‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 503 sur 607 · CINQUIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ÉPOQUE

0 ciTOYEifs LÉGISLATEURS ! est-ïl donc TTaî qaen ioioquant votre justice je doive dissimoler une partie des faits qui me disculpent ; nramoindrir en plaidant oa cause, à peine d'offenser des hommes qui influeat? U faut que quatre mois d'absence aient bien faussé mon jugement sur l'acception connue du grand mot liberii. puisque je suis si peu d'accord avec mes amis de Psm sur les points importants de la conduite que je dois tenir dans une affaire qui détruit mon existence de citoyen, et porte une atteinte mortelle à cette liherié, à cette égalité de DRorrs que nos lois Tnatfoient gamlies !

Chacun m'écrit : Prenez bien garde à ce qui sort de votre plume! Défendez-vous, et n'accusez persoDDf! n'offensez aucun amour-propre, pas même celui de ceux qui vous ont le plus outragé! Vous n'êtes plusâo cours des choses.

Songez qu'on a voulu vour perdre, et qu'eussiez-vous cent fois raison, vous ne pouTez rien obtenir à \m n'êtes très-circonspect !

Songez que vous avez le poignard sur la goi^ge, et que tous vos biens sont saisis !

Songez qu'à défaut d'autre crime, on yeut tous taire passer pour émigré ! que vous ne dîtes pas un mot (j^ ne soit tourné contre vous ! que vous ne faites rien de bien qui n'irrite vos ennemis I qu'ils sont puissants.^ et sans pudeur! Songez que vous avez une fille que tobs aimez! Songez...

Oui, j'ai une fille que j'aime. .Mais en la chérissant, je cesserais de l'estimer si je la supposais capable di» supporter l'avilissement de son père, et de vouloir qw je lui conservasse une fortune qu'on m'envie, et (fia fait mon unique tort, au prix d'afiaiblir mes défends en taisant la moitié de ce qui les compose, et de compromettre mon honneur en ménageant des ennemis qui nont pas osé m' attaquer tant que je suis rett^ n France, quoiqu'ils eussent entre leurs mains. nEMis >n MOIS, toutes les pièces sur lesquelles ils (mt Vimpudena de m' accuser lorsque je suis absent !

Quoi ! d'injustes ministres ont abusé de mon zèi? pour la patrie, et m'ont fait sortir de France avec un passe-port perfide... espérant si bien manœuvrer que je n'y rentrasse jamais ! ou que si j'y rentrais, ce fût char^v de chaînes, et couvert de l'opprobre d'avoir desserri mon pays; accusé de l'avoir trahi ! Et j'affaiblirais ro^ défenses !

Quoi donc! d'un pays libre où ils ont du crédit. iL« auront envoyé chez un peuple étranger, qui se dit libre aussi, un courrier extraordinaire, pour m'en ramener garrotté, espérant pouvoir à la Haye ce qu'ils n'osent tenter à Londres, quand ils ont eu la lâche négligence d'y laisser échapper des faussaires, des fabricaieursdah signais, (piun homme vigilant y tenait en prison. faute de lui répondre, ou d'y envoyer des courriers pendant sept ou huit mois ! Moi je garderais le a- I lence!

MÉHOIRESt

Quoi ! sur des crimes supposés ils ont voulu me faire entraîner de Hollande pour être égorgé dans la route, ou par des gens payés par eux, ou par noire peuple abusé, avnnt d'arriver aux prisons, où l'on feindrait de m'amener jwur y produire mes défenses? El je tairais, moi, citoyen, tous ces grands abus du pouvoir!

— Oui! mon cher! il le faut, ou vous êtes perdu.

— Mes amis, on n'est point perdu quand on prouve qu*on a raison ! Êlre perdu, ce n'est pas d'être tué; c'est de mourir déshonoré ! Pourtant, amis, soyez contents ! Je ne les accuserai point sur cette affaire méconnue, mais qu'il est temps de mettre au jour ; car je dois sauver mon honneur, si je ne puis les empêcher de consommer la ruine de mon enfant, même d'assassiner son père !

Je ne les accuserai point. Je dirai seulement les faits, les appuyant de pièces inexpugnables, comme je ne cesse de le faire. La Convention nationale, bien supérieure aux petits intérêts de ces individus d'un jour, car elle n'est qu'un grand écho de la volonté générale, qui est d'être juste envers tous; la Convention discernera sans moi les coupables de l'innocent ! ceux qui ont trahi la nation, de celui qui Ta bien servie ! Alors elle prononcera lesquels d'eux ou de moi méritent le décret qu'ils ont fait prononcer sur un faux exposé !

Dans quelle affreuse liberté, pire qu'un réel esclavage, serions-nous tombés, mes amis, si l'homme irréprochable devait baisser les yeux devant des coupables puissants, parce qu'ils peuvent l'accabler? Quoi donc ! tous les abus des vieilles républiques, nous les éprouverions à la naissance de la nôtre ! Périssent tous les mes biens, périsse ma personne, plutôt que de ramper sous ce despotisme insolent ! Une nation n'est vraiment libre que lorsqu'on n'obéit qu'aux lois.

0 CITOYENS licisLATECRs ! ce mémoice lu par vous tous, j'irai me mettre en vos prisons ! Tu m'y consoleras, ma fille, comme la jeune et vertueuse Sombreuil, devant laquelle mon âme se prosternait à VAhhaye, aux approches du 2 septembre!

J'en suis resté, lecteurs, à la stupéfaction du ministre Lebrun, de me voir dans son beau salon, avec mon air de prisonnier, ma barbe de cinq jours, mes cheveux en désordre, en linge sale, en redingote, entre deux hommes en écharpe... t Oui, monsieur, lui dis-je, c'est moi. Victime dévouée, je sors de l'Abbaye, où certains délateurs que vous connaissez m'ont fait mettre, en cri.'mt partout que c'est moi qui méchamment m'oppose à l'arrivée de nos fusils. Vous savez trop, montieur, ce qui en est! b

In municipal m'interrompt, dit au ministre : « Nous sommes envoyés, monsieur, par la municipalité, vous demander, d'après les explications de M. Beawnarchais, dont on est satisfait, si vous voulez ou non faire partir à rin.stant son courrier pour la Hollande, avec tout ce qu'il faut pour que Us fusils nous arrivent. — 11 ne

faut, dis«je, aux termes du traité, qu*un cautionnement arrêté trente fois, malgré trente promesses ; il me faut U7i passe-port, il me faut quelques fonds. »

Je trouvais à M. Lebrun les yeux un peu fuyards, la parole allongée, et la voix incertaine. Il dit à ces mes* sieurs que... rien ne... retenait... ; qu'en... ce moment il... n'en pouvait finir- •. mais que si nous voulions... venir demain matin... ce serait l'affaire... d*une heure.

Qui donc étonnait M. Lebrun? Ëtait-ce mon empri* sonnement, ou ma sortie inopinée? Je ne le savais pas encore.

Nous nous retirâmes, avec parole pour le lendemain à neuf heures. Nous nous rendons au comité de surveillance de la mairie, où Ton me donne, avec beaucoup de grâce, une attestation de civisme dont je dus être satisfait. J'en avais eu déjà une première. Je convins avec ces messieurs que je la rapporterais, et que de deux on en ferait une seule, que je pourrais faire afficher.

Le lendemnin, un des municipaux vient me prendre chez moi, me mène chez M. Lebrun à neuf heures. // était sorti, nous dit^n.

Nous revînmes à midi ; il n était pas rentré. Nous revînmes à trois heures ; enfin il nous reçut. J'avais appris par mes intelligences qu'il avait écrit à M. de Maulde de venir bien vile à Paris, mais il ne m'en avait rien dit. Peut-être pensent-ils, disais-je, qu'ils tireront de lui quelques notions propres à me nuire, et que c'est là l'objet de son voyage !

En m'expliquant avec M. Lebrun devant notre municipal, je dis avec un peu de ruse que, dans mon mémoire à rassemblée nationale, je la priai de mander M. de Maulde pour rendre témoignage de mes puissants efforts, aidés des siens, sur l'extradition des fusils. H me répondit un peu vite : Épargnez-vous cette peine ! il sera ici dans deux jours.

— Quoi! monsieur, lui dis-je, il revient? Cette nouvelle me comble de joie. 11 rendra bon compte de nous à rassemblée nationale, et ramènera mon la Hogue! Son air ministériel lui revint à ces mots ; et coupant sur l'explication, il nous quitta, puis nous fit dire qu'on- Venlevail pour terminer un objet très-pressé.

Le municipal, étonné, médit: « Je ne reviendrai plus ici perdre le temps en courses vaines ; on enverra qui l'on voudra. — Voilà, depuis cinq mois, lui dis-je, la vie que l'on me fait mener : je dévore tout sans me plaindre, parce que c'est une affaire qui intéresse la nation. >

Le soir même, 29 août, j'écrivis à M. Lebrun.

i Au nom de la patrie en danger, de tout ce que je vois et entends, je supplie M. Lebrun de presser le moment où nous terminerons l'affaire des fusils de Hollande.

« Ma justification ? je la suspends. Ma sûreté ? je la dédaigne. Les calomnies ? je les méprise, Mais, au nom du salut public, ne perdons pas un moment de plus ! L'ennemi est à nos portes, et mon cœur saigne, non

MÉMOIRES

dos horreurs que Ton m'a faites, mais de celles qui nous menacent.

« La nuit, le jour, mes travaux et mon temps, mes facullés, toutes mes forces, je les présente à la patrie : j'attends les ordres de M. Lebrun, el lui offre Thommage d'en bon citoyen.

« Signé: Beauvahchais. »

Point de réponse, La nuit suivante, à deux heures du matin, mes gens vinrent tout effrayés me dire que des hommes armés demandaient l'ouverture des grilles. « Ah ! laissez-les entrer, leur dis-je. Je suis dévoué, je ne résiste à rier>. »

Nous n'en eûmes que la frayeur. C'étaient tous mes fusils de chasse que Ton venait medemander. «Messieurs, leur dis-je, quelle volupté trouvez-vous à choisir ces heures nocturnes pour vous rendre ainsi redoutables? Quand il faut servir la nation, quelqu'un peut-il s'y reruser ? »

Je leur fis donner sept fusils précieux, à un et à deux coups, que j'avais ; ils m'assurôrent qu'on en aurait grand soin, qu'ils allaient sur-le champ les dé; oser à la section. Le lendemain au soir j'venvovai: l'on n'en avait aucune nouvelle. « C'est peu de chose, me dis-je, que cette perte ; c'est une centaine de louis. Mais ceux de Hollande! ceux de Hollande! »

J'écrivis à M. Lebrun, le soir môme, cet autre mot pressant :

t Paris, ce 50 août 1792.

« 0 monsieur! ô monsieur! si l'incurable aveuglement jeté par le ciel sur les Juifs n'a pas frappé Pam, celte nouvelle Jérusalem, comment ne peut-on rien finir sur les ohjels les phis intéressants pour le saîut de la patiie? Les jours composent des semaines et les semaines font des mois, sans que nous avancions d'un pas !

fl Pour le seul passe-port de M. de la //or/Me à renouveler au Havre pour la Hollande, treize jours se sont passts sans (juej^aie encore pu ouvrir les yeux à aucun homme sur le mal qu'on fait à la France ! In courrier ej't venu du Havre, et il est reparli en portant à M. de la Hoijuc l'ordre leplus élranj;e qui pût se donner dai.sce cas. Le voilà retenu en Fraîicelei l'on me demande pourquoi les soixante mille armes de Hollande ne nous arrivent pas! et je suis forcé de répondre que si le diable s'en ynèlait, il ne pourrait pas faire pis pour les empêcher d'arriver !

• J'ai élé prisonnier six jours à l'Abbaye et au secret pour ces misérables fusils ! El jt; suis prisonnier chez moi, parce que j'y attends le rendez-vous que vous m'avez promis pour finir! Je connais tous vos embarras; mais si nous n'y travaillons point, l'affaire n'a pas de jambes pour avancer toute seule.

• On est venu celle nuit ch»»z moi à main armée m'arrachermesfusils de dusse, elje disais en soni)iranl : Hélas! nous en avons soixante mille en Hollande; personne 7ie veut rien faire pour m'aider, jnoi chétif, a les en arracher: et l'on vient troubler mon repos !

« Je suis un triste oiseau ; car je n*ai qu'un ramage, qui est de dire depuis cinq mois à fous les minislns qui se succèdent : Monnieur, finissez donc taffairt en armes qui sont en Hollanélf ! Un vertige s'est emparé i/t la tète de tout le monde, chacun dit un mot et s'en a me laissant là sans nulle solution. 0 paurre Frmce! ô pauvre France!

« Pardonnez-moi mes doléances^ et donnez-moi un rendez-vous, monsieur ; car, par ma foi, je suis auénespoir.

< Signé : Beaumarchais, i

Point de réponse.

On voit avec quelle patience j'oubliais mes maux personnels, pour me livrer entier à ceux de ]a chose publique. Pourtant le lendemain de ma sortie de la prison, j'avais été au comité de surveillance de la mairie chercher l'attestation promise.

Jugez de mon étonnement, lecteurs! Tous les boréaux étaient fermés, les scellés sur toutes les portes, et ces portes barrées de fer. Qu'est-il arrivé? dis-je an gardes. — Hélas! monsieur; tous ces messieurs soat enlevés de leurs fonctions, — Et cent cinquante prisonniers qui attendaient là-haut, dans des greniers, sor de la paille, qu'on leur apprit pourquoi ils étaientlà? — On les a conduits en prison, on en a bourré les cachots. — 0 Dieu ! me dis-je ; et plus personne de œax qui les ont arrêtés ! Comment cela finira-t-il? qui Ifi retirera de là ?

Je m'en revins chez moi le ca ur serré, disant : 0 Manuel! ô Manuel ! quami vous me disiez: Siïtra vïTE, j'étais loin dem'imaginer qu'un jour plus tardiJK serait plus temps ! Grâces, grâces vous soient rendue, mon très- généreux ennemi ! aucun ami nem'asenis bien.

Je réunis les deux attestations du comité de surveillance en une, puisque personne ne pouvait plus le térr, el je la fis promptement aflicher.

La voici :

Attestation donnée à P.- A. Caron Beaumarchais \^ le comité de surveillance et de salut public, servant d»» réponse à toutes les dénonciations calomnieuses, toutes les listes de proscription, notamment à celleimprimée des électeurs de 1701, qui ont élé au club de b Sainte-Chapelle, où il est jnéchamwcnt inséré,

(« Ces vingt-huit et trente août mille sept cent quatrevingt-douze, l'an IV de la liberté; et le l*' de l'êgalilè, nous administrateurs de police, membres du corailéde surveillance et de salut public, séant â la mairie. avoD> examiné avec la plus scrupuleuse attention tous ks papiers du sieur Caron Beaumarchais, 11 résulte de crf examen qu'iV ne s y est trouvé aucune pièce niauuscrile ou imprimée qui puisse autoriser le plus léger wupç» contre lui. ou faire suspecter son civisme.

i< Nous attestons, en outre, que plus nous examinons l'alfaire de l'arrestation dudit sieur Caron BeamiaT' chais, plus nous voyons qu'il ncsl nullement coupobU

MÉMOIRES

des faits à lui impuléSf et n*est pas MèsiE suspect: pour quoi nous l'avons renvoyé en liberté.

fl Nous reconnaissons avec plaisir que la dénonciation faite contre lui, et qui a motivé l'apposition des scellés chez lui, et l'emprisonnement de sa personne à l'Abbaye, n avait point de fondement.

« Nous nous empressons de mettre sa justification dans tout son jour, et de lui procurer la satisfaction qu'il a droit dattendre des mandataires du peuple.

• Nous croyons qu'i7 a droit de poursuivre son dénonciateur dans les tribunaux, et avons remis audit sieur Caron ses registres et papiers.

« Fait à la mairie les jours et an susdits. Les administrateurs de police f membres du comité de surveillance et de salut public,

« Signé : Panis, Leclbrc, Duchesne, DcFFORT, Martin, etc. »

Le dimanche 2 septembre, n ayant aucune réponse du ministre Lebrun, j'apprends que la sortie de Paris est permise : fatigué de corps et d'esprit, je vais dîner à la campagne, à trois lieues de la \ille, espérant de re- Tenir le soir. A quatre heures, Ton vient nous dire que la ville était refermée, qu'on sonnait le tocsin, battait la générale, et que le peuple se portait avec fureur vers les prisons, pour massacrer les prisonniers. C'est bien alori que je criai, dans ma gratitude exaltée : 0 Manuel! ô Manuel! Mon cerveau martelait comme une forge ardente. Je crus que j'en deviendrais fou !

Mon ami m'invita d'accepter un gite chez lui. Le lendemain, à six heures du soir, un commandant des gardes nationales des environs vient lui dire tout bas : c On sait que vous avez chez vous M. de Beaumarchais: les tueurs Font manqué cette nuit dans Paris ; ils doivent venir la nuit prochaine ici, l'enlever de chez vous ; et peut-être m'obligera-t-on de m*y rendre avec toute ma troupe. J'enverrai dans une heure chercher votre réponse : dites-lui bien qu'on sait qu'i/ y a des fusils dans ses caves, et soixante mille en Hollande, quil ne veut pas que nous ayons, quoiqu'on les lui ait bie.n payés. Aussi cest bien horrible à lui ! — Il n'y a pas, dit mon arai, un mol de vrai à tous ces contes. Je vais lui parler au jardin. »

Je le vois arriver à moi, la figure pâle et cTéfaite. Il me fait son triste récit : « Mon pauvre ami, dit-il, qu'allez vous faire? — D'abord, ce que je dois à l'ami qui me donne hospice : quitter voire maison pour quelle ne soit point pillée. Si l'on vient chercher la réponse, dites que l'on est venu me prendre, que je suis parti pour Paris. Adieu. Gardez mes gens et ma voiture, et moi je vais aller à ma mauvaise forlune. Ne disons pas un mot de plus ; re'ournez au salon, n'y parlez plus de moi. »

11 ni'ouvie une petite grille, et me voilà marchant dans les V rres labourées, fuyant tous les chemins. Enfin, dans la nuit, par la pluie, ayant fait (rois lieues de traverse, je trouvai un asile chez du» bonnes gens de campagne à qui je ne déguisai rien, et dont je fus accueilli avec une hospitalité si touchante et si douce

que j*en étais ému aux larmes. Par eux à travers vingt détours et sans que l'on sût où j'étais, j'eus des nouvelles de Paris. Les massacres duraient encore, mais les Prussiens pénétraient en Champagne. J'oubliai mes dangers, et j'écrivis à M. Lebrun :

• De ma retraite, le 4 septembre i*9i.

« Monsieur,

« Après avoir passé six jours en prison, soupçonné par le peuple de ne pas vouloir que les soixante mille fusils que j'ai achetés et payés pour lui depuis six mois en Hollande arrivent en France, n'ést-il pas temps que je me justifie, en repoussant le tort sur tous ceux qui en sont coupables? C'est ce que je fais en ce moment, par un grand mémoire destiné à Rassemblée nationale, à qui je veux encore une fois faire choir les écailles des yeux.

En attendant, je vous adresse ma requête aux états de Hollande, du mois de juin, sur les fusils, sur leur déloyale conduite envers un négociant français, (Elle s'était égarée aux affaires étrangères comme tout ce qu'on y renvoie.) J'ai écrit à M. la Hogue de revenir à Paris, puisque l'enfer, qui s'oppose à ce qu aucun bien ne se fasse pour ce malheureux pays-^i, l'a encore empêché de s'embarquer pour la ilollande.

« Ah ! si les ministres savaient quel mnl un seul quart d'heure d'inattention, de négligence, peut faire en ces temps malheureux, ils regretteraient bien le mois qu'ils viennent de nous faire perdre sur l'affaire de ces fusils !

0 Et quant à moi, monsieur, après avoir reçu ducomité de surveillance \es ip\\is (ories attestations sur mon civisme et sur ma pureté, d'après la lecture réfléchie des pièces accumulées dans mon portefeuille sur ces armeSf je me vois de nouveau poursuivi par la fureur du peuple, et obligé de me cacher pour ne pas en être victime, tandis que ceux qui n'ont rien fait que nuire à ces opérations sont tranquilles chez eux, souriant de mes peines, et peut être cherchant à les porter au comble I Ce n'est pas vous, monsieur, mai* je les nommerai.

« Vous m'avez demandé quels moyens je croyais meilleurs pour terminer cette interminable entreprise. 11 n'y en a point d'autres, monsieur, que de suivre les errements tracés dans le traité fait avec MM. Lajard, Chambonas, et les trois comités réunis; de ne point enchaîner en Frajice le vetuieur qui doit vous les livrer, car cela est par trop étrange î Puis consulter M . de Maulde, conjointement avec M. la Hogue, sur les mo\ensde ruse que peut employer le conunerce, puisque notre cabinet est trop faible pour prendre un parti ferme contre les itats (le Hollande; gilinde ne plus perdre des mois à essayer de me trouver en faute, quand les preuves crèvent les yeux sur mes travaux, et sur mes sacrifice <i. Un dirait, à voir la conduite que l'on tient en France envers moi, que la seule affaire importante soit de me ruiner, de me perdre, en se moquant que soixante mille armes arrivent ou n'arrivent point. Je vais demander des commissaires pour bien éplucher ma conduite et celledes

HÉHOmES.

autres par cotitre-coup. 11 est temps, et bien temps, que

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