CET HORRIBLE JEU FINISSE
i Je vous conjure, au nom de la patrie, de songer au cautionnement, ce misérable cautionnement, si minime en alTairesi j,Tave ! Si l'on ne m'a pas égorgé avant que ll.de Mauîde arrive, je me ferai un sévère devoir de venir à tous risques, au rendez-vous que vous m'aurez donné.
« Daignez lire ma requête aux états de Hollande, et devenez mon avocat contre les malveillants d'une affaire aussi capitale.
« Je suis avec respect, « Monsieur,
« Votre, etc.
« Signé : Beaunarcuais. »
« P. S. Dans ce moment, où le pillage peut se porter sur ma maison, j'ai fait mellre en dépôt, chez un homme public, le portefeuille de cette affaire. Je puis périr, et ma maison : mes preuves ne rÉRiRONi point. »
Je ne sais si ce furent les grands mots que je répétais dans ma lettre, de mémoire a l'assemblée nationale, oit je repousserais les torts sur ceux qui s'en rendaient compables qui me valurent enfin, le G septembre, ce billet des bureaux, au nom de M. Lebrun.
« Paris, le C scplcmbrc 171)2, l'an 1V« de la liberté.
n Le ministre des affaires étrangères a Tlionneur de prier BI. de Beaumarchais de venir, demain vendredi, le matin à neuf heures, î\ riiùtel de ce département, pour terminer l'affaire des fusih.Lo. minisire désire que le tout soit réulé avant dix heures du mutin (vous Venten^ dez, lecteurs, il ne fallait qn une heure), alin d'avoir le temps 'ïcn prévenir M. de Mauldc, qui a iitçu ordre DE nb point pautiu DE LA IIaye. C'est domain jour de courirer pour la liollaiule. »
Par les détours (ju'il fallait prendre pour arriver à moi hans que je fusse dépisté, ce billet ne m'y vinf que le lendemain à neuf heures; c'était celle du ri'iidezvous que .M. Lelfrun me donnait, ce qui le rendait impossible, étant à cinq lieues de Paris, ne pouvant m'y rendre qu'à piodj seul, à travers les plaines labourées, pour n'y arriver (juc la nuit.
Deux choses, comme on juge, me frappèrent dans ce billet. La i)remiére, qu'il ^e pouvait qu'on se fùl bien douté qu'étant caché hors de Paris, je ne viendrais pas en plein jour m'exposer à me faire tuer, et qu'alors on dirait (pie c'était bien ma faute si l'affaire n'était pas finie, atjant manqué le rendez-vous quon me donnait pour terminer.
La seconde est cpi'on m'y disait que Pon avait contremandé le voyage de M. de Mauldc, le(|uel avait été appelé sans ipie l'on m'en eût averti. Si mon lecteur n'a pas perdu dtî vue la petite ruse dont j'usai pour découvrir le véritable objet du retour de l'ambassadeur, il sera frappé comme moi (h; raimouce (pronme laisail du contre-ordre qu'il avait reçu.
Sur la joie que j'avais montrée à la nouvelle de son
retour, on paraissait avoir conclu que ce retour pourrait me faire beaucoup plus de bien que de mal et co l'avait contremandé.
Je répondis sur-le-chaïup à M. Lebrun»
« De ma retraite, à une lieue de Paris {j'éiaU à einq.jtit cachait), le 7 septembre ITSjii.
« 5Iu!f sieur,
M De la retraite qui me renferme, je réponds à volrt lettre comme je peux et quand je peux : elle a fait yiogA détours pour y arriver à moi, je ne la reçois qu aujourd'hui vendredi, à neuf heures du matin. 11 est donc ioh possible que je me rende chez vous avant dix heum. Mais quand je le pourrais, c'est ce que je me gardénia bien de faire : car on me mande de chez moi qu'après le massacre des prisons, le peuple veut aller chez les marchands, chez les gens riches. Il y aune liste d« proscriptions immense ; et, grâce aux scélérats qoi crient dans les places publiques que cest moi qui m'oppose à V arrivée de nos fusils, je suis noté pour être massacré 1 Laissons donc partir cette poste de vendredi : coimiie il faut que les lettres aillent par rAngleterrr, ou par uii bateau frété à Dunkerque pour la Hsne, puisque le Brabant est fermé, nous regagnerons bia les deux journées que nous perdons.
« Je vous prie donc, monsieur, de changer l'heure de la conférence, de dix heures du matin en dix heurs du soir, pour que je puisse arriver chez vous avec moins de danger de perdre la vie qu'en plein jour.
a Mon zèle pour la chose publique est grand : mab sans ma vie mon zèle ne sert de rien. Je me rendra donc, si je puis, ce soir à dix heures chez vous ? si je w puis avoir une voiture et des sûretés pour revenir dans ma retraite, ce ne sera que pour demain au soir. Mai? nul temps ne sera perdu, car ce n'est pas une lettre de M. de Maulde qui peut seule linir l'af.aire; c'est k présence de M. la Hogue ou de moi, avec des mesures bien prises ; c'est le cautionnement de cinquante millt florins par M. Durveg, en mon nom, et des fonds [hoi solder tous les comptes que ces retards ont occasioonés; ce sont des passe-ports tels que l'on ne soit point arrêté sur la route; et une intelligence suprême en adresse, fiftisque les moyens de fierté ne jteuvcid pli* être employés, eux qui seyaient si bien à notre nah'^^ offensée par Caffreuse conduite des Hollandais cntcn juoi, négociant français ! Le temps qu'on a perdu tit bien irréparable, mais partons du point où nous sommes. Je gémis depuis bien longtemps de voir crier partout : Des armes ! et d'en savoir soixante mille arri'tées en pays étranger par la sottise ou par la malveillance ; cest l'une ou l'autre, ou toutes deux.
i( Pardon, monsieur, si mes réflexions sont sévères: je me les passe d'autant plus librement avec vous, qw ce n'est [)as vous qu'elles atteignent. Mais j'ai leai-ur navré de tout ce que je vois.
»< Uecevez les salutations respectueuses d'un ciloîfl» bien affligé, et qui le signe.
« Signé : BeaviIaiicuais. »
MÉMOIRES
• P. S. Ne dédaignez pas, monsieur, de donner un mol de réponse au porteur, par lequel j'apprendrai que TOUS acceptez mes offres et approuvez mes précautions.
€ Moi, le plus courageux des hommes, je ne sais pas lutter contre des dangers de ce genre ; et la prudence est la seule force qu'il me soit permis d'employer.
« Signé : Beaumarchais. 0
Ma lettre fut remise : et le ministre fit répondre verbalement par son suisse quil m'attendait demain sa-medi, à neuf heures précises du soir.
Je calculai qu'il me falhiit quatre heures pour me rendre à Paris, à travers les terres labourées. Je partis le 8 septembre à cinq heures du soir, à pied, de chez mes bonnes gens, qui voulaient me conduire: ce que je refusai, crainte qu'on ne nous remarquât.
J'arrivai seul, mes forces épuisées, traversé de sueur avec ma barbe de cinq jours, mon linge sale, en redingote (comme à ma sortie de prison); j'étais à neuf heures précises à la porte de M. Lebrun. Le suisse me dit que le ministre, ayant affaire en ce moment, me remettait à onze heures, ce soir ou demain matin, à mon choix. Je priai le suisse de lui dire que je viendrais il onze heures, n'osant pas me montrer le jour.
Je ne pouvais attendre chez le ministre. Quelqu'un pouvait m'y voir, puis ébruiter mon retour ; j'en sortis.
Mais où aller, que faire, en attendant ce rendez-vous ? La crainte d'être rencontré par quelque patrouille incendiaire me fît résoudre à me cacher sur le boulevard, entre des Uis de pierres et de moellons, où je m'assis par terre. Je m'admirais dans cet asile, où la fatigue m'endormit ; et sans un tapage qui se fit assez prés de moi ▼ers onze heures, on m'y aurait trouvé le lendemain matin.
J'entendais sonner l'heure, et je m'acheminai aux affaires étrangères..., 0 Dieu! jugez de ma douleur quand le suisse me dit que le ministre était couché; gu*il m'attendrait le lendemain à neuf heures du matin! — Vous ne lui avez donc pas dit... — Pardonnez-moi, monsieur, je lui ait dil... — Donnez-moi vite du papier J'écrivis cette courte lettre, en dévorant ma frénésie.
Pour M. Lebrun i à son réveil,
• Samedi soir 8 de septembre, à onze heures, chez votre suisse.
< M0!ISIEUR,
f J'ai fait cinq lieues à pied par les terres labourées pour venir compromettre ma vie à Paris, en cherchant l'heure du rendez-vous qu'il vous a plu de me donner. Je suis arrivé à votre porte à neuf heures du soir. On m'a dil que vous vouliez bien me donner le choix de ce soir à onze heures, ou demain à onze heures du matin.
« D'après ma dernière lettre, où je vous ai appris tous les dangers que je cours dans cette ville, j'ai jugé que vous daigneriez préférer pour moi le rendez-vous du soir. Il est onze heures; vos fatigues excessives font
que vous êtes couché j dit-on. Mais moi, je ne puis revenir que demain après brune, et j'attendrai chez moi l'ordre qu'il vous plaira me donner.
« Ah ! renoncez, monsieur, à me recevoir dans le jour. Je courrais le danger de ne vous arriver qu'en lambeaux !
« J'enverrai demain savoir quelle heure vous me consacrerez le soir. La poste de llollande ne part que lundi matin. Le sacrifice du danger de ma vie était le seul qui me restât à faire pour ces fusils: le voilà fait. Mais n'exposons point, je vous prie, un homme essentiel à la chose, en lui faisant courir les rues de jour.
< Je vous présente l'hommage d'un bon citoyen.
fl Signé : Beauiurchais. i
Le temps de me copier donna celui de m'amener un fiacre. J'arrivai chez moi à minuit. Je renvoyai le fiacre à six cents pas, pour qu'il ne sût point qui j'étais. En rentrant, j'eus bien de la peine à modérer chez moi la joie de me revoir encore vivant : je recommandai le secret.
Le lendemain malin j'écrivis à M. Lebrun.
• Ce dimanche 9 septembre 1792.
« Monsieur,
« À la courageuse franchise de mes démarches d'hier au soir, jugez de mon zèle. Rien ne saurait le refroidir : mais ils m'ont fourré dans toutes les listes de clubs suspects, moi qui n'ai de ma vie mis le pied dans aucun ; qui nai même jamais été à rassemblée nationale, ni à VersailleSy ni à Paris..,
< C'est ainsi que la haine agit ! Tout ce qui peut livrer un homme à la fureur d'un peuple égaré, ils lbfont DIRE CONTRE MOI. C'est le sagc motif qui m'empêche de vous voir le jour. Ma mort n'est bonne îi rien, ma vie peut être encore utile. A quelle heure voulez-vous donc me recevoir ce soir? Toutes me sont égales, depuis la brune de sept heures jusqu'au crépuscule de demain.
« J'attends vos ordres, et suis avec respect, fl Monsieur,
« Votre, ^tc.
< Signé : Beaumarchais.
Le ministre me fit dire encore par son suisse de venir le soir même à dix heures. Je m'v rendis. Mais le suisse baissant les yeux, me remit, de sa part, au lendemain lundi à la même heure.
Dévoré d'un chagrin mortel, j'y revins le lundi à dix heures du soir. On voit que quand la chose importe, je jette sous mes pieds les dégoûts qu'on me donne. Mais, au lieu de me recevoir, il fit remettre chez son suisse le billet de laquais que je transcris ici.
« 10 septembre WJi.
« Monsieur,
fl Gomme il n'y a pas aujourd'hui de conseil, monsieur Lebrun prie BI. de Beaumarche de vouloir bien repasser demain au soir à neuf heures trois cards il
MÉMOIRES
ne peut avoir Ibonneur de le voir ce soir par raison de travailles. »
Je répondis sur-le champ au billet.. .. — Quoi ! encore une lettre ? — Je vois l'impatience du lecteur... — Monsieur de Beaumarchais se moque-l-il de nous, avec son fa-jlidieux commerce ? — Non, non lecteur, je ne m'en moque point. Mais votre fureur me soulage : elle s'amalg;une avec la mienne ; et je ne serai pas content que vous n'ayez foulé aux pieds, de colère, tous ces récits! Ah! si beaucoup de gens le font, j'ai gagné cet odieux procès? J'invoque voire indignation !
En effet, citoyens, voyez cet homme courageux, au prétendu bonheur duquel beaucoup de gens portaient envie ! Le trouvez-vous assez humilié ! Si vous voulez savoir comment, savoir pourquoi il le souffrait, ah ! je consens à vous l'apprendre.
J'avais voulu d'abord bien servir mon pays. Ma fortune était compromise ; ces vexations accumulées avaient tourné mon zèle en obstination sur l'iiriivéede ces fusils... — Tu ne veux pas que la nation les ail, parce que tu ne les fournis pas, disais-je ; elle l.s aura malgré toi!
Les dangers que j'avais courus, et ceux, hélas! que je courais encore, changeaient mon courage en fureur. Ah! la pauvre nature humaine ! Mon amour-propre et l'orgueil s'en mêlaient ! et puis je me disais : Si ces messieurs, avec les avanUïges d'un grand pouvoir, une grande cupi'lité, les moyens de tout envahir...; sils gagnent sur moi le dessus, je ne suis que brutal : eux, ils sont très-adroits. Le peuple est abusé; ils auront mes fusils, qu'ils veulent, et moi je serai poignardé I
L'affaire alors changeant encore de face, je me cramponnai au succès. J'oubliai tout, amour-i>ropre et fortune, et ne voulus que réussir. Je rappelai à mon secours tout ce que la prudence a de subtil et de délicat ; je dis: Il faut fouler aux pieds la vanité ; c'est une cargaison d'armes que j'ai promise à mon pays: voilà le but, il faut l'atteindre; tout le reste n'est que moijens. Quant ils ne sont pas malhonnêtes, on peut les u-er tous pour arriver au but. Nous jetterons l'échafaud bas, quand le palais sera construit. Mt'nageoiis encore ces messieurs!
Je répondis par la Icllre suivante au bei'.u billet de cuisinière, lequel m'avait transmis le nouveau délai du minisire.
A mousieuv Lebrun, ministre.
• Paris 11 scplojiibrc 171»i.
« Monsieur,
«Chaque journée p«îrdue rend le péril plus innuinont. Je vous ai dity monsieur, que ma tète était en danger tant quel affaire ne marche pas. IVrsonne ne veut me croire lorsque je dis que je passe près des ministres les heur, s, les jours, les semaines et les mois en sollicitations inutiles. Dénoncé connue un malveillant, je vois mes amis eflVavêsnie rcprochei- de rester exposé dans cette ville aux lureurs d'un peuple égaré.
« Pour faire avancer l'enlreprise, je suis sorti de ma retraite, et nous avons perdu trois semaines à attendre
M. de Naulde, que l'on faisail, disiez-vous, retenir^ et qui enfin ne revient point. Dans les menaces qu on ine fait, je vois qu'on n'épargne personne : les scélérals s'exercent, et la surveillance me dit: Mais pourquoi ne finit-on point ? En effet, on n'y comprend rien. Je me crève inutilement : je cours les plus affreux périls; mes sacrifices sont au comble, et r.-iffaire des fusils estb!
« Je me présenterai chez tous ce soir, à neuf heur» trois quarts, comme votre billet me l'indique.
« Recevez les respects d'un homme affligé.
« Signé : Beauharchais. •
Je joignis à cette lettre un court traité à faire si^ à MM. Servan et Lebrun, confînnatif de celui du 18jyâlet : non que je crusse qu'ils le signeraient, mais jevoGlais que l'effort existât de ma part.
Loin de m'introduire le soir, comme il TaTait promis, M. Lebrun n'eut pas honte de me remettre encore, ^ la bouche du suisse, au lendemain au soir., mercredi iiét septembre, à huit heures, chez M. Servan, oùlecoosd s'assemblerait.
Quoi ! dis-je avec fureiw, il veut donc me faire ipt" ger? Après m'avoir forcé de quitter ma retraite, etmV voir fait perdre cinq jours eu me repoussant tous b soirs, contre ses paroles précises, la fm de tout est dt compromettre ma vie en me forçant de me montrer a milieu de mes eimemis !
Devant aller le \endema\n publiquement à Vkôtel éek Guerre j guerroyer contre le pouvoir, et risquer le ioà pour le tout, je pris mon parti sur-le-champ. Dédaignut toute sûreté, je m'en fus en plein jour à l'audience de c* ministre. J'avais mon portefeuille : je me OsannoDCtf. il me parut un peu surpris.
— Je n'ai pu, lui dis-je en entrant, obtenir de votre bonté un rendez-vous moins dangereux qu'une audieoce du conseil; je viens vous demander, monsieur, jusqa'^ quel point vous trouvez bon que j'y porte mes espliC^ tions. — Moi, je n'ai rien à vous prescrire, me dit-il;» vous entendra.
On annonçi M. Clavière. Il entre, et je lui dis: — ftcsque je dois, monsieur, traiter demain, dans le consal. l'affaiie des fusils de Hollande, permettez-moi de vous faire une prière : c'est d'oublier nos anciens alterca:. Des ressentiments particuliers doivent-ils influer surune affaire aussi nationale? — Ces ressentiments, me dit-il. sont trop anciens pour être ici de quelque chose; nms on prétend que vous vous entendez avec votre vendeur pour que ces fusils n'arrivent pas...
— Monsieur, lui dis-je en souriant, si quelqu'un y travaille, il est bien clair que ce n'est pas moi ! J'ahi» lire à monsieur ma dernière lettre à ce vendeur, M. (i*?. de Rotterdam, et la réplique du négociant : cela rt^ à tout, je vous prie de les écouter.
Ici je demande pardon au correspondant hollandais, si l'un de nos débats sort de nos cabinets et de ro-w portefeuille. La circonstance m'y oblige; mais c'est>i«^ tout pour instruire Lccointre, que je copie la lettre tflit entière.
MEMOIRES
if
MM. Osy et fils, de Rotterdam^ de piésent à Brttxelles,
• Paris, le 2 auguste 179^2.
t Je reçois, monsieur, une lettre de mon anii qui est à Roilerdam, par laquelle j'apprends que vous avez eu des inquiétudes que je ne vous renvoyasse, pour le léger solde des armes, à M. Lahaye de Bruxelles, ou que je ne cessasse de vous payer à son acquict. Si j'eusse eu des raisons pour changer de conduite, monsieur, la première chose que j'aurais faite eût été de vous en prévenir, en vous motivant, sans détour, ma nouvelle résolution : car c'est ainsi que les gens probes se conduisent.
« Loin de cela, monsieur, et malgré mes mécontentements contre Lahaye et contre vous, j'ai donné Tordre à mon ami de vous solder entièrement, ^ans attendre même l'arrivée de M. (/<? la Hogue, lequel repart pour la Hollande ; car il faut bien que je fasse, en homme blesêé de tinjuêtice du gouvernement hollandaU, ce que ▼eus eussiez dû faire vous-même pour un honnête négociant qui s'est substitué si loyalement à vous, et qui TOUS couvre entièrement de vos risques, en ajoutant le cautionnement auquel vous vous êtes engagé, envers feu l'empereur Léopold, à ses payements de tout genre.
f Certes, monsieur, quand vous avez vendu ces armes, vous n'avez pas dû vouloir tendre un piège à votre acquéi^ur, en lui rejetant sur le corps tout le fardeau des embarras dont vous vous seriez facilement tiré, si TafTaire eût continué à vous être personnelle, vu le crédit que je vous sais auprès des deux puissances autrichienne et hollandaise, qui blessent sans prétexte, et pour êtrvir leur politique^ le droit des gens et du commerce en la personne d'un négociant français, et d'une manière si out rageuse!
« Mais avant de porter mes plaintes éclatantes au tribunal de l'Europe entière contre ceui dont j'ai à me plaindre, j'ai voulu que tous intérêts d'argent de qui a traité avec^noi fussent absolument soldés afin qu'on n*eût aucun prétexte à m'opposer qui pût excuser tant dliorreurs.
« En conséquence, monsieur (et ceci vous est étranger), j'ai commencé par payer toutes les primes que chacun s'est permis de s'adjuger sur un marché où personne que vous et moi n'a sorti de sa poche un florin, pas un sou.
« Je vous ai fait payer à vous non- seulement le. capital des armes, mais tous les frais de caisses, de raccommodages de fusils, ceux même de justice, dont vous ne m'avez fait donner le compte qu'après coup. Restent ceux très-considérables du cautionnement exigé; enlin tout ce qu'il vous a plu m'imposer pour vous débarrasser vous-même.
« Hais après tant de sacrifices faits pour me mettre en état de tenir mes engagements envers nos îles du golfe qui attendent ces armes, et à qui notre gouvernement n'eût pas manqué d'en envoyer des siennes, s'il uVût pas cru devoir compter siu* mon honneur et sur
BCAOlARUUJt.
la foi de mes paroles, je me crois en droit de crier hautement à la vexation, et de me plaindre ouvertement du gouvernetnent hollandais, puis de M. Lahaye et de vous, dont pas un n'a daigné dire un mot ni faire une démarche pour obtenir la levée de l'indigne embargo qu'on a mis sur mes cargaisons dans un pays qui ne fleurit que par la liberté du commerce, et qui ne rougit pas de gêner dans ses ports celui des autres nations.
« Non, vous n'<igissez pas avec moi en honorable négociant, monsieur, eu ne faisant aucun effort pour me faire rendre une justice que je n'aurais cessé de réclamer ici pour vous, si notre gouvernement eût été assez lâche pour vous en faire une pareille, et que vous m'en eussiez prié ! Les négociants, monsieur, ont des principes plus nobles que les faiseurs de politique. Eux seuls enrichissent les États, réparent, lorsqu'ils sont loyaux, tout le mal que font les puissances, qui ne savent rien qu'asservir, tout gêner et tout engloutir. Que Von setonne donc après si les peuples, indignés de se voir sous un pareil joug, font des efforts aussi terribles pour es-sayer de s y soustraire !
« Biais laissons là tous les maux des nations, pour vous renfermer vous et moi dans ceux qui vous sont personnels. Vous êtes payé par moi, monsieur, et vous ne m'aidez point à faire partir les marcliandises que j'ai loyalement soldées? voilà tous mes griefs et mes sujets de plainte. Vous êtes trop fm négociant, homme trop élairè, monsieur, pour ne pas être frappe de la justice de mes reproches.
« Recevez les salutations d'un homme blessé jusqu'au vif, et qui signe ouvertement.
fl Signé : Garon Beacmarchais. i
M. Osy, messieurs, dis-je à nos deux ministres, après m'avoir écrit que nous marchons d'accord sur le reste et les frais que nous devons régler, finit sa lettre par ces mots, aussi insignifiants que s'il était grand politique :
a Je crois le mieux, monsieur, de ne pas répondre sur les traits lancés contre moi dans votre lettre. Je me bornerai à vous dire que si je peux vous être utile, je serai toujours charmé de vous prouver la considération parfaite avec laquelle j'ai l'honneur de me dire, monsieur, votre, etc.
« OST DE ZÉQUEWAHT.
« RoUerdam, iS août 1791»
M. Clavière se leva et sortit sans dire un seul mot. M. Lebrun me dit : « M. Clavière a des soupçons, et c'est à vous, monsieur, à les détruire. Comment depuis cinq mois ces fusils n^arrivent-ils pas? — Et c'est vous, monsieur Lebrun, qui me le demandez, quand vous faites tout le contraire de ce quil faut pour quils arrivent ; quand, retenant notre cautionnement, vous n'accordez aucun appui à M. de Maulde en ses efforts! Vous connaissez son écriture ; voyez ce qu'il m'écrit. » Je fouille dans mon portefeuille. — Ccst bien elle, dit-il ; il lit :
MÉMOIRES
« Vous ne douiez pas, monsieur, de toute mon aclivilê, de tout mon zèle... Eh bien ! monsieur, je vais vous parler le seul langage digne de vous et de moi, la vérité.
« Ce GODVERKEliENT ENNEMI EST DÉCIDÉ d'ÊTRB ISJUSTE ENVERS NOUS TANT QU*IL POURRA l'ÉTRE IMPUNÉMENT, et leS
circonstances ne prêtent que trop à sa duplicité. En conséquence, ils sont décidés a ne pas accorder l'exportation de vos armes. {Entendez-vous, monsieur Lebrun, qui feigniez de tout ignorer sur la nature des obstacles qui nous retenaient ces fusils, et qui avez lu cette lettre et vingt autres de M. de Maulde à vous, sans jamais y avoir répondu !) Je ne vois qu'un parti à prendre, celui , de diviser l'objet entre plusieurs négociants, et de prendre avec eux des lettres de garantie, etc. Mors vous pourrez être sûr de l'expédition, puisque les négociants hollandais ne cessent d'en obtenir pour leur compte. Voilà le moyen indiqué par les circonstances. M. Durand voudra bien me suppléer pour l'analyse ; mais permettez-moi de vous ajouter que vous ne devez pas compromettre plus longtemps vos intérêts. Vous voudrez bien raisonner de ceci avec M. de la Hogue, dont l'absence devient bien longue, etc.»
M. de Maulde avait bien raison de s'en plaindre. Pendant cinq mois la Hogue ne lui rapporta aucune réponse, ni personne. Les fahricateurs d'assignats furent remis en liberté, et leur emprisonnement a recommencé de plus belle! Voilà toute l'obligation que nous avons à nos ministres; interrogez M. de Maulde.)
Hé bien! dis-je à M Lebrun, est-ce encore moi qui arrête les fusils? Tant que vous retiendrez le cautionnement commercial exigé par M. Osy, puisje entamer un vain débat contre la politique hollandaise, débat auquel vous n'accordez aucun concours, aucun appui ?
Puis-je même employer le moyen du commerce sans ce maudit cautionnement, lequel, en lin de compte, ne doit coûter à notre France qu'une commission do banque î M. Clavière et vous, vous feignez de ne pas m'entendre I
Non, ce n'est pas cette commission, ni même ce cautionnement, qui ^rr^ic ralf.iire; non, c'est la sale intrigue d'un sieur Constantini et de ses associés, pour lesquels on dirait qu'on me donne tous ces chagrins, sur lesquels je vous ai écrit, qui m'ont fait traîner en prison, espérant que l'on m'y tuerait, et que ma famille aux abois leurdonnerait les armes pour rien, après que je ne serais plus, pour les revendre à la France bien cher !...
W. Lebrun me dit qu'il ne pouvîHt m'écouler plus longtemps, son audience Vattendant. Je le quittai fort mécontent.
Et vous, Lecointrc, qui avez lu mon épître à M. Osy, sa réponse, la lettre de M. de Maulde, il me semble qu'en tout ceci. Provins, le brocanteur, ne fait pas Irés-grande ligure ! Conmient prouverez-vous cette phrase qu'on vous fil mettre dans notre dénonciation,
que f ai feint à Paris que le gouvernement hollandait s'opposait à V extradition des armes ; tandis que, sduo nous, c était Provins tout seul et ses sublimes prétentions qui nous arrêtaient ces fusils^ lorsqu'il n'était qitôtion de lui que dans V intrigue des bureaux, pour mt tuer à coups d'épingle ?
Mais non, Lecointrc, ce n'est pas vous qui zm dit ces faussetés ! trompés par des brigands, wa avez abusé la Convention nationale... Vous revieDdrez de votre erreur, car on vous dit trés-bonDéle homme!
Remis au lendemain 12 septembre au soir, devant !e conseil assemblé, je m'y rendis avec mon portefeoilie. celui même qui subjugua la surveiUance de la maint contre les dénonciations vagues et les clameurs des (Mmar, des Larcher, des Marat, et des autres Je dis: « Voilà enfin Vultimatum de mes explications! je dois b rendre convaincantes. •
Deux de mes bons amis, sentant tout mon danger, voulurent au moins m'accompagner. Moi, je dis âDMi domestique : « Prends mon portefeuille noir dessous U redingote, reste dans l'antichambre ; et s'il m'aniiiit un malheur, sans dire que tu es à moi, fuis viteavéc le portefeuille. Cest mon honneur et ma vengeanetqd tu portes là sous ton bras.,, »
Nous arrivons : tout le conseil s'assemble.  la fin os me fait entrer. J'avance en saluant, sans rien diivi personne, et me mets près de M. Lebrun. Voyant qu'ea ne me parlait pas, j'explique en peu de mots le grffld objet qui m'amenait. M. Danton était assis de Fantr? côté de la table ; il commence la discussion : mâs comme je suis presque sourd, je me lève, et deminde pardon si je passe auprès du ministre (parce quejtî* tends mal de loin), en taisant, selon mon usage, on petit cornet de ma main. M. Clavière fait un ïïk^^ ment. Je regarde, et je vois que le rire de Tisiphomiitait ce visage céleste. H trouvait très-plaisant quejVnlendisse mal. Il entraîna tout l'auditoire; onnt:j'â«i> juré que je me contiendrais...
Nous commençâmes la discussion ; elle roula «r u cautionnement : M. Danton me dit : • Je veux pliider U chose comme procureur. — Moi, la gagner romiiK'CP'* cat, lui dis-je. » M. Clavière prit la parole, et dit: ' 0 cautionnement n était pas dans Pacte de M. de Cnira^ donc cet acte n'est pas le même. — S'il avait dùèlre semblable, répondis-je à M. Clavière, pourquoi Won recommencé? Les circonstances étaient chançêe?: je demandais sans nul détour que l'on me rendit n» fusils (puisqu'on tn'avait prouvé qu'on ne s'en «o««i^ pas), ou que l'on se soumît à des conditions rsisona^ blés. Les trois comités réunis avec les deux minîMrf^ ont choisi le dernier parti. Ce sont ces conditions q^i forment le second traité : donc il dut être diffc'rf^^- M. Clavière ne dit plus rien.
M. Danton me demanda si, donnant le cautionnetuf^* le gouvernement serait sûr d'avoir à la fois les i\i>^^ n Oui, lui dis-je avec force, si l'on ne gâte pas viiul f*^ l'alfaire, comme on l'a fait jusqu'à présent. »
MÉMOIRES
M. Danton me dit encore : « Quand nous aurons donne le cautionnement, si les Hollandais s*obstinaient à ne pas rendre les fusils, qui nous rendra V argent du cautionnement?— Personne, lui répondis-je; parce que ce n'est point de Fargent qu'on doit donner de voire part, mais seulement un engagement de payer certaine valeur, si vous n'envoyez pas à Vépoque détemiinée l'acquit-à-caution déchargé, tel que le traité le comporte; qu'en second lieu, si les états de Hollande retenaient les fusils chez eux, comme il n'y aurait point d*exportation, le cautionnement tomberait de lui-même : nulle équivoque là-dessus. D'ailleurs, M. de Maulde et moi ne remettrons cet acte qu'en nous délivrant Tordre d'embarquer nos fusils. — Mais puisque cela est simple, reprit encore M. Danton, pourquoi ne le donnez- Tous pas ? — Par la raison, lui dis-je, que c'est à vous que je livre les armes, et qu'après les avoir distribuées dans nos possessions d'outre-mer, si l'on ne me rapportait pas Vacquit-à-caution déchargé, par négligence ou bien par malveillance, n'ayant aucun moyen pour vous y obliger, je payerais la valeur de ce cautionnement, et Ton se moquerait de moi. Celui qui seul a intérêt aux armes, qui en fait l'usage qu'il lui plaît, et qui seul a la faculté de faire déciiarger à ses iles Vacquit de ce cautionnement, esi celui-là aussi qui doit seul le donner: son intérêt alors le sollicite d'être exact sur la décharge de Vacquit, »
Je vis très-bien que ce ministre ne savait rien de ce qui ce passait ; je le lui dis: on se fdcha. Je répondis : « Messieurs, si c'est un compte à rendre sur ma conduite en cette affaire que vous exigez tous de moi, ah! je ne demande pas mieux, mon portefeuille est ici pour cela ; nous la prendrons ab ovo, et non partiellement, comme vous faites. M. « Clavtère se mit encore à rire : à ' mon tour, je me fâchai. 11 se leva, et dit en s'en allant : Je chargerai quelquun de suivre le tout en Hollande, et de nous en rendre bon compte Et moi je répondis : ■ « C'est me faire honneur et plaisir, o II sortit , et M. Roland.
M. Lebrun soutint encore qu'un autre que M. la Uogue était plus propre à terminer l'allaire des fusils en Hollande, à cause de la publicité. « Ah ! volontiers, messieurs, si c'est en votre nom, pour recevoir les armes de M. de MauUie. Mais pour les livrer, non, messieurs : autre que lui ne le fera! Rappelez-vous ma grande lettre du 19 août dernier, où la question est traitée très à fond. Peut^n exiger quun vendeur vous fasse livrer par un autre que par l'agent de ses affaires ? Il stipule mes intérêts ; veillez sur les vôtres, messieurs! je veillerai, moi, sur la malveillance ! chacun de nous aura fait ce qu'il doit. » M. Lebrun me répondit « : Mous en raisonnerons demain ; ces messieurs vous ont f^ntendu.
— Entendu, monsieur, répliquai-je ; oui, sur la moindre dos questions, mais je le jure devant vous, i's ne savent rien de l'alfaire; ce n•e^t pns ainsi qu'on s'instruit! Jamais vous ne m'avez permis d'enirer avec détail au fond de la question ; il faudra donc que je l'ex-
plique à Vassemblée nationale. J'y trouverai plus de faveur, car il ne me faut que justice. » Nous sortîmes tous du conseil.
Je prie M. Danton, de même que Roland, qui ne sont rien dans l'affaire ; je prie aussi M. Grouvelle, le secrétaire du conseil, de vouloir attester que notre séance fut telle. D'ailleurs ma lettre du lendemain, écrite à M. Lebrun, va vous certifier, citoyens, tous les détails de la soirée. Je me mets à vos pieds pour obtenir de vous que vous la discutiez avec la plus grande attention ! J'y travaillerais dix ans, que je ne pourrais mieux y poser la question. De si terribles choses ont suivi cette lettre, qu'on ne peut trop bien la connaître.
c Monsieur,
« La séance du conseil d'hier au soir, où je fus appelé, me semblait destinée à déterminer les moyens de donner la plus prompte exécution au traité du 18 juillet sur Içs armes retenues en Hollande. Vous n'en avez touché que le point le moins r^ipital (le cautionnement), et rien ne s'est fini, parce que la question n'a pas été posée de façon à faire avancer l'affaire, comme j'eus l'honneur de vous le faire observer.
« Au lieu d'agiter uniquement la question des moyens d'exécuter cet acte, on a passé le temps à examiner si l'on devait ou non en admettre une des clauses, celle du cautionnement. En sorte que je subissais une espèce d'interrogatoire sur les motifs qui avaient fait changer un traité précédent en celui-ci, ce dont il me semblait qu'on ne devait pas s'occuper, à moins qu'il ne s'agît d'éclairer ma conduite, et de porter un jugement. Alors ce n'était point partiellement, monsieur, que l'on devait m'intcrroger, mais bien sur la totalité, comme je Vai offert; et j'avais là toutes les pièces qui fondent ma justitication, et font éclater mon civisme.
« Mais s'il ne s'agit réellement que des moyens d'exé^ cuter les clauses dun traité de commerce fait librement entre les parties contractantes, tous les autres rapports, monsieur, sont étrangers à cette discussion. Les seuls qui nous rapprochent, et qui intéressent la chose, sont ceux de vendeur et d'acheteur,
« Comme acheteur, si le département de la guerre se croyait e/i droit d'écarter une seule des clauses de l'acte; comme vendeur, je ne pouvais être tenu d'en faire exé* cuter aucune; car ce traité nous lie également. Donc, pour notre sûreté commune, et raisonner commercialement, nous devons nous borner à nous soumettre aux lois que l'acte nous impose, et rien de plus.
« Donc ce n'est pas, monsieur, parce qu'il est plus ou moins avantageux à F acheteur de donner le cautionnement qu'il le doit, mais parce que l acte l'y oblige. Lorsqu'd s'agira de prouver le três-^'rand intérêt qui le fit adopter par les ministres et par les comités, je le ferai victorieusement; mais cela touche la partie civique de l affaire, ci non son aspect commercial, (/wi est l'exécution de l'acte. Je remplirai, messieurs, loyalement mes obligations : ne tiraillez point sur les vôtres, et je vous promets bien que notre afi'aire marcliera enfin.
HÉMOinES*
c Quel cœur français peut être froid sur un objet si important? Ce nVst pas le mien, je le jure ! Bles preuves ne sont que trop bien faites !
« Mais, pendant que nous discutions, il se passait dans Tanticliambre la scène la plus scandaleuse sur moi. En sortant du conseil, M. Roland y a dit à quelqu'un tout haut, en répondant à une demande : Je suis là occupé d'une affaire qui nous tient depuis avant-liier^ et qui ne finira point avant la fin de la guerre^ celle des fusils de M. Beaumarchais. A peine, hélas ! fut-il sorti, après avoir donné, sans dessein, celte nouvelle publicité à une affaire si délicate... qu'il se forma, comme au Palais-Royal, un cri de proscription sur moi : j'y fus traité comme un malveillant à punir. L'un d'eux disait : Je pars demain pour la Hollande, et je la ferai bien finir ! Un autre : // ne veut pas que ces fusils-là entrent; depuis cinq mois lui seul les retient en Hollande l'ÏLi toutes les horreurs ont suivi. Deux de mes amis qui m'attendaient agitèrent entre eux s'ils ne devaient poiiJ entrer, vous prier de me faire sortir par une autre issue que celle-là.
• Sur-le-champ j*ai écrit au président de la commission des armes, pour le prier de vouloir bien nommer des commissaires, négociants, gens de loi, pour éplucher sévèrement ma conduite, offrant ma tête pour otage; et prononcer enfin qui mérite le blâme ou V éloge dans ^affaire de ces fusils : car je puis être déchiré par les bacchantes, comme Orphée, avant que les armes arrivent, cl elles n* arriveraient jamais !
• Terminons donc, monsieur, je vous en supplie, la partie commerciale de l'acte, pendant que j'en justilierai, devant un comité sévère, Vcsiiv'ii, pour la troisième fois depuis qu'il a été conçu ; je ne puis plus soutenir l'étal où celle affaire me met.
*< MONSIELU,
<( Votre, etc., rtc.
« Signé : Cai;o> bEAtMAiu;nAis. ^>
J'écrivis le soir même au comité des armes; je sentais, à récliJl qui s'était fait sur moi, à riiôtel de la Guerre, pendiint que j'étais au conseil, que mon danger ctnil très-imminent : j'avais le poi^mard sur la gorge. Mon mémoire fut remis le lendemain malin, 14 septembre.
Beaumarchais à la commission des armes,
« MOSIELR LE FIIÉSIDE.NT,
« Le nomdu comité auquel vous présidez m'annonce que mon affaire des fusils de Hollande csi spécialement de son ressort. Depuis cinq mois, à peine puis-je me faire écouler de quelqu'un, pour mettre à fin l'affaire a plus intéressante ;iu salut de notre patrie. De ce que ces armes n'arrivent point, les i;,'noranls du \\\\[,surtotd mes ennemisy conclueiil que cest moi seid qui les arrête, tandis que j'ai la preuve en main que peut-être moi seul j'ai fail mon devoir de patriote actif et de ^rand citoyen dans cette interminable affaire.
«♦ l'endanl que les nouveaux ministres sont occupés,
monsieur, de sa partie commerciale, et ne peuvent donner leur temps à Texamen sévère de ma conduite, dont ils ne voient que des points, sans être à rodoe d'en parcourir, d'en juger la série entière, j'ai rboimar de vous prévenir qu'il importe également au salat piblic et au mien que tna conduite soit épluchée par des commissaires éclairés, des négociants, des gens de /«, à moins qu^il ne vous convienne, monsieur, et au comité, de m'entendre ; ce qui marclierait plus au bQ*, qui est Varrivée des fusils.
« Je demande une attestation de civisme et de p'jrHé qui assure mon existence, et j'offre ma tète en otage, ;j je ne prouve pas que je l'ai méritée par les plus grand? efforts qui puissent honorer un Français.
« Si vous me refusez, monsieur, je puis être égor^r. comme j'ai déjà manqué de Vêtre trois fois pour cdU affaire. Ma mort n'est lx)nne à rien ; ma vie peut étnî encore utile, puisque sans elle vous n'obtiendrez janub les soixante mille armes que l'on nous retient en Uor lande.
« Je suis avec un grand respect,
« MoNSIELB,
« Votre, etc.
« Signé : Garon Beaumarciiais. *
• l'aris, ce 15 septembre 179i. >
Voilà ce que, dans son rapport, mon dénondaldff appelle écrire bassement sur V affaire. Citoyens, j'afiis cru que la rigueur contre soi-même était fierté et oci bassesse ! i^Ris on l'avait tellement égaré, que je nevem plus me fâcher d'aucune chose qu'il ait dite.
La commission des armes me répondit calégoriqut^ menl le 14 sur ma demande, et sans perdre un nd jour. — Ha ! ha ! me dis-je, ces messieurs pn^denl autrement que le pouvoir exécutif! Ils ont la bonté litî répondre ; enfin, l'on sait comment on marche. Voici !^ lellre que j'en reçus :
« Paris, le 14 seplemhie lT9i, Tan IV de la IjUjel le 1" de régalilé.
« La connnission des armes, qui a reçu voire lelii^ du 15 courant, désirerait, monsieur, pouvoir vous ealendre ce soir sur votre affaire des fusils de Hollandt': mais il convient préliminairement que vous présentiez une pétition à rassemblée nationale, qui la renvt-rn à celui de ses comités qu'elle jugera convenable, et {tobablement ce sera à la commission des armes ; ate monsieur, vous pouvez compter qu'elle conférera d iih tanl plus volontiers avec vous sur l'opération doiil^t'"^ l'enlretenez, qu'elle espère trouver dans le résultai J«*^ éclaircissements, et que vous pourrez lui donner 1 occasion de rendre un nouvel hommage à votre patriotisme.
<< Les membres de la commission des armes,
« Signé : Maignette, Bo, etc. -
J'envoyai sur-le-chamj» la pétition suivante à I assemblée nationale.
MÉMOIRES
« MONSIEDR LE mésinENT,
« Une affaire immense, entamée pour offrir à la France un grand secours d'armes étrangères, en souffrance depuis longtemps, exige en ce moment une discussion aussi sévère que discrète. La publicité lui nuirait. Le pétitionnaire vous supplie, monsieur le président, de vouloir bien renvoyer cette discussion au comité, aussi juste qu'éclairé, nommé la commission des armes.
« Il vous prie d'agréer l'hoinmage de son profond respect.
a Signé : Caron BEAUVARcnAis.
# V.c il septembre 1792. »