‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 510 sur 607 · TV · texte numérisé non relu

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Le 24 novembre, je demandai à ce ministre plénipotentiaire de France, mais ofTiciellement, copie des lettres que les difTérents ministres hii avaient écrites sur Taffaire des fusils. U répondit qu*t7 n^ était pas d'usage quon donnât en diplomatie copie des lettres qui pouvaient parler d'autres choses j mais seulement de bons extraits. U voulut bien me les envoyer.

On peut remarquer cette phrase dans ma lettre : Je ne vous parle plus de ce fatal cautionnement^ etc., quj n'arrivi' jamais, etc., parce que la malveillance qui Varrête ne vient nullement de votre part y et que vous en avez écrit plusieurs fois aw ministre, comme je Vai fait moimême, etc.

On peut remarquer ce//e-ctdans la réponse de M. de Maulde : // faut donc être en mesure de prêter ce caution^ nementf ou nous ne tenons rien. Vous ne doutez pas que Il Kl EETBACK SOUVENT cctte obscrvation AU MixisTEE, à qui je présume que le citoyen Beaumarchais écrit chaque courrier.

Hélas ! oui, je lui écrivais; M. de Maulde lui écrivait; Cansiantini sans doute aussi lui écrivait. L* usage qu'il a fait des trois correspondances est Texécrable et dernier acte de ce drame ministériel ; mais comme c*est la fin de tout, avant de vous le présenter je dois vous mettre sous les yeux ma lettre pressante du 30, et la réponse de M. de Maulde, sur la Hvraison de mes armes. Elles sont trop importantes pour ne les pas insérer dans le texte. Voici ma lettre :

« U Haye, ce 30 novembre 1792, l'an I*' de la république.

« Citoyen minutée PiiMPOTENTiAiEE de France,

fl J'ai riiouneur de vous prévenir que rarniurier de Bruxelles, que mon vendeur hollandais et moi avons

KAOEAIICBAIS.

été d ac::ord de faire venir à Tervère pour y reconnaître en ma présence et en la vôtre la quantité des armes en caisses qui y sont détenues depuis plus de sept mois, et enfin arrivé à la Haye sur Texpédition du passe- port que le général français qui commandé à Bruxelles lui a donné, d'après la demande que vous lui en avei faite vous-même.

< Je vous ai prévenu dans le temps, citoyen ministre et ministre citoyen, que si nous préférions cet armurier brabançon à tout autre, c*est parce que, depuis le commencement de TafTaire, cet homme a été chargé d*abord de faire passer les armes des citadelles de Matines et de Namur en Zélande ; ensuite de réparer la partie des fusils qui en avait le plus besoin ; qu*il a huilé et encaissé ces armes, et qu'il en a remis alors Tétat certifié à mon vendeur, lequel me Ta remis depuis eu le certifiant lui-même.

• La malveillance ministérielle, qui jusqu'à ce jour a retenu en France le cautionnement exigible tant demandé et tant dé fois promis, ayant servi de prétexte à la mal- ' veil lance hollandaise pour empêcher l'embarquement et l'extradition de ces aiines, vous savez aussi bien que moi que le moment de résipiscence hollandaise que nous devons aux grands succès de Dumouriez, est à peu prés déjà passé, par le décret de la convention nationale sur l'ouverture de la Neuse et de l'Escaut. J'ai donc l'honneur de vous requérir, et même de vota sommer (pardonnez la rigueur du terme à la rigueur des circonstances) ; j'ai l'honneur, dis-je, de vous requérir et sommer de vous transporter avec moi à Tervère pour y recevoir, en votre qualité de maréchal de camp, mon expropriation légale et la livraison réelle de ces armes, payées depuis si longtemps par moi, au même instant où elle me sera faite à moi-même, aux termes du traité passé le 18 juillet dernier entre les ministres de la guerre Lajard et des affaires étrangères Chambonas, d'après l'avis très-molivé des trois comités, Diplo^ matique, Militaire,et des Douze, réunis ; traité dont la teneur, expressément reconnue par le ministre Lebrun en date du 20 septembre, qui vous l'a envoyé par moi, vous y oblige, ainsi que l'ordre exprès que ce ministre vous a donné pour la partie qui vous concerne dans ce traité, par sa lettre du 20 septembre, que je vous ai remise à mon arrivée à la Haye.

c Pardonnez si je vous préviens, citoyen ministre plénipotentiaire, qu'à votre refus de le faire à ma réquisition, si une guerre, [qui parait malheureusement trop prochaine, entre la France et la Hollande aidée de l'Angleterre, privait la patrie de ces armes qui lui appartiennent, soit par quelque pillage ou l'ueurpation que les Hollandais en feraient, je me verrais forcé dès à présent d*en réserver toute la RESP0.*i8AEtLiTÉ sur vous^ comme je Vai déjà fait à Paris sur le minittère de France, pour le refus de fait, qui existe de sa part, d'envoyer en Hollande le cautionnement exigé par le traité du \S juillet, et d'en exéctUer les conditions ; ^ovs rendant GARANT ENVERS U NATION de touic la pcrtc quirésuU terait pour elle de votre refus de partir,

MÉMOIRES

sieur Lehnin !) Ne perdons pas le fil du raisonnement des Hollandais : il est parfiiil.

Ils me donnent le droit de vendre mes armes dans Vinlcrieur, parce que fai payé les droits : mais quels droits leur ai-je payrs ? Ceux de transit. Admirez la justesse! parce que j'ai payé les droits qu'on nomme de passage, celui d'entrée et de sortie, ils gardent mes fusils sous clef ! (Dieu bénisse les poliliques avec leurs falals raisonnements !) Et c'est de celle nourriture qu'on alimente ma raison depuis neuf Iristes mois, tant en Hollande qu'à Paris ! Hollandais, Duohl et Lebrun, vous êles tous dé la même force !

Notez encore que ces Élals, amis de Vempereur Fhaxçois, me donnaient une permission [que je ne leur demandais point) de vendre ces ^l^ils en Europe à nos ennemis, qui les recherchaient à tout prix (si c'est mon BON PLvisiR, disent-ils), malgré que Vempereur, leur ami, eût exigé d'un Hollandais que ces armi's iraient «i Saint-Domingue, sous peine de cinquante mille florins, et malgré que LL. UH. PP., à f appui de cette sûreté, eussent exigé de nous en avril trois fois la valeur de ces armes. Jeu puéril ! tout était oublié ! Soldats français, tout était bon, pourvu que vous ne les eussiez j;miais ! Et nos perfides ministres en abusant Lccointre, et faisant publier la chose, viennent de faire gagner la partie à vos ennemis, par votre décret de novembre !

Hélas! nos seigneurs de Hollande nous traitaient comme gens qui ne méritaient pas qu'on se donnât la peine d'avoir raison en leur parlant /Bfoquerie outrageuse que Z/cfrrM7i connaissait! Et c'était votre ambassadeur. ôFranjYï/«,qu'on bafouait ainsi : car il appuya ma requtMe d'un très- fort mémoire de sa inain, au nom de la nation française! Mais pourquoi m'en étonnerais- je, lorsqu'il était bien plus bafoué par le ministre do Paris (pie par le bureau de la Haije?

En demandant pardon à cet ambassadeur maltniité, vexé, rappelé, quoiqu'il soit bien dans la diplomati<» un des hommes les plus forls que j';iie janiîiis rencontrés, un travailleur infatigable, à qui je donnerais très-bniilement ma voix pour en faire un ministre des affaires étrangères, si on les choisissait sur leur capaeilé : hélas ! j'en dis tout le bien que j'en sais, pour qu'il daigne me pardonner la contrariété que je nu; \ois forcé de lui faire éprouver.

Pour revenir à mon affaire, je somme donc M. de Maulde de déclarer, sans n\il détour, si tout ee que j'ai dit tenir de lui sur le Constuntini est faux.

Je le somme de présenter la lettre qu'il a reçue à ce sujet de la veuve Lombaert dWnicrs sur la cession de mes fusils.

El comme le Constantini est vantard, avec son parler un peu niais, je somme aussi M. de Maulde de déclarer à la nation si ce que cet homme a dit en d'autres lieux, savoir : quil donne un intérêt de vinal-cinq pour cent sur tous ses achats de llallamlc a certain protecteur de son privilège exclusif, cl lui en a remis sa MUMissioN, il ne le lui aurait pas dit aussi dans tes vaiileries accoutumées .

Je le somme encore de nous dire s*il ne lai a pis fait quelque offre semblable, à lui-même, pour fiemer les yeux sur le tout, même y aider dans roccasion.

Ce qui m'engage h peser sur ces faits, c'est le nppd si brusque et sans motif, de C4[?t ambassadeur, an mment où c'était un crime d*enlever de la Baywk homme aussi instruit des intérêts du Nord, aussi ai» des Hollandais, trè-^-estimé de leur gouvemenn^ quoiqu'on lui fit des diVimios par haine de noire natitÊ, au moment, dis-je, où tous les cabinets venaienl se mêler et se {leindre au cabinet alaUtoudérein comme iMd l'horizon se peint sur la rétine de notre œil, grande comme un œuf de serin !

Et si, contraire au triumrapinat, riionneor de M. de Maulde fa obligé de rejeter leur offre, je ne më- Umnerai plus de son brutal rappel, quoiqu'il fi l'homme le plus propre à nous bien servir en UcUanâe! Des ngards aussi vigilants auraient pu gêner bien des choses ! Eh ! qu'est le bien de la patrie prés de M. Ciistantini? Il a bien mieux valu y envoyer Thainritle,qà, tout aussi vantard que l'autre, leur disiit nobleant au Havre, en racontant quil allait relever de MmMt: Je m'en vais à h Haye balayer toute la boutique.

Celte diplomatie peut sembler un peu bien étrange i ceux qui savent combien il faut de vrai talent, de giices, de ruse et de souplesse pour faire supporterai missions inquisitoriales !

Tels sont les gens qui mènent nos affaires, enlisant du gouvernement un réceptacle de vengeance, a cloaque d'intrigues, un tissu de sottises, une ferme et cupidité !

Après avoir fini avec Osy de Rotterdam, et >« aucun égard aux menées de Lebrun, mais attendanla (pi'il me ferait dire par son nouveau collègue P«4f. j'écrivis à M. de Maulde une lettre ofOcielle, le 21 novembre, ayant rapport à la réception de mes armes, qu'il était obligé de faire en qualité de maréM * camp. J'y joins la lettre de ce ministre, en réponse JLi mienne du 2i.

Cette réponse de M. rfe }fauUU\ exacte et fort lionnètf. comme lout ce qu'il , écrit, est remartpiable par irvu points :

h Parla conviction où il est que tous cesrerfaénii protégés de marchandises hollandaises, Consiantié t^ compagnie, ne me pardonneront pas de les avoir pfi»^ d'agioter sur mes fusils. .Je crois^ dil-il, que pourpiffr encore à quelque diablerie, car tons ces factieux dt^ leurs ne vous les écomiseront pas, etc.

2" Elle est remarquable par sa très-franche ^(M< d'exécuter sur ces fusils les devoirs qre lui imposait ^ traité du 18 juillet, d'après les ordres de Lebrun, qt»* ne croyait point illusoires,

5" Par la fatigue quil avait des vexations sam ** hre que mon affaire n'avait cessé de lui faire épmsfff depuis huit mois qu'il la traitait et la suivait aupta^^f^ états de Hollande. (Voyez sa lettre )

H y en avait donc réellement, de longues et jati^'^ vexations de la part des états de Hollande sur cfttftil'

MÉMOIRES

"'■ fnrty que l'ambassadeur vigilant ne perdait pas de vue

* depuis huit mois, dont il avait lassé les ministres de

^ France, et dont le Lebrun ^ qui se donne Tair aujour-

^ d*hui de s*ins(ruire des faits par un nouvel agent, avait

■A eu les oreilles battues et les deux yeux frappés cent

?t Un comme premier commis, ensuite comme ministre,

^^ pir vingt dépêches de M. de Maulde, et par mes viVes

Si réclamations !

ftf II. de Maulde m envoyait avec sa réponse une lettre

i£ réquisitoriale au commandant françai* à Bruxelles, La

)^. Toici:

^'*^ c U Haye, ce 22 novembre 1792, l'an !•' de la

république ft*ançai8e.

^ • ClTOfElf,

=^' C La présence de M. Tomgon de Bruxelles élan! abso- 3}i hunent' nécessaire dans ce pays pour terminer un achat n^ d*armes fait par le citoyen Beaumarchais pour le gou- =£' vernement de notre république, je vous prie, citoyen ■^> général, de faire obtenir à M. Tomson le passe-port né- ^' oessaire pour ce voyage. Servir la pairie, voilà noire r-xiA devoir et noire plaisir. L'aimer uniquement, voilà le ^^ coite digne de nous, vrais Français répubhcains.

• Signé Emii. db Mauldb dbHosoan. »

^^; Le 24 novembre, je demandai à ce ministre plénipo-

v,, teoliairede France, mais ofTiciellement, copie des leltres

que les différents ministres lui avaient écrites sur Taf-

^^Q &ire des fusils. U répondit qu*t7 n'était pas d'usage

., fm^on donnât en diplomatie copiedes lettres quipouvaient

.^j,parier d'autres choses, tnais seulement de bons extraits,

Û Toulut bien me les envoyer.

^ On peut remarquer cette phrase dans ma lettre : Je

^ ne vous parle plus de ce fatal cautionnement, etc., qui

^. Jt'«rriiH- jamais, etc., parce que la malveillance qui Var-

1^, rHe ne vient nullement de votre part, et que vous en avez

U plusieurs fois aw ministre, comme je Vai fait moi-

, etc.

On peut remarquer ce//€-ct dans la réponse de M. de

Maulde : // faut donc être en mesure de prêter ce caution-

mement, ou nous ne tenons rien. Vous ne doutez pas que

' JX KB BETRACK SOUVENT cf</e obscrvation AUMiNisTRK, à qui

ie présume que le citoyen Beaumarchais écrit chaque

Uélas ! oui, je lui écrivais; M. de Maulde lui écrivait; Cimstantini sans doute aussi lui écrivait. L^usage ^o'il a fait des trois correspondances est l'exécrable et «iemier acte de ce drame ministériel ; mais comme ^*est la fin de tout, avant de vous le présenter je dois ^eus mellre sous les yeux ma lettre pressante du 30, et la réponse de M. de Maulde, sur la livraison de mes i. Elles sont trop importantes pour ne les pas indans le texte. Voici ma lettre :

« U Haye, ce 30 novembre 1792, l'an I*' de la république.

m ClTOT£5 MlIfISTRB Pli MPOTEHTI AIRE DE FrANCE,

m y aï riiowneur de vous prévenir que rarniuricr de Bruxelles ^ que mon vendeur hollandais et moi avons

KAUSAïaUlS.

été d*ac:x)rd de faire venir à Tervère pour y reconnaître en ma présence et en la vôtre la quantité des armes en caisses qui y sont détenues depuis plus de sept mois, et enfin arrivé à la Haye sur Texpédition du passe- port que le général français qui commande à Bruxelles lui a donné, d'après la demande que vous lui en avei faite vous-même.

• Je vous ai prévenu dans le temps, citoyen ministre et ministre citoyen, que si nous préférions cet armurier brabançon à. tout autre, c*est parce que, depuis le commencement de TafTaire, cet homme a été chargé d'abord de faire passer les armes des citadelles de Matines et de ffamur en Zélande ; ensuite de réparer la partie des fusils qui en avait le plus besoin ; qu'il a huilé et encaissé ces armes, et qu'il en a remis alors l'état certifié à mon vendeur, lequel me l'a remis depuis eu le certifiant lui-même.

• La malveillance ministérielle , qui jusqu'à ce jour a retenu en France le cautionnement exigible tant demandé et tant dé fois promis, ayant servi de prétexte à la mal- * veil lance hollandaise pour empêcher l'embarquement et l'extradition de ces aimes, vous savez aussi bien que moi que le moment de résipiscence hollandaise que nous devons aux grands succès de Dumouriez, est à peu près déjà passé, par le décret de la convention nationale sur l'ouverture de la Meuse et de l'Escaut. J'ai donc l'honneur de vous requérir, et même de vota sommer (pardonnez la rigueur du terme à la rigueur des circonstances) ; j'ai l'honneur, dis-je, de vous requérir et sommer de vous transporter avec moi à Tervère pour y recevoir, en votre qualité de maréchal de camp, mon expropriation légale et la hvraison réelle de ces armes, payées depuis si longtemps par moi, au même instant où elle me sera faite à moi-même, aux termes du traité passé le 18 juillet dernier entre les ministres de la guerre Lajard et des afTaires étrangères Chambonas, d'après l'avis (rès-molivé des trois comités, DipUhmatique, Militaire,et des Douze, réunis ; traité dont la teneur, expressément reconnue par le ministre Lebrun en date du 20 septembre, qui vous l'a envoyé par moi, vous y oblige, ainsi que l'ordre exprès que ce ministre vous a donné pour la partie qui vous concerne dans ce traité, par sa lettre du 20 septembre, que je vous ai remise à mon arrivée à la Haye.

• Pardonnez si je vous préviens, dloyen ministre plénipotentiaire, qu'à votre refus de le faire à ma réquisition, si une guerre, [qui parait malheureusement trop prochaine, entre la France et la Hollande aidée de l'Angleterre, privait la patrie de ces armes qui lui appartiennent, soit par quelque pillage ou l'usurpation que les Hollandais en feraient, je me verrais forcé dès à présent d'en réserver toute la respohsabilité sur vous^ comme je Vai déjà fait à Paris sur le ministère de France, pour le refus de fait, qui existe de sa part, d'en» voyer en Hollande le cautionnement exigé par le traité du \^ juillet, et d'en exécuter les conditions ; yovs res- DAMT CARAXT ENVERS LA hatiom de toutc la pcrtc qui rend" terait pour elle de votre refus de partir.

MÉMOIRES

« J'ai écrit au minisire Lebrun^ pour êtrb mis sous les Tinx DO CONSEIL ExécuTip PAOTisotRB, que je ne ferais pas une démarche en Hollande sans lui donner toute la ngueur des formes, connaissant bien le motif des opposi- Uons, et mon intention éiani de dénoncer à la nation toutes Us lâches intrigues dont nos ministres sont malheureusement investis et enveloppés, pour empêcher ces armes d'entrer en France.

• Agréez, citoyen ministre plénipotentiaire de France, les salutations respectueuses du vieux citoyen

fl BeauiUrchàis. »

i*étais malade ; ma lettre lui fut envoyée par un de mes amis, auquel il répondit :

c La Haye, ce 30 novembre 1792.

• Citoyen,

« Je ne puis que transmettre au citoyen Caron Beaumarchais Vordre impératif du ministre de la guerre. 11 ne m'appartient pas de le commenter. Notre ministère nous astreint aux notiÛcations qui nous sont imposées. Je les fais officiellement ; c'est remplir mes obligations. Je MM, comme particulier , ce que Vhonneur et la justice me prescrivent^ et je n'aurai jamais besoin à cet égard de consulter personne. Mais comme garçon-^nistrCf subordonné dès lors, je ne puis qu'obéir. Vous sentez qu'il ne m'est plus possible de me rendre à Tervère, Il est vraisemblable que les causes d'un ordre qui itCétonnc seront bientôt manisfestées : peut-être même en serezvous plus tôt instruit que moi, car les nouvelles m'arri-vent bien lentement.

« Votre concitoyen,

«< Le ministre plénipotentiaire de France ^

« EnM. de MaULDE de IIOSDAN. »

Sa lettre contenait la copie officielle d'une autre lettre du ministre Pache^ très-importante à lire pour juger du désordre et de la profonde ignorance où vivaient tous les malveillants qui ont fourni les matériaux de ma dénonciation ; lettre que Lebrun envoyait tout ouverte au citoyen Maulde ; avec un mot de lui (ce qui la rend plus digne de remarque) à Maulde , qu'il nommait encore ministre plénipotentiaire à La Haye, quoiqu'il y eût un mois que Thaixville, qui le balayait , était parti en poste, avec son balai, de Paris.

0 désordre I ô contradiction ! Je jure que tout marche ainsi dans ce fatal département.

Lettre du ministre LebruH.

■ Paiis, le 2tl novembre 179i, l'an l" de la république.

<i Le minisire des affaires étrangères envoie la lettre ci-jointe au citoyen Maulde, que vient de lui remettre le citoyen ministre de la guerre. »

Lettre du ministre Pache. (Artillerie. )

n Je vous prie, citoyen, de mettre le plus de célérité qu'il vous sera possible à m*informer si, en conséquence

de l'invitation qui a pu vous en être faite à la fin d'avril ou au conmiencement de mai dernier, tous avei, cnjointement avec le maréchal de camp la Uogm^ £ût Tériûeret constater l'état et la quantité des fusils et ntfrs armes à feu déposés au port de Tenrére au compte «k Caron Beaumarchais ; et si vous avez fait ficeler et ocheter les caisses qui les contiennent, afin qu'elles Ratassent dans leur intégrité.

« Si vous avez eu mission, citoyen, pour faire cette opération, et que vous Tayez remplie, je vous prie de ne pas différer un instant à m'en faire part, et de sid^ seoir, en attendant, à toute vérification ultérieure à cet égard.

• Si, au contraire, vous n'avez eu ni mission à ce sijet ni opération à faire, il convient que, sous qnelq» prétexte que ce soit, vous n'en commenciez auciuie,josqu'à ce que , d'après les renseignements que je foc prie de me donner à cet égard, je vous fasse conniiR le parti à prendre ultérieurement.

f Signé le ministre de la guerre^ Pache. i

Au-dessous est écrit :

« Pour copie demandée par le citoyen Beaumarduis. le premier décembre au matin.

f Signé Lkboi d'Uertal, secrétaire, *

Réellement on ne sait par où prendre ce cheM'<nvre ministériel, pour en faire le conunentaire. Certcsoe n'est point là l'ouvrage de M. Pache, Un ministre seosé n'écrit point de telles sottises sur une aftaire qil ignore, et quand il se doute surtout qu'il pourrai relevé. Mais le hasard, joint à mes réflexions. ni'iU trouver encore le mot de cette absurde énigme.

La lettre est d'un commis, fabricateur des &o>î<^ instructions qui ont trompé le citoyen Lecointre.

Avant de parler de cet homme,' commençons d'alnri par commenter la lettre signée Pache.

(la lettre)

Je vous prie (dit le ministre mal instruit à l'ambassadeur bien instruit) de m' informer si, en conséquence l' l'invitation qui a pu vous en être faite à la /tnifiTiadc | au comtnencement de mai dernier ^ etc.

— Que parle M. Pache, des mois d'avril et de mai* est-il possible qu'il ignore que les ordres donnés pir/f mùiistre Lebrun au citoyen ministre Maulde sonlài 20 septembre dernier : lesquels ordres, portant de rece» voir mon expropriation à Tervère, aux termes de Ysi^ de 8 du traité du 18 juillet, ne peuvent avoir aocin rapporta ce qui existait avant la fin d'avril, temps av* quel celte livraison devait, par moi, se faire au Batn, et sur laquelle M. de Maulde n'avait eu ni m^itJtion» aucun ordre de personne, car il n'était pas en HolUak-

(la lettre.)

Si en conséquence de V invitation d'avril.,, tovs fff" conjointement avec lb markciul de caip la Boai—

— Grand merci, monsieur Padu, pour mon ami ^

MÉMOIRES

Hogue! le voilà, grâce à tos commis^ maréchal de camp m avril, lui qui n'y a jamais songé ; et tous lui faites ce ridicule honneur sur ce que, le iS juillet, un traité Elit par deux ministres, surTa^f sdes (rois comités, enjoint au citoyen de Maulde, en qualité de maréchal de camp, de recevoir la livraison des armes de mon ami U. delà Hogue, nullement maréchal de camp, mais chargé de faire pour moi la livraison à cet ambassadeur, en pertu du traité passé le 18 juillet !

Si de pareilles lettres sortaient d'un des cabinets ennemis, que de rire nous en ferions ! comme nos gazetiers de Uége s'en extasieraient de plaisir ! Je vois ici le commis-rédacteur se pavanant de sa sagacité. 11 me rappelle un chasseur gentilhomme qui, voulant se donner un air savant sur la mythologie, avait nommé son €hien Thishé, et sa chienne Pyrame, et s'en pavanait devant nous. Je vous dirai dans un moment quel est ce sage oooimis-là.

(la lettre.)

Si vous avez, conjointement avec le maréchal de camp la Hogue, fait vérifier. . . et fait ficeler et cacheter les catV 96$ {et toujours en avril). — Suivant Tordre donné, comme je Tai dit plus haut, le 20 septembre suivant, remis le 12 octobre au citoyen Maulde, par moi missionnaire de M. Lebrun.

(la lettre.)

Et si vous Pavez faite, cette véniFiCATioit, Je vous prie de surseoir à toute vérification ultérieure. — Surseoir à la férification d'une vérification faite,et consommée ! Tout eela est d'une justesse, et je dirais, d'un sens exquis.

(la lettre.)

Si, au contraire, vous n'avez eu ni mission à ce sujet, ni opération à faire, il convient que vous n'en commendez aucune,

A quel titre M. de Maulde en commencerait-il, sMl n*en a eu la mission de personne ? lui, ministre de France, qui ne fait rien sans ordre ; et de plus maréchal de camp, titre que je lui restitue : il y a trop longtemps que l'on en pare mon ami, qui n'y a jamais prétendu.

Restituons aussi l'honneur d'avoir fait cette lettre à qui il appartient, car M. Pache Ta seulement signée. M. Lebrun, qui sait le fond des choses, la lit, et nous renvoie ouverte, sans se soucier le moins du monde qu'elle ait le sens commun ou non ; et nous disions en to lisant : La tête a-t-elle tourné à tous les chefs et à tous les commis ?

Je me mets à vos pieds, 6 citoyens législateurs, pour obtenir votre indulgence sur le ridicule détail où je me tois forcé d'entrer ! mais il est si fort inhérent à cette dinondaHon qui vous a fait lancer tin décret contre moi, que je les crois de même main !

Et vous, mon dénonciateur, pardonnez-moi, ou plutôt ttchei-nioi bon gré de prouver à ta convention que ces Imposteurs matériaux ne sont nullement votre ouvrage ; que vous avez été trompé, vilainement trompé par ceux

qui ne m'ont éloigné de France que pour m'assassiner avec impunité. Voici le fait :

J'avais chargé spécialement le chef de mes bureaux, mon fondé de pouvoir, de tourmenter M. Lebrun pour m'obtenir une réponse à quatre lettres successives. 11 m'écrit qu'il n'a pu parvenir à rien tirer de ce ministre, ni sur ses réponses en retard, ni sur le cautionnement promis : qu'il lui a constamment trouvé tout l'embarras que je lui avais vu 1 Ce fut au point que, pour se tirer de mon homme sans laisser échapper le noir projet qu'il méditait, il renvoya le pressant questionneur à un sieur du Breton, des bureaux de la guerre, lequel après l'avoir poliment renvoyé dans des bureaux trop peu instruits, finit par l'adressera un sietw H*** Mais laissons raconter à mon fondé de pouvoir, qui l'a subie, la ridicule scène qu'il eut avec cet H***. C'est la lettre que je copie.

f Ce M. du Breton, dit-il, a fini par m'adresser à M. H***, dans les premiers bureaux duquel j'ai trouvé une foule de gens qu'il a fallu laisser expédier avant que mon toiu* arrivât. Enfin j'ai pénétré jusqu'à son cabinet.

• Un peu surpris de l'air égaré de cet homme, pour m'assurer si c'était lui, j'ai débuté lui demandant si j'avais l'honneur de parler à M. F**, qui, l'œil hagard, le teint enflammé, le poing fermé, m'a dit d'une voix de tonnerre, et avec l'expression de la fureur : Tu n'ûs point Vhonneur. ..,jene suis point monsieur. . , je m'appelle H*^.

• Interdit d'une telle réception, j'étais prêt à m'enfuir; mais considérant que le personnage n'était point imposant, et voulant remplir ma mission, je lui ai ré« pondu avec sang-froid ; • Pardon, citoyen, si j*ai mal débuté avec toi : mais considère que les gens du com-> mencement du siècle ne s'habituent pas en une seconde au grotesque langage de sa fin. Au surplus, c'est donc ta manie de te faire tutoyer? Pourrais^je te parler seul? Je suis renvoyé à toi par un ministre qui se nomme Lebrun, pour savoir où en est l'affaire du cautionnement tant promis à M. Beaumarchais, sur lequel on lui a donné tant de paroles qui toutes ont été sans fruit ! Voilà ma question : lu peux répondre. — À qui parlé^je?-^ k Gudin*, fondé de pouvoir de l'homme que j'ai nommé, et qui te demande une parole positive.

« L'affaire dont tu me parles, me répond H***, est une affaire sur laquelle Je suis occupé à jeter un coup d'cnl sévère. Beaumarchais a trompé Lajard, qui comme un sot s'est mis à la place de Beaumarchais par uk MARCHE QUBJB PRÉTENDS détrcue' ; jc vais le faire imprimer avec le premier, pour que le public puisse juger luimême et V affaire et Vhomme. — Vous le pouvez, monsieur, lui dis-je, et je ne doute pas que, sur votre réponse que je vais lui faire passer, il ne prévienne vos intentions hostiles, et n'instruise ce public, que vous interpellez, des torts des ministres à son égard, et de

* Frère de l'homme de lettres.

* Ici le bout d'oreiUe du délateur te molitre.

MÉMOIRES

ia manière tUiU dont il a cherché â tenir la nation, à laquelle la publicité que vous voulez donner à cette affaire arraclie cinquante-trois mille armes dont elle a le plus grand besoin. — Nots b^avoxs pas bcsoix d'auies, répond //••* en courroux; rousexavoss fus ou*il re sois CR FAUT ; qu*il faue des siennes ce que bon lui semblera ! — C'est là votre réponse? — Je nen ai point d'autre à te faire!

« J*aurais bien reparti que vous n^aviez trompé personne, ni traité avec Lajard seul ; que c'était avec trois comités réunis de l'assemblée législative et deux ministres que vous aviez traité; mais j*ai pensé que, s'il avait Taudace d'imprimer, il fallait lui laisser la gloire de la victorieuse réponse que vous avez à faire en produisant l'avis des comités, et les éloges qu*ils ont donnés à votre civistne connu.

fl Tel Cft, monsieur, le résultat de mes démarches après de M. Lebrun. Il est visible que cette fm d'affaire est un piège affreux qu'on vous tend * il est prouvé qu'on voit avec plaisir que vous y avez compromis une partie importante de votre fortune. Une s'agit plus pour vous de solliciter ni faveur ni justice. Ce n'est plus cela qu'il faut obtenir, c'est vengeance ! c^est adresse à la convention, et la punition des coupables.

« J'ai l'honneur de vous répéter que Von ne veut point de vos armes: ils veulent votre ruine entière; vous compromettre, si on le peut aux yeux de la nation, pour vous perdre avec plus d* audace!

« Je viens d'écrire à //*** que je n'ai pas bien compris co qu'il m'u dit ; que, pour ne pus hasarder près de vous une lettre insignifiante sur une affaire aussi importante, il convient iprihne trace de sa main ce que j'aimai entendu.

« Voici nw lettre à 11**', absolument dans son beau si y le:

«I Je l'avais demandé un entretien particulier, et ton cabinet se remplissait à mesure que je te parlais. Je ne t*ai pas bien entendu ; écris-moi la réponse, parce que joduis la transmettre à mon commettant. Voici ma question ; Ihnnera't-im le cautionnement tant de fois promis et non obtenu? Tu vois que j'aiprolilê de ta leçon, que la politesse est kumie de notre sociêlê! Sois vrai, c'est tout coque je le demande, .\dieu, //'•*: j'attends ta réponse. Avec un honune de ton caractère on ne doit point attendis.

« Signé : GuuiN, ivpublicaîn tout aussi lier

que toi. »

U nous ivxienl une réponse de ce burlesque honune d'£lat« nonuné, dit-mi, le Lièvre, qui allemaynisant ^n\ nom |H)ur qu'il fùl moms conunun, et presque aus^i original que lui. s'e>t fait app<' 1er //***. comme vpù dirait aimant le lièvre. Mais, avant de la présenter, rap|H'lon>uous sa réponse verlMle. si s;»iiO el si di^tiede lui : Mous n'avons aucun besoin darmei^. nois kn avons plis \,a \i nk | 3UHS k;> KAi f ; cl qutl fasse des siennes tout ce que bon lui Sifmblera !

Quoi ! monsieur, c*esi sérieusoneol que vous nns dites ces folies? quand il s'en laal de plus de deuxcot mille fusib que nous n'en possédions le nombre nécessaire? Votre ministre Packe^ bien nûem instruit fK vous, surtout plus véndîqtie, répond en ce mois de janvier, au conseil général delà commssne de Porit, (fn autre ton que son chef de bureau :

• J'ai reçu la lettre que tous m'ayez écrite, par bquelle vous demandez le rempUoemenl des armes qot les citoyens de Paris ont données. Malgré Fenvie ftt j'ai d'armer promptement les citoyens de Paris, il m'est impossible d'effectuer, quart a présbiit, le remplacement d'armes que vous demandez: la. BénnuQOi b

TBOUVE DANS UNS TELLE PÉ.^CtlB D* AIMES, qUe je pOSÎ

peine sufûre à l'armement des bataillons de volontaires qui demandent à Toler à l'ennemi.

« Signé : Pacb. >

Certes il y a quelqu'un qui ment entre le maître et le commis. Ce n'est point le ministre, et j'ai trrave b preuve dans la réponse du commis à Gudin, mon dief de bureau :

• Détruisons l'obscurité !

• La question que tu poses : Dùnnèra-4-ùn lecaémnement tant de fois promis et non obtenu ? n est poii du tout celle à laquelle je puisse et je doive répondre.

« Il faut, avant tout, que j'aie une réponse décisive î cette question: A-t-on rempli les engagements dufrtmier et du deuxième marché ? Rien ne le dit dans b correspondance et dans les pièces qui sont danski bureaux. »

Mes lecteurs doivent être instruits que le sage H^ (garçon de fourneau d*un chimiste avant d*étre premier commis), au lieu de souligner les phrases qui k sont dans cette copie, les a écrites en encre noire, le reste de Tépitre étant à l'encre rouge. Les savants ool beau faire, ils ne sauraient se déguiser ! Gudin lui réplique à Tinstant :

f Tu réponds à ma question par une autre : cela n'est plus répondre. Et cependant tu dis : Détruisons fa^ curité ! Ce que je demande est le mot de l'afTaire. Sans celle salisfaclion, elle est perdue. Est-ce à ceux f» mettent les entraves à demander si les engagements 9(d remplis? Si ce que tu as de la correspondance est iasuftisant pour féclairer, on ne Va pas tout remis.

« L'homme dont je stipule les intérêts nen a ries perdu ni égaré. Elle lui a déjà servi à lui sauver la rie. à lui mériter les certificats du civisme le plus pur. J'aime à me persuader qu'elle lui servira encore dans cette occasion.

« Tout honune qui voudra l'examiner sanspréveolioa n'y verra que gloire pour lui.

• Au surplus, si tu cherches la vérité, dis-moi sans nul détour en tfuoi consistent les engagements du prtmier marché, ainsi que ceux du secondy dont tu esrais à reprocher F inexécution.

Le Uuron n*a plu^ répondu ; mais il a fait la belle lettre signée Pachéty à M. de Maulde^ si^r le tnaréM^

MÉMOIRES

camp la Hogue et sur moi, où Ton voit le gâchis que j*ti analysé et que j*ai appelé chef-d'onwre d'ignorance. Ten demande pardon à Padie, Qui l*obligeait à signer eetie lettre d'un insensé T Et c'est ceM.H*** qu'on cliarge des dépouillements d'une affaire aussi capitale, qui n'a pas la moitié des pièces, qui ne sait ce qu'il lit, pas plus qae ce qu'il trace ; lequel, bien ignorant des faits, mais n*en voulant pas moins détruire (ainsi qu*on le voit 9*en vanter) un traité dont il ne sait rien, pas même les chnises qu'il contient, a fait tout le travail de mon acemationj travail dont l'ineptie m'avait tant étonné, avant d'être averti qu'il était du Lièvre !

0 Dieu ! que la défense est épineuse et longue sur Tattaque la plus absurde, quand on ne veut rien oublier I Hâtons-nous, fmissons. Le défaut d'intérêt tue la curiosité.

Je reprends mon triste narré.

Le i** décembre, on m'apporte la Gazette de la Haye, et f y lis l'article qui suit :

c Paris, ce 23 noTembre 1792.

€ Hier, cent vingt mandats d'arrêt étaient déjà déi crêtes. Aussi élait-on hier occupé à poser le scellé surtout dans la maison de Beaumarchais, qui est membre f id appartient a la clique des cokspirateurs, et a écrit di- ( ferses lettres à Louis XVI, »

Ensuite elle donnait un compte rendu sur l'affaire des fusils, fait de main de maître... Gonin. Cet extrait de gaxette, traduit par un notaire juré de Londres, et légalisé par M. Chauvelin, ministre plénipotentiaire de hance, vous sera remis.

En lisant je souriais, et je disais : C'est avec ces faus- •es nouvelles que les gazetiers étrangers désaltèrent la ioif qu'on a partout des événements de Paris, lorsque divers avis d'amis très-bienveillants m'arrivent, et me préviennent que, si je veux apprendre le comble deshorreurs à mon sujet, je n'at pas un instant à perdre pour les aller (Percher à Londres, mes amis n'ayant pas osé me les envoyer à la Haye, etc.

Je cours chez M. de Maulde le prévenir que je pars à rinstant, mais que je reviendrai sous peu. J'étais invité à 80uper,j'attends dans son salon. Sur la remise d'un paquet, il venait de passer chez le grand pensionnaire. Je partis, et le lendemain je lui écrivis ce qui suit :

« Du paquebot qui me passe à Londres, ce 2 décembre, 1792, l'an I** de la république française.

• CiTOTEN 1II5ISTRE PLélflPOTElITlAIRB,

C Une nouvelle fort étrange, que je trouvai hier dans la Gazette hollandaise à mon sujet, m'avait déterminé à partir pour Amsterdam ; m^is la confirmation de cette noovelle, qui m'a été apportée de deux endroits diflérents, avec avis d'une de ces deuz parts que si je voulaiê avoir les plus grands détails sur V infamie qu'on 9eut me faire en France auprès de la Corvention natio- MàhEfje les trouverais en Angleterre, m'a sur-le-champ déterminé à partir pour Londres, au lieu d'aller à Ams-

terdam. Je voulais avoir l'honneur de vous faire part de cette résolution, mais on m'a dit que vous étiez chez M. \e grand pensionnaire. On m'accuse d'avoir écrit plusieurs lettres à Louis XVI. Cest une scélératesse qu'on me fait, pour parvenir à une friponnerie. Je n'ai de ma vie eu l'occasion d'écrire à ce prince, sinon la première année de son règne, il y a plus de dix-huit ans. Sitdt que j'aurai vu à* Londres de quoi il est question au fond, je pars à l'instant pour Paris; car il est temps que la convention nationale soit instruite de tout ; ou je reviendrai à la Haye terminer avec vous l'interminable affaire des fusils de Tervère.

• Recevez, ministre-citoyen, les assurances les plus sincères de la gratitude du vieux citoyen persécuté.

f Signé : Beaumarchais. ■

Arrivé par miracle à Londres, après avoir manqué périr comme le bâtiment qui nous suivit de près, et qui portait des émigrés français, la première phrase que j'y lus, en ouvrant mon paquet, fut celle-ci :

• Si vous lisez ceci en Angleterre, rendez grâces à genoux ; car un Dieu vous a préservé ! » Suivaient les détails bien exacts des manœuvres de nos ministres : et ce sur quoi l'on m'invitait surtout à rendre grâces au ciel était que si Von m* eût arrêté en Hollande, où l'on avait dépêché un courrier extraordinaire pour m'amener pieds et poings liés, on comptait bien que je n'arriverais pas vivant à Paris ; car ce qu'on y craignait le plus, c'était ma justification, dont j'avais trop, dit-on menacé les ministres !

J'écrivis sur-le-champ au citoyen de Maulde la lettre suivante ; je supplie qu'on la lise avec quelque attention à cause de la réponse qui me fut faite, non par lui, mais par un de mes amis de la Haye.

A monsieur de Maulde,

« Londres, ce 7 décembre 1792, l'an I** de la république française.

• CiTOTIN MINISTRE PLÉHIPOTENTUIRB,

« Les instructions que mes derniers avis me disaient de venir chercher promptement à Londres, parce qu'on n'avait pas cru bien sûr de me les renvoyer à la Haye, étaient très-importantes. Elles me détaillent fort au long le plan de mes ennemis contre moi. On m'assure même qu'aussitôt qu'ils auront obtenu le fruit de leur trame odieuse, ils doivent vous envoyer ïordre de ms faire arrêter en Hollande,

• Ce serait une chose piquante, si ce ministre étrange des affaires étrangères allait vous expédier un courrier pour cela ! lui qui ne vous en a jamais envoyé un seul pendant tout le temps de votre ambassade; lui qui a laissé relâcher, et n'a rien fait pour Vempêcher, les fabricateurs d'assignats : si, pour servir de cupides intérêts, il allait se montrer, pour la première fois, vigilant au point de vous charger, par un exprès, de la plus ridicule commission auprès des Ë tats généraux, en me donnant la préférence d'une inquisition si atroce, qusnd la Hollande eit pleine d'ennemis déclarés qu'on

y laisse tranquilles, et à qui elle accorde une très-paisible retraite! Il serait tout aussi étrange que celte puissancCf soumise aux fantaisies de toutes les autres, crût qu'elle doit obtempérer à la honteuse demande de Lebrun!

« Mais pardon de mon bavardage : mon voyage d'Angleterre vous dégagera de tout embarras à cet égard, si par hasard on vous le donne. Je n'ai besoin ni d*exempts, ni d'archers pour me rendre à cette capitale infortunée, où tous les genres de désordre atlendent que la Convention s'occupe enfin de nous donner des lois. On l'en empêche autant qu'on peut : et moi je lui d3mande, par une pétition très-forte, de garantir ma tête du poignard de mes assassins; puis je pars sur-le-champ pour la soumettre au fer des lois, auquel seul je la dois si j'ai les torts qu'on me reproche.

« Recevez les salutations respectueuses du citoyen le plus persécuté.

« Signé : Carok Beaumarchais, b

Certain alors, à n'en pouvoir douter, de l'horrible farce jouée, je rendis grâce au ciel de m'avoir encore préservé.

Mais, ne sachant plus où écrire à ma famille errante et désolée, je mis dans les journaux anglais la kUre à ma famille, qu'on a tant critiquée, et qu'on peut relire à présent (voyez les lettres). Les Français, si prompts à juger, ne la regarderont plus comme une évasion de ma part. On cessera de trouver indécent que j'y aie versé le mépris sur cette misérable affaire des fusils (ainsi que je la nomme), et que je me sois cru seulement décrété SMr /e dénoncé, aussi faux que terrible, d'une correspondance coupable, dit-on, avec Louis XVI. Sans cette explication, que je donnai moi-même à Vempressement d'un couirier envoyé jour et nuit par Lebrun pour me garrotter en Hollande et m'amener en France avec scandale de brigade en gendarmerie, jusqu'à la catastrophe horrible qui m'eût enterré je ne sais où, quel homme aurait pu croire à l'aveugle rage des ministres? Eh bien ! c'était là leur projet ! On me le mandait de Paris,

Le ministre Lebrun, qui sait mieux que personne combien les gazeliers sont bavards, craignant avec raison qu'ils n'eussent divulgué le fait de mon arrestation, se hàla d'envoyer son courrier à la Haye, pour jouir de la volupté d'être le premier à me l'apprendre. Mais, heureusement pour les hommes, l'art de deviner les méchants l'ait autant de progrès que leur art de se déguiser.

Je veillais pendant qu'il veillait ; et mes amis veillaient autour de lui sans qu'il pût sans douter, malgré ses hauts talents pour nuire.

Voyant que j'avais la vie sauve, tout prétexte a semblé si bon pour m'écraser dans nia fortune, qu'au jour où ma Lettre à ma femme parut dans les journaux anglais, changeant et de thèse et de plan sur cela seul (|ijeji; datais de Londres, on a crié partout: Émigré! 6«/V/n'/ Comme si un homme libre, ou auquel on le

fait accroire, sorti de France aTcc un passe-port tel que celui qu'on peut lire en note <; sorti chargé int mission du gouvernement de la France {car ee^lakéifi du mien), quoiqu'au fait il n*en ait aucune, devenait émigré parce qu'il passe, pour affaires, de la Bm^, pays étranger, à Londres, pays étranger !

Vous venez, citoyen, de la voir dans tous ses délais cette superbe mission que le ministre Lûmm, usai de mes lumières, de mes talents, de mon expérieue, m'avait donnée chez l'étranger. Vous savez mainteiUBl que cette mission était celle d'y aller attendre f«'« profitât de mon absence pour élever un orage è Pam contre moi, dont la présence avait déjoué pendant âx mois tous leurs projets, moi qu'ils nommaient di» leur fureur un vrai volcan d'acliviié !

Et le grand balayeur Thainville, nouvel envoyé i k Haye, où il fait d'excellent ouvrage ; qui avait hakfi (pour me servir de sa noble expression) toute la kwiifv de Maulde : de cela seul que je ne m^étais pas sm laissé balayer de son fait dans un passe-port qu'il difinait à mon pauvre valet malade, m'appelait, de sa grttt, fugitif émigré ! Mais fugitif de quoi? fugitif (2e IWiiville? Le beau motif pour sortir de la Haye! Êh|R d'où ? De la Uollandeî Mais ce pays, monsieur, n*appvtenait pas à la France. Émigrer ( dans notre zcceflôm], n'est-ce pas s'échapper de VirUérieur à rextérie» ei coupable ou en fugitif, et non passer très-libremeotif r extérieur à V extérieur ?

Et sur ce cri fatal, Émigré ! émigré ! voilà qu'oo fiA chez moi scellé, double scellé, double gardien, tr^ gardien, et qu'avec un raffinement de cannibale,* homme préposé au maintien du bon ordre choisit «pws l'horrible nuit pour venir avec des soldats croiser (te scellés déjà mis, et faire expirer de terreur la femme é la fille de celui qu'on n'a pu assassiner, et qu'il insultât lâchement, comme tous les hommes vils le font quand ils se croient les plus forts î Qu'importe si j'ai tort « non sur l'atroce affaire des fusils? N'est-il pas clairqwje suis émigré, puisque sur des avis pressants je sais all^ de la Hollande à Londres y recueillir des inslnKli*^

« LIBEHTÈ'ÈG ALITÉ

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