de son civisme et de sa pureté, et lui faire des excuses des chagrins qu'on lui a causés, dont la faute est au temps qui court. Un M. Berchères, secrétaire, dont les regards bienveillants me consolaient et me touchaient, écrivait cette attestation, lorsqu'un petit homme aux cheveux noirs, au nez busqué, à la mine effroyable, vint, parla bas au président... Vous le dirai-je, ômes lecteurs ! c'était /e grand, le juste, en un mot, le clément Marat.

Il sort. M. Panis, en se frottant la tcte avec quelque embarras, me dit : t J'en suis bien désolé, monsieur, mais je ne puis vous mettre en liberté. Il y a une nou-

MÉMOIRES

\e\\o dénonciation contre vous. — Dites-la-moi, monsieur, je l'éclaircirai à l'instant. — Je ne le puis; il ne faudrait qu'un mot, un seul geste de vous à quelquesuns de vos amis qui vous attendent lii dehors, pour détruire reffetde la recherche qu'on va dnve . — Moniteur le président, quon renvoie me^ amit : je me constitue prisonnier dans votre bureau jusqu'à la recherche finie : peut-être donnerai-je les moyens delà raccourcir. Ditesmoi de quoi il s'agit. »

Il prit ravis de ces messieurs, et, après avoir exigé ma parole d'honneur que je resterais au bureau, et n'y l>arleraisà personne jusqu'à ce qu'ils revinssent tons, il me dit : « Vous avez envoyé cinq maUe$ de papiers suspects chez une présidente, rue Saint-Louis, au Marais, n" 15 ; l'ordre est donné de les aller chercher. — Messieurs, leur dis-je, écoutez ma réponse.

— Je donne aux pauvres avec plaisir tout ce qu'on trouvera dans les cinq malles que Ton indique, et ma tête répond de ce quon y verra de suspect, ou plutôt recevez ma déclaration qu'il n'y a aucune malle à moi dans la maison que vous citez. Seulement un ballot existe dans la maison d'un de mes amis, rue des Trois-Pavillons : ce sont des titres de propriétés, que j'avais fait sauver sur l'avis d'un pillage qui devait se faire chez moi la nuit du9 au\0 août, et dont j'ai donné connaissance par une lettre à M. Péthion. Pendant qu'on cherche les cinq malles, faites chercher aussi mon ballot, sur cet ordre que je donne au domestique de mon ami de le livrer ; vous l'examinerez aussi : une autre malle de papiers et de vieux registres m'a été volée le jour même que ce ballot sortit de ma maison; failes-la tambouriner, messieurs : je ne saurais aller plus loin. »

Tout cela fut exécuté. Lattestation me fut donnée et signée de tous ces messieurs, sau f T examen des malles et du ballot.

(les messieurs s'en furent dîner, pour revenir à l'arrivée des malles ; et moi je restai prisonnier dans le bureau, avec un seul commis à qui la garde était confiée.

Comme ils allaient sortir, un homme três-éihauffé, portant écharpe, entra, el dit qu'iV avait dans sa main des preuves de ma trahison, de V affreux dessein oii j étais de livrer soixante mille fusils, qu'on m'avait bien payks, flM.r ennemis de la patrie.

11 était comme un forcené sur ce qu'on me donnait une attestion du contraire. C'était M. Colmar, l'affilié de mes Autrichiens, de plus mon dénonciateur. — Vous voyez bien, messieurs, leur dis-je froidenu*nt; que monsieur ne sait pas un mot de Vaffaire dont il vous parle. Il est l'écho de Larcher et de Constantini. Il m'injuria me disant que tnon cou tj passerait. Je le veux bien, lui dis-je, pourvu que vous ne soyez pas mon juge !

Ils sortirent. Je rest;ii là, réfléchissant bien trislement sur la bizarrerie de mon sort. Mon ballot nrriva, mais nulle nouvelle des cinq malles ! Que vous dirai-je enfin, Français qui me lisez ! Je restai là trente deux heures, et sans que personne y revint. Le garçon de bureau, en allant se coucher, me dit qu'/7 ns pouvait me laisser seul

dans le bureau la nuit. Il me remît debout dans mw obscur couloir : sans la pitié d^un domestique qui me jeta un matelas par terre, f y serait mort de faH^wH d'horreur.

Au bout de trente-deux heures personne néUnâ nvenu, des officiers municipaux, touchés de corapassût, s'assemblèrent et médirent : « M. Panis ne revienipmi, peut^tre est-il incommodé. En visitant les malles cbnb présidente, oiî l'on en a trouvé huit ou neuf, ODan que c'étaient les guenilles de religieuses à qui elle s donné retraite. Nous savons que tous êtes innocentée toutes les choses qu'on vous impute. En attendant qv le bureau revienne, nous allons, par pitié, tous etmm coucher chez vous. Demain matin on visitera Toti* ballot, et vous aurez une attestation bien complète.»

Et moi je dis à mon domestique, qui pleurait : c Va or faire apprêter un bain ; il y a cinq nuits que je ne repose point. 11 court. » On me renvoie, mais arec dm gendarmes qui devaient me garder la nuit.

Le lendemain, je renvoyai Tun d'eux savoir si le bureau venait enfin de s'assi^mbler pour me donnerîétestation promise. 11 revint avec d'autres gardes et I'ot' dre rigoureux de me conduire à r Abbaye, au secret, am défense expresse de m'y laisser parler à personne h i«-

hors, SANS U.N ORDRE PAR ÉCRIT DB LA XD.MCIPALITIÊ. J'eOSde

la peine à retenir le désespoir de tout mon monde.ieks consolai de mon mieux : et je fus conduit en priMm,9à je me retrouvai avec MM. dAffry, Thierry, les Mtmtrnh rin, Sombreuilei sa vertueuse fille, qui s^était enfenDrt avec son père dans ce cloaque, et qui, dit-on, lui a sm la vie; l'abbé de Boisgelin, MM. Lally-Tollendal,hmiT, trésorier des aumônes, vieillard de quatre-vind-«i?HJi ans; M. Gibé, notaire; enfin, cent qualre-vind àmt personnes encaquées dans dix-huit petites chan bres!

Une heure après mon arrivée, on vint me dire q»

l'on me demandait avec un ordre écrit de la nuadà-

palité. Je me rendis chez le concierge, où je trouvai •

devinez qui, lecteur! M. Larcher, l'associé de Coiuin-

tini et celui de tant d'autres, que je ne nomme pas«-

c(Te. 11 venait me renouveler les douces proposilioffi

qu'il m'avait déjà faites chez moi, et même de ks

vendre tous mes fusils de Hollande, à sept floriniktii

sous la pièce; ce n était quun florin de moins de ix^

lÊtat les payait; et je prendrais en payement les hvl

cent mille francs giE je \e.nais, dit-il, de Toraia i u

TRÉSORERIE. A ccttc coudition, je sortirais de r.\bhù^^

et j'aurais mon attestation. Je prie mon lecteur, qui n>i

suit depuis que je fais ce mémoire, de se fomier lii^

de ma figure, car je ne puis la dépeindre. Apr^un

moment de silence, je dis froidement à cet hoiniûc-

« Je ne fais point d'atfaires en prison ; aIlez-vous-<B

« dire cela aux ministres qui vous envoient, el qui .^

« vent aussi bien que moi que je n'ai pas touché m

« sou des huit centmille francs dont vous parlez: sw-

a tise qu'on n'a répandue que pour me faire piller dm

« moi, la triste nuit du 10 août ! »

— Vous n avez pas touché, dit-il en se levant, A*»''^ mille francs depuis quinze jours ? — Non, dis^ ^^ '•"

MÉMOIRES

tournant le dos. H prit la porle et court encore. Je ne l'ai pas revu depyis.

Quitnd ces messieurs, disais-je à son départ, viennent m'en offrir sept florins, c'est pour les revendre sans doute à l'État onze ou douze, car ils ont tout pouvoir, J*entends maintenant leur affaire ; mait ils m" égorgeront avant de l accomplir, ajoulai-je les dents serrées.

Revenu dans l.i chambre avec les autres prisonniers, ^ je leur contai à tous ce qui venait de in arriver ^ et je vis que moi seul en étais étonné.

L'un de ces messieurs nous disait : « Les ennemis ont pris Longwy. S'ils peuvent entrer dans Verdun, la terreur gagnera le peuple, et l'on en profitera pour nous faire égorger ici.— Je n'y vois que trop d'apparence, » lui répondis-je en gémissant.

Le lendemain, on me fit passer en prison le billet que je vais copier.

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